Affichage des articles dont le libellé est antibiotiques. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est antibiotiques. Afficher tous les articles

samedi 18 juin 2016

Phagothérapie : Des Virus Contre les Bactéries Resistentes aux Antibiotiques



Des virus contre les bactéries, un espoir renouvelé pour traiter les infections résistantes aux antibiotiques


Les antibiotiques ont constitué l’une des grandes avancées médicales du XXe siècle pour faire reculer les principales maladies infectieuses : tuberculose, lèpre, pestes, nombreuses infections sexuellement transmissibles… Toutefois, leur utilisation massive et parfois excessive chez l’homme comme chez l’animal, combinée au ralentissement dans la découverte de nouvelles classes d’antibiotiques, aboutit aujourd’hui à ce que se développent de plus en plus de bactéries résistantes aux traitements existants.

Les antibiotiques ont atteint leur limite. Les bactéries se sont de plus en plus adaptées et obligent à des traitements de plus en plus lourds et toxiques qui associent parfois plusieurs antibiotiques. Autre phénomène qui prend de l’ampleur : les infections associées aux soins, qui sont acquises lors de l’hospitalisation – maladies nosocomiales –. Une part croissante d’infections acquises à l’hôpital est due à des bactéries multi-résistantes aux antibiotiques.

Globule blanc entouré de bactéries
L’antibio-résistance – c'est-à-dire la résistance croissante des microbes aux antibiotiques – est un problème majeur au niveau national et international. L’utilisation massive des antibiotiques chez l’homme et chez l’animal a conduit à la sélection de bactéries multi-résistantes. Par ailleurs, l’OMS a constaté une hausse considérable de l’antibio-résistance au cours de ces 30 dernières années et a averti que si rien n'était fait pour éviter le mauvais usage des antibiotiques ou trouver de nouvelles molécules, le monde allait se diriger vers une ère post-antibiotique, dans lequel les infections courantes pourront recommencer à tuer.

La recherche sur les antibiotiques étant dans une impasse face à ces résistances (qui par ailleurs évoluent très rapidement), la redécouverte de la phagothérapie pourrait devenir une alternative intéressante.

Depuis une quinzaine d'années, cette thérapie ancienne fait l'objet d'un regain d'intérêt dans des pays comme les Etats-Unis, la Belgique ou la France, parallèlement au développement de l'antibio-résistance,  un défi à l'échelle de la planète. Aujourd'hui, l'antibio-résistance et l’absence de développement de nouveaux antibiotiques ont remis la phagothérapie sur le devant de la scène.


¿ Qu’est-ce que la phagothérapie ?


Cycle de vie des bactériophages
La phagothérapie – découverte pendant la Première Guerre mondiale et développée dans les années 1920 et 1930 – est fondée sur l'utilisation de virus mangeurs de bactéries (ou phages) afin de traiter certaines maladies infectieuses d’origine bactérienne.

“Phage” correspondant à la racine grecque de “nourriture”, littéralement un bactériophage est une “entité”, en fait un virus, qui mange les bactéries.

Il existe une immense diversité de phages qui sont omniprésents dans notre environnement (dans l'eau de mer, les lacs, les égouts), y compris dans notre système digestif. Une particularité des phages est d’être chacun très spécifique d’un type de bactérie précis, ce qui présente un double avantage : n’attaquer que la bactérie pathogène sans tuer les “bonnes bactéries” – contrairement aux antibiotiques qui ont un large spectre –, et surtout ne pas infecter les cellules humaines. Le virus phage pénètre dans la bactérie, il se multiplie et la détruit. Les phages sont éliminés lorsque la bactérie pathogène est éradiquée.

Les phages ont, la plupart du temps,
une forme de champignon

Les bactériophages représentent la biomasse la plus importante de la planète. Considérant qu’il y en aurait dix à cent fois plus que de bactéries, on dénombre en moyenne 107 phages par ml dans les milieux liquides et jusqu’à 109 dans les sédiments.

Dans un corps humain en particulier, nous avons en moyenne 5 kg de bactéries ouvrières sans lesquelles nous ne pourrions pas survivre. En première ligne il y a la flore intestinale qui est la principale gardienne de notre santé.


