jeudi 15 janvier 2015

Latéralité Cérébrale chez l'Enfant




Latéralité : entre les deux hémisphères cérébraux, il y en un qui "domine"

La latéralisation du cerveau fut évoquée une première fois dans les travaux de Paul Broca (1961-1965), elle indique le fait que certaines fonctions du cerveau vont être préférentiellement prises en charge au cours du développement, par l’un ou l’autre des hémisphères.

La latéralisation est un processus qui permet à l'enfant, au travers de multiples expériences sensori-motrices, d'acquérir sa latéralité (le choix définitif de sa main dominante). Mais ce processus ne concerne pas uniquement le membre supérieur, la main. Il concerne aussi le pied, les yeux et les oreilles.

La latéralité désigne un état, un résultat statique. Contrairement à la latéralisation, la latéralité s’applique aussi bien aux fonctions qu’aux comportements, ou aux objets. La latéralité n’est pas un processus, mais une caractéristique.

La latéralité s'acquiert généralement autour des 6-7 ans. Dans la petite enfance (3-6 ans), il est normal d'observer des changements transitoires d'une main ou d'une autre.

Latéralité homogène. Lorsque l’enfant utilise le même côté pour ses habilités manuelles et motrices (pied, œil, main...).
Latéralité non homogène. L’enfant n'est jamais sûr de savoir quel est le côté droit et quel est le côté gauche.

Le choix d'un côté par rapport à un autre est avant tout cérébral, c'est-à-dire lié au fonctionnement neurologique. Ce processus s'élabore au grés de facteurs multiples: environnementaux (sociaux, culturels) et psychologiques (maturité).

Autrement dit pour le droitier c'est son cerveau gauche qui domine et pour le gaucher son cerveau droit.

Il existe 2 types de la latéralité :

Latéralité spontanée : instinctive et spontanée. Exemple : taper sur la table.
Latéralité usuelle : C'est la partie du corps qui est le plus capable de faire un travail. Exemple : lancer une balle.

La dominance latérale


Il s'agit de la prédominance sensorielle et motrice d'un côté du corps humain sur l'autre : au cours de la croissance s'établit naturellement et progressivement une dominance latérale chez l'enfant. Elle s'établit au niveau de la main mais aussi du pied, de l'œil et de l'oreille (il sera plus fort, plus adroit du côté droit ou du côté gauche).

La dominance hémisphérique ou cérébrale n’implique pas l’unilatéralité, mais exprime l’idée nuancée de complémentarité : un hémisphère dominant pour une fonction prend préférentiellement en charge cette fonction, avec le concours toutefois, de l’hémisphère homologue. Un grand nombre, sinon l’ensemble, des fonctions, n’est pas pris en charge uniquement par un hémisphère seul mais les hémisphères se répartissent les tâches liées à ces fonctions.

La connaissance gauche-droite découle de la notion de dominance latérale, elle est la généralisation de la perception de l’axe corporel à tout ce qui entoure l’enfant. Cela fait partie de la structuration spatiale puisqu’elle concerne la situation des êtres et des choses. La connaissance stable de la gauche et de la droite n’est possible que vers l’âge de 5 ou 6 ans, et la réversibilité (possibilité de trouver la main droite ou la main gauche d’une personne en face de soi) ne peut être abordée avant 6 ans, 6 ans et demi.


Latéralisation fonctionnelle et asymétrie cérébrale

La notion d'asymétrie fonctionnelle hémisphérique, qui correspond à celle de latéralisation, désigne les différences de fonctionnement entre les deux organes apparemment symétriques que constituent les deux hémisphères cérébraux.

L’asymétrie anatomique. Concerne les différences macroscopiques (morphologie) des hémisphères ou microscopiques (structures neuronales, biochimie).

L’asymétrie fonctionnelle. Concerne tout le système cognitif de l’individu, les fonctions cognitives telles que le langage ou l’attention, les sensations ou la motricité.

La latéralisation fonctionnelle n’est pas seulement le résultat d’une prédisposition structurale génétique, mais également de l’acquis, donc de l’éducation. La destruction de l’hémisphère gauche d’un adulte aboutit à des troubles du langage irréversibles ; la même lésion chez l’enfant avant l’acquisition du langage ne le perturbe que fort peu de temps; l’hémisphère droit peut assurer le relais tant que la maturation cérébrale n’est pas achevée. Le transfert d’un hémisphère à l’autre est toutefois partiel car l’acquisition de la syntaxe serait moins bonne.


