samedi 30 mai 2026

Pourquoi l'Obésité Est une Maladie du Cerveau – L'influence des Aliments Ultratransformés






L’obésité est sans doute l'un des plus grands défis sanitaires de notre époque. Selon une vaste étude publiée en mars 2025 dans The Lancet, près de 2 milliards de personnes souffraient déjà de surpoids ou d'obésité en 2021. Et les projections sont loin d'être rassurantes : d'ici 2050, ce chiffre pourrait grimper à 3,8 milliards.

L’obésité n’est pas due à un manque de volonté. Il ne s’agit pas non plus d’un problème individuel. C’est une maladie complexe profondément enracinée dans un cerveau adapté pour survivre à la pénurie.

L’obésité débute dans le cerveau, et nous savons aujourd’hui que son développement tout comme son traitement ne sont pas les mêmes chez les hommes et les femmes. Cette pandémie silencieuse, qui progresse parallèlement au diabète de type 2 – l’une de ses principales complications – touche déjà plus d’un milliard de personnes dans le monde.

Alors que notre environnement devient de plus en plus “obésogène” (qui favorise l'obésité), le cerveau continue de fonctionner selon des règles ancestrales qui rendent difficile le maintien de la perte de poids, même avec des médicaments aussi révolutionnaires que le sémaglutide (Ozempic). Ce changement de perspective transforme les traitements actuels et ouvre la voie à de nouvelles thérapies ciblant directement le cerveau.

Un cerveau ancestral dans un environnement moderne

L’obésité et le surpoids sont habituellement décrits comme un excès de graisse ou un problème métabolique. Mais leur origine profonde réside dans le système nerveux central, en particulier dans l’hypothalamus, la région qui agit comme un “thermostat énergétique”. Pendant 95 % de notre histoire évolutive, nous avons vécu dans la pénurie : marcher, chasser et cueillir étaient indispensables, et le cerveau a développé des mécanismes très efficaces pour défendre la masse graisseuse, car la perdre pouvait signifier ne pas survivre.

Ce “cerveau ancestral” fonctionne aujourd’hui dans un environnement totalement opposé : aliments hypercaloriques disponibles 24 heures sur 24, sédentarité, stress chronique, troubles du sommeil et régimes alimentaires ultratransformés.

Il en résulte un déséquilibre entre notre biologie et notre mode de vie, qui est amplifié chez les personnes qui présentent des prédispositions génétiques. À cela s’ajoute un élément que la recherche commence à explorer clairement : le système qui régule le poids ne fonctionne pas de la même manière chez les hommes et chez les femmes.

L’hypothalamus : là où commence l’obésité

L’hypothalamus intègre des signaux hormonaux – comme la leptine ou l’insuline – métaboliques et sensoriels afin d’équilibrer l’énergie ingérée et celle qui est dépensée. Quand nous perdons du poids, le cerveau interprète la situation comme une menace et il active de puissants mécanismes de défense : il augmente l’appétit, réduit la dépense énergétique et renforce une “mémoire métabolique ou obésogène” qui pousse à reprendre le poids perdu.

C’est pourquoi, même si l’alimentation et l’exercice physique sont essentiels à la santé et doivent toujours constituer la première prise en charge, ils ne suffisent pas chez de nombreuses personnes pour inverser l’obésité lorsque les circuits cérébraux sont déjà altérés. Ce point n’invalide pas les bienfaits d’un mode de vie sain : il reconnaît simplement que, dans certains cas, le cerveau a besoin d’un soutien pharmacologique pour sortir de la boucle obésogène.

Quand l’hypothalamus s’enflamme – à cause du stress, d’un régime hypercalorique, d’un manque de sommeil, de troubles hormonaux ou d’une prédisposition génétique –, l’activité des neurones qui régulent la faim et la satiété est perturbée. Certaines personnes parviennent à retrouver spontanément leur poids initial après avoir trop mangé ; d’autres, en revanche, présentent un “frein hypothalamique” moins efficace et prennent plus facilement du poids. La différence réside dans le cerveau.

