lundi 24 août 2026

Synesthésie : Sentir le Goût des Mots, Entendre le Son des Couleurs…


Êtes-vous “synesthète” ?

Avez-vous déjà “goûté” un mot, ou vu des couleurs en écoutant de la musique ? Si c’est le cas, vous faites peut-être partie des 1 % à 4 % de personnes dotées d’une fascinante particularité : la synesthésie.

Qu’est-ce que la synesthésie ?

La synesthésie est un phénomène neurologique par lequel l’activation d’un sens – l’ouïe, par exemple – déclenche celle d’un autre sens, habituellement indépendant, comme la vue. Les personnes synesthètes vivent donc d’autres expériences sensorielles que celles du commun des mortels.

Les personnes présentant une synesthésie sont appelées “synesthètes”. Ce trait semble être plus fréquent chez les femmes, cependant cette conclusion pourrait refléter des biais d’échantillonnage. Il semblerait, par ailleurs, que la probabilité de développer une synesthésie soit influencée par des facteurs génétiques.

Comment la science explique t-elle la synesthésie ?

La synesthésie a été documentée dès 1880 par Sir Francis Galton, le cousin de Charles Darwin, mais le regain d’intérêt pour ce domaine au cours des deux dernières décennies est principalement dû au neurologue américain Richard Cytowic. En 1998, ce dernier a publié un ouvrage intitulé “The Man Who Tasted Shapes” (L’homme qui goûtait les formes), inspiré par un synesthète rencontré lors d’un dîner qui affirmait que le poulet n’avait pas assez de “pointes”.

De 1 % à 4 % de la population mondiale présenterait une synesthésie. Ce phénomène, qui se traduit par l’association de plusieurs sens, fascine et intrigue les scientifiques.

Les scientifiques ont consacré beaucoup de temps à l’étude de ce phénomène rare. Si bien des questions restent ouvertes, ce qu’ils ont déjà appris montre clairement que nous ne percevons pas tous le monde de la même façon.

Nous intégrons tous naturellement des informations provenant de différents sens. Lorsque nous regardons quelqu’un parler, notre cerveau fusionne ce que nous voyons et ce que nous entendons afin de mieux comprendre le message. Si, dans la synesthésie, ces associations fonctionnent différemment – un son peut, par exemple, susciter une expérience visuelle –, elles reposent peut-être néanmoins sur les mêmes mécanismes fondamentaux.

Il existe de nombreuses formes de synesthésie. Certaines personnes présentent une synesthésie auditivo-visuelle : elles voient des couleurs lorsqu’elles entendent des sons. D’autres perçoivent des couleurs en lisant, en entendant ou en pensant à des lettres ou des chiffres : c’est ce que l’on appelle la synesthésie graphème-couleur. Autre exemple : la synesthésie miroir, dans laquelle une personne ressent des sensations sur son propre corps lorsqu’elle voit quelqu’un d’autre être touché.

La couleur est, de loin, l’expérience évoquée la plus fréquente dans la synesthésie ; elle survient lors de la vision, de l’audition et du toucher, bien que les scientifiques aient découvert, en étudiant la synesthésie audio-visuelle, que les sujets ne perçoivent pas uniquement de la couleur. Il s’agit généralement d’un objet coloré ou d’une ligne colorée en mouvement.

Les synesthètes ne maîtrisent pas la façon dont leurs sens se croisent. Ces expériences sont spontanées, vivaces, et demeurent généralement stables dans le temps. Ainsi, une personne ayant une synesthésie graphème-couleur qui perçoit la lettre “A” en rouge aujourd’hui la percevra très probablement dans la même teinte des années plus tard.

La synesthésie n’est pas une maladie ni un trouble

La synesthésie est un phénomène inhabituel – et non un trouble – par lequel un stimulus ordinaire, tel qu'un son, suscite une expérience extraordinaire, comme une couleur.

Elle ne cause ni préjudice ni handicap, bien que certains synesthètes puissent la trouver envahissante par moments. Pour les personnes qui ressentent une douleur à chaque fois qu’elles voient quelqu’un souffrir, une simple séance de cinéma peut constituer une épreuve.

Toutefois, dans l’ensemble, la synesthésie ne semble pas interférer avec le quotidien des individus concernés. De fait, nombreux sont celles et ceux qui ignorent être synesthètes, tant cette perception leur paraît naturelle.

Quelles en sont les causes ?

On ignore encore la cause exacte de la synesthésie ; elle touche environ 1 % de la population et elle est plus fréquente chez les femmes. Il existe une composante familiale – la prévalence de la synesthésie est plus élevée au sein des familles que dans la population générale –, mais de nombreux synesthètes ne connaissent aucun autre cas dans leur entourage familial. Cette particularité ne semble pas conférer de talents particuliers, si ce n’est peut-être un avantage en matière de mémoire et, éventuellement, de créativité.

Deux grandes théories ont néanmoins été formulées par les scientifiques :

Théorie de l’activation croisée

Cette approche postule que le cerveau des synesthètes possède davantage de connexions physiques entre les différentes régions sensorielles.

Le mécanisme.
Durant la petite enfance, le cerveau humain produit un grand nombre de connexions qui sont normalement "élaguées" – supprimées – en grandissant. Cela pourrait s’expliquer par le fait que, chez eux, le processus d’élagage synaptique – qui se produit au cours du développement et élimine certaines connexions inutilisées entre les neurones pour optimiser le fonctionnement du cerveau – se serait déroulé différemment. Chez les synesthètes, ce processus d'élagage synaptique serait incomplet, laissant des connexions persistantes entre des zones cérébrales normalement distinctes.

L'effet. La stimulation d'une région entraîne l'activation automatique d'une région adjacente ou connectée, par exemple entre la zone de reconnaissance des chiffres et la zone visuelle des couleurs. Chez les personnes présentant une synesthésie graphème-couleur, la région vouée à la reconnaissance des lettres serait directement reliée à celle qui traite les couleurs, si bien que la perception d’une lettre s’accompagne automatiquement de celle d’une couleur.

Théorie de la désinhibition du feedback (retro-alimentation)

Cette seconde hypothèse suggère que les connexions croisées existent dans tous les cerveaux, mais qu'elles sont normalement inhibées (bloquées) par des mécanismes de régulation. Les synesthètes présenteraient une activité cérébrale légèrement différente de celle des autres individus. Ils disposeraient des mêmes connexions neuronales que les non-synesthètes, mais leur particularité résulterait du fait que certains chemins neuronaux, plus “saillants”, seraient davantage “parcourus”.

Le mécanisme. Dans un cerveau non synesthète, les voies de "feedback" – les signaux qui repartent des zones cérébrales de haut niveau vers les zones sensorielles primaires – sont contrôlées pour éviter toute interférence. Chez les synesthètes, cette inhibition serait affaiblie ou absente.