Brève histoire


Découverts en 1915 par Frederick W. Twort à Londres, puis observés de nouveau en 1917 par Félix d’Hérelle, et isolés par ce dernier, ces virus mangeurs de bactéries connurent dès cette époque leurs premières applications dans le traitement de grosses infections, et révélèrent publiquement leurs premiers succès au début des années 1920.

Ces phages, ici en jaune, étudiés à l'Institut Pasteur,
vont venir à bout d'une bactérie
George Eliava, qui avait travaillé à l'Institut Pasteur de Paris  avec d'Hérelle, a fondé en 1923 à Tbilissi (Géorgie) un institut de virologie. C’est ensemble, dans des locaux adaptés, qu’ils ont développé à partir de 1930 l’étude des bactériophages et l’application de la phagothérapie pour l’ensemble de l’Union Soviétique.

L’Institut George Eliava possède une grande collection de bactériophages thérapeutiques. Les phago-thérapeutes géorgiens ont quatre-vingts dix ans d'expérience clinique dans ce domaine.

En Pologne, un Institut d’immunologie et de thérapie expérimentale a aussi poursuivi jusqu’à nos jours l’utilisation de la phagothérapie.

Dans le reste du monde, avant la deuxième Guerre Mondiale, la commercialisation de produits phagiques a été entreprise par de grands groupes pharmaceutiques comme Eli Lilly aux États-Unis, Robert & Carrière (absorbé aujourd’hui par Sanofi-Aventis) en France.

Lorsqu'on a découvert les antibiotiques en 1941, ceux-ci ont été largement commercialisés aux États-Unis et en Europe, de sorte que la plupart des scientifiques occidentaux ont cessé d'employer et d'étudier la phagothérapie.

Préparations de bactériophages de 1930
Collection de l'Institut Eliava
La guerre froide a interdit à la médecine des pays d’Europe de l’Est l’accès aux antibiotiques produits par l’industrie pharmaceutique occidentale. Coupés des progrès occidentaux en matière de production d'antibiotiques, les scientifiques du monde soviétique ont continué à perfectionner leurs traitements. Ainsi, une des plus importantes banques de phages se trouve à Tbilissi, en Géorgie. Aujourd'hui, l'Institut ne reste fonctionnel que grâce au soutien de structures occidentales et de l'Etat géorgien.

La Defense Threat Reduction Agency, fondée dans le but de "protéger les Etats-Unis et ses intérêts des armes de destruction massive", a investi dans la rénovation du bâtiment principal d'Eliava et des laboratoires et finance plusieurs projets scientifiques, notamment sur les bactériophages contre le choléra.

Phage – staphylococcus-aureus
C’est à Tbilissi, en Géorgie, que se trouve le Phage Therapy Center qui propose également un programme de traitement contre les infections réfractaires aux thérapies classiques. Les témoignages de guérisons inespérées sont aussi nombreux qu’étonnants. Et les études menées sur des patients dont l’état de santé était dramatique relate que ces personnes, condamnées à une mort certaine, ont ainsi été traitées par des phages, et toutes ont été sauvées par ces derniers.

En Russie, cette technique a été conservée, si bien que les phages sont utilisés jusque dans l’espace, pour soigner les astronautes. En effet, lorsqu’on tourne les yeux vers les pays de l’Est, on y découvre une avancée incroyable dans le traitement des infections les plus graves, ainsi qu’une véritable recherche scientifique dédiée à cette méthode délaissée.


Réhabiliter la phagothérapie dans les pratiques de la médecine occidentale


Depuis les années 1990, l’utilisation des bactériophages est reconsidérée dans de nombreux pays devant le double constat du développement inquiétant des infections nosocomiales à bactéries multi-résistantes et de l’absence de nouveaux antibiotiques efficaces.

D’un point de vue réglementaire, différentes options sont à l’étude par la Federal Drug Administration aux Etats-Unis ou par l’Agence européenne du Médicament au sein de l’UE,  pour permettre l’application d’une réglementation spécifique et adaptée aux traitements de phagothérapie. En termes de validation scientifique, des études cliniques solides chez l’homme commencent à pouvoir être menées sporadiquement grâce à quelques financements qui ont été débloqués.

