dimanche 3 mai 2026

Que Perdons-nous en Déléguant la Lecture et l'Écriture à l'Intelligence Artificielle



Risque de compromettre notre aptitude à lire, à comprendre et
 à utiliser l'information écrite dans notre vie quotidienne


Lire est un acte millénaire et depuis des décennies, la lecture décline. L’essor de l'intelligence artificielle (IA), capable de résumer, analyser ou comparer à notre place, accélère la tendance. Lire ne sert pas seulement à compiler un flux de données, c’est un apprentissage intime qui éveille la conscience.

Depuis plusieurs décennies, le temps consacré à la lecture diminue. L'arrivée de l'intelligence artificielle, capable de “lire” et de synthétiser des livres ou des articles en quelques secondes, accentue cette tendance. Si ces outils séduisent par leur efficacité, ils soulèvent une question cruciale : que perdons-nous quand nous laissons la machine lire à notre place ?

Lorsque l’IA a commencé à se diffuser, on observait déjà, chez les enfants comme chez les adultes, un recul du temps consacré à la lecture par rapport aux décennies précédentes.

L'influence de l'IA transforme en profondeur notre rapport aux livres et aux différents types d'écrits, qu'ils soient prescrits dans un cadre scolaire, mobilisés pour la recherche ou choisis pour le plaisir de lire.

Bien avant que l'IA générative se répande, on constatait déjà un recul de la lecture de livres, aussi bien à des fins de loisir que d'apprentissage. C’est à craindre que l’IA ne précipite l’évolution, déjà en cours, de la place que les gens accordent à la lecture comme activité propre à l’humain.

Les chercheurs et les enseignants commencent seulement à s'intéresser de près à la capacité de l'IA à lire d'énormes ensembles de données, puis à produire des résumés, des analyses ou des comparaisons raisonnées d'ouvrages, d'essais et d'articles.

Aujourd'hui, un étudiant à qui l'on demande de lire un roman peut se contenter d'un résumé généré par l'IA, présentant l'intrigue et les principaux thèmes. Le terme “lecteur occasionnel” pourrait désormais s'appliquer à toute personne qui ne donne plus la priorité à la lecture, que ce soit par manque d'intérêt, parce qu'elle consacre plus de temps aux réseaux sociaux ou parce qu'elle laisse l'IA lire à sa place.

Résumer ou analyser des textes n'a rien de nouveau. CliffsNotes – petits guides états-uniens pour étudiants, proposant des fiches de lecture, des résumés de l'intrigue et des analyses des personnages et du style – existe depuis la fin des années 1950. Des siècles plus tôt, la Royal Society of London a commencé à produire des résumés d'articles scientifiques publiés dans son volumineux ouvrage, Philosophical Transactions. Au milieu du XXe siècle, les résumés sont devenus la norme dans les articles scientifiques.

Des possibilités inédites de contournement de la lecture

Internet a multiplié les moyens de contourner la lecture traditionnelle, par exemple :

Blinkist est une application qui propose principalement des résumés de livres de non-fiction d'environ quinze minutes – appelés des blinks – disponibles en format texte et audio.

BooksAI
est une plateforme qui utilise l'IA pour générer des résumés de livres et offrir des recommandations personnalisées. Parallèlement elle permet aux utilisateurs de discuter avec n'importe quel livre, simplement à partir de son titre et du nom de son auteur – aucune version numérique du livre n'est nécessaire. Nul besoin là encore, de lire vous-même les livres.

CliffsNotes s'avèrent d'une utilité limitée. Ils fournissent bien des résumés synthétiques, mais le travail effectif de la comparaison revient à l'étudiant.

Dans le monde de la recherche universitaire, des offres d'IA telles que SciSpace, Elicit et Consensus combinent la puissance des moteurs de recherche et des grands modèles linguistiques. Elles localisent les articles pertinents, puis les résument et les synthétisent, réduisant ainsi considérablement le temps nécessaire à la réalisation de bibliographies.