La synesthésie semble d’ailleurs mettre en œuvre des mécanismes partagés par tous. Lorsque l’on regarde la photo d’une banane grise, nous savons que sa couleur normale est le jaune. L’imagerie cérébrale révèle des motifs d’activité cérébrale qui en témoignent : observer une représentation en noir et blanc d’un objet dont on connaît la couleur réelle active dans le cerveau les régions associées à la représentation des couleurs. Le cerveau des personnes présentant une synesthésie graphème-couleur pourrait procéder de la même façon avec les lettres : la perception de caractères noirs activerait des couleurs spécifiques.

L'effet. L'information sensorielle peut circuler librement dans les deux sens, permettant à des concepts ou des sons de remonter jusqu'aux aires visuelles ou gustatives et de déclencher une double perception.

En résumé, le débat scientifique sur les causes de la synesthésie se résume à cette question fondamentale : les synesthètes ont-ils un cerveau structurellement différent de celui des autres, ou font-ils simplement un usage différent d’un cerveau identique ?

Ces deux modèles ne s'excluent pas nécessairement et font l'objet d'études régulières pour comprendre le développement de cette particularité neurologique.

La synesthésie favorise-t-elle la créativité ?

PICNIC de Kandinsky

Vous avez peut-être déjà lu ou entendu des témoignages d’artistes, tels que le peintre Vassily Kandinsky, l’un des pionniers de l’art abstrait, ou la musicienne Lorde, évoquant leurs expériences synesthésiques. Certains éléments tendent à montrer que la synesthésie est effectivement plus répandue dans les milieux créatifs.

Une vaste enquête menée auprès de synesthètes australiens a par exemple révélé qu’environ 24 % d’entre eux exerçaient une profession créative (artiste, musicien, architecte ou graphiste…), tandis que cette proportion est de moins de 2 % dans la population générale.

Cet écart est saisissant, même si nous n’en comprenons pas encore réellement les ressorts. Une hypothèse est que les synesthètes établissent des liens inhabituels entre les idées et les sensations, ce qui favoriserait l’émergence d’une pensée plus créative que la moyenne. Des travaux de recherche suggèrent par ailleurs que certaines formes de synesthésie pourraient être associées – mais seulement dans une certaine mesure – à des souvenirs plus robustes ou à une imagination plus vive que la moyenne.

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Synesthésie : la prévalence des expériences intermodales atypiques


Des chercheurs de l’université d’Edinburgh et l’University College London (Royaume Uni) dans une étude, publiée dans le journal universitaire Perception en août 2006, indiquent que la synesthésie est 88 fois plus fréquente qu'estimé, touchant environ 4 % de la population.

Les mécanismes sensoriels et cognitifs permettent de percevoir des stimuli dotés de propriétés liées à la vue, à l'ouïe, au toucher, etc., et garantissent, par exemple, que les propriétés visuelles sont perçues comme des expériences visuelles plutôt que comme des sons, des goûts ou des odeurs.

L'étude de cas où cette modularité fait défaut – une affection connue sous le nom de synesthésie – permet d'enrichir les théories sur le développement normal. Selon les idées reçues, ce phénomène est extrêmement rare (0,05 % des naissances) et touche davantage les femmes que les hommes.

Les scientifiques présentent ici la première étude sur la prévalence de la synesthésie reposant sur un échantillonnage qui ne dépend pas du volontariat spontané et qui utilise des tests objectifs pour en confirmer l'authenticité.

Principales conclusions

Prévalence plus élevée.
L'étude a révélé que la synesthésie est 88 fois plus fréquente qu'on ne le pensait, touchant environ une personne sur 23 (soit près de 4,4 %) au lieu de l'estimation historique d'une personne sur 2.000.

Synesthésie graphème-couleur. La forme la plus étudiée – la synesthésie graphème-couleur, où les lettres ou les chiffres sont associés à des couleurs – concerne exactement 1 % de la population.

Variante la plus fréquente. L'étude a montré que la forme de synesthésie la plus répandue est en réalité celle des “jours colorés” : l'association de couleurs spécifiques aux jours de la semaine.

Répartition selon le sexe. L'équipe n'a constaté aucune asymétrie marquée de la synesthésie entre les sexes, concluant que la prédominance féminine observée précédemment résultait probablement de différences dans la manière dont les femmes déclaraient elles-mêmes leur condition.


Au-delà de la perception des couleurs : la synesthésie audio-visuelle induit la perception d'objets géométriques situés à des emplacements précis


Des chercheurs de Macquarie University (Australie) dans une étude, publiée dans Cortex en juin 2013, démontrent que la synesthésie audio-visuelle induit des perceptions de formes géométriques colorées dont la luminosité, la taille et la position varient avec la fréquence sonore.

Notre cerveau intègre en permanence des signaux provenant de différents sens. La synesthésie audio-visuelle est une forme inhabituelle d'intégration intermodale dans laquelle des sons suscitent des expériences visuelles involontaires. Les recherches antérieures se sont principalement concentrées sur les synesthésies liées à la couleur, mais l'on sait peu de choses sur les caractéristiques visuelles synesthésiques autres que la couleur.

Dans cette étude, les scientifiques ont examiné un groupe de synesthètes pour qui les sons déclenchent des expériences visuelles constantes d'«objets géométriques» colorés situés à des emplacements spatiaux précis.

Les variations de hauteur tonale modifient la luminosité, la taille et la hauteur spatiale des expériences synesthésiques de manière systématique, rappelant les correspondances inter-modales observées chez les non-synesthètes ; cela suggère que la synesthésie pourrait mobiliser des mécanismes cognitifs ou neuronaux sous-tendant les processus inter-modaux “normaux”.

Afin d'évaluer objectivement l'impact des objets synesthésiques sur le comportement, ils ont mis au point un paradigme de congruence synesthésique inter-modale à caractéristiques multiples et ont demandé aux participants d'effectuer une tâche de discrimination rapide de couleurs ou de formes.

Les chercheurs ont constaté que des sons non pertinents influençaient la performance – comme l'ont montré les effets de congruence –, ce qui démontre que les synesthètes étaient incapables d'inhiber leurs expériences synesthésiques, même lorsque celles-ci n'étaient pas pertinentes pour la tâche.

Par ailleurs, ils ont relevé des indices d'effets spécifiques à la tâche, compatibles avec l'intervention d'une attention fondée sur les caractéristiques – attention “feature-based – agissant sur les attributs constitutifs des objets synesthésiques : les couleurs synesthésiques semblaient avoir un impact plus marqué sur la performance que les formes synesthésiques lorsque les synesthètes focalisaient leur attention sur la couleur, et inversement lorsqu'ils se concentraient sur la forme.

