dimanche 21 décembre 2014

Qu'est-ce que le Neuromarketing ?




Le neuromarketing permet d’observer scientifiquement,
au niveau du cerveau, ce qui pousse le consommateur à l’achat


Le neuromarketing est l’application des techniques et savoirs des neurosciences cognitives au marketing et à la communication.

Le but de cette discipline émergente est de mieux comprendre les comportements des consommateurs grâce à l'identification des mécanismes cérébraux qui interviennent lors d'un achat ou face à une publicité.

Dans le domaine des neurosciences, la neuroéconomie et le neuromarketing sont des disciplines au croisement de l'économie et des neurosciences cognitives, qui étudient l'influence des facteurs cognitifs et émotionnels dans les prises de décisions qu'il s'agisse d'investissement, d'achat, de consommation.

Les Neurosciences sont l’ensemble des disciplines qui ont pour objet d’établir la nature des relations entre la cognition et le cerveau. Elles explorent les parties non conscientes de notre cerveau lors de la prise de décision.

Avant de servir le marketing, elles travaillent prioritairement à une meilleure connaissance du fonctionnement du cerveau et de ses pathologies. Elles représentent un espoir immense pour le traitement des maladies d’Alzheimer, de Parkinson ou l’épilepsie.

Les neurosciences cognitives appliquées au marketing se basent sur des recherches académiques et/ou privées, en utilisant des techniques comme l’EEG, l’eye tracking, le IRMf (scanner à résonance magnétique comme dans le domaine médicale), la réponse électro-dermal (mesure de la sudation), rythme cardiaque. Suivant le champ d’étude, plusieurs méthodes de capture des données physiologiques peuvent être combinées.

Le neuromarketing désigne deux concepts étroitement liés :

* L'étude, via les neurosciences, du fonctionnement du cerveau humain lorsque soumis à des stimuli publicitaires.

* L'amélioration des techniques publicitaires qui en découlent.

Les origines du NeuroMarketing


Le terme «neuromarketing» est apparu aux débuts des années 2000. Cette approche est née des recherches du docteur Read Montague, neurologue et professeur au Baylor College à Houston, Texas. Il a cherché à comprendre pourquoi des buveurs de soda, incapables de faire la différence entre du Coca et du Pepsi à l'aveugle, préféraient le premier lorsqu'ils voyaient l'étiquette.

Dans le monde des colas, le monde est divisé en deux depuis un siècle : Pepsi et Coca. Dans les années 70, un test marketing avait été pratiqué pour confronter les deux marques. Ce test avait consisté en une dégustation à l’aveugle des deux produits. Le résultat fut simple, 75% des gens préfèrent le Pepsi alors que la réalité du marché est l’inverse.

L’expérience a été menée en 2004 avec 67 individus par le docteur Montague. Il a fait passer le test à l’aveugle en exposant le groupe à un testeur dans un scanner par résonance magnétique fonctionnelle (Fmri). Dans la première partie du test, les consommateurs ne connaissent pas la marque du cola qu’ils testent. On constate qu’une partie bien précise du cerveau, le putamen réagit violemment quand les consommateurs boivent du Pepsi et visiblement moins quand c’est du Coca.

Le putamen est situé en profondeur du cerveau. Une petite partie du putamen est importante dans le circuit du plaisir et notamment du bon goût. Le putamen fait partie de notre cerveau primitif, il est le siège des plaisirs immédiats, instinctifs, le Pepsi active donc plus la zone du plaisir.

Dans la seconde partie du test, on montre aux buveurs la marque du soda qu’ils consomment via un écran. Comme lors des premiers tests faits dans les années 70, les testeurs déclarent préférer le goût de Coca Cola.

L’imagerie va démontrer que leur zone du cerveau primitif, le putamen, n’est plus du tout activée par Pepsi (ou dans une moindre mesure par Coca) et c’est une autre zone qui va être activée, la zone du cortex préfrontal et l’hippocampe, c’est à dire la zone de la conscience et de la mémoire.

Quand le consommateur ne sait pas ce qu’il boit il déclare préférer Pepsi et son cerveau reptilien le démontre. Alors que quand le consommateur est au courant de la boisson qu’il déguste, il déclare préférer Coca et son cerveau reptilien, qui décide du bon goût est inhibé par son cortex (la conscience et la mémoire de la marque). Le plus étonnant est que ce résultat reste valable même si dans les deux cas il déguste en fait du Pepsi.

Conclusion, peu importe le goût du soda puisque la préférence lors de cette dégustation dépend non pas du goût mais de la marque qu’on pense goûter.