Perspective de genre : deux cerveaux, deux réponses



Les neurones hypothalamiques AgRP – qui stimulent la faim – et POMC – qui favorisent la satiété – régulent avec précision le comportement alimentaire. Cependant, l’hypothalamus n’est pas seulement un ensemble de neurones : il comprend également la microglie et les cellules immunitaires du cerveau, dont le rôle s’est avéré déterminant. Trois phases d’activation microgliale existent dans les premiers stades de la suralimentation :

* Une activation précoce, rapide et réversible.
* Une phase inflammatoire prolongée, qui perturbe les circuits de satiété.
* Une phase finale de dérégulation, au cours de laquelle les mécanismes censés limiter la prise de poids ne fonctionnent plus.

Ces phases ne se comportent pas de la même manière chez les hommes et chez les femmes. Chez les modèles murins, les femelles présentent une réponse neuro-immune plus stable et protectrice, ce qui pourrait expliquer pourquoi elles développent l’obésité plus tardivement. Ce schéma rappelle ce que l’on observe chez les femmes pré-ménopausées.

Avant la ménopause, les femmes ont un risque moindre de maladies métaboliques et cardiovasculaires que les hommes, grâce à l’effet protecteur des œstrogènes. Mais cette protection diminue pendant la périménopause et la ménopause, une période encore très peu étudiée et critique pour le risque cardio-métabolique.

De plus, dans les modèles animaux et les cultures cellulaires, les chercheurs ont détecté des altérations très précoces – au niveau de la microglie, de signaux lipidiques comme les endocannabinoïdes et de la sensibilité neuronale à l’insuline – avant même l’apparition de changements visibles dans les tissus périphériques. Cela suggère que le déclencheur initial de l’obésité est cérébral. Il est essentiel d’intégrer cette perspective de genre pour progresser vers des traitements plus précis et plus efficaces.

Nouvelles thérapies contre l’obésité : incrétines et nano-médecine ciblant le cerveau


Le traitement de l’obésité a radicalement changé depuis 2021 avec les agonistes du récepteur GLP-1. Le semaglutide et d’autres médicaments de la famille des incrétines, initialement développés pour le diabète de type 2, ont démontré une capacité remarquable à réduire le poids grâce à des actions à la fois périphériques et centrales.

Cependant, ils présentent des limites connues : effets gastro-intestinaux, perte de masse maigre, reprise de poids après l’arrêt du traitement ou réponses variables selon le profil biologique du patient. Des études récentes montrent également des différences selon le sexe : les femmes pré-ménopausées ont tendance à mieux répondre à ces traitements que les hommes.

Nous avons besoin de traitements qui agissent directement sur le cerveau, avec une plus grande précision et moins d’effets systémiques. C’est là que la nano-médecine qui cible le cerveau ouvre de nouvelles perspectives.

Des chercheurs développent des nano-plateformes – micelles polymères, nanoparticules protéiques ou formulations intranasales – capables de transporter des médicaments de manière sélective vers le cerveau. Ces technologies permettent d’encapsuler des molécules qui, si elles étaient administrées sans protection, seraient inefficaces ou toxiques, afin de les diriger vers les cellules qui contrôlent l’appétit et l’homéostasie énergétique.

Ces approches pourraient compléter ou renforcer les incrétines, réduire leurs effets secondaires, améliorer l’observance aux traitements et augmenter le nombre de patients qui y répondent. Elles constituent un moyen de traiter l’obésité depuis son origine cérébrale, grâce à des interventions plus personnalisées et durables.

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Revue sur l’obésité hypothalamique : des mécanismes fondamentaux aux perspectives cliniques


Une équipe de chercheurs de l’Université de Santiago de Compostela, Hospital Infantil Universitario Niño Jesús, Madrid (Espagne), University of Cambridge, (R.U.) Universitätsmedizin Berlin, (Allemagne),  Universidad San Sebastián, Santiago (Chili) et al, dans un rapport publié par The Lancet en janvier 2025, proposent une synthèse de l'obésité hypothalamique.

Une commission de 58 experts de différents pays et spécialités médicales et des patients en situation d’obésité, alerte sur les chiffres alarmants d’obésité dans le monde. Le but de cette commission a été d’élaborer un consensus à partir de données probantes actualisées.

Elle a défini l’obésité “clinique” comme une maladie chronique, systémique, liée à un excès d’adiposité dans de nombreux organes et tissus dont les fonctions sont altérées, avec ou sans anomalie de distribution ou fonction du tissu adipeux lui-même.