Grâce à de grands modèles de langage (LLM) ou à des outils spécialisés, tels que Google NotebookLM, l'IA se charge à la fois de la lecture et de la comparaison. Et elle génère même des questions intelligentes à poser en classe.

L'inconvénient tient au fait que l'on se prive d'un bénéfice fondamental de la lecture d'un roman initiatique : l'opportunité de développer sa réflexion personnelle en s'appropriant, par procuration, les épreuves vécues par le protagoniste.


La lecture chez les enfants et les jeunes en 2025

L'enquête “Annual Literacy Survey est menée au Royaume-Uni par le National Literacy Trust. Cette enquête en ligne, qui recueille les observations des enfants et des jeunes âgés de 5 à 18 ans, permet d'obtenir une mesure nationale cohérente de l'alphabétisation et de suivre les tendances annuelles en lecture, écriture, expression orale et écoute dans le pays.

Le rapport s'est appuyé sur 114.970 réponses à l’enquête annuelle sur l'alphabétisation, menée auprès d'enfants et de jeunes âgés de 5 à 18 ans au début de l'année 2025.

Il présente des conclusions sur le plaisir de lire, la fréquence et la motivation, et analyse les réponses en fonction de l'âge, du sexe, du milieu socio-économique et de la région géographique.

Ces enquêtes montrent que la crise de la lecture persiste, le nombre d'enfants et de jeunes qui déclarent aimer lire et lire quotidiennement continue de diminuer.

Plaisir de lire

En 2025, le pourcentage d'enfants et de jeunes qui ont dit aimer lire était le plus bas depuis 20 ans.

* Seulement 1 enfant ou jeune sur 3 âgé de 8 à 18 ans a déclaré aimer lire pendant son temps libre en 2025. Cela représente une diminution de 36% du plaisir de lire depuis que cette question a commencé à être posée en 2005.

* La baisse du plaisir de lire au cours de l'année dernière a été particulièrement marquée chez les enfants du primaire et les garçons, en particulier ceux âgés de 11 à 16 ans.

Fréquence de lecture

* Moins d'un enfant sur cinq âgé de 8 à 18 ans a déclaré lire quotidiennement pendant son temps libre en 2025, ce qui représente à nouveau le niveau le plus bas enregistré, avec une baisse de près de 20 points de pourcentage depuis 2005.

* Même chez les enfants âgés de 5 à 8 ans, les taux de lecture quotidienne ont baissé de 3,4 points de pourcentage au cours de l'année dernière pour atteindre 44,5%, et ont baissé de 9,1 points de pourcentage depuis que les enquêteurs ont commencé à interroger ce groupe d'âge en 2019.

* Les filles continuent de lire quotidiennement à un rythme plus élevé que les garçons, l'écart entre les sexes s'élargissant à 6,2 points de pourcentage, le plus important observé depuis 2023. Les enfants qui ne bénéficient pas du programme FSMs (Free School Meals) sont plus nombreux à lire quotidiennement (19,4%) que ceux qui en bénéficient (15,8%).

Qu'est-ce qui motiverait les enfants et les jeunes à lire (de 8 à 18 ans) ?

Pour lutter contre le déclin du plaisir et de la fréquence de lecture, il est important de mettre en lumière les facteurs qui incitent ou dissuadent les enfants et les jeunes de lire, en particulier ceux qui disent ne pas aimer lire. En 2025 :

* 2 enfants et jeunes sur 5 étaient motivés à lire lorsque le contenu était lié à leur film ou série télévisée préféré ou correspondait à leurs centres d'intérêt ou loisirs.

* 3 sur 10 étaient attirés par une couverture ou un titre intéressant.

* 1 sur 4 appréciait la liberté de choisir ce qu'il lisait.