Le rôle de la latéralisation ou dissymétrie du cerveau humain

Les fonctions cognitives proprement humaines ont une particularité, celle d’être dissymétriques dans le cerveau contrairement aux autres fonctions vitales de l’homme. Soit elles n’existent que dans l’un des deux hémisphères, soit elles n’ont pas les mêmes zones des deux côtés ni la même importance ou le même rôle suivant le côté du cerveau.

Les deux hémisphères répondent en même temps à une sollicitation liée à une information, une sensation, une émotion ou à une action. Il en résulte un dialogue permanent entre les deux hémisphères, débat d’où découle au bout d’un certain temps une réponse de l’hémisphère dominant. Le cerveau humain est fondé sur une symétrie brisée et également sur des contradictions dialectiques. Il ne s’agit pas de deux cerveaux  sauf dans le cas des personnes qui ont eu, artificiellement ou naturellement une rupture de la liaison, le corps calleux.


Développement de la latéralité chez l'enfant

La latéralité se définit chez l’enfant et devient très difficile à modifier à l’âge adulte. D’autre part, les compétences propres à chacun des hémisphères se développent également pendant l’enfance, plus précisément entre 6 et 11 ans. La pratique d’un instrument ou d’un sport a donc plus d’impact sur le développement du cerveau d’un enfant que sur celui d’un adulte.

Chez l'enfant, la détermination de la latéralité usuelle se fait par étapes.

1ere étape  Acquisition de la latéralisation (5-6 ans). L'enfant prend conscience de la droite et la gauche sur lui. Il prend conscience des deux cotés de son corps.

2eme étape  Acquisition de la latéralité (7-8 ans). C'est un développement de la latéralisation. L'enfant prend conscience de la droite et la gauche chez lui et à l'extérieur de lui, chez les autres, sur les autres.

3eme étape  Acquisition de la latéralité représentée (9-11 ans). L'enfant ne fait plus référence directe à son propre corps pour déterminer la droite et la gauche d'une personne ou d'un objet. Il est capable de reconnaître la latéralité sur autrui et sur les objets entre eux. Il n'a plus besoin de représentation directe : il s'imagine dans sa tête la droite et la gauche de l'objet que l'on lui demande.

L'environnement pré et post-natal


Le rôle de l'environnement biologique sensoriel pré et post-natal

* L'orientation de la position du fœtus serait en lien avec la future latéralité de l'enfant.

* Le taux de testostérone fœtale, les grossesses ou accouchements difficiles, la prématurité influenceraient positivement la gaucherie.

* La position du nourrisson couché sur le dos favoriserait davantage une latéralité droite que la position sur le ventre qui, elle, induirait moins d'asymétrie dans l'utilisation des deux mains.

* Les soins apportés aux bébés (et en particulier le portage qui se fait, pour la majorité des adultes, avec le bras gauche) pourraient également être responsables de la mise en place d'asymétries.

La comparaison de populations avec des attitudes culturelles explicites vis-à-vis de la latéralité manuelle



La prévalence de la gaucherie en France a évolué dans les dernières décennies de 4 à 12% en raison d'un changement des méthodes éducatives: la répression anti-gauchers a diminué dans la société.

Dans d'autres pays (asiatiques et musulmans en particulier), la main gauche continue d'être mal-aimée même si cette pression culturelle tend à l'heure actuelle à se relâcher: elle ne saurait être utilisée que pour des activités «sales», les actions de manger et d'écrire devant être effectuées avec la main droite.



Les facteurs génétiques


La relative stabilité de la prévalence de la latéralité serait un indicateur d'une explication au moins partiellement génétique. En effet, malgré la pression sociale et culturelle quasi universelle en faveur des droitiers, le phénotype «gaucher» a été conservé à l'échelle de l'évolution.

Les études familiales sont également en faveur d'une transmission génétique de la latéralité, que les hypothèses se portent sur la direction ou sur le degré : un couple de parents droitiers aurait une probabilité de 9 % d'avoir un enfant gaucher, alors que cette probabilité pour un couple de parents gauchers atteindrait environ 30 %.