L’équipe apporte la première preuve objective que l'expérience synesthésique visuelle peut impliquer de multiples caractéristiques formant des percepts assimilables à des objets, et elle suggére que chaque caractéristique peut faire l'objet d'une sélection attentionnelle bien qu'elle soit générée en interne.

Ces résultats indiquent que les théories relatives aux mécanismes cérébraux de la synesthésie doivent intégrer un réseau neuronal plus vaste sous-tendant de multiples caractéristiques visuelles, des connaissances perceptives et l'intégration de ces caractéristiques, plutôt que de se concentrer uniquement sur les zones sensibles à la couleur.

Ces résultats suggèrent ainsi que la synesthésie exploite des mécanismes de correspondance inter-modale présents chez les non-synesthètes, où les sons provoquent des expériences visuelles involontaires.


Explication de la synesthésie miroir-toucher


Des chercheurs de l’Université de Sussex et l’Université de Londres (Royaume-Uni) dans un article, publié dans Cognitive Neuroscience en avril 2015, expliquent que la synesthésie tactile-miroir (STM) correspond à l'expérience consciente de sensations tactiles induites par la vision d'une autre personne étant touchée et mettent en avant une difficulté à inhiber ces représentations de l'autre.

Cet article examine deux explications théoriques distinctes, bien que non mutuellement exclusives, et aborde, dans sa dernière partie, la relation entre la STM et d'autres formes de synesthésie ainsi que d'autres types de perception vicariante (par exemple, le bâillement contagieux). L'expérience vicariante désigne le fait d'apprendre, de ressentir ou d'être affecté par ce que vit une autre personne. 

La théorie du seuil explique la STM par une hyperactivité au sein d'un système miroir dédié au toucher et/ou à la douleur. Cette approche rend bien compte de certaines données (issues, par exemple, de l'IRMf) mais ne parvient pas à expliquer l'ensemble du tableau – notamment les différences structurelles cérébrales situées en dehors de ce système ou les performances à certains tests de cognition sociale –.

La théorie “Soi-Autrui” explique le STM par des perturbations de la capacité à distinguer le soi d'autrui. Ce phénomène peut être interprété soit comme une extension excessive du soi corporel vers autrui, soit comme des difficultés à contrôler les représentations du soi et d'autrui fondées sur le corps.

Dans cette perspective, le STM constitue le symptôme d'un profil cognitif plus large. Les scientifiques suggèrent que ce phénomène répond aux critères de la synesthésie – bien que les mécanismes causaux proximaux demeurent en grande partie inconnus – et que la tendance à localiser les expériences sensorielles vicariantes le distingue d'autres types de phénomènes apparemment apparentés ; par exemple, les réponses affectives non localisées suscitées par l'observation de la douleur.


Réduction du rétrécissement perceptif dans la synesthésie


Une équipe de recherche internationale de l’Université McMaster, Université de la Colombie-Britannique (Canada) et l'Université Harvard (USA) dans une étude, publiée dans Psychological and Cognitive Science (PNAS) en avril 2020, a testé l'hypothèse selon laquelle la synesthésie résulterait d'une réduction de l'élagage synaptique dépendant de l'expérience au cours du développement.

La synesthésie est un trait neurologique dans lequel des inducteurs spécifiques, tels que des sons, déclenchent automatiquement des perceptions idiosyncrasiques supplémentaires, comme des couleurs, d'où le terme “audition colorée”. La réalité perceptive de la synesthésie a été établie grâce à des données comportementales et de neuro-imagerie ; toutefois, ses origines développementales demeurent mal connues.

Objectif de l'étude. Vérifier si les adultes synesthètes ont subi un "élagage synaptique" – élimination des connexions cérébrales inutilisées – plus faible pendant l'enfance que les adultes non synesthètes.

Pour ce faire, les chercheurs ont comparé la capacité des adultes avec et sans synesthésie à distinguer des catégories de stimuli non natifs sur un autre phénomène découlant de cet élagage : le rétrécissement perceptif de la capacité de discrimination aux catégories natives – phonèmes de la langue maternelle et visages humains à l'endroit –, au détriment des catégories non natives – phonèmes étrangers, visages de chimpanzés et visages humains inversés –.

Les synesthètes ont obtenu de meilleurs résultats que les témoins pour toutes les discriminations portant sur des catégories non natives, sans différence notable pour les catégories natives.

Ces résultats étayent l'hypothèse selon laquelle la synesthésie s'accompagne d'une moindre modification – dépendante de l'expérience – de l'hyper-connectivité corticale présente aux premiers stades du développement.

Une explication de ce trait – celle qui est testée ici – postule que la synesthésie résulte d'un élagage anormalement faible de l'hyper-connectivité synaptique corticale au cours du développement perceptif précoce.

Tout comme la supériorité des nourrissons de six mois par rapport aux plus âgés, les groupes de synesthètes ont obtenu des résultats significativement meilleurs que les groupes témoins pour effectuer toutes les discriminations de sons non natifs, et ce, sur l'ensemble des cinq échantillons et des trois sites de test.

Cette supériorité constante des groupes de synesthètes dans la réalisation de discriminations normalement perdues au cours de la petite enfance suggère que la connectivité corticale résiduelle associée à la synesthésie favorise des modifications de la perception dépassant le cadre des seuls percepts synesthésiques, ce qui corrobore l'hypothèse de l'élagage synaptique incomplet.

Contrairement aux non-synesthètes, les synesthètes ont conservé une sensibilité supérieure à ces stimuli non natifs, confirmant qu'ils ont connu une réduction du rétrécissement perceptif.


Voir et savoir : la dynamique temporelle du traitement des couleurs réelles et implicites dans le cerveau humain


Des chercheurs de Macquarie University et University of Sydney (Australie) dans une étude, publiée par NeuroImage en octobre 2019, démontrent que le cerveau traite les couleurs réelles et implicites via des réseaux similaires, avec un décalage de 55 millisecondes pour ces dernières.

La couleur est une caractéristique déterminante de nombreux objets ; elle joue un rôle crucial dans notre capacité à reconnaître rapidement les éléments qui nous entourent et à opérer des distinctions catégorielles. Par exemple, la couleur constitue un indice utile pour distinguer les citrons jaunes des citrons verts, ou les mûres des framboises. Cela signifie que notre représentation de nombreux objets intègre des informations essentielles liées à la couleur.

La question abordée ici est de savoir si la représentation neuronale activée lorsque nous savons qu'un objet est rouge est identique à celle qui s'active lorsque nous voyons effectivement un objet rouge, notamment en ce qui concerne la dimension temporelle.