Les enfants et les jeunes qui déclarent avoir peu de plaisir à lire, bien que moins engagés, reconnaissent néanmoins la valeur éducative de la lecture ; près de la moitié d'entre eux ont déclaré que cela les aidait à apprendre de nouveaux mots ou de nouvelles choses.

Beaucoup ont également choisi de lire des paroles de chansons, des articles d'actualité, des romans, des bandes dessinées et des fan-fictions (histoires créées par des fans pour des fans) pendant leur temps libre, ce qui montre comment ce groupe pourrait être réintéressé à la lecture. Les résultats suggèrent que ce groupe tirerait profit d'une lecture en phase avec ses intérêts personnels et d'autres médias, que les enfants et les jeunes, reconnaissent déjà comme faisant partie de leur vie culturelle.

Il a été établi qu'il existe des corrélations entre la lecture et le développement cérébral chez les enfants, mais aussi le bonheur, la longévité et le ralentissement du déclin cognitif.

Les chercheurs et les enseignants commencent seulement à s’intéresser de près à la capacité de l’IA à lire d’énormes ensembles de données, puis à produire des résumés, des analyses ou des comparaisons raisonnées d’ouvrages, d’essais et d’articles.

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L'Intelligence artificielle a rendu obsolètes les compétences traditionnelles en rédaction – l'éducation doit s'adapter


John Villasenor, professeur de rédaction à l'université UCLA, constate dans un article, publié en mai 2025 par Governance Studies Media Office, que de nombreux étudiants universitaires savent aujourd'hui ce que notre système éducatif n'a pas encore reconnu : l'intelligence artificielle a rendu obsolètes les compétences traditionnelles en rédaction.

L'IA peut effectuer la plupart des tâches d'écriture

Au cours des dernières années, les éducateurs ont débattu du rôle de l'IA dans l'écriture, mais les étudiants ont déjà compris la réalité : à l'avenir, la grande majorité des écrits seront produits à l'aide de l'IA. Il y aura des exceptions pour des professions telles que le journalisme, le droit et le monde universitaire, mais pour la plupart des étudiants, l'IA se chargera des tâches d'écriture courantes telles que les rapports, les bulletins d'information, les manuels et les lettres de motivation, de manière rapide et efficace.

Les programmes d'écriture actuels sont supervisés par des personnes qui ont atteint l'âge adulte avant l'ère de l'IA. Il existe un biais naturel qui pousse à vouloir enseigner aux étudiants à s'épanouir dans le monde que la plupart des enseignants connaissent le mieux, où la capacité à produire un document bien rédigé sans l'aide d'un ordinateur ouvrait la porte à des opportunités professionnelles autrement inaccessibles.

Mais ce monde appartient déjà au passé. Il vaut mieux repenser l'enseignement de l'écriture afin d'exploiter pleinement et sans complexe la puissance de l'IA, car c'est ainsi que presque tout le monde écrira à l'avenir. Cela implique de remplacer les règles interdisant l'utilisation de l'IA dans les devoirs d'écriture par des règles encourageant son utilisation responsable. Cela implique également d'enseigner aux élèves que le plagiat généré par l'IA reste du plagiat et que l'IA produit parfois des hallucinations.

Enfin, cela signifie aider les élèves à maîtriser l'utilisation de l'IA comme un multiplicateur de force afin d'améliorer la profondeur, la polyvalence et la rapidité de leur écriture. Cela nécessite notamment d'enseigner aux élèves comment évaluer la fluidité, l'organisation, la clarté et la cohérence logique et stylistique d'un texte. Cela leur permettra d'examiner et de peaufiner – souvent à l'aide de l'IA – les textes produits par l'IA qu'ils utiliseront dans presque tous leurs travaux d'écriture. Et contrairement à ce que l'on pourrait penser, il n'est pas nécessaire d'être un bon écrivain pour être doué pour évaluer l'écriture, tout comme quelqu'un qui ne sait pas jouer du piano peut néanmoins faire la différence entre un pianiste talentueux et un pianiste novice.