Il est connu depuis longtemps qu’on goûte avec les yeux mais ici Montague démontre brillamment qu’on goûte aussi avec sa mémoire et avec la conscience de la marque.  Ceci explique enfin l’échec de commercialisation d’un nouveau Coca dans les années 80′, au goût meilleur en aveugle que le Pepsi.


Comment fonctionne le neuromarketing ?

À l’aide de l’Imagerie à résonance magnétique fonctionnelle (IRMf), les neuroscientifiques obtiennent des images laissant apparaître les différentes activités cérébrales. Lorsqu’une zone du cerveau s’active, les propriétés magnétiques des tissus du cerveau sont modifiées. Ainsi, grâce aux réactions du cerveau par le biais des émotions, il est désormais possible d’observer comment réagit le cerveau face à une campagne publicitaire, un packaging ou un nouveau produit lancé par une entreprise.



Le neuromarketing est une façon scientifique très poussée d’étudier le cerveau humain, plus particulièrement le cortex préfrontal. Il permet de comprendre les émotions immédiates des consommateurs face à un produit ou une publicité, de prendre également connaissance de la capacité du consommateur à se souvenir d’un message d’une publicité ou de se rappeler d’un produit. Enfin, d’évaluer le potentiel attractif d’un produit ou d’un message publicitaire.

Le neurochercheur va scruter le cerveau du consommateur afin d’observer les activités cérébrales positives ou négatives face à un produit ou une publicité. Trois facteurs sont pris en compte: l’émotion, la mémoire et l’attention.

Le but est d’analyser des émotions que l’on ne contrôle pas lorsque l’on regarde une publicité. Notre cerveau déclenche des pulsions d’achats à notre insu, lors d’achats directs par exemple; sans même analyser le produit, on sait ce que l’on veut.

Des milliers d’informations sont envoyées à notre cerveau lorsque l’on observe les détails d’un élément d’un dessin ou d’une photo sur un emballage.

La principale raison de ces pratiques est d’étudier ce que l’on appelle «le circuit de la récompense», une zone de plaisir qui s’active lors d’une expérience qui procure du plaisir.

Il existe aujourd'hui trois méthodes principales.

Électroencéphalogramme (EEG). Consiste à effectuer un électroencéphalogramme pour mesurer les champs électriques à la surface du cerveau chaque milliseconde. Un casque EEG muni de plusieurs électrodes capte les ondes émises par l'activité d'une vingtaine de zones cérébrales. Facilement transportable et relativement bon marché, l'EEG permet de mettre un testeur en situation et de capter en temps réel ses réactions.


Détection des mouvements du visage et du regard. Mise en place par la société d'études Millward Brown. L'analyse des micromouvements sert à reconnaître en temps réel quatre natures d'émotion, en plus de leur intensité : le plaisir, le dégoût (ou la confusion), la surprise et le désintérêt.

L'IRMF est la solution la plus précise, car elle est capable de visualiser la totalité du cerveau et de réaliser un film de son activité. Les chercheurs peuvent ainsi détecter avec précision quelle zone réagit à un stimulus donné parmi les 52 aires de Brodmann (qui forment le cortex). Le stimulus peut alors être associé à une ou plusieurs réactions, positives ou négatives. Le principal inconvénient technique de l'IRM est son temps de réponse : trois secondes.

Sous IRMF, des cobayes sont soumis à de nombreux stimuli : photos, vidéos, mais aussi odeurs, objets, aliments, etc. On observe quelles zones du cerveau sont activées: le lobe occipital (vue), l’hippocampe (mémoire), le système limbique (émotions), le cortex pyriforme (odorat). Des scientifiques spécialisés en neurosciences analysent les interactions entre ces zones, qui, croisées avec l’inconscient et la prédétermination sociale, conditionneront le comportement. Les zones du plaisir et les circuits de la récompense activés par les stimuli seront privilégiés par l’entreprise pour orienter ses stratégies et campagnes de marketing afin de les rendre plus efficaces.


Utilisation par les entreprises

Cette méthode d’étude est de plus en plus utilisée par les entreprises, notamment dans la grande distribution, afin de parfaitement connaître les éléments qui déclenchent la décision du client. Grâce au neuromarketing, il est désormais possible pour les entreprises de connaître les émotions qui déclenchent l’achat chez les consommateurs.

Les grandes marques essaient de mieux comprendre comment réagit le cerveau. Les études ne sont plus réalisées à base d’un questionnaire, mais avec des IRM ou des électro-encéphalogrammes. On observe également la sécrétion des hormones face aux différents stimuli des marques.