Les scientifiques ont abordé cette question en utilisant des données de séries temporelles neuronales – magnéto-encéphalographie, MEG – afin de comparer la perception réelle des couleurs et l'activation liée à la couleur implicite des objets.

Ils ont eu recours à l'analyse de motifs multi-variés (MVPA) pour examiner les schémas d'activation cérébrale suscités par la couleur, selon qu'elle est appréhendée par la perception réelle ou par l'activation d'une couleur implicite. L'application de la MVPA aux données MEG leur permet ici de se concentrer sur la dynamique temporelle de ces processus.

Des participants (hommes et femmes, N = 18) ont visionné des formes rouges et vertes isoluminantes (même niveau de luminosité) ainsi que des images en niveaux de gris – appariées en luminance – de fruits et légumes naturellement rouges (par ex. tomate) ou verts (par ex. kiwi).

La magnéto-encéphalographie révèle que l'évocation mentale d'une couleur active des représentations mnésiques partageant le traitement visuel direct.

Les chercheurs montrent que le profil d'activation cérébrale suscité par la perception de couleurs réelles est similaire à celui associé à l'activation de couleurs implicites, bien que ce profil se manifeste plus tardivement. Ces résultats suggèrent qu'une représentation commune de la couleur peut être déclenchée aussi bien par la perception de couleurs que par l'activation, en mémoire, de représentations d'objets.

Points clés

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Les représentations neuronales de la couleur peuvent être décodées par magnéto-encéphalographie (MEG).

* La connaissance de la couleur typique d'un objet présenté en niveaux de gris active des représentations de la couleur.

* Les représentations fondées sur la connaissance implicite de la couleur des objets sont similaires à celles issues de la perception des couleurs.

* L'activation des représentations de la couleur survient plus tard pour les couleurs implicites que pour les couleurs réelles.


Une méta-analyse des capacités de mémoire dans la synesthésie


Des chercheurs de l’Université de Sussex dans une étude, publiée dans la revue universitaire Memory en août 2019, indiquent que les synesthètes présentent des capacités supérieures en mémoire à long terme, ainsi qu'un avantage plus modeste à court terme.

Il a été rapporté que les personnes atteintes de synesthésie (par exemple, celles qui associent des couleurs aux lettres et aux chiffres) possèdent une mémoire supérieure à celle de la population générale.

Toutefois, cette littérature présente des incohérences, et il n'est pas établi si cela reflète une erreur d'échantillonnage – accentuée par la faiblesse des effectifs – ou des différences plus significatives découlant du fait que la synesthésie est davantage liée à certains aspects de la mémoire qu'à d'autres.

À cette fin, une méta-analyse multi-niveau a été réalisée. Les synesthètes présentent une mémoire à long terme (épisodique) améliorée, avec une taille d'effet de population moyenne, tandis que les effets sur la mémoire de travail (mémoire à court terme) étaient significativement plus faibles mais restaient supérieurs à ceux observés chez les témoins.

Les analyses de modération ont suggéré qu'au-delà de la distinction entre mémoire à long terme et mémoire de travail, les effets de la synesthésie sont généralisés : ils s'étendent à tous les types de stimuli ainsi qu'à tous les formats de tests.

Ce profil est difficile à concilier avec l'idée selon laquelle les expériences synesthésiques favoriseraient directement les capacités mnésiques : par exemple, l'empan de chiffres – tâche pour laquelle la synesthésie pourrait s'avérer utile – a révélé un effet modeste, alors que la mémoire épisodique d'images abstraites – tâche pour laquelle la synesthésie n'est d'aucune utilité – a donné lieu à des effets plus marqués.

La synesthésie occupe une position unique : c'est la seule affection neuro-développementale connue associée à une amélioration généralisée de la mémoire à long terme.

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Pour la plupart des synesthètes, toutefois, il s’agit simplement de leur façon habituelle de percevoir le monde ; ils peuvent même trouver que le reste d’entre nous – les non-synesthètes – sommes un peu bizarres. Ce phénomène est généralement décrit comme un don singulier qui confère une richesse supplémentaire à la perception. Mais il est tout aussi difficile pour un synesthète d’imaginer ce que l’on ressent lorsqu’on ne possède pas cette faculté qu’il l’est pour nous d’imaginer ce que l’on ressent lorsqu’on la possède.

Les expériences des synesthètes suivent le même schéma : les sons aigus ont tendance à susciter des perceptions visuelles de couleurs claires, de petite taille et situées dans la partie supérieure de l'espace. Ces éléments suggèrent que les mécanismes sous-jacents sont présents chez chacun d'entre nous, mais que, chez les synesthètes, ils atteignent le stade de l'expérience consciente ; il s'agit là d'une forme extrême de l'expérience humaine.


Quoi qu’il en soit, la synesthésie offre aux scientifiques un point de vue privilégié 
sur la façon dont notre cerveau construit du sens à partir du monde qui l’entoure. 
Elle nous rappelle que notre perception n’est pas un processus figé, similaire 
pour tous. Notre cerveau l’élabore activement, et de façon plus 
variée et plus riche qu’on ne le suppose généralement.


Voir aussi…


vendredi 31 juillet 2026

La Sédentarité Affecte les Fonctions Cognitives



La sédentarité est associée au déclin des fonctions cérébrales, même si l'on fait de l'exercice


La sédentarité désigne un mode de vie caractérisé par un temps prolongé passé assis ou allongé en position d'éveil, impliquant une très faible dépense énergétique. Contrairement à l'inactivité physique – qui correspond au non-respect des recommandations quotidiennes de sport – une personne peut être considérée comme sédentaire même en pratiquant une activité physique régulière.


Comportement sédentaire

Le comportement sédentaire désigne les occupations auxquelles nous nous adonnons en position assise ou allongée et qui nous font dépenser très peu d’énergie, comme regarder la télévision, utiliser un ordinateur ou une tablette, se déplacer en autobus, en voiture ou en train.

Le comportement sédentaire ne désigne pas seulement une absence d’activité physique, mais il est en effet un facteur de risque pour plusieurs maladies chroniques comme les cardiopathies, le diabète et le cancer, même si vous faites de l’exercice.

Principaux comportements sédentaires

* Travail de bureau, utilisation d'ordinateurs.
* Regarder la télévision ou écrans.
* Transports motorisés.
* Lecture ou repos en position assise/allongée.

Risques pour la santé

* Maladies chroniques. Augmentation du risque de diabète de type 2, maladies cardiovasculaires et certains cancers.

* Impact physique. Prise de poids, fatigue chronique, douleurs musculaires et articulaires.

* Mortalité. Un temps d'assise supérieur à 7-8h par jour augmente le risque de mortalité prématurée.