Contexte historique

Certains affirment que l'écriture traditionnelle favorise la discipline, la créativité et la pensée critique. Bien que valables, ces arguments reflètent les débats antérieurs sur l'écriture manuscrite. La calligraphie avait autrefois une valeur cognitive et esthétique, mais les claviers l'ont remplacée pour des raisons d'efficacité. De même, l'IA va transformer l'écriture, et il est de plus en plus irréaliste de résister à ce changement.

La démocratisation de la bonne écriture

La capacité à écrire a longtemps été liée à des privilèges : études supérieures et accès aux ressources. L'IA change cette dynamique en permettant à tout un chacun, quelle que soit son origine, de produire des textes clairs et bien structurés dans n'importe quelle langue. Si certains y voient une menace pour les institutions traditionnelles, il faut plutôt y voir une démocratisation de la communication écrite.

Remédier aux hallucinations de l'IA

Une critique courante à l'égard des textes générés par l'IA est leur tendance à produire des hallucinations, c'est-à-dire des informations erronées. Cependant, ce problème peut être résolu. Les utilisateurs peuvent vérifier les résultats de l'IA, et les outils futurs réduiront encore davantage les inexactitudes. Tout comme l'internet lent est devenu une relique du passé, les hallucinations diminueront avec les progrès technologiques.

Adapter notre système éducatif

Pour les étudiants actuels de l'université et du lycée, les capacités de l'IA ne sont pas plus surprenantes que l'accès à Internet ne l'était pour les jeunes d'il y a vingt ans. Leur demander de ne pas utiliser l'IA pour les aider à écrire n'a pas plus de sens que de dire aux étudiants de 2005 de ne pas utiliser Internet pour leurs recherches. Les jeunes d'aujourd'hui savent que, en matière d'écriture, le paysage technologique a subi un bouleversement radical, et ils ont déjà trouvé leurs nouveaux repères. Ceux qui sont chargés de leur enseigner doivent faire de même.


L'écriture manuscrite, mais pas la dactylographie, favorise la connectivité cérébrale généralisée : une étude EEG haute densité avec des implications pour la salle de classe


L'écriture manuscrite peut augmenter la connectivité cérébrale

Des chercheurs de l'Université norvégienne des sciences et technologies dans une étude, publiée dans le magazine Frontiers Psychology en janvier 2024, ont examiné l'impact différentiel de l'écriture manuscrite et de la dactylographie sur la connectivité cérébrale.

Pour ce faire, 36 étudiants ont été sélectionnés et leur activité cérébrale a été évaluée à l'aide d'un électroencéphalogramme (EEG) à haute densité, qui utilise un grand nombre d'électrodes placées sur le cuir chevelu pour enregistrer l'activité électrique du cerveau. L'expérience consistait à écrire à la main une série de mots plusieurs fois avec un stylo numérique en cursive ou à taper avec l'index, tout en enregistrant les données de l'électroencéphalographie.

Les résultats ont révélé une plus grande connectivité cérébrale lors de l'écriture manuscrite que lors de l'utilisation du clavier, en particulier dans les régions centrales et pariétales du cerveau, dont l'activité est liée à la formation de la mémoire et à l'apprentissage.

De plus, l'écriture manuscrite, mais pas la dactylographie, a généré des schémas de connectivité cérébrale plus élaborés et plus étendus dans les fréquences thêta et alpha, en particulier dans les régions centrales et pariétales, ce qui suggère une meilleure intégration sensori-motrice, une meilleure mémoire et une meilleure attention.

Des différences significatives ont été observées dans les schémas de connectivité entre l'écriture manuscrite et la dactylographie, avec différentes connexions pertinentes qui n'étaient présentes que dans le premier cas. La dactylographie n'a pas activé les réseaux neuronaux de manière aussi étendue, ce qui suggère qu'elle est moins efficace pour l'activité de certaines connexions neuronales liées à la mémoire et à l'apprentissage que l'écriture manuscrite.

