vendredi 23 octobre 2015

Internet Modifie le Cerveau




Les nouvelles technologies modifient le fonctionnement du cerveau grâce à sa plasticité

Notre cerveau, éminemment plastique, se serait déjà adapté à l’usage intense de ces nouvelles technologies, comme il se serait adapté dans le passé à l’invention de l’écriture ou au développement de la lecture. Elles auraient modifié le fonctionnement de notre mémoire, de notre attention, nos rapports à l’apprentissage, et plus profondément notre intelligence, notre façon d’appréhender le monde et de le penser.

Les recherches récentes en neurosciences ont démontré que par la plasticité du cerveau, les connexions neuronales se modifiaient en permanence en fonction des expériences vécues, mais aussi des outils qu’on utilise.

Passer du temps à jouer en ligne, à naviguer d’un site à l’autre, à lire ou à entretenir ses réseaux sociaux a des impacts différents sur le cerveau. Loin d’être figé, celui-ci évolue sans cesse grâce à sa plasticité.

Le travail du cerveau consiste, schématiquement, à intercepter, mémoriser et traiter les informations qui lui parviennent depuis tous les capteurs sensoriels (nez, bouche, oreille). Devant un écran c’est l’œil qui est mis à contribution. Or, il est établi que la connexion œil-cerveau est peu adaptée à cette façon de lire : le temps de traitement d’une information visuelle est augmenté de plus de 30% sur un écran. En conditions habituelles, lorsqu’il lit, l’œil humain ne peut distinguer que quatre à six signes à la fois lors d’une “fixation oculaire” qui dure environ deux cents cinquante milli-secondes. Devant un écran, l’œil s’affole. Les signes sont beaucoup plus nombreux en termes de formes et de couleurs, ils surgissent, captent, sont furtifs et demandent une attention accrue.

Internet et le stress


Une étude de PewResearch réalisée en janvier 2015, constate que l’utilisation d’Internet en général et l’utilisation des médias sociaux en particulier n’est pas aussi stressante que certains l’ont affirmé par le passé.

On vit aujourd’hui dans un monde connecté où les réseaux sociaux tels que Facebook, Twitter et d’autres ont une importance pour partager et découvrir des expériences numériques. Si certains ont affirmé qu’ils étaient à l’origine d’une augmentation du stress, les conclusions de cette étude tempère les choses sans toutefois écarter des conséquences sur la santé.

Globalement, l’utilisation fréquente d’Internet et des médias sociaux n’est pas un facteur de stress élevé. Dans le même temps, les données montrent qu’il y a des circonstances où l’usage social de la technologie numérique augmente la sensibilisation de l’individu aux événements stressants de la vie des autres. Ceci veut dire que les utilisateurs qui se sentent plus stressés ont des niveaux plus élevés de conscience des événements stressants de la vie des autres.

Ainsi des événements, qui pourraient accroître le niveau de stress sont par exemple des informations personnelles publiées sur Facebook ou d’autres réseaux sociaux :

* L’annonce d’un décès d’enfant, d’un proche, d’un ami ou d’un conjoint,
* L’annonce d’une hospitalisation, de blessures graves,
* La découverte d’enquêtes policières et des arrestations.


Internet active de nouvelles zones du cerveau


Le cerveau grâce à son élasticité se développe au gré des nouvelles informations. À chaque apprentissage ce sont de nouveaux circuits de neurones qui se mettent en place, permettant au cerveau de s’adapter aux changements.

Les jeunes seraient plus réactifs, plus aptes à prendre des décisions et surtout plus créatifs. Les jeunes de cette génération qui écrivent en langage texto, pensent aussi en langage texto : ils développent un esprit de synthèse, sont capables de traiter plusieurs sujets en même temps ; ils approfondissent moins, mais ils associent les idées entre elles de façon complètement nouvelle. Le cerveau humain est en train de s’adapter.