Cette méthode apporte des informations capitales aux entreprises, afin qu’elles puissent établir des stratégies commerciales et marketing adaptées aux consommateurs. En effet, celles-ci peuvent adapter leur publicité et leurs produits pour répondre parfaitement aux nouveaux besoins et aux attentes de leurs clients.

Le neuromarketing s’applique à très peu de campagnes de communication car ces études coûtent très chères, on utilise plus facilement des études marketing classiques. Certaines sociétés qui y ont recours, prétendent qu’elles peuvent prédire la réussite d’une campagne.

Il existe actuellement plus d’une centaine d’entreprises de neuromarketing dans le monde, principalement aux USA mais aussi en Belgique. Les industriels peuvent dépenser jusqu’à 120.000 € pour une étude de neuromarketing et un test IRM coûterait quelque 1.000 € par personne. A ce prix-là, seuls les plus riches y ont accès. Kraft Food, Danone, L’Oréal, Colgate, Coca-Cola, Pepsi Co, Unilever, Mac Donald’s et beaucoup d’autres grandes marques, de même que des sociétés de transport, des banques et des assurances y recourent, bien qu’elles s’en défendent, craignant que cela nuise à leur image.

5 marques qui utilisent le neuromarketing


Mac Donald’s. Mac Donald’s a eu recours au neuromarketing pour savoir quelles odeurs positionnaient la marque comme saine. L’odeur retenue a été utilisée dans des produits d’entretien. Les résultats sont surprenants, ont observe une meilleure  perception de la marque de 7%. La chaîne se défend d’avoir manipulé ses clients. Il s’agissait juste d’un test, et l’expérience aurait été abandonnée car cela aurait obligé à modifier la formulation des nettoyants et par conséquent la chaîne de production.

Coca-Cola. Avec la Pub de l’Ours Polaire Coca a voulu y associer une image positive. C’est le conditionnement évaluatif. C’est un  phénomène qui modifie l’évaluation d’un stimulus neutre en l’associant à un stimulus chargé émotionnellement. Un stimulus neutre (Coca-Cola) deviendra positif après avoir été associé à un stimulus positif (de sympathiques ours polaires). La teneur positive ou négative d’un stimulus chargé émotionnellement influence à son tour l’évaluation du stimulus auquel il est associé.

Juvamine. La marque est rentré dans les mœurs de la publicité avec son slogan désormais incontournable: «Si Juvabien, c’est Juvamine»; diffusée 3 fois d’affilée. Une technique qui énerve tant par sa forme que par son efficacité, puisque la marque s’était fait une réputation et surtout un nom. Le neuromarketing permet l’amélioration des outils de persuasion grâce à l’identification des mécanismes cérébraux qui interviennent lors d’un achat ou face à une publicité.

Sony. Pour harmoniser son identité visuelle en ligne, Sony a lancé une campagne de mesure IRM pour définir la meilleure structure. Trois modèles ont été retenus: une structure très épurée, contenant peu de couleurs; une autre organisée en blocs très colorés, imaginée par l’agence et respectant à la lettre le cahier des charges; et une dernière, plus visuelle. Aucun modèle ne s’est démarqué. Sony a du combiner les trois pour une nouvelle proposition. On s’est aperçu que le modèle très graphique et coloré générait d’abord un sentiment de plaisir. Puis une émotion associée à la peur s’activait. En fait, toutes ces couleurs créaient une confusion inconsciente chez l’internaute. Ce sont des choses impossibles à voir en se basant uniquement sur une étude classique.


Unilever. Les géants Unilever utilisent la détection des mouvements du visage et du regard. L’analyse des micro mouvements sert à reconnaître en temps réel des natures d’émotion et leur intensité: le plaisir, le dégoût (ou la confusion) et la surprise.


Les dangers du neuromarketing

Il faut néanmoins rester vigilant, et plus particulièrement avec les enfants, très sollicités par les multinationales car plus sensibles aux différents stimuli. Le meilleur exemple est la chaîne de restauration rapide McDonald's, qui en a fait son cheval de bataille. A grands coups de publicités colorées et de jouets offerts, le groupe américain recrute ses clients dès le plus jeune âge.

L'objectif recherché est évidemment d'augmenter la consommation citoyenne, en ne considérant toutefois plus sa capacité de jugement mais sa réceptivité à un stimulus, lui retirant ainsi la rationalité de ses besoins. Utiliser la recherche neuronale dans le but d'influencer les choix des consommateurs est donc comparable à une forme de manipulation mentale plus poussée que les publicités conventionnelles.

Le neuromarketing, et les organisations commerciales qui l'utilisent, cherchant à influencer, sans que les citoyens en aient conscience, les désirs en amont de l'achat, cherche de facto à réduire leur liberté de choix. Or, si les sociétés se veulent démocratiques, les citoyens se doivent d'être informés des tentatives de manipulation, notamment via les médias de masse, dont ils font l'objet.