Résultats clés

Meilleure connectivité. L'écriture manuscrite augmente la connectivité entre les différentes régions du cerveau, un phénomène qui n'est pas observé lors de la saisie au clavier.

Activation des zones cérébrales. L'écriture manuscrite sollicite un plus grand nombre de zones cérébrales, tandis que la saisie au clavier n'en active que quelques-unes.

Connectivité motrice et visuelle. L'écriture manuscrite synchronise les zones du cerveau qui traitent les informations motrices et visuelles avec celles qui sont essentielles à la formation de la mémoire.

Ondes cérébrales spécifiques. Lors de l'écriture manuscrite, des fréquences d'ondes cérébrales telles que les ondes alpha et thêta, associées à l'apprentissage et à l'attention, sont activées, ce qui n'est pas le cas lors de la saisie au clavier.

Différences entre l'écriture et la dactylographie. Contrairement aux mouvements répétitifs du clavier, les mouvements précis et variés de la main lors de l'écriture manuscrite stimulent davantage les connexions neuronales, améliorant ainsi l'efficacité de l'apprentissage.

Implications pour la salle de classe

Rétention d'informations. Les résultats suggèrent que l'écriture manuscrite pourrait être plus bénéfique pour l'encodage de nouvelles informations et la formation de la mémoire, ce qui est essentiel à l'apprentissage.

Développement cognitif. Il est important de maintenir l'écriture manuscrite dans les environnements éducatifs, car l'utilisation exclusive de claviers pourrait ne pas activer les réseaux neuronaux nécessaires aux processus cognitifs complexes.

Difficultés pour les enfants. L'étude explique également pourquoi les enfants qui apprennent à lire et à écrire sur une tablette pourraient avoir des difficultés à différencier les lettres symétriques (telles que « b » et « d »), car ils n'ont pas physiquement expérimenté l'action de produire ces lettres.

En conclusion, cette étude suggère que l'écriture manuscrite active des réseaux neuronaux spécifiques et améliore la connectivité cérébrale, ce qui peut favoriser des processus cognitifs plus complexes et un apprentissage plus efficace. Contrairement à la saisie au clavier, qui implique des mouvements répétitifs, les mouvements précis nécessaires à l'écriture manuscrite stimulent davantage de zones du cerveau. Il peut donc être important de maintenir l'écriture manuscrite dans les environnements éducatifs, car l'utilisation exclusive de claviers pourrait nuire à la capacité d'apprentissage des élèves à long terme.


Cinq raisons pour lesquelles les enfants doivent encore apprendre à écrire à la main


Des chercheurs de Deakin University (Australie) dans une étude, publiée sur The Conversation en juin 2023, réfléchissent à la réalité d’un certain nombre de raisons importantes pour lesquelles l’écriture manuscrite sera toujours enseignée, et doit toujours être enseignée, dans les écoles.

Le monde de l’écriture est en pleine mutation. D’abord, il y a eu claviers, les saisies automatiques de mots ou de phrases sur les messageries. Une ère dont on est déjà en train de tourner la page. Avec l’essor de l’intelligence artificielle, des robots peuvent désormais produire des textes d’un niveau comparable aux textes écrits par des humains, sans recours à une intervention manuelle.

Avec les récentes améliorations des logiciels de transcription, même les humains qui écrivent peuvent se passer de clavier, encore plus d’un stylo. Grâce à l'IA, des décodeurs capables d'analyser l'activité cérébrale par balayage non invasif peuvent même générer du texte.

Les écrivains du futur seront des bavards et des penseurs qui n’ont pas besoin de lever le petit doigt. Le mot “écrivain” pourrait évoluer vers une signification très différente, les gens composant des textes de multiples façons dans un monde de plus en plus numérique. De même, l'écriture manuscrite reste indispensable.