Ses causes sont multifactorielles et incomplètement comprises. Les lésions des organes atteints sont à l’origine de complications graves, métaboliques (diabète), cardiovasculaires, vasculaires cérébrales, rénales, de cancers et d’une mortalité proportionnelle à la masse grasse.

L’obésité “préclinique” répond à une adiposité excessive sans atteinte clinique, mais avec le risque d’évoluer vers l’obésité clinique et ses complications. La distinction entre obésité préclinique et clinique est nécessaire, tant en termes de prise charge clinique, que vis-à-vis des politiques de santé. Cette prise en charge se heurte à de nombreux écueils, à commencer par l’indice de masse corporelle (IMC) utilisé pour définir l’obésité et qui, mal utilisé, pénalise les approches de soins.

L’IMC est utile pour évaluer le risque épidémiologique et à des fins de dépistage :

* Supérieur à 40 kg/m2, il peut suffire à prédire une obésité.
* Compris entre 25 et 40 kg/m2, il n’est pas suffisant.

Le diagnostic d’obésité nécessite la mesure directe de la graisse corporelle, si elle est possible, ou le chiffrage de paramètres anthropométriques – tour de taille, rapports taille/hanches, tour de taille/hauteur – selon des méthodes validées et des seuils adaptés à l’âge, au sexe, à l’origine ethnique.

Pour parler d’obésité clinique, il est nécessaire de démontrer l’un ou l’autre de deux critères principaux : l’atteinte fonctionnelle d’un organe ou tissu due à l’obésité – signes cliniques, fonctions d’un ou plusieurs tissus ou organes – ; ou la réduction significative d’activités quotidiennes, ajustées à l’âge : mobilité, activités quotidiennes (toilette, habillement, continence, repas).

Les sujets atteints d’obésité clinique devront bénéficier d’un traitement de l’obésité elle-même ainsi que des atteintes cliniques associées en se fondant sur des niveaux de preuves probants afin de prévenir la progression vers des atteintes irréversibles.

Les patients dépistés en obésité préclinique devront bénéficier d’une prise en charge associant des recommandations en particulier d’activité physique, d’alimentation, d’accompagnement psychologique si besoin, d’un suivi médical et éventuellement un traitement destiné à réduire le risque d’évolution vers l’obésité clinique et les maladies associées en fonction du risque individuel de chacun.

Les décideurs politiques et les autorités sanitaires devront assurer aux sujets atteints d’obésité clinique ou d’obésité préclinique un accès équitable à une évaluation diagnostique, un suivi et des traitements adaptés au niveau de risque individuel par des professionnels ayant reçu une formation adaptée.

Les stratégies de santé publique visant à réduire l’incidence et la prévalence de l’obésité au niveau de la population, doivent être fondées sur des preuves, plutôt que des hypothèses non validées, et en associant l’obésité à une responsabilité individuelle. Les préjugés liés au poids et la stigmatisation qui en résulte sont des obstacles supplémentaires aux efforts de prévention et de traitement efficace de l’obésité.

Malgré la diversité des manifestations de l'obésité, de solides preuves génétiques, cliniques et expérimentales confirment le rôle important des circuits cérébraux dans cette pathologie. L'hypothalamus contient des circuits de régulation majeurs de l'homéostasie pondérale, dont le dérèglement peut entraîner l'obésité. Bien qu'une perturbation fonctionnelle des voies hypothalamiques puisse être à l'origine de formes courantes d'obésité, le terme “obésité hypothalamique” a été créé pour désigner les formes rares d'obésité sévère où un substrat hypothalamique clair, d'origine génétique ou acquise, peut être identifié.

Une compréhension approfondie de la pathogenèse, du tableau clinique et des cibles thérapeutiques de l'obésité hypothalamique repose sur la connaissance des bases physiologiques des voies hypothalamiques régulant le contrôle du poids corporel, des mécanismes – génétiques ou acquis –, de leur perturbation et des conséquences de cette perturbation.

Dans cette revue, les chercheurs proposent une synthèse de l'obésité hypothalamique, des mécanismes fondamentaux aux perspectives cliniques, en mettant l'accent sur les avancées récentes et les nouvelles pistes pour le diagnostic et le traitement précis de ces formes rares d'obésité.