Bien que les facteurs environnementaux aient un certain impact sur la latéralité, les facteurs génétiques sont plus importants. En réalité, même si un gaucher est contraint à écrire de la main droite sa latéralité n’est pas changée mais incomplète, en effet il continuera à utiliser la partie gauche de son corps pour les activités des autres organes tels que l’œil ou l’oreille et présentera des meilleurs résultats que si il utilisait sa partie droite.


Les troubles de la latéralité

Causes


* Motrices ou neurologiques. Par exemple, l'enfant est droitier du pied et gaucher de la main ; il est ambidextre.
* Sociales. Par exemple, l'enfant est gaucher mais, dans la vie, beaucoup de choses étant organisées pour les droitiers, on le force à se servir de la main droite pour dessiner.
* Psychologiques. Par exemple, l'enfant a connu des difficultés pour unifier son corps, il a du mal à en percevoir l'axe vertical, comme suite à une angoisse d'origine affective.

Symptômes


* L'enfant ne sait quelle main choisir, il est maladroit, il découpe avec la main droite mais joue aux billes avec la main gauche.

* Les exercices de précision sont exécutés d'une main, les exercices de force de l'autre; ainsi, il écrit de la main gauche et lance le ballon de basket de la main droite.

* La latéralité n'est pas homogène: l'enfant choisit bien sa main ou son pied dominant, mais il n'est jamais sûr de savoir quel est le côté droit et quel est le côté gauche.

Conséquences


* Difficultés de reconnaissance gauche-droite.
* L'enfant n'a pas acquis le sens graphique.
* L'enfant forme ses lettres ou ses chiffres "en miroir".
* Difficultés de discrimination visuelle.


Activités pour développer la latéralité

* Demander à l'enfant de vous aider à mettre la table: il doit placer la fourchette à gauche et le couteau à droite de l'assiette.

* Pour faciliter la reconnaissance de la main droite, attacher durant quelques jours une ficelle au poignet droit de l'enfant.

* Préparer trois verres d'eau remplis à différents niveaux : demander à l'enfant de placer celui qui en contient le moins à droite, celui qui en contient le plus à gauche et le moyen au centre.

* Prendre un jeu de cartes et demander à l'enfant de placer les cœurs et les carreaux à droite de la table, puis les piques et les trèfles à gauche.

* Fabriquer un jeu de quilles avec des rouleaux de papier hygiénique: l'enfant doit lancer la balle sur les quilles avec la main droite et ensuite avec la main gauche. Il peut également viser les quilles de droite ou de gauche.

* Placer une ficelle sur le plancher: l'enfant doit marcher à droite puis à gauche de la ligne.

* Attacher une ficelle séparant verticalement le corps de l'enfant de façon à ce qu'il se rende compte qu'il possède deux côtés identiques. En se regardant dans un miroir, l'enfant devra nommer et bouger une à une toutes les parties d'un côté (du pied au sourcil,...). Reprendre avec l'autre côté.

* L'enfant touche le mur avec sa main droite, son pied, sa cuisse, son genou,... Reprendre avec le côté gauche puis alterner côté droit, côté gauche.

* Faire marcher l'enfant en tenant dans sa main droite une cuillère à soupe qui contient un poids. Reprendre avec la main gauche.

* L'enfant doit faire rouler sur la table un rouleau de papier hygiénique vers la droite puis vers la gauche.

* Demander à l'enfant si le robinet d'eau froide est placé à droite ou à gauche. Reprendre la question pour le robinet d'eau chaude.


La notion de gauche et de droite


L’apprentissage des gestes quotidiens par le jeune enfant, se fait en grande partie, par l’observation de l’autre. Selon la situation, cela peut engendrer des confusions, quand le modèle à imiter se trouve en face ou à côté de l’enfant. Les notions de droite et de gauche, sont relatives à la référence que l’on prend. Une référence est le corps de l’individu : Est à gauche ce qui est à ma gauche. Cette capacité n’est possible qu’après l’âge de 5/6 ans. Il faut se décentrer pour imaginer à la place de l’autre et inverser (ou non), les repères. Cette capacité n’est possible que vers 8 ans.



La préférence manuelle désigne la tendance à utiliser spontanément une main plutôt que l’autre (par exemple, pour rattraper une balle ou écrire).

Le fait d’être droitier est appelée latéralité manuelle droite, notamment, due à une latéralisation droite des fonctions motrices liées aux mains.