Quelques conseils pour entrer en résistance

* Limiter autant que possible la publicité: coller l’autocollant  sur la boîte aux lettres, bloquer les pubs dans la messagerie et sur les pages web, zapper ou couper le son pendant les pubs à la télé.

* Etablir une liste des courses et s’y tenir.

* Faire ses courses le ventre plein. La faim fait acheter compulsivement et pas uniquement de la nourriture.

* Envie de se faire plaisir ? Questionner ses envies, analyser ses motivations, ne pas recourir au shopping pour se «remonter  le moral».

* Etre conscient qu’on ne maîtrise pas totalement ses émotions et encore moins son inconscient.

* Traquer toute manipulation potentielle, rester vigilant.

* Sur le plan éducatif, soutenir des associations qui travaillent à la conscientisation des citoyens et leur rapporter tout abus.

* Sur le plan législatif, exiger la mise en place d’un cadre réglementaire visant à la régulation de la publicité et des techniques de marketing ou encore à la réduction de la publicité dans l’espace public.


En France les études neuromarketing à base d’IRM sont interdites. D’après les lois de bioéthique de juillet 2011, l’utilisation de l’imagerie cérébrale est réservée à la recherche scientifique et médicale. Des études sont néanmoins menées, mais avec d'autres moyens. L'institut BVA par exemple utilise des capteurs qui captent les micro-contractions des muscles du visage. L'IRM ne pouvant être pratiquée à des fins marketing en France, les entreprises les font réaliser en Belgique ou au Royaume-Uni, notamment, deux pays où les contraintes légales sont moins fortes.

L’industrie parvient à contourner la loi en demandant, par exemple, à des laboratoires publics d’étudier, sous IRM, des réactions à des composants potentiellement allergisants et autres parfums. On ne parle pas de neuromarketing mais c’est pourtant l’objet des recherches.

Les grandes marques envoient directement des informations au cerveau pour pousser à acheter sans même en avoir conscience. De manière subtile mais très efficace, on pousse à raisonner de manière émotionnelle et non rationnelle. Une banque par exemple jouera en général sur les peurs concernant l'avenir, tandis qu'une marque de soda essaiera plus d'associer son produit avec une émotion positive. La couleur d'un emballage de dentifrice, l'odeur dans un fast-food: rien n'est laissé au hasard.

Pour ne pas être influencé en tant qu’individu par le neuromarketing, il faut bien connaitre son cerveau. L’achat est un anti-stress, pendant la période des soldes par exemple, le cerveau est dans une mauvaise disposition : trop de monde, trop d’information... Pour se dé-stresser il va acheter.


lundi 15 décembre 2014

La Maltraitance et la Violence familiale affectent le Cerveau de l'Enfant



Un enfant maltraité en subira les conséquences toute sa vie


La maltraitance des enfants est un problème courant à l’échelle mondiale et ses effets physiques et psychosociaux sont ressentis par les enfants maltraités, leur famille et leurs communautés. Elle a été associée à des changements dans le développement mental et comportemental des victimes durant toute leur vie, les mettant à risque d’adopter des comportements potentiellement dangereux plus tard.

La maltraitance à enfant désigne les violences et la négligence envers toute personne de moins de 18 ans. Elle s’entend de toutes les formes de mauvais traitements physiques et/ou affectifs, de sévices sexuels, de négligence ou de traitement négligent, ou d’exploitation commerciale ou autre, entraînant un préjudice réel ou potentiel pour la santé de l’enfant, sa survie, son développement ou sa dignité, dans le contexte d’une relation de responsabilité, de confiance ou de pouvoir. Parfois, on considère aussi comme une forme de maltraitance le fait d’exposer l’enfant au spectacle de violences entre partenaires intimes.

Cinq types de maltraitance à enfant


1. La violence physique désigne toute utilisation délibérée de force physique contre un enfant qui constitue une menace à la santé, au développement et/ou au respect de soi de ce dernier. La gamme des actes de violence physique s’étend de formes plus douces de violence (par ex., pousser et bousculer) à des formes plus sévères (par ex., étrangler et frapper).

2. L’agression sexuelle d’enfants fait référence à tout acte sexuel commis contre un enfant par une personne qui en est responsable. L’acte peut être seulement tenté ou être complété et il peut y avoir contact ou non lors de l’interaction.