Effets cardiovasculaires d'une intervention intensive sur le mode de vie dans le diabète de type 2


Le groupe de recherche Look AHEAD (Action for Health in Diabetes) de la faculté de médecine de l'université Brown, Instituts nationaux de la santé, faculté de médecine Johns Hopkins, Baltimore et al dans une étude, publiée par The New England Journal of Medicine en juillet 2013, a démontré qu'une intervention intensive sur le mode de vie chez des adultes diabétiques de type 2 en surpoids ou obèses ne réduit pas le taux d'événements cardiovasculaires majeurs.

L'étude Look AHEAD est un essai clinique randomisé majeur ayant suivi 5.145 patients âgés de 45 à 76 ans, avec un IMC moyen de 36,0 atteints de diabète de type 2 pendant 10 ans.

Son objectif était de déterminer si une intervention intensive sur le mode de vie – perte de poids, régime, activité physique – réduisait les risques cardiovasculaires par rapport à un groupe témoin recevant un soutien et une éducation sur le diabète.

Résultats cliniques. Aucune différence significative n'a été observée pour le critère de jugement principal : décès cardiovasculaire, infarctus du myocarde non fatal, accident vasculaire cérébral non fatal ou hospitalisation pour angine.

Résultats principaux de l'étude

Bien que l'objectif primaire (réduction des infarctus et AVC) n'ait pas été atteint, l'intervention intensive a apporté des améliorations notables :

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 Bénéfices métaboliques. Amélioration soutenue du contrôle glycémique, de la tension artérielle et du profil lipidique.

* Santé globale. Réduction de l'apnée du sommeil, des néphropathies et rétinopathies diabétiques, ainsi qu'une baisse de la dépression et de l'incontinence urinaire.

* Qualité de vie. Amélioration de la mobilité physique, diminution des douleurs articulaires (genoux) et réduction des coûts de santé globaux grâce à une moindre dépendance aux médicaments.

* Contexte. Le taux d'événements cardiovasculaires dans les deux groupes était bien inférieur aux prévisions initiales, ce qui suggère une gestion médicale efficace des facteurs de risque dans la cohorte globale.


Physiologie de la reprise de poids après une perte de poids : dernières découvertes


Des chercheurs de NUTRIM (Institute of Nutrition and Translational Research in Metabolism) à l’Université Maastricht (Pays-Bas) dans une étude, publiée dans Current Obesity Reports en mars 2025, met en lumière l'existence d'une “mémoire de l'obésité” persistante au niveau immunitaire et épigénétique.

Objectif.
Cette revue synthétise les recherches les plus récentes sur la physiologie de la reprise de poids. Elle décrit les avancées dans les domaines actuellement étudiés et qui pourraient ouvrir des perspectives prometteuses pour les recherches futures.

La reprise de poids survient indépendamment de la méthode employée pour obtenir une perte de poids antérieure – modification du mode de vie, chirurgie ou traitement médicamenteux –. Les récentes découvertes concernant la reprise de poids se répartissent en quatre axes.

Premièrement, la mémoire immunitaire de l’obésité : outre la persistance de cellules immunitaires favorisant la reprise de poids, des cellules capables de la réduire ont été identifiées.

Deuxièmement, le microbiote intestinal : une transplantation autologue (provenance du même organisme donneur/receveur) peut limiter la reprise de poids.

Troisièmement, la composition de la perte de poids : le pourcentage de masse maigre perdue est inversement proportionnel à la quantité de poids repris, indépendamment de la méthode de perte de poids.

Quatrièmement, la régulation de l’appétit : après une perte de poids, une activité hypothalamique altérée, favorisant la faim et la reprise de poids, persiste, possiblement via une modification des réponses à la neurotensine : composée de treize acides aminés, est localisée dans les neurones du cerveau et dans les cellules intestinales sécrétantes de nitrogène.

Points clés des découvertes

Mémoire immunitaire.
Des modifications épigénétiques induites par l'obésité persistent dans la moelle osseuse et le tissu adipeux après la perte de poids, entretenant une inflammation systémique qui facilite la reprise.

Persistance biologique. Environ 60 à 75% des changements génétiques observés dans les adipocytes durant l'obésité ne sont pas totalement inversés par la perte de poids, créant une vulnérabilité biologique durable.

Implications cliniques. Cette recherche explique pourquoi la régulation du poids est complexe : le corps ne revient pas simplement à un état métabolique “neutre“ après un régime.

Même après une perte de poids, le corps conserve des altérations dans les cellules immunitaires (notamment les monocytes) et dans le tissu adipeux qui favorisent la reprise pondérale.