Les parents peuvent se demander si cela vaut encore la peine de consacrer du temps au difficile apprentissage de l’écriture manuscrite. Les efforts déployés ne seraient-ils pas mieux investis dans une initiation au codage ? Après tout, des élèves en situation de handicap apprennent déjà à écrire avec des technologies d’assistance.

Mais il existe un certain nombre de raisons importantes pour lesquelles l’écriture manuscrite sera toujours enseignée – et doit toujours être enseignée – dans les écoles :

1. L’écriture développe la motricité fine

L’écriture manuscrite développe la motricité fine essentielle et la coordination nécessaires au contrôle de mouvements précis, indispensables au quotidien, que ce soit à l’école ou plus tard dans la sphère professionnelle.

Le perfectionnement de ces capacités motrices se traduit par une écriture de plus en plus lisible et fluide. Nous ne savons pas où la technologie nous mènera, mais il se peut qu’elle nous ramène au passé.

L’écriture manuscrite pourrait être plus importante que jamais si les tests et les examens reviennent à l’écriture manuscrite pour empêcher les étudiants d’utiliser l’IA générative pour tricher.

2. Écrire à la main facilite la mémorisation

L’écriture manuscrite présente d’importants avantages cognitifs, notamment pour la mémoire. Les recherches suggèrent que les notes prises avec un stylo sont mieux mémorisées que celles prises sur un ordinateur, en raison de la plus grande complexité du processus d’écriture manuscrite.

L’apprentissage de la lecture et de l’écriture sont intimement liés. Les élèves deviennent de meilleurs lecteurs en s’exerçant à écrire.

3. Un outil pour la création graphique

L’écriture manuscrite et les activités connexes telles que le dessin peuvent être des sources de créativité et de bien-être à tout âge.

La popularité de pratiques telles que la tenue d’un journal intime et la calligraphie en est la preuve. Il existe de nombreuses communautés en ligne où les écrivains partagent des très beaux exemples de création graphique.

4. Une grande souplesse d’utilisation

L’écriture manuscrite ne sollicite ni électricité ni appareils, piles, logiciels, abonnements, connexion Internet, temps de chargement – et toutes ces autres choses dont dépend l’écriture numérique.

Elle ne suppose qu’un stylo et du papier. Et elle peut être pratiquée n’importe où.
Parfois, pour écrire une carte d’anniversaire, remplir des formulaires imprimés ou rédiger une note rapide, elle est la solution la plus simple et la meilleure.

5. L’écriture comme support de réflexion

Plus important encore, apprendre à écrire et à penser sont intimement liés. Les idées se forment au fur et à mesure que les élèves écrivent. Elles sont développées et organisées au fil de la composition. La réflexion est trop importante pour être déléguée à des robots.

L’enseignement de l’écriture consiste à donner aux élèves une boîte à outils composée de multiples stratégies d’écriture afin de leur permettre de réaliser leur potentiel en tant que communicants réfléchis, créatifs et compétents. Et l’écriture manuscrite restera un élément important de cette boîte à outils dans un avenir prévisible, malgré les progrès étonnants de l’IA générative.

L'écriture cursive parfaite pourrait devenir moins importante à l’avenir. Mais les élèves devront toujours être capables d’écrire à la main de manière lisible et fluide dans le cadre de leurs études et de leur vie quotidienne.

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Qu'avons-nous à perdre en se déchargeant sur l'IA ?


Le déclin cognitif. La question du déclin cognitif revêt une pertinence particulière à une époque où les individus délèguent de plus en plus de tâches cognitives à l'IA, un phénomène qualifié de décharge cognitive. Des recherches ont montré que ce phénomène est en augmentation et qu'il n'est pas sans effet : les personnes qui comptent sur l'IA pour faire leur travail ont l'impression de moins réfléchir.