3. La négligence survient lorsque l’adulte responsable de l’enfant ne satisfait pas ses besoins primaires, qu’ils soient physiques, émotifs, médicaux/dentaires ou éducatifs. La négligence est aussi en cause lorsque l’enfant n’a pas accès à une nutrition, une hygiène et un logis adéquats ou que sa sécurité n’est pas assurée.

4. La violence psychologique désigne les actions qui causent ou ont le potentiel de causer des effets adverses sur la santé et le développement émotifs de l’enfant. Le comportement de l’adulte responsable peut ainsi prendre des formes variées : rejeter l’enfant, l’isoler, l’ignorer, le terroriser, le corrompre ou l’exploiter.

5. La violence conjugale (aussi appelée violence domestique) est aussi considérée comme une forme de maltraitance parce que les enfants qui y sont exposés présentent des problèmes similaires à ceux qui sont directement victimes de violence physique.

Ampleur du problème


La maltraitance des enfants est un problème universel qui a de graves conséquences, à vie, pour ceux qui en sont victimes. Malgré l'existence de plusieurs études réalisées dans des pays à revenu faible ou intermédiaire, les données font encore défaut pour de nombreux pays.

On estime que, chaque année, 34.000 enfants de moins de 15 ans sont victimes d’homicides. Ce chiffre ne rend pas compte de l’ampleur réelle du problème car une proportion importante des décès dus à des mauvais traitements est attribuée erronément à une chute, des brûlures, la noyade ou d’autres causes.

Dans les situations de conflit armé et dans les contextes où il y a des réfugiés, les fillettes et les jeunes filles sont particulièrement exposées aux violences sexuelles, à l’exploitation et aux sévices de la part des soldats, des forces de sécurité, des membres de leurs communautés, du personnel humanitaire et d’autres catégories de personnes.


Conséquences de la maltraitance à l'enfant

La maltraitance entraîne des souffrances pour les enfants et leurs familles et peut avoir des conséquences à long terme. Elle provoque un stress auquel on associe une perturbation du développement précoce du cerveau. Un stress extrême peut affecter le développement du système nerveux et immunitaire. Dès lors, les enfants maltraités, devenus adultes, sont davantage exposés à divers troubles comportementaux, physiques ou psychiques, tels que les suivants:

* propension à commettre des violences ou à en subir;
* dépression;
* tabagisme;
* obésité;
* comportements sexuels à risque;
* grossesse non désirée;
* alcoolisme et toxicomanie.

Au travers de ces conséquences comportementales et psychiques, la maltraitance peut favoriser les pathologies cardiaques, le cancer, les suicides et les infections sexuellement transmissibles.

Au-delà de ses répercussions sur la santé et la société, la maltraitance des enfants a un coût économique, lié notamment aux hospitalisations, au traitement des troubles psychiques, à la protection de l’enfance et aux dépenses de santé à plus long terme.


Facteurs de risque

Plusieurs facteurs de risque en matière de maltraitance des enfants ont été recensés. Ils ne sont pas présents dans tous les contextes sociaux et culturels mais ils peuvent donner un éclairage général lorsque l’on tente de comprendre les causes du phénomène.

Facteurs tenant à l’enfant


Les enfants sont les victimes de la maltraitance et ils ne sont jamais à blâmer pour les mauvais traitements qu’on leur inflige. Plusieurs facteurs peuvent prédisposer l’enfant à être maltraité:

* il est âgé de moins de 4 ans, ou il est adolescent ;
* c’est un enfant non désiré ou qui ne répond pas aux attentes de ses parents ;
* Il a des besoins spéciaux ou pleure de façon persistante, ou il présente une anomalie physique.

Facteurs tenant au parent ou à la personne qui s’occupe de l’enfant


Plusieurs facteurs chez le parent de l’enfant ou la personne qui s’occupe de lui peuvent augmenter le risque de maltraitance:

* la difficulté à établir un lien avec un nouveau-né ;
* le manque d’attention pour l’enfant ;
* le fait d’avoir soi-même subi des maltraitances dans l’enfance ;
* un manque de connaissances sur le développement de l’enfant ou des attentes irréalistes ;
* l’abus d’alcool ou de drogues, y compris durant la grossesse ;
* l’implication dans des activités criminelles ;
* le fait de connaître des difficultés financières.

Facteurs relationnels


Plusieurs facteurs relevant des relations au sein des familles, ou entre partenaires intimes, amis et pairs peuvent accroître le risque de maltraitance de l’enfant :

* des troubles physiques ou psychiques ou des problèmes liés au développement chez un membre de la famille ;
* l’éclatement de la cellule familiale ou des violences entre d’autres membres de la famille ;
* l’isolement par rapport à la communauté ou l’absence d’un réseau de soutien ;
* une perte de soutien de la part de la famille élargie pour l’éducation de l’enfant.