Dans les quatre domaines étudiés, des preuves plus concluantes de leur rôle dans la reprise de poids restent nécessaires. La plupart des études sur les mécanismes physiologiques de la reprise de poids sont de nature associative et le nombre d'études d'intervention est très limité. Pour faire progresser la recherche, des études d'intervention rigoureusement conçues, tenant compte du caractère dynamique de la perte et de la reprise de poids, sont indispensables.


Redéfinir la chronologie : un cadre en trois phases de la micro-inflammation hypothalamique dans les maladies métaboliques


Des chercheurs de l’Universitat Internacional de Catalunya, Sant Cugat del Vallès (Espagne) dans une étude publiée par Reviews in Endocrine and Metabolic Disorders d’octobre 2025 examinent la dynamique de la micro-inflammation hypothalamique, son impact sur la résistance à l'insuline cérébrale et périphérique, ainsi que son rôle dans la perturbation de l'équilibre énergétique.

L'hypothalamus joue un rôle central dans la régulation de l'équilibre énergétique, et son dysfonctionnement contribue de manière significative au développement de maladies métaboliques telles que l'obésité et le diabète de type 2. Bien que l'inflammation périphérique ait fait l'objet de nombreuses études, l'inflammation hypothalamique, également appelée micro-inflammation hypothalamique, apparaît comme un événement précoce crucial dans la pathogenèse de ces maladies.

Cette réponse inflammatoire localisée, modérée mais persistante implique une interaction complexe entre différents types cellulaires, notamment la microglie, les astrocytes, les neurones et les tanycytes, qui présentent des variations temporelles et dynamiques. La micro-inflammation hypothalamique est déclenchée par divers facteurs de stress métaboliques, tels que les régimes riches en graisses, le vieillissement et l'activation gliale, et survient avant même que les tissus périphériques ne présentent des signes d'inflammation.

Dans cette revue, les chercheurs proposent un cadre conceptuel qui divise la progression de la micro-inflammation hypothalamique en trois phases distinctes :

* l’étincelle d’initiation, caractérisée par une signalisation inflammatoire rapide ;

* la transition adaptative, où des mécanismes compensatoires tentent de rétablir l’homéostasie ;

* la phase dysfonctionnelle, conduisant à une inflammation chronique et à un dysfonctionnement métabolique.

La compréhension de ces processus est essentielle pour identifier des cibles thérapeutiques et des fenêtres d'intervention précoce afin de prévenir ou d'inverser les maladies métaboliques.

Malgré des progrès significatifs dans la compréhension de l'inflammation hypothalamique, plusieurs questions cruciales demeurent, notamment les mécanismes précis à l'origine de cette réponse, la chronologie des événements moléculaires et cellulaires, et la réversibilité des modifications précoces.

De plus, des données récentes suggèrent que les différences liées au sexe influencent la susceptibilité et la progression de la micro-inflammation hypothalamique, complexifiant davantage notre compréhension.


Les œstrogènes synthétisés dans le système nerveux central augmentent l'expression du MC4R et réduisent l'apport alimentaire


Une équipe japonaise des Universités de santé Fujita, de Chiba et de Fukuoka (Japon) dans une étude publiée par The FEBS Journal de février 2025, a récemment mis en lumière le neuro-œstrogène, une forme d'œstrogène produite par le cerveau et susceptible de jouer un rôle clé dans le contrôle de la faim.

Le cerveau, un nouvel allié dans la lutte contre la prise de poids. Contrairement aux œstrogènes “classiques”, produits par les ovaires, les neuro-œstrogènes sont fabriqués directement dans le cerveau, grâce à une enzyme appelée aromatase. Jusqu'à récemment, leur rôle dans la régulation du poids restait mal connu.

Les chercheurs ont découvert que ces hormones cérébrales agissent sur un récepteur bien connu dans le domaine de l’appétit : le MC4R, situé dans l'hypothalamus. Chez des souris privées de neuro-œstrogènes, ils ont constaté une forte augmentation de la prise alimentaire, accompagnée d'un gain de poids rapide.

Mais une fois la production de neuro-œstrogènes rétablie, les souris ont commencé à manger moins, avec une activation nette du récepteur MC4R. Encore mieux : leur réponse à la leptine, l'hormone qui signale la satiété au cerveau, s'est nettement améliorée.