Actif mais sédentaire : un danger invisible pour votre santé et vos capacités cognitives

Lutter contre la sédentarité, qu’il ne faut pas confondre avec l’inactivité physique, est un enjeu crucial de santé publique à tous les âges. Rester trop longtemps assis ou allongé dans la journée augmente en effet le risque de maladies chroniques et peut aussi affecter les capacités cognitives. Il existe des méthodes adaptées aux différents publics – étudiants, travailleurs… – pour rompre les mauvaises habitudes.

Ne pas confondre sédentarité et inactivité physique

Activité physique. Toute activité où une proportion importante de notre corps est en mouvement.

Sédentarité. Tous les moments où nous sommes assis ou allongés – hors temps de sommeil – et où nous dépensons très peu d’énergie.

Il est important de différencier la sédentarité, qui consiste à être assis ou allongé pendant la journée, de l’inactivité physique, qui est le fait de ne pas atteindre les recommandations d’activité physique formulées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Ces dernières sont, pour un adulte âgé de 18 à 65 ans, de 150 à 300 minutes d’activité physique d’intensité modérée par semaine, avec un ajout de renforcement musculaire et de travail d’équilibre 2 à 3 fois par semaine pour les plus de 65 ans.

Ainsi, une personne peut être considérée comme active mais sédentaire. Elle respecte les recommandations en termes d’activité physique, mais elle reste assise plus de 7 heures par jour au quotidien.

Les méfaits de la sédentarité sur la santé physiologique

Il est maintenant bien établi que la sédentarité a des effets néfastes sur la santé physiologique. On parle alors d’augmentation de la glycémie – le taux de sucre dans le sang – et d’augmentation des troubles musculosquelettiques, avec comme conséquences sur le long terme un risque plus prononcé de développer des maladies chroniques (diabète de type 2, cancers, accident vasculaire cérébral, mal de dos, etc.).

En effet, notre organisme n’a quasiment pas évolué depuis l’époque de nos ancêtres chasseurs-cueilleurs. Il est adapté pour bouger régulièrement et souffre lorsque nous ne l’activons pas.

Les autorités de santé considèrent que passer plus de 8 heures en position assise ou allongée dans la journée relève d’un comportement sédentaire et devient potentiellement délétère pour la santé. En revanche, limiter la sédentarité à quatre heures ou moins par jour permet de réduire de 32 % le risque de mortalité par maladie cardiovasculaire.

Les méfaits de la sédentarité sur la santé psycho-cognitive

Au-delà des effets aujourd’hui bien connus sur les capacités physiologiques et les maladies chroniques, la sédentarité peut également avoir des effets délétères sur nos capacités psycho-cognitives, et ce à tous les âges de la vie. Au niveau psychologique, on parle d’augmentation du risque d’anxiété et de dépression.

Concernant l’aspect cognitif, une récente étude française met en avant que la capacité à inhiber un mouvement dépend de l’âge mais aussi du taux de sédentarité. 78 personnes, âgées de 18 à 88 ans, ont passé un test sur ordinateur pour déterminer leur capacité à stopper une action qui était déjà enclenchée, comme si elles devaient s’arrêter de traverser la rue car une voiture arrivait trop vite alors que le feu piéton était passé au vert.

L’inhibition est essentielle dans la cognition car elle permet de résister aux distractions et aux impulsions automatiques afin de se concentrer, réfléchir et prendre des décisions adaptées. La recherche a montré que la capacité d’inhibition diminuait avec l’âge, mais surtout que cette capacité diminuait également avec la sédentarité. Ainsi, plus une personne passe de temps assise ou allongée durant la journée, moins elle aura la capacité d’inhiber ses mouvements.

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Sédentarité et santé cérébrale : une préoccupation croissante


Des chercheurs du Centre médical de l’Université Vanderbilt et de l’Université de Pittsburgh (États-Unis) dans une étude, publiée dans la revue Alzheimer’s & Dementia en mai 2025, fournissent certaines des preuves les plus solides à ce jour indiquant que rester assis pendant de longues périodes peut entraîner des modifications physiques au niveau du cerveau et accélérer le déclin cognitif.

Cette étude s'inscrit dans le cadre du projet Vanderbilt sur la mémoire et le vieillissement, une vaste initiative longitudinale qui suit l'évolution de la santé cérébrale chez les personnes âgées.

Bien que l’âge et la génétique restent des facteurs de risque majeurs, de plus en plus de données suggèrent que les habitudes quotidiennes peuvent jouer un rôle important dans la santé cérébrale. Parmi celles-ci, la sédentarité, définie comme le temps passé assis ou allongé pendant les heures de veille, est devenue une menace silencieuse.

Cette étude longitudinale a révélé que rester assis pendant de longues périodes, même chez les personnes qui font de l'exercice quotidiennement, peut réduire la taille des zones du cerveau liées à la mémoire et augmenter le risque de déclin cognitif, en particulier chez les adultes de plus de 50 ans.

Les chercheurs ont découvert que cet effet était plus prononcé chez les personnes présentant une prédisposition génétique à la maladie d'Alzheimer, ce qui souligne l'importance de réduire la sédentarité en tant que stratégie préventive contre le vieillissement cérébral.

Le coût caché d'une position assise prolongée

Au total, 404 adultes âgés de 50 ans ou plus ont participé à cette étude. Chaque participant a porté un actigramme pendant une semaine complète, ce qui a permis aux chercheurs de mesurer avec précision le temps passé en position assise. Sur une période de sept ans, les participants ont également subi des tests neuro-psychologiques et des IRM cérébrales à 3 teslas, fournissant ainsi aux chercheurs des données sur les performances cognitives et les changements structurels du cerveau.

L'étude s'est concentrée sur les zones du cerveau les plus vulnérables à la maladie d'Alzheimer, notamment l'hippocampe, qui joue un rôle essentiel dans la formation de la mémoire. Les chercheurs ont suivi le rétrécissement de ces zones et l'ont mis en relation avec le temps passé en position assise.

Conclusions

Selon les chercheurs, les mécanismes sous-jacents aux effets négatifs d'une sédentarité accrue pourraient agir indépendamment des mécanismes sous-jacents aux effets positifs de l'activité physique, et il se pourrait que l'activité physique n'atténue pas tous les effets néfastes de la sédentarité. Ce constat concorde avec d'autres études suggérant un impact indépendant et néfaste de l'augmentation de la sédentarité sur les résultats de santé.

Ils ont observé qu'une sédentarité accrue était associée à une aggravation de la neuro-dégénérescence et des troubles cognitifs, tant sur le plan transversal que longitudinal, malgré les niveaux élevés d'activité physique de la cohorte. Ces résultats sont particulièrement importants dans le contexte du vieillissement, car les limitations de mobilité et l'augmentation du temps passé en position assise sont plus marquées chez les personnes âgées.