Moins d'effort de mémorisation avec Internet


Les personnes qui s’habituent à utiliser Internet comme source d’informations et de fait, comme mémoire externe, ont tendance à faire moins d’effort pour mémoriser. La façon d’utiliser la mémoire à court terme est en train de changer. L’une des conséquences est qu’il y a moins de transferts d’informations vers la mémoire à long terme, mémoire de stockage qui nous permet de construire nos valeurs.

La mémoire à court terme est, avec le Web, plus vite saturée : à tout moment, l’internaute va chercher des informations sur différents liens, lire les textes en diagonale, choisir entre tel ou tel contenu multimédia… De quoi surcharger son cerveau.

C’est aussi vrai pour celui ou celle qui jongle entre les mails, les réseaux sociaux comme Facebook, les sites de documentation : être “multitâche” n’aide ni à mémoriser ni à se concentrer. Pour l'instant, le cerveau ne s'est pas encore adapté aux tâches simultanées.

Les quelque deux cent mille informations visuelles qui parviennent au cerveau toutes les secondes sont beaucoup plus difficiles à mémoriser, parce qu’elles ne lui parviennent pas avec la même cadence, avec la même cohérence.

Sur Internet beaucoup trop de données font perdre le fil, interrompent les processus cérébraux. Cela se traduit directement par une surchauffe de la mémoire de travail.

L’apprentissage scolastique, l’intelligence du “par cœur“ n’ont plus cours. La question n’est plus de mémoriser le savoir, d’autant que le savoir est disponible partout, tout le temps.


La lecture à l’écran n’active pas les mêmes zones du cerveau


Le Web habitue à une lecture fragmentée au détriment d’une lecture linéaire, ce qui nuit à la compréhension et disperse l’attention. À cause de cette pensée distraite, de cette lecture en diagonale, on lit 25 % plus lentement que sur papier.

Lire sur écran sollicite uniquement la zone liée à la prise de décision et à la résolution de problèmes. Avec les tablettes ou les smartphones, en passant beaucoup de temps avec des textes sous les yeux, les zones cérébrales activées sont différentes qu’avec un livre. Tout simplement parce qu’à l’écran, la lecture est complexe, elle demande des efforts pour savoir s’il faut ou non cliquer sur un lien pour aller plus loin dans le texte.

En parcourant un livre le cerveau fait appel aux régions du langage, de la mémoire et du traitement visuel.


Internet crée une dépendance


Selon l'étude menée par l'université de Salford en Angleterre pour l'organisme Anxiety UK en juillet 2012, 45% des personnes interrogées se déclarent "inquiètes ou mal à l'aise" quand elles ne parviennent pas à accéder à leur compte Facebook ou à leur boîte mail. Et 60% ressentent le besoin d'éteindre leur téléphone, ordinateur ou smartphone pour avoir la paix. Une personne sur trois avoue qu'elle doit le faire plusieurs fois par jour. Une dépendance qui joue sur le sommeil, puisque 66% des sondés ont des difficultés pour s'endormir après avoir surfé sur un réseau social.

Selon une étude Mobile Mindset portant sur 750 personnes en Californie, la plupart des moins de 50 ans vérifient leur SMS, mails et comptes "tout le temps" ou "toutes les 15 minutes". Il s'est avéré que les utilisateurs étudiés présentaient les traits d'un caractère "compulsif". 73% des personnes paniqueraient si elles perdaient leur portable.

D’après les études menées en psychiatrie, il y aurait tout de même un trait commun à tous les cyber-dépendants : en plus de cette addiction, ils souffrent de troubles du comportement tels qu’une phobie sociale ou des crises de panique.

Consulter Internet de façon compulsive peut entraîner une dépendance. On guette l’information ou le message excitant, qui, lorsqu’il arrive, fonctionne comme une récompense. Et cela donne envie d’y retourner toujours davantage au risque de se couper de la vraie vie.

De plus, la moindre contrariété comme un courriel qui n’arrive pas ou un manque de temps pour aller surfer sur la Toile, peut rendre la personne irritable, l’empêcher de se concentrer sur son travail ou sur ses études.