Les chercheurs ont observé que les souris dont les neuro-œstrogènes étaient rétablis répondaient plus efficacement au traitement à la leptine. Cela pourrait s'expliquer par le fait que les neuro-œstrogènes renforcent les mécanismes naturels de suppression de l'appétit.

Ces résultats suggèrent que les neuro-œstrogènes pourraient agir comme un frein naturel à la faim, une fonction particulièrement intéressante à explorer.

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Aliments ultratransformés : quels effets sur notre santé et comment réduire notre exposition ?


Souvent trop sucrés, trop salés et trop caloriques, les aliments ultratransformés contiennent en outre de nombreux additifs, arômes et autres substances résultant de leurs modes de fabrication industriels. Or, les preuves des liens entre leur consommation et divers troubles de santé s’accumulent.

Qu’appelle-t-on “aliments ultratransformés” ?

À l’heure actuelle, en France, on estime qu’en moyenne de 30 à 35 % des calories consommées quotidiennement par les adultes proviennent d’aliments ultratransformés. Cette proportion peut atteindre 60 % au Royaume-Uni et aux États-Unis. Si dans les pays occidentaux, les ventes de ces produits se sont stabilisées – quoiqu’à des niveaux élevés –, elles sont en pleine explosion dans les pays à revenu faible et intermédiaire.

Comme leur nom l’indique, les aliments ultratransformés sont des aliments, ou des formulations issues d’aliments, qui ont subi des transformations importantes lors de leur élaboration. Ils sont fabriqués de façon industrielle, selon une grande diversité de procédés – chauffage à haute température, hydrogénation, pré-traitement par friture, hydrolyse, extrusion, etc.– qui modifient radicalement la matrice alimentaire de départ.

Extrusion alimentaire. C’est un procédé industriel consistant à forcer un mélange d'ingrédients à travers une filière sous haute pression et température pour le cuire, le transformer et lui donner une forme spécifique. Cette technique combine malaxage, cisaillement et compression, permettant de créer des textures variées – expansées, croustillantes, lisses –. Elle est essentielle pour fabriquer en continu des céréales, pâtes, snacks, biscuits et substituts de viande.

Par ailleurs, les aliments ultratransformés sont caractérisés dans leur formulation par la présence de “marqueurs d’ultratransformation”, parmi lesquels les additifs alimentaires destinés à en améliorer l’apparence, le goût ou la texture afin de les rendre plus appétissants et plus attrayants : colorants, émulsifiants, édulcorants, exhausteurs de goût, etc. À l’heure actuelle, 330 additifs alimentaires sont autorisés en France et dans l’Union européenne.

En outre, des ingrédients qui ne sont pas concernés par la réglementation sur les additifs alimentaires entrent aussi dans la composition des aliments ultratransformés. Il s’agit par exemple des arômes, des sirops de glucose ou de fructose, des isolats de protéines, etc.

En raison des processus de transformation qu’ils subissent, ces aliments peuvent également contenir des composés dits “néoformés”, qui n’étaient pas présents au départ, et dont certains peuvent avoir des effets sur la santé.

Dernier point, les aliments ultratransformés sont généralement vendus dans des emballages sophistiqués, dans lesquels ils demeurent souvent conservés des jours voire des semaines ou mois. Ils sont aussi parfois réchauffés au four à micro-ondes directement dans leurs barquettes en plastique. De ce fait, ils sont plus susceptibles de contenir des substances provenant desdits emballages.

Les procédés possibles et les additifs autorisés pour modifier les aliments sont nombreux. Face à la profusion d’aliments présents dans les rayons des magasins, comment savoir si un aliment appartient à la catégorie des “ultratransformés” ?

Une classification pour indiquer le niveau de transformation


Un bon point de départ pour savoir, en pratique, si un produit entre dans la catégorie des aliments ultratransformés est de se demander s’il contient uniquement des ingrédients que l’on peut trouver traditionnellement dans sa cuisine. Si ce n’est pas le cas, s’il contient par exemple des émulsifiants, ou des huiles hydrogénées, etc., il y a de fortes chances qu’il s’agisse d’un aliment ultratransformé.