Le fait d'être gaucher est un caractère à la fois acquis et inné.

Le droitier utilise de préférence, et avec plus d’habileté, la main droite pour la plupart des activités : écriture, travail, sport, musique. À l’inverse, le gaucher se sert de la main gauche. L’ambidextre se sert des deux mains. La prévalence droite ou gauche se retrouve pour le pied, pour l’œil et moins nettement pour l’oreille.

Les gauchers présentent globalement des résultats plus homogènes entre main droite et main gauche que les droitiers. Le monde dans lequel on vit est un monde de droitier. Tout est fait pour le droitier. Le gaucher est fréquemment amené à utiliser sa main droite et développe ainsi ses compétences alors que le droitier n’a pas toutes ces opportunités.

* Le droitier homogène ou intégral. Se sert de l'ensemble membre supérieur (main) / membre inférieur (pied) / tête (œil et oreille) droit préférentiellement.
* Le droitier partiel. N'utilise en prédominance que la main droite, mais peut utiliser indépendamment le pied ou l'œil gauche.
* Le gaucher homogène ou intégral. Se sert de l'ensemble membre supérieur (main) / membre inférieur (pied) / tête (œil et oreille) gauche préférentiellement.
* Le gaucher partiel. N'utilise en prédominance que la main gauche, mais à l'inverse le pied ou l'œil droit. Par exemple, certains joueurs de foot gauchers shootent avec aisance de leur pied droit et sont incapables de le faire avec leur pied gauche.
* L'ambidextre. Se sert indifféremment des deux côtés. Visible entre 2 ans et demi et trois ans, ce sont des enfants qui n'ont pas encore atteint pleinement leur latéralisation. L’attention à leur égard doit être accrue de manière à encourager leur côté prédominant sans entraver leurs tendances naturelles. Le pédiatre ou le médecin pourra, par expérience, proposer des exercices simples à faire avec lui.


Latéralité et écriture

L'écriture étant une acquisition motrice complexe, est directement dépendante d'une bonne structuration du schéma corporel.

C'est en effet avec l'apprentissage de la lecture et de l'écriture que la latéralisation se fige.

Le comportement et les apprentissages sont le fruit du fonctionnement conjoint du corps et du système nerveux central. Pour lire, un enfant doit développer sa capacité à suivre des yeux avec fluidité. Pour écrire, l’enfant doit pouvoir faire travailler sa main et ses yeux de manière coordonnée.

Le développement psychomoteur de l'enfant influence, à la fois, l'apprentissage de l'écriture et de la lecture. Dans le premier cas, l'activité graphique suppose le passage progressif de l'activité musculaire globale vers la spécialisation des groupes musculaires concernés, en particulier le jeu harmonieux  des muscles agonistes–antagonistes qui dépend dans une large mesure des processus de maturation.

L'évolution qualitative de l'écriture serait influencée par le développement de la motricité, du langage et des facteurs de structuration spatio-temporelle, de l'exercice et du développement général de l'enfant.

Toutes les fonctions cognitives sont sollicitées en situation d'apprentissage: attention focalisée demandée, habiletés linguistiques conviées, mémoire de travail sollicitée, souvenirs appelés, capacités perceptives visuelles exigées, performances praxiques imposées, flexibilité mentale requise, attention divisée réclamée.

Les apprenants sont confrontés à des efforts quasi constants, volontaires et épuisants. Apprendre en classe met en jeu un nombre considérable de processus mentaux. Chaque tâche spécifique impliquant des réseaux de neurones spécifiques. En temps réel, ces différentes voies de traitement de l'information se combinent.

Le gaucher. Dans une exploration du cerveau, où le jaune et le rouge montrent une augmentation d'activité, le gaucher impliqué dans la reconnaissance de mots a les zones du cortex droit occupées.

Le droitier. Dans la même épreuve chez le droitier, le côté gauche du cortex montre un modèle similaire, avec une grande partie d'activité dans la région frontale et dans les zones temporelles et pariétal.


La latéralité est importante dans l'évolution de l'enfant. Elle influence l'idée que l'enfant a de lui-même, l'établissement de son schéma corporel, la perception de la symétrie de son corps. Elle contribue à établir la structuration spatiale : en percevant l'axe de son corps, l'enfant perçoit aussi son environnement par rapport à cet axe.

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