Facteurs communautaires et sociétaux


Parmi les caractéristiques de l’environnement communautaire ou social associées à l’augmentation du risque de maltraitance des enfants figurent, entre autres:

* les inégalités sexuelles ou sociales;
* le manque de logements appropriés ou de services de soutien aux familles et aux institutions;
* les taux de chômage élevés ou la pauvreté;
* la facilité d’accès à l’alcool et aux drogues;
* des politiques et programmes inappropriés pour prévenir la maltraitance des enfants, la pornographie enfantine, la prostitution et le travail des enfants;
* des normes sociales et culturelles qui encouragent ou glorifient la violence envers autrui, y compris l’usage des châtiments corporels, exigent un respect absolu des rôles sociaux dévolus à chaque sexe ou amoindrissent le statut de l’enfant dans les relations parents-enfants;
* des politiques sociales, économiques, de santé et d’éducation menant à des niveaux de vie peu élevés, ou à des inégalités ou une précarité socio-économiques.


Les effets de la violence infantile et de la négligence sur l’attachement et le développement cérébral

Le développement de la résilience et d’une saine personnalité repose avant tout sur l’établissement d’un lien d’attachement solide et sûr avec une personne qui lui dispense principalement ses soins.

L’enfant fait l’expérience du monde comme étant un lieu sûr qu’il peut explorer et où développer son autonomie. Il trouve le réconfort et le soutien auprès de son soignant lorsqu’il vit du stress. Lorsque les enfants sont victimes de violence, ils peuvent manifester des formes d’attachement perturbées et des habitudes anormales de réactions affectives à l’endroit de leurs soignants.

De mauvaises interactions entre le soignant et le nourrisson compromettent la formation des circuits et des chemins neuronaux. Les enfants sont plus susceptibles d’avoir des problèmes d’apprentissage et de comportement lorsqu’ils vivent avec des parents aux prises avec des problèmes de santé mentale ou de toxicomanie.

La dépression maternelle est un déterminant clé dans un développement initial déficient de l’enfant.

Être témoin de scènes de violence verbale ou physique et de disputes a des effets néfastes directs qui ont des conséquences durables. Pareillement, les enfants qui sont victimes de violence ou de négligence parentale sont plus susceptibles d’avoir des issues négatives qui se prolongent durant leur vie adulte, notamment des problèmes constants avec la régulation émotionnelle, l’image de soi, les habiletés sociales et la motivation dans les études, ainsi que des problèmes d’apprentissage et d’ajustement sérieux, y compris l’échec scolaire, une dépression grave, un comportement agressif, des difficultés avec les pairs, l’alcoolisme, la toxicomanie et la délinquance.


Comme à la guerre


Une étude, publiée par des chercheurs britanniques dans la revue Current Biology, en 2011, conclut que la violence familiale aurait des effets semblables à la guerre. Selon les chercheurs, des enfants maltraités présentaient des activités cérébrales semblables à celles de soldats qui ont été exposés à des situations de combat.

C'est vrai que quand il y a une violence domestique, la maison est comparée à  un champ de bataille. Grandir dans une atmosphère où la colère, les cris et les coups sont partie de vie quotidienne,  a un grand impact dans la santé mentale et émotive des petits.




Pour arriver à cette conclusion les chercheurs ont étudié les images cérébrales faites aux enfants pour évaluer l'impact de la violence dans leur développement émotif. Ils ont trouvé que l'abus domestique était lié à une augmentation dans l'activité dans deux zones du cerveau qui se sont 'allumées' après avoir vu des photos des expressions de rage dans les visages.

Les résultats ont été comparés à ceux d'autres études dans lesquelles les soldats en situation de combat ont présenté une activité cérébrale dans les mêmes zones, lesquelles, selon les experts, indiquent comment ils doivent réagir face à une menace possible.

Leur cerveau réagit comme celui
d’un soldat au retour de la zone de combat
Ces résultats pourraient s’expliquer par le fait que les deux groupes ciblés auraient la capacité de s’adapter pour devenir «hyper conscients» de leur environnement. C’est positif, puisque le cerveau est préparé pour les situations de danger.

Cependant, cette capacité de réponse au danger, peut cacher un facteur de risque neuro-biologique qui augmente la susceptibilité des enfants à souffrir des maladies mentales, telles que la dépression et le dérangement d'anxiété.



La maltraitance affecte le cerveau de l’enfant et déprime l’adolescent


L’étude réalisée par des chercheurs de l’Université du Texas et publiée dans la revue Neuropsychopharmacology, en août 2012, a comparé les cerveaux d’adolescents maltraités dans leur enfance avec ceux d’adolescents non maltraités et suivi des sujets avant diagnostic de la maladie mentale.