Depuis 2011, les phages sont classés comme médicaments par l'Union européenne. Leur production doit être encadrée et il faut faire des essais cliniques pour tester leur efficacité et s'assurer de leur innocuité.

Les phages ne peuvent plus se passer d'études cliniques et d'autorisations de mise sur le marché pour être commercialisés. Ils doivent emprunter le même chemin que s'ils étaient de toutes nouvelles molécules, jamais testées sur l'homme.

Le projet Phagoburn


Un phage s'attaque à l'Escherichia coli.
Il va se servir de la bactérie pour se
multiplier et la détruire
L'UE a lancé en 2013 pour une durée de 36 mois, un premier projet dans ce domaine, baptisé "Phagoburn" pour tester des phages contre des bactéries résistantes s'attaquant aux plaies de grands brûlés. Au total, 12 patients recrutés en France, en Belgique et en Suisse doivent participer à l'essai.

Sans attendre les résultats de l'essai, l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a donné sa première autorisation de traitement à titre compassionnel en novembre 2015 pour un brûlé grave.

Cet essai européen évalue deux cocktails – associations de différents phages visant à cibler une bactérie en particulier – contre deux espèces bactériennes, colibacille et pyocyanique, sur des brûlures infectées.

Pour subvenir aux besoins de l’essai clinique, les phages devaient être produits selon les normes de l’industrie pharmaceutique, appelées « bonnes pratiques de fabrication ».


Avantages de la phagothérapie


La phagothérapie est généralement considérée comme sûre. Elle a une action rapide, quasi immédiate, dès que la bactérie exacte est identifiée et que les phages sont administrés. Les bactériophages sont souvent très spécifiques, ne s'adressant qu'à une seule ou qu'à quelques souches de bactéries bien déterminées. Les phages sont choisis de façon à ne pas nuire aux bactéries utiles comme celles qui sont normalement présentes dans la flore intestinale, sur les muqueuses ou sur la peau. Ainsi sont réduites les probabilités d'infections opportunistes qui se développent après la sélection de certaines bactéries minoritaires au cours d’une antibiothérapie.

La phagothérapie pourrait être utilisée dans les infections qui touchent les os et les articulations, mais également dans d'autres infections, urinaires, pulmonaires, oculaires.

L’avantage clé de la phagothérapie est qu’elle fonctionne sur des souches bactériennes résistantes aux antibiotiques sans les rendre de plus en plus récalcitrantes au fil du temps, car le phage répond à un processus naturel permettant un équilibrage des bactéries.

À l’inverse des antibiotiques qui, à cause de leur spectre trop général, ont habituellement un effet plus général, détruisant aussi bien les bactéries nuisibles que la flore intestinale (nos bactéries internes), les phages ont l’avantage de cibler précisément une seule bactérie tout en évoluant, en s’adaptant de façon coordonnée avec cette dernière, faisant face ainsi à ses possibles résistances.


Limites de la phagothérapie


Leur application chez l’homme paraît limitée aux seules infections où le bactériophage peut être amené au contact de la bactérie. Tous ce qui nécessite l’injection de phages – septicémies, infections parenchymateuses – paraît voué à l’échec puisque les phages seront en principe détruits par le système immunitaire.

Les bactériophages ne pénètrent pas dans les cellules autres que les bactéries. Ils sont inappropriés pour traiter les infections provoquées par les bactéries à multiplication intracellulaire.

Bactérie entourée de phages
L’administration efficace de bactériophages nécessite un diagnostic précis de l’infection. Non seulement il est essentiel de savoir quelle espèce de bactérie cause l’infection, mais aussi quelle souche de celle-ci. Comme avec les antibiotiques, les bactéries peuvent acquérir des résistances aux bactériophages utilisés dans les traitements.

Autre limite à l’usage des virus tueurs de bactéries : la protection de l’équilibre biologique de l’environnement.