Cette étude apporte également des informations nouvelles et préliminaires permettant de comprendre comment la sédentarité peut interagir avec le risque génétique de développer la maladie d'Alzheimer. Dans une optique de médecine personnalisée, les professionnels de santé pourraient envisager d'évaluer non seulement le niveau d'activité physique des patients, mais aussi le temps qu'ils passent en position assise au cours de la journée, et recommander une réduction de cette sédentarité, en plus d'une augmentation de l'activité physique quotidienne.

Ces résultats sont importants pour la santé publique, la recherche et la vie quotidienne

Les implications de cette étude vont bien au-delà du laboratoire. À mesure que l'espérance de vie augmente et que les cas de maladie d'Alzheimer se multiplient, il devient de plus en plus urgent de comprendre comment les habitudes quotidiennes affectent la santé cérébrale.

Dans le domaine scientifique, ces découvertes viennent étayer le consensus de plus en plus large selon lequel la sédentarité constitue un facteur de risque indépendant de déclin cognitif. Ces résultats encouragent les chercheurs à inclure le temps passé en position assise comme variable clé dans les études sur le vieillissement et les fonctions cérébrales.

En médecine
, cette recherche souligne la nécessité d'aller au-delà des routines d'exercice et de prendre en compte le temps total que les patients passent assis lors de leurs évaluations. Réduire le temps passé en position assise pourrait devenir une stratégie précieuse et économique pour préserver la santé cognitive, en particulier chez les personnes âgées.

Dans les domaines de l'éducation et du travail, l'étude souligne les avantages d'intégrer davantage de mouvement dans les routines quotidiennes. Cela inclut des mesures simples telles que l'utilisation de bureaux debout, la promotion des réunions en marchant ou l'intégration de courtes pauses pour réaliser des activités dans les salles de classe et les bureaux.

Pour la société en général, le message clé est clair : préserver la santé cérébrale ne consiste pas seulement à faire de l'exercice régulièrement, mais aussi à rester actif tout au long de la journée. Encourager les gens, en particulier les personnes de plus de 50 ans, à rompre les longues périodes de sédentarité peut contribuer à retarder le vieillissement cognitif et à alléger le fardeau croissant que représentent les maladies neuro-dégénératives.

Cette étude menée par l'université de Vanderbilt et l'université de Pittsburgh transmet un message clair : le temps que vous passez assis est tout aussi important que la fréquence à laquelle vous bougez. En particulier pour les adultes de plus de 50 ans, et notamment pour ceux présentant une prédisposition génétique à la maladie d'Alzheimer, réduire le temps passé assis n'est pas facultatif, c'est essentiel.

En résumé, cette étude contribue à notre compréhension de la manière dont un comportement sédentaire accru est associé à la neuro-dégénérescence et aux changements cognitifs liés à la maladie d'Alzheimer.


Le cerveau en pause : comment la sédentarité affecte le contrôle inhibiteur tout au long de la vie


Des chercheurs de l'Université Lyon 1 (France), dans une étude publiée par Peer Community Journal en octobre 2025, révèlent que le temps passé assis, plutôt que le manque d'activité physique, est le principal facteur prédictif du déclin du contrôle inhibiteur entre 18 et 88 ans. Cette sédentarité nuit directement aux fonctions cognitives de manière continue tout au long de la vie.

Le contrôle inhibiteur, indicateur important de l'autonomie dans la vie quotidienne, se détériore avec l'âge. Cependant, le rôle du niveau d'activité physique et de la sédentarité dans le déclin progressif de cette fonction cognitive-motrice reste à élucider. Dans cette étude, les chercheurs ont examiné l'association entre le contrôle inhibiteur et trois prédicteurs : l'âge, l'activité physique et la sédentarité, au moyen de régressions multiples.

Soixante-dix-huit personnes, âgées de 18 à 88 ans, ont réalisé les tâches “Go-No-Go” et “Stop-Signal” afin d'évaluer respectivement le contrôle des impulsions motrices et l'inhibition réactive. Les chercheurs ont mesuré les niveaux de sédentarité (SB) et d'activité physique (PA) pendant quatre jours consécutifs à l'aide d'accéléromètres.

Le principal résultat est que la sédentarité, mais pas l'activité physique, prédit l'inhibition réactive, de façon similaire à l'âge. Autrement dit, une personne très âgée présentant une faible sédentarité serait plus susceptible d'interrompre une action qu'une personne plus jeune présentant une sédentarité plus élevée. Les données suggèrent qu'atteindre le niveau d'activité physique recommandé ne permet pas nécessairement d'atténuer l'association entre une faible fonction inhibitrice et une sédentarité élevée.

Plus intéressant encore, les méfaits de la sédentarité n’étaient pas contrecarrés par le niveau d’activité physique. En d’autres termes, même si une personne active atteignait les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé en réalisant plus de 150 min d’activité physique modérée par semaine, le fait qu’elle soit sédentaire pourrait réduire sa capacité d’inhibition, quel que soit son âge. Dans cette étude, des personnes âgées de 80 ans et non sédentaires avaient ainsi de meilleurs scores d’inhibition que des jeunes de 20 ans ayant un comportement sédentaire.

Concernant la sédentarité chez les jeunes et, plus particulièrement chez les étudiants, en moyenne, les étudiants passent huit heures par jour en position assise ou allongée. Ils sont plus sédentaires les jours de cours que les jours de repos. Ces comportements sont accentués en fonction de l’année d’étude.

Il est donc primordial de trouver des solutions adaptées à chaque public pour réduire le taux de sédentarité.


Comportement sédentaire et santé cérébrale tout au long de la vie


Une équipe des chercheurs de Shenzhen University (Chine), University of Potsdam (Allemagne), Université de Rennes (France), University of Southern California (USA) et al dans une étude, publiée dans Trends in Cognitive Sciences en avril 2024, associe la sédentarité à une dégradation de la santé cérébrale, notamment par une baisse des performances cognitives et des risques de démence.

L’étude analyse l'impact de la sédentarité sur la structure et le fonctionnement du cerveau tout au long de la vie, en soulignant que cet impact varie selon que l'activité soit cognitivement active ou passive. Elle souligne que les comportements sédentaires passifs, comme la télévision, sont plus néfastes que les activités sédentaires actives et préconise des interruptions régulières pour protéger le cerveau.

Il est établi que des niveaux élevés d'activité physique ont des effets bénéfiques sur la santé cérébrale tout au long de la vie. Cependant, le rôle de la sédentarité est moins bien compris.

Dans cette revue, les chercheurs résument et analysent les données probantes concernant l'impact de la sédentarité sur la santé cérébrale, notamment les performances cognitives, les mesures structurelles et fonctionnelles du cerveau et le risque de démence, pour différents groupes d'âge.