La maltraitance infantile modifie la substance blanche du cerveau entraînant une susceptibilité particulière, plus tard dans la vie à certains troubles mentaux, comme la dépression ou l'usage de drogues.

Des études précédentes ont déjà montré que la maltraitance chez l’enfant entraîne des troubles du comportement, cognitif et social, mais on n’a jamais totalement élucidé les mécanismes sous-jacents qui conduisent à ces troubles.

Des études sur l’animal ont également montré que l’exposition au stress au cours du développement du cerveau peut entraîner des changements dans la structure du cerveau, en raison de niveaux d’hormones perturbés.

Les chercheurs ont examiné par technique IRM (DTI ou diffusion tensor imaging) les faisceaux de substance blanche dans le cerveau de 19 adolescents sans antécédents personnels de troubles psychiatriques maltraités durant l’enfance, et 13 adolescents témoins également sans antécédents de troubles psychiatriques.

Les participants ont été suivis à intervalles de 6 mois durant 5 années afin surveiller l’apparition de troubles de l’humeur et l’usage éventuel de drogues.

Les associations entre l’anisotropie fractionnelle (FA), une mesure de la déviation standard du signal à l’IRM et la psychopathologie ont été relevées.

Au départ, les adolescents exposés à la maltraitance infantile avaient des valeurs significativement plus faibles de FA dans certaines régions du cerveau comme l’hippocampe, par rapport aux participants témoins, suggérant des perturbations de la substance blanche du cerveau.

L’image à gauche montre le cerveau d’un enfant normal de 3 ans.
L’image à droite montre le cerveau d’un enfant de 3 ans
ayant souffert un abandon sévère de privation sensorielle.
Le cerveau est très petit et le cortex présente un développement anormal.


Cette même association est constatée ensuite chez les adolescents qui ont développé un trouble dépressif majeur ou la toxicomanie au cours du suivi, suggérant que les perturbations de la substance blanche observées chez les adolescents exposés à la maltraitance durant l’enfance peut être associée à une vulnérabilité accrue aux troubles mentaux, en particulier à la dépression et à la toxicomanie.

En conclusion, les mauvais traitements rendent plus vulnérable au trouble dépressif majeur et à la toxicomanie et cette vulnérabilité peut maintenant être identifiée avant même le développement des troubles psychiatriques.

Cette étude va permettre de mieux identifier les enfants à risque élevé de développer des troubles mentaux et de mieux comprendre ces mécanismes afin de développer des interventions de prévention efficaces.

La maltraitance affecte la matière grise des enfants


Selon une étude parue dans l’American Journal of Psychiatry en juin 2014, la maltraitance, physique ou émotionnelle, affecte des zones variées du cerveau, qui se développent tardivement.

Les auteurs soulignent que la maltraitance d’un enfant agit comme facteur de stress et produit une cascade de changements physiologiques et neurobiologiques qui entraînent des altérations durables dans la structure du cerveau. En comparant les imageries en 3D du cerveau de plus de 3.000 individus maltraités à celles de 360 personnes non maltraitées, des différences significatives ont émergé.

Des zones très variées du cerveau sont affectées chez les enfants maltraités, même à l’âge adulte. La matière grise présente des anomalies dans plusieurs régions aux fonctions variées, certaines régissent la perception sensorielle, les émotions et la dépendance. D’autres, la prise de décision, la compréhension du langage. Dans certains cas, les anomalies de la matière grise affectent la reconnaissance des visages connus, l’identification d’un contexte social. Dans une région – le gyrus parahippocampique – une anomalie est associée à un risque accru de schizophrénie.

Ces anomalies se retrouvent chez l’ensemble des personnes maltraitées pendant l’enfance, même celles qui n’ont pas reçu de médicament. Cela signifie qu’elles sont bien liées à la maltraitance, et non au traitement médicamenteux qui peut suivre. Chez les enfants maltraitées, les zones les plus touchées sont celles qui se développent tardivement.

Ces résultats permettent de mieux comprendre les déficits affectifs et cognitifs chez les patients maltraités pendant l’enfance et aideront à réduire les risques environnementaux pendant l’enfance et à développer des traitements qui stabilisent ces altérations morphologiques.


Prévention

La prévention de la maltraitance des enfants exige une approche multisectorielle. Les programmes efficaces sont ceux qui apportent un soutien aux parents et leur apprennent à être de bons parents.