Le plaisir de lire.
Ce ne sont pas seulement nos capacités cognitives qui s'appauvrissent lorsque nous laissons l'IA lire à notre place. Nous nous privons aussi de l'essence même du plaisir de lire : l'émotion d'un dialogue, la beauté d'une phrase, l'attachement à un personnage.

La connectivité cérébrale. Une étude utilisant des mesures EEG – électroencéphalogramme qui permet de mesurer et d'enregistrer l'activité électrique du cerveau – a révélé des schémas de connectivité cérébrale différents lorsque les participants faisaient appel à l'IA pour les aider à rédiger un essai et lorsqu'ils le rédigeaient seuls. Or, si nous perdons l'habitude de lire, d'analyser et de construire nos propres raisonnements, ces aptitudes risquent de s'éroder.

L'efficacité offerte par l'IA est séduisante. Mais elle risque de compromettre les avantages de la littérature, notre aptitude à lire, comprendre et utiliser l'information écrite dans notre vie quotidienne.

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Bienfaits de la lecture


Lire est une activité aux multiples bienfaits, car elle stimule le cerveau, améliore la mémoire et la concentration, réduit le stress et favorise l'empathie et la compréhension des autres. C'est aussi un excellent moyen d'accroître ses connaissances, d'enrichir son vocabulaire, de développer son esprit critique et de stimuler son imagination.

Bienfaits cognitifs et intellectuels

Stimulation cérébrale.
La lecture maintient le cerveau actif, augmente la connectivité neuronale et peut réduire le risque de maladies cognitives liées au vieillissement.

Amélioration de la mémoire et de la concentration. Comprendre un livre demande de retenir des informations et de se concentrer sur le contenu, ce qui renforce ces capacités.

Acquisition de connaissances et vocabulaire. La lecture est une voie royale pour apprendre de nouvelles choses, acquérir du vocabulaire et comprendre le monde qui nous entoure.

Développement de l'esprit critique et de l'analyse. Lire des textes diversifiés aide à développer sa capacité à analyser et à former un jugement.

Bienfaits psychologiques et émotionnels

Réduction du stress.
La lecture est une activité relaxante qui peut réduire le stress plus efficacement que d'autres activités, favorisant la détente.

Développement de l'empathie. Lire de la fiction, en particulier, permet de se mettre à la place des personnages, d'améliorer sa compréhension des émotions humaines et de développer son intelligence émotionnelle.

Évasion et plaisir. La lecture offre un moment de plaisir et permet de s'évader du quotidien, procurant un sentiment de bien-être.

Bienfaits personnels et sociaux

Amélioration de l'expression.
Un vocabulaire étendu et une meilleure maîtrise de la langue grâce à la lecture se traduisent par une amélioration de l'expression orale et écrite.

Développement personnel. Lire des livres qui vous touchent ou vous font réfléchir peut avoir un impact positif sur votre développement personnel.

Stimulation de l'imagination. Contrairement aux films, la lecture demande à votre esprit de créer les décors et les personnages, ce qui renforce votre imagination.


L'écriture manuscrite stimule la connectivité cérébrale


L'adoption croissante des appareils numériques au détriment de l'écriture traditionnelle soulève des questions quant à ses effets neurocognitifs. L'écriture manuscrite implique des mécanismes psychomoteurs et neurologiques complexes importants pour l'apprentissage et la mémoire.

Des études récentes indiquent que l'écriture manuscrite active des zones cérébrales plus étendues et favorise une plus grande interaction corticale, ce qui améliore la mémorisation et la compréhension des concepts. Elle favorise également une intégration sensorimotrice plus solide et une activité synchronisée dans la gamme des ondes thêta, toutes deux essentielles à l'apprentissage.

En revanche, l'écriture numérique ne stimule pas ces zones cérébrales de la même manière, ce qui peut réduire la rétention d'informations et, dans une certaine mesure, diminuer l'entraînement des capacités cognitives.