Ils comparent de manière critique les méthodes d'évaluation de la sédentarité et proposent des perspectives sur les nouvelles possibilités d'évaluation de la sédentarité grâce aux technologies numériques.

Tout au long de la vie, certaines caractéristiques de la sédentarité – en particulier son caractère cognitif actif ou passif – peuvent modérer les liens entre la sédentarité et certains indicateurs de santé cérébrale.

Les chercheurs mettent en évidence que, malgré des résultats mitigés, interrompre les périodes de position assise prolongée par des pauses actives peut atténuer les effets néfastes sur le cerveau.

Ils soulignent les défis et les perspectives de recherche future visant à fournir des données empiriques plus solides sur ces observations. Le type de sédentarité – par exemple, sédentarité cognitivement active ou sédentaire cognitivement passive – semble être lié différemment à la santé cérébrale, mais des études supplémentaires prenant en compte les relations dose-réponse et le contexte sont nécessaires pour confirmer cette relation.

Les études futures devraient utiliser des approches novatrices pour saisir la sédentarité au sein du cycle d’activité de 24 heures dans des contextes de vie courante écologiquement valides, évaluer les caractéristiques et le contexte de la sédentarité et considérer différents niveaux d’analyse, afin de parvenir à des conclusions robustes sur les relations entre la sédentarité et la santé cérébrale.


Impact de la sédentarité professionnelle sur la santé mentale : une revue systématique et une méta-analyse


Une équipe des chercheurs de l’Université Clermont Auvergne, Université Lumière -Lyon 2 (France), University of Isfahan (Iran) et Hong Kong Baptist University, dans une étude, publiée par Plos One en août 2025, a pour objectif d'identifier et de synthétiser systématiquement la littérature examinant le lien entre la sédentarité au travail et la santé mentale.

Malgré de nombreuses méta-analyses sur les effets de la sédentarité pendant les loisirs, l'impact de la sédentarité au travail sur la santé mentale reste largement controversé.

Les bases de données PubMed, Embase, Cochrane et Psycinfo ont été consultées afin d'identifier les articles rapportant les risques pour la santé mentale liés à la sédentarité professionnelle.

Les chercheurs ont effectué une méta-régression sur les facteurs d'influence potentiels. Ils ont également réalisé une méta-analyse à effets aléatoires en incluant tous les risques et les niveaux intermédiaires et sévères de troubles mentaux, suivie d'une analyse de sensibilité sur les troubles mentaux sévères, en utilisant :

* tous les risques, puis
* les risques les plus faibles entièrement ajustés,
* les risques les plus faibles bruts ou moins ajustés (modèles pessimistes),
* les risques les plus élevés entièrement ajustés et
* les risques les plus élevés bruts ou moins ajustés (modèles optimistes).

La méta-analyse majeure portant sur plus de 40.000 travailleurs, établit une corrélation directe entre l'exposition à la sédentarité occupationnelle et l'effondrement des indicateurs de santé mentale. Les données montrent une augmentation moyenne de 34% du risque de troubles mentaux globaux. L’âge pourrait être un facteur de risque accru de troubles mentaux en cas d’exposition à la sédentarité professionnelle, tandis qu’un niveau d’études élevé réduirait ce risque.

Une analyse segmentée révèle des chiffres alarmants pour les décideurs :

Dépression :
le risque de symptômes dépressifs augmente de 44% chez les salariés les plus sédentaires.

Anxiété : une hausse spectaculaire de 83% des risques est observée, un chiffre qui impacte directement l'absentéisme et la fluidité opérationnelle.

Détresse psychologique : une élévation significative du stress perçu et de la fatigue émotionnelle.

Burnout : les données indiquent une tendance émergente avec un risque multiplié par 2,49. Bien que ce point précis nécessite encore des études complémentaires pour atteindre une certitude statistique absolue, il constitue un signal faible que les préventeurs ne peuvent plus ignorer.

Conclusion. La méta-analyse montre que la sédentarité au travail augmente le risque de troubles de santé mentale. L'hétérogénéité des résultats n'a pas permis de tirer de conclusions définitives quant aux variables susceptibles d'influencer davantage ce risque.


Comportements sédentaires et risque de dépression : une méta-analyse d'études prospectives



Des chercheurs de Huazhong University of Science and Technology (Hubei, Chine) dans une étude, publiée par Translational Psychiatry en janvier 2020, ont réalisé une méta-analyse d'études prospectives afin d'identifier l'impact de la sédentarité sur le risque de dépression.

Les données épidémiologiques concernant l'association entre la sédentarité et le risque de dépression sont contradictoires. Les chercheurs ont effectué une recherche systématique dans les bases de données PubMed et Embase jusqu'en juin 2019 pour recenser les études de cohorte prospectives examinant la relation entre la sédentarité et le risque de dépression.

Les risques relatifs (RR) combinés et leurs intervalles de confiance (IC) à 95% ont été calculés par méta-analyse à effets aléatoires. Des analyses de méta-régression, des analyses de sous-groupes et des analyses de sensibilité ont également été réalisées afin d'explorer les sources potentielles d'hétérogénéité.

Douze études prospectives, incluant 128.553 participants, ont été recensées. Une association positive significative entre la sédentarité et le risque de dépression a été observée.

Les analyses de sous-groupes ont révélé que regarder la télévision était positivement associé au risque de dépression, contrairement à l'utilisation d'un ordinateur. Les comportements sédentaires mentalement passifs pourraient augmenter le risque de dépression, tandis que l'effet des comportements sédentaires mentalement actifs n'était pas significatif.

Les comportements sédentaires étaient positivement associés à la dépression diagnostiquée cliniquement, tandis que ces associations n'étaient pas statistiquement significatives lorsque la dépression était évaluée par l'échelle CES-D et le test de dépistage Prime-MD.

Cette étude suggère que les comportements sédentaires mentalement passifs, comme regarder la télévision, pourraient augmenter le risque de dépression. Des interventions visant à réduire ces comportements sédentaires pourraient contribuer à prévenir la dépression.

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La lutte contre la sédentarité est le nouveau levier de santé mentale en entreprise


Dans le paysage économique actuel, marqué par une transition massive vers les services et la dématérialisation, le poste de travail est devenu paradoxalement l’un des principaux vecteurs de dégradation de la santé publique. une menace plus invisible et tout aussi coûteuse émerge des données cliniques : la sédentarité chronique.

“Paradoxe de la sédentarité”. Contrairement à la sédentarité de loisir (comme regarder la télévision), la sédentarité au bureau est souvent “mentalement active” (réunions, analyses complexes). Si cette activité cognitive peut sembler protectrice au premier abord, elle est en réalité piégeuse. Cette charge mentale, dépourvue de micro-pauses de mouvement, sature les capacités de régulation du stress. La science moderne prouve que l'immobilité au travail est un stress physiologique silencieux mais dévastateur.