* Les visites d’infirmières à domicile pour fournir aux parents un soutien, des conseils et des informations.
* Les programmes de formation parentale, généralement proposés en groupe, pour améliorer les compétences des parents en matière d’éducation, leur inculquer de meilleures connaissances du développement de l’enfant et promouvoir des stratégies positives de gestion du comportement de l’enfant.
* Les interventions à volets multiples, avec généralement des composantes soutien et éducation des parents, enseignement préscolaire, et soins à l’enfant.

D’autres programmes de prévention se sont révélés assez prometteurs.

Les programmes de prévention du traumatisme crânien imputable à de mauvais traitements, concernant le syndrome du bébé secoué, le syndrome du nourrisson secoué et le traumatisme cérébral infligé. Ce sont habituellement des programmes organisés en milieu hospitalier à l’intention des nouveaux parents qui vont quitter l’hôpital ou la clinique pour les informer des dangers du syndrome du bébé secoué, et leur indiquer la conduite à adopter face à un bébé qui pleure sans qu’on sache le calmer.

Les programmes de prévention des violences sexuelles à enfant. Habituellement organisés dans les écoles, ces programmes sont destinés à enseigner aux enfants:

* qu’ils sont maîtres de leur corps;
* quelle est la différence entre des contacts physiques appropriés et des gestes déplacés;
* comment reconnaître les situations de violence;
* comment dire «non»;
* comment parler à un adulte de confiance des sévices subis.

De tels programmes renforcent effectivement les facteurs de protection contre les violences sexuelles. Grâce à eux, l’enfant est informé de l’existence des sévices sexuels et sait comment s’en protéger.

Plus ces interventions auront lieu tôt dans la vie de l’enfant, plus elles seront bénéfiques pour l’enfant lui-même, concernant le développement cognitif, les compétences comportementales et sociales, la réussite scolaire. Aussi pour la société : diminution de la délinquance et de la criminalité.

Par ailleurs, la détection précoce des cas associée à la prise en charge des enfants victimes et de leurs familles dans la durée peut aider à réduire la répétition des mauvais traitements et à en atténuer les conséquences.

Indicateurs comportementaux fréquents de la maltraitance


Il est habituellement difficile d’identifier les indices de la maltraitance d’un enfant. Les membres de la famille et les médecins de famille devraient être vigilants face aux enfants qui se plaignent de problèmes psychosomatiques inhabituels ou changent de comportement. Dans de tels cas, une évaluation plus approfondie de l’enfant et de la famille pourrait être indiquée.

L’enfant pourrait :


* avoir peur de retourner à la maison, hésiter à le faire ou s’enfuir;
* manifester une agressivité inhabituelle, de la rage ou faire des crises;
* avoir un réflexe d’appréhension lorsqu’on le touche;
* avoir un moins bon rendement à l’école et une mauvaise assiduité;
* se tenir en retrait de la famille, des amis et des activités qu’il aimait auparavant;
* avoir une pauvre estime de soi (p. ex. se décrire comme étant méchant, dire qu’il mérite d’être puni, être très replié sur soi-même);
* avoir des pensées suicidaires ou un comportement autodestructeur (p. ex. automutilation, tentative de suicide, prise de risques extrêmes).

L’enfant pourrait aussi :

* avoir un comportement hyperactif ou inhabituel;
* s’accrocher à des adultes étrangers;
* être apathique et replié sur soi;
* ne pas réagir à des traitements douloureux;
* ne pas paraître s’épanouir;
* montrer des signes de négligence générale;
* avoir peur des contacts physiques;
* adopter un comportement manipulateur pour attirer l’attention.

Les professionnels œuvrant auprès des enfants peuvent contribuer à faire de la réduction de la maltraitance une priorité. Ils devraient toujours vérifier la présence de violence lors de l’évaluation des enfants qui présentent des blessures ou des problèmes de santé mentale. Les professionnels qualifiés devraient aussi se familiariser avec le contexte culturel dans lequel les enfants grandissent pour s’assurer que leurs besoins en matière de sécurité, de soins et de protection sont satisfaits, indépendamment des pratiques culturelles adoptées.

Les interventions destinées aux enfants maltraités et aux familles négligentes devraient aussi être guidées par un ensemble commun de normes:

* Identifier qui et ce qui contribue aux problèmes;
* Bâtir une alliance thérapeutique avec la famille;
* Établir des objectifs raisonnables et concrets en collaboration avec la famille;
* Superviser attentivement la situation et modifier le plan si nécessaire;
* S’assurer que les besoins des enfants sont satisfaits;
* Collaborer avec les autres professionnels impliqués.

La violence faite aux enfants a de graves répercussions sur le développement de l’enfant et la santé de la famille tout au long du cycle de la vie et elle pourrait être détectée dans un cabinet de pratique familiale.