Les mouvements précis de l'écriture manuscrite stimulent davantage de zones cérébrales et favorisent la communication entre elles grâce à des ondes cérébrales associées à l'apprentissage, ce qui suggère un bénéfice pour la formation de la mémoire et l'apprentissage en classe.

L'écriture manuscrite fait toujours partie du programme scolaire

Avec la pandémie, l’enseignement en ligne s’est considérablement développé et, dans différents pays du monde, certains tests importants sont désormais réalisés sur ordinateur. Des voix s’élèvent aussi en faveur de l’abandon de l’écriture cursive au lycée.

Cependant, l’apprentissage de l’écriture manuscrite reste un élément clé du programme d’alphabétisation à l’école primaire.


L’importance du toucher dans les activités de lecture et d’écriture

Lorsque les enfants entrent à l’école, l’une des techniques les plus courantes pour leur enseigner l’alphabet consiste à passer par des manipulations pratiques, comme la formation de lettres avec de l’argile ou de la pâte à modeler.

Mais à mesure que les élèves avancent en âge, la place du toucher diminue dans leur quotidien scolaire – à leur détriment. Beaucoup d’exercices de lecture deviennent numériques, et l’utilisation des claviers d’ordinateur pour écrire continue de progresser.

Selon la recherche ce sens est un moyen efficace de développer les compétences précoces en lecture et en écriture, ainsi qu’une aide pour les lecteurs et les personnes qui écrivent plus expérimentés dans leurs interactions avec l’écrit. Le fait de pouvoir tourner les pages d’un livre ou de tracer au crayon les contours des lettres donne des appuis aux élèves dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture.

Les psychologues et les spécialistes de la lecture continuent de faire état d’une meilleure compréhension chez les enfants et les jeunes adultes lorsqu’ils lisent sur papier plutôt que sur support numérique, tant pour les lectures scolaires que pour la lecture de loisir.

Une récente étude menée en Norvège, à l’université, a comparé les images cérébrales d’étudiants prenant des notes et a révélé que ceux qui écrivaient à la main, plutôt que de taper au clavier, présentaient une plus grande activité électrique dans les parties du cerveau qui traitent les nouvelles informations et qui favorisent la formation de la mémoire.

Des stratégies d’apprentissage à mettre en place pour intégrer le toucher

Les parents et les enseignants peuvent commencer par écouter les élèves eux-mêmes. Malgré tout le temps qu’ils passent sur leurs appareils numériques, de nombreux jeunes reconnaissent clairement l’importance du toucher dans leur expérience de lecture et d’écriture. Élargissez la conversation en discutant ensemble des différences entre la lecture et l’écriture numériques et manuelles.

Ensuite, les parents peuvent trouver des occasions pour leurs enfants de lire des textes imprimés et d’écrire à la main en dehors de l’école, par exemple en les emmenant à la bibliothèque et en les encourageant à écrire une histoire ou à tenir un journal. Mieux encore, les adultes peuvent montrer l’exemple en adoptant eux-mêmes ces pratiques dans leur vie quotidienne.

Enfin, les enseignants doivent accorder davantage de place à la lecture d’imprimés et aux devoirs manuscrits. Certains se penchent déjà sur les avantages intrinsèques de l’écriture manuscrite, notamment comme aide à la mémoire et comme outil de réflexion.

Les supports de lecture numériques et les claviers continueront à être utilisés dans les écoles et les foyers. Mais cette réalité ne doit pas occulter le pouvoir du toucher.


Pour les personnes qui écrivent chevronnées, les données suggèrent que passer plus de temps 
à écrire à la main qu’à utiliser un clavier d’ordinateur est corrélé à de meilleures capacités motrices 
fines. Pour le plaisir de lire tout simplement ou parce que la lecture a un effet bénéfique sur le stress, 
nous permet d'élargir nos connaissances ou d'apprendre à mieux nous connaître nous-mêmes.



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