La nomophobie est une relation de dépendance relative, voire d’addiction des personnes angoissées à l’idée de se retrouver sans leur téléphone fétiche.

La nomophobie et également le phénomène FOMO (Fear of Missing Out) qui est le fait de contrôler en permanence ses réseaux sociaux de peur de rater quelque chose, sont assimilables à une forme de dépendance.

De nombreuses expériences et témoignages d’utilisateurs de ces technologies montrent que la privation de ces objets et plus largement de l’accès à internet affecte les individus à différents niveaux. Car l’objet n’est pas simplement un outil de communication mais il est devenu le support d’un nombre important des données personnelles et une fenêtre qui les connecte constamment à leurs proches et amis, ce qui leur donne le sentiment de ne plus être complet quand ils en sont privés.

Cela favorise ainsi la création d’un lien fort d’appartenance psychologique qui peut même aller jusqu’au lien affectif avec l’objet. Des psychologues de services d’addictologie ont ainsi constaté chez les utilisateurs les plus accros et notamment chez les plus jeunes, l’apparition de sentiments d’isolement et un repli sur soi ainsi qu’une angoisse liée au fait d’en être coupé.

Chez les enfants. C’est ainsi qu’on peut devenir dépendant de son smartphone, avec le besoin de le consulter en permanence, de façon compulsive. L’attention des enfants doit plus que jamais être éduquée, pour apprendre au cerveau à hiérarchiser ses priorités, et se concentrer sur l’activité la plus pertinente : un texte qu’on est en train de lire par exemple.


Les jeux vidéo et les réseaux sociaux


La consommation excessive d'écrans à l'adolescence n'est, en règle générale, pas le signe de troubles psychologiques. En revanche, c'est vrai que la fréquentation excessive des écrans peut nuire à d'autres activités, et les parents doivent la réguler.

L'Académie américaine de pédiatrie a proposé en 1999 un guide pour les parents :

* Pas d'écran avant 2 ans. Les spécialistes s'accordent aujourd'hui à parler de 3 ans).
* Une heure par jour entre 3 et 6 ans, 2 heures entre 6-9 ans et 3 heures au-delà.

Mais il s'agit de temps réel global, incluant la télévision, l'ordinateur pour jouer, l'ordinateur pour travailler, la console portable.

Les parents doivent cadrer le temps de jeu parce qu'à l'adolescence, les jeunes n'ont pas encore acquis la possibilité de réguler eux-mêmes leurs impulsions. Ils ont de la difficulté à suivre les décisions qu'ils jugent pourtant les plus raisonnables pour eux. C'est pourquoi les parents doivent veiller à ce que les jeux vidéo n'occupent qu'une partie du temps de loisirs.

Mais en même temps, cadrer est totalement insuffisant. Parce que les jeux vidéo comportent beaucoup d'aspects positifs et que les parents ont tout à gagner à s'y intéresser. Quand les parents accompagnent en s'intéressant aux jeux de leurs enfants, ils savent cadrer avec beaucoup plus d'intelligence et d'efficacité. Cadrer sans accompagner est aussi inutile que vouloir accompagner sans cadrer. Les deux sont indispensables.

La pratique des jeux vidéo, comme celle des nouveaux réseaux sociaux, modifie le rapport à l'espace, au temps, à la construction de l'identité, et à la place que l’on donne aux activités partagées et aux activités solitaires.

Une semblable révolution a déjà accompagné d'autres grandes innovations comme l'invention de l'écriture, et, dans une moindre mesure, de la diffusion du livre grâce à l'imprimerie.