Dans le groupe des aliments ultratransformés figurent par exemple les sodas, qu’ils soient sucrés ou édulcorés, les légumes assaisonnés de sauces contenant des additifs alimentaires, les steaks végétaux reconstitués ou les pâtisseries, les confiseries et barres chocolatées avec ajout d’additifs, les nouilles déshydratées instantanées, les yaourts édulcorés…

Saucisses et jambons, qui contiennent des nitrites, sont classés comme “aliments ultratransformés”, tandis qu’une viande simplement conservée en salaison est considérée comme des “transformée”. De la même façon, les soupes liquides en brique préparées uniquement avec des légumes, des herbes et des épices sont considérées comme des ”aliments transformés”, alors que les soupes déshydratées, avec ajout d’émulsifiants ou d’arômes sont classées comme “aliments ultratransformés”.

Composés dits “néoformés”.
Ce sont des substances chimiques non présentes initialement dans une matière première, mais qui se créent lors de sa transformation. Dans le secteur alimentaire, ils apparaissent principalement sous l'effet de traitements thermiques – cuisson, fumage –, de fermentations ou de procédés de conservation. Ces réactions, comme la réaction de Maillard ou l'oxydation des lipides, peuvent générer des composés aux propriétés parfois toxiques, cancérogènes ou mutagènes.

Des aliments qui contiennent plus de sucre, plus de sel, plus de gras

Les aliments ultratransformés sont en moyenne plus pauvres en fibres et en vitamines que les autres aliments, tout en étant plus denses en énergie et plus riches en sel, en sucre et en acides gras saturés. En outre, ils pousseraient à manger davantage.

Il faut toutefois souligner que le fait d’appartenir à la catégorie “aliments ultratransformés” n’est pas systématiquement synonyme de produits riches en sucres, en acides gras saturés et en sel. En effet, la qualité nutritionnelle et l’ultra-transformation/formulation sont deux dimensions complémentaires, et pas colinéaires.

Cependant, depuis quelques années, un nombre croissant de travaux de recherche ont révélé que les aliments ultratransformés ont des effets nocifs sur la santé qui ne sont pas uniquement liés à leur qualité nutritionnelle.

Des effets sur la santé avérés, d’autres soupçonnés

Les chercheurs ont procédé à une revue systématique de la littérature scientifique sur le sujet. Celle-ci leur a permis d’identifier 104 études épidémiologiques prospectives.

Ce type d’étude consiste à constituer une cohorte de volontaires dont les consommations alimentaires et le mode de vie sont minutieusement renseignés, puis dont l’état de santé est suivi sur le long terme. Certains des membres de la cohorte développent des maladies, et pas d’autres. Les données collectées permettent d’établir les liens entre leurs expositions alimentaires et le risque de développer telle ou telle pathologie, après prise en compte de facteurs qui peuvent “brouiller” ces associations. Ce que les épidémiologistes appellent “facteurs de confusion” : tabagisme, activité physique, consommation d’alcool, etc.

Au total, 92 des 104 études publiées ont observé une association significative entre exposition aux aliments ultratransformés et problèmes de santé. Les 104 études prospectives ont dans un second temps été incluses dans une méta-analyse : autrement dit, une analyse statistique de ces données déjà publiées, afin d’effectuer un résumé chiffré de ces associations.

Les résultats obtenus indiquent que la mortalité prématurée toutes causes confondues était l’événement de santé associé à la consommation d’aliments transformés pour lequel la densité de preuve était la plus forte : une vingtaine d’études incluses dans la méta-analyse. C’est à dire que les gens qui consommaient le plus d’aliments ultratransformés vivaient en général moins longtemps que les autres, toutes choses étant égales par ailleurs en matière d’autres facteurs de risques.

Les preuves sont également solides en ce qui concerne l’augmentation de l’incidence de plusieurs pathologies : maladies cardiovasculaires, obésité, diabète de type 2 et dépression ou symptômes dépressifs.

La méta-analyse suggérait également une association positive entre la consommation d’aliments ultratransformés et le risque de développer une maladie inflammatoire chronique de l’intestin (quatre études incluses).

En ce qui concerne les cancers, notamment le cancer colorectal, les signaux indiquant une corrélation potentielle sont plus faibles. Il faudra mener d’autres études pour confirmer ou infirmer le lien.