Le cerveau a besoin de mouvement

Pour dé-stigmatiser les troubles mentaux en entreprise, il est crucial d'expliquer que l'épuisement n'est pas une faille de caractère, mais une conséquence biologique.

Physiologiquement, l'activité musculaire stimule la libération de neurotransmetteurs essentiels : la sérotonine – régulateur de l'humeur–, la dopamine – moteur de la motivation – et les endorphines – anxiolytiques naturels –. À l'inverse, l'immobilité prolongée agit comme un stress physiologique constant qui sature le système nerveux parasympathique.

Chaque salarié possède un seuil de tolérance. Une personne avec une faible vulnérabilité génétique peut sombrer si le stress sédentaire est trop intense. Même l'individu le plus résilient, s'il est privé de mouvement et exposé à un stress environnemental constant, finira par développer des symptômes psychotiques ou dépressifs. En favorisant le mouvement, on optimise l'oxygénation cérébrale et la neuroplasticité, augmentant ainsi le “tampon de résilience” des équipes face aux exigences de productivité.

Les interventions "corps-esprit"

Les interventions corps-esprit (Mind-Body Exercises - MBE) sont des protocoles de santé structurés. Ces pratiques sont particulièrement efficaces pour les populations sédentaires, car elles comblent le fossé entre effort physique et régulation émotionnelle.

L'exercice de faible à modérée intensité est souvent plus efficace contre la dépression que l'entraînement intensif. Le sport de haute intensité peut, chez certains salariés déjà stressés, exacerber les réponses biologiques au stress. Pour un impact maximal sur la santé mentale, il est donc plus stratégique de promouvoir le yoga ou la marche active plutôt que d'inciter uniquement à des séances de crossfit épuisantes entre midi et deux.

Stratégies d'intervention multi-niveaux : de l'individu à l’organisation

Le niveau physique et individuel. L'installation de bureaux assis-debout pour alterner les postures de travail est un levier primaire. De nombreux salariés craignent d'être perçus comme “ne travaillant pas” s'ils sont debout. Le rôle du manager est ici de légitimer le mouvement comme un acte de professionnalisme.

Le niveau social et organisationnel. les “pauses actives” de quelques minutes améliorent immédiatement les fonctions exécutives et l'attention. Ces pauses doivent être institutionnalisées. Pour initier cette transformation culturelle, des outils d'intelligence collective comme La Fresque du Mouvement sont indispensables. Ils permettent de sensibiliser les équipes non par la contrainte, mais par la compréhension des enjeux physiologiques, créant ainsi une adhésion durable.

La Fresque du Mouvement.
Ce sont des ateliers immersifs pour comprendre les effets de la sédentarité et de l’inactivité physique.

Conclusion

La lutte contre la sédentarité est la nouvelle frontière de la santé au travail. À l'aube de 2026, les entreprises qui prospèreront seront celles qui auront compris que le capital humain n'est pas une ressource statique, mais un écosystème biologique nécessitant du mouvement pour rester créatif et engagé.

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Lignes directrices de l’OMS sur l’activité physique et la sédentarité

L’activité physique est bonne pour le cœur, le corps et l’esprit. La pratique d’une activité physique régulière peut prévenir et aider à gérer les maladies cardiaques, le diabète de type 2 et le cancer, responsables de près des trois quarts des décès dans le monde. L’activité physique peut également réduire les symptômes de dépression et d’anxiété et améliorer la réflexion, l’apprentissage et le bien-être général.

Toute quantité d’activité physique vaut mieux qu’aucune activité physique, et plus, c’est mieux. Dans l’intérêt de la santé et du bien-être, l’OMS recommande que les adultes pratiquent au moins 150 à 300 minutes d’activité aérobique d’intensité modérée par semaine, ou la durée équivalente d’activité d’intensité soutenue ; et que les enfants et les adolescents pratiquent en moyenne 60 minutes d’activité physique aérobique d’intensité modérée par jour.

Toute activité physique compte. L’activité physique peut être pratiquée au travail, pour se déplacer (à pied, en roller et à vélo), sous forme de sport ou de loisir, ou encore dans le cadre des tâches ménagères et quotidiennes.

Le renforcement musculaire est bénéfique pour tous. Les personnes âgées (de 65 ans et plus) devraient ajouter des activités physiques qui mettent l’accent sur l’équilibre et la coordination et des exercices de renforcement musculaire, pour contribuer à prévenir les chutes et pour une meilleure santé.

Une sédentarité excessive peut être mauvaise pour la santé. Elle peut accroître le risque de maladies cardiaques, de cancer et de diabète de type 2. Limiter la sédentarité et être actif est bon pour la santé.

Tout le monde a intérêt à être plus actif et moins sédentaire. Y compris les femmes enceintes et en post-partum, et les personnes qui souffrent d’une affection chronique ou d’un handicap.

Contrecarrer la sédentarité


Afin de lutter contre les maladies chroniques, l’accent a été mis ces dernières années sur le respect des recommandations en termes d’activité physique. Tout en gardant à l’esprit qu’un mode de vie actif est indissociable d’une bonne santé physique et mentale, il est important de tourner également les projecteurs vers la sédentarité, qui est un mal un peu plus sournois. Il ne nous vient pas directement à l’esprit que rester sur sa chaise toute la journée au travail est néfaste pour notre santé, alors que l’on pratique occasionnellement une activité sportive.

Comment limiter la sédentarité

* Bouger 1 à 3 minutes toutes les 30 et 60 minutes.

* Intégrer 150 minutes d'activité physique modérée par semaine, bien que cela ne compense pas totalement les effets d'une sédentarité extrême.

* Limiter les longues périodes assises, notamment pour le travail, est une routine à prendre au quotidien.

* Promouvoir des postes de travail permettant d'alterner entre la position assise et la position debout.

* La pause active aurait des effets bénéfiques sur l’efficacité et la fatigue au travail.

* L’utilisation de stations de travail “actives” serait une alternative efficace et acceptée par les étudiants en cours.

* Pendant les loisirs, limiter les temps d’écran est indispensable chez les jeunes et moins jeunes pour réduire les comportements sédentaires.


La sédentarité n’est pas une fatalité. Il existe des méthodes simples et efficaces pour rompre les mauvaises 
habitudes. Éduquer et bouger tout au long de la vie reste un enjeu de santé publique majeur. Encourager 
les gens, en particulier les personnes de plus de 50 ans, à rompre les longues périodes de sédentarité 
peut contribuer à retarder le vieillissement cognitif et à alléger le fardeau croissant 
que représentent les maladies neuro-dégénératives.



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