Entre 3 et 6 ans, des études ont montré qu'il est essentiel que l'enfant ait des activités impliquant l'utilisation de ses dix doigts. C'est pour cela que traditionnellement, l'enfant à cet âge était invité à réaliser des découpages, des pliages, des collages, des coloriages... C'est cette activité des dix doigts qui permet la maturation des régions cérébrales qui permettent l'appréhension des objets en trois dimensions. C'est pourquoi il vaut mieux éviter le plus possible que l'enfant à cet âge-là utilise une console de jeu qui ne mobilise que deux ou quatre doigts.

Tout ce qui socialise l'enfant à travers l'écran et tout ce qui l'invite à se poser des questions et à résoudre des problèmes imprévus, favorise son développement. A l'inverse, toutes les activités de jeu répétitives, stéréotypées, et plus encore solitaires, sont inquiétantes.


Internet demande au cerveau de développer son adaptabilité


Le cerveau des nouvelles générations, et d'ailleurs de tous ceux qui sont gros consommateurs de nouvelles technologies, ne fonctionne plus comme par le passé. Le désir d'obtenir une réponse rapide, le fait de passer rapidement d'un sujet à un autre, la difficulté de concentration, tout cela fait partie des nouvelles façons de fonctionner.

Si le cerveau change, alors il change également pour le meilleur, car, avec ses chemins multiples, avec l’infinité des sources disponibles, le web entraîne à développer un esprit critique, une capacité à développer un point de vue et à le confronter aux autres. Les données changent, deviennent obsolètes et nécessitent des mises à jours régulières, une mise en doute permanente.

Il faut redéfinir ce qu’est l’intelligence. Jusqu’à présent, elle était définie, dans les tests de QI, par une suite de réponses à des questions fermées, qui se corrélaient entre elles. Cette forme de cohérence n’est plus pertinente. Il faut apprendre à vivre avec des informations instables, des réponses partielles, dans un monde mouvant.


Des facultés cognitives ou réflexes peuvent se voir renforcés et améliorés par l’utilisation régulière


L’utilisation des smartphones mobilise ce qu’on appelle la mémoire transactive ou procédurale qui réside dans les habiletés techniques et les savoirs faire, ce qui a inévitablement pour corrélation de les renforcer. Les individus se familiarisent et s’approprient très aisément ces technologies et les modes de navigation qui y sont inhérents.

Si la mémoire de travail  la mémoire immédiate – peut saturer, la mémoire longue, là où les souvenirs sont stockés est merveilleusement extensible. La quantité d'informations qui peuvent être stockées dans la mémoire à long terme est virtuellement sans limite.

En ce qui concerne le cortex préfrontal, c'est surtout son rôle dans la mémoire à court terme qui est très sollicité, car on peut surfer sans vraiment prendre de décision, en se laissant guider par les liens hyper-texte. Le "surf ", comme les mots croisés, serait ainsi très bénéfique aux seniors, car il permet d'exercer l'agilité de l'esprit.

À l’école, les terminaux mobiles sont de plus en plus utilisés pour rendre l’apprentissage plus ludique et l’on constate que les enfants on toutes les facilités du monde à les utiliser, et ce de manière intuitive.

L'école doit expliquer aux enfants dès l'école primaire les trois règles de base d'Internet : tout ce qu'on y met peut tomber dans le domaine public; tout ce qu'on y met y restera éternellement; et tout ce qu'on y trouve est sujet à caution, parce qu'il est impossible de repérer les images de la réalité des images falsifiées.

Avant d'être un lieu où l'on utilise les nouvelles technologies, l'école doit être un lieu où les enseignants les connaissent suffisamment pour mettre les enfants en garde contre leurs dangers et leurs pièges.


Bien utiliser Internet


Faire un bon usage d’Internet demande de savoir repérer ce qui est juste et ce qui ne l’est pas. D’où l’importance de développer son sens critique pour choisir les informations, repérer et retenir les sites qui semblent les plus fiables, notamment en indiquant leurs sources.


Bien utilisé, Internet peut aider à améliorer les résultats scolaires : dans ce cas, les jeunes développeraient certaines stratégies mentales leur permettant mieux que d’autres d’ordonner leurs connaissances.

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