Des résultats cohérents avec les travaux expérimentaux

Au-delà de ces études de cohorte, ces dernières années, diverses études dites “interventionnelles” ont été menées. Elles consistent à exposer des volontaires à des aliments ultratransformés et un groupe témoin à des aliments pas ou peu transformés, afin de suivre l’évolution de différents marqueurs biologiques, sur une période courte de deux ou trois semaines, afin de ne pas mettre leur santé en danger.

Ces résultats suggèrent que ce type de nourriture serait nocif à la fois pour la santé cardio-métabolique et pour la santé reproductive. Les aliments ultratransformés impactent donc la santé, et ce, très en amont du développement de maladies chroniques comme le diabète.

D’autres travaux expérimentaux révèlent que la consommation de certains émulsifiants qui sont aussi des marqueurs d’ultratransformation perturbe le microbiote. Elle s’accompagne d’une inflammation chronique, et a été associée au développement de cancers colorectaux dans des modèles animaux.

Au-delà du principe de précaution

Aujourd’hui, les choses sont différentes. Les connaissances accumulées grâce aux nombreuses recherches menées ces cinq dernières années dans le monde ont apporté suffisamment de preuves pour confirmer que la consommation d’aliments ultratransformés pose un réel problème de santé publique. Des indices collectés lors de travaux toujours en cours suggèrent également que certains colorants et conservateurs pourraient eux aussi s’avérer problématiques.

Nous sommes exposés à de très nombreuses substances. Or, les données scientifiques concernant leurs effets, notamment sur le long terme ou lorsqu’elles sont en mélange, manquent. Par ailleurs, tout le monde ne réagit pas de la même façon, des facteurs individuels entrant en ligne de compte. Il est donc urgent que les pouvoirs publics, sur la base des connaissances scientifiques les plus récentes, s’emparent de la question des aliments ultratransformés.

Quelles mesures prendre ?

Comme souvent en nutrition de santé publique, il est nécessaire d’agir à deux niveaux. Au niveau du consommateur, le cinquième programme national nutrition santé, en cours d’élaboration, devrait pousser encore davantage la recommandation de limiter la consommation d’aliments ultratransformés.
Il s’agira également de renforcer l’éducation à l’alimentation dès le plus jeune âge, et la formation des enseignants et des professionnels de santé, pour sensibiliser les publics à cette question.

En matière d’information des consommateurs, l’étiquetage des denrées alimentaires joue un rôle clé.

Il est également fondamental de ne pas faire porter tout le poids de la prévention sur le choix des consommateurs. Des modifications structurelles de l’offre de nos systèmes alimentaires sont nécessaires.

Un manque de transparence préjudiciable aux consommateurs

À l’heure actuelle, les doses auxquelles les additifs autorisés sont employés par les industriels ne sont pas publiques. Lorsque les scientifiques souhaitent accéder à ces informations, ils n’ont généralement pas d’autre choix que de faire des dosages dans les matrices alimentaires qu’ils étudient.

Le poids des enjeux économiques

Le manque de transparence ne se limite pas aux étiquettes des aliments ultratransformés. Il est également important de vérifier que les experts qui travaillent sur ces sujets n’ont pas de liens d’intérêts avec l’industrie.

Les découvertes scientifiques récentes doivent inciter la puissance publique à prendre des mesures qui feront passer la santé des consommateurs avant les intérêts économiques. Il s’agit là d’une impérieuse nécessité, alors que l’épidémie de maladies chroniques liées à la nutrition s’aggrave, détruit des vies et pèse de plus en plus sur les systèmes de santé.

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Un regard neuf sur un problème ancien

L’obésité n’est pas due à un manque de volonté, malgré la stigmatisation dont elle fait l’objet au niveau social. Il ne s’agit pas non plus d’un problème individuel. L’obésité est une maladie complexe, profondément enracinée dans un cerveau adapté à la survie en période de pénurie. Pour la traiter, il faut adopter une double approche : promouvoir des modes de vie sains et, quand cela se révèle nécessaire, recourir à des thérapies qui agissent sur les circuits cérébraux régulant le poids.


Longtemps incompris, le lien entre les hormones cérébrales et la prise de poids commence à émerger 
grâce à la science et cela pourrait aider des millions de personnes. Comprendre comment fonctionne 
– et comment échoue – l’hypothalamus sera essentiel pour freiner cette pandémie silencieuse du 
XXIe siècle. Et c’est là, dans le cerveau, que se livre la bataille scientifique la plus prometteuse.


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