Dans la mesure où les produits destinés à la phagothérapie ne contiennent que des phages naturels, ceux-ci seront impossibles à protéger par un brevet, puisqu’issus de la nature.

Les laboratoires pharmaceutiques ne s’intéressent pas à ce projet car les bactériophages ne sont pas brevetables, et donc pas rentables. Pherecydes-Pharma est le seul laboratoire privé à tester des médicaments à base de phages, capables de soigner des staphylocoques dorés et certaines infections respiratoires.


Application des phages dans l'agro-alimentaire


Les maladies transmises par les aliments (ETA) sont celles de nature infectieuse ou toxique, causées principalement par la consommation de boissons ou aliments contaminés. L’Organisation mondiale de la santé estime que 2 millions de personnes meurent de maladies diarrhéiques chaque année.

La salubrité des aliments et de l’eau est un enjeu mondial et il est facile de voir les effets dévastateurs de la contamination des aliments dans les nouvelles du marché de presque toutes les régions. C’est en jeu le marché mondial car ce sont des centaines de millions de dollars en produits alimentaires qui sont enlevés et jetés à cause de la pollution, l’infection humaine, la maladie et la mort.

Le risque d’acquérir une maladie transmise par la nourriture (ETA) se produit lorsque les aliments sont altérés et contaminés par des bactéries pathogènes ; un tel événement a lieu par contamination croisée par le biais de la matière première, le processus ou le travailleur.

Dans l'industrie agroalimentaire, la phago-prophylaxie a été envisagée pour éliminer les bactéries potentiellement pathogènes dans la chaîne alimentaire depuis les élevages jusque dans l’industrie de transformation.

Contrôle de la Salmonella
dans la production aviar
Aux Etats-Unis on s'en sert pour détruire certaines bactéries susceptibles de contaminer des produits alimentaires frais comme la viande, les volailles et le poisson. La FDA a autorisé depuis plusieurs années la mise sur le marché d’une préparation commerciale destinée à éradiquer l’espèce Listeria dans les fabrications issues de l’industrie laitière. Il a aussi été imaginé un usage agro-alimentaire à plus grande échelle et notamment en aquaculture pour réduire l’usage intensif des antibiotiques.

Le Listex, par exemple, une préparation hollandaise de phages qui s'attaquent aux bactéries responsables de la listériose, a été approuvé aux Etats-Unis, au Canada, et est potentiellement utilisable en Europe.

Les polymères d'origine microbienne sont des produits uniformes et purs. Dans le cas de la cellulose bactérienne, produite par exemple par Acetobacter xylinum, ces caractéristiques permettent de produire des membranes acoustiques de grande fermeté et ainsi de soutenir avec succès la concurrence de la cellulose végétale.

Un produit appelé Agriphage est actuellement appliqué à une vaste gamme de cultures pour combattre des bactéries spécifiques avec un succès remarquable ; le traitement des plantes depuis la phase de semences jusqu’à son développement, donne comme résultat une grande variété de cultures dont l’agro-industrie allant des tomates, poivrons, laitue, chou et melons, à des cultures telles que fraises, pommes, poires, et même des agrumes et plantes ornementales. Cette technologie rend possible le traitement de pratiquement tous les types de cultures agricoles, dans chaque région géographique et dans  des diversités des climats.

La biopréservation est une méthode de conservation qui vise à allonger la durée de conservation des aliments et améliorer la sécurité. Les bactéries lactiques, en raison de leurs caractères technologiques, nutritionnels et éventuellement thérapeutiques, jouent un rôle central dans le traitement du lait pour obtenir des produits fermentés comme les fromages et les yoghourts. Par la fermentation, les bactéries lactiques confèrent les propriétés organoleptiques et rhéologiques particulières aux produits laitiers fermentés.

En matière de biotechnologie, les bactériophages peuvent être utilisés comme indicateurs de pollution fécale dans l’eau et le sol ainsi que dans la lysotypie et identification des bactéries. Ils sont récemment utilisés comme contrôle biologique dans les aliments, s’appliquant à une variété de produits frais, de fruits, de jus, de viande. Ils sont également utilisés dans le traitement des eaux usées (bio-remédiation).



 *
*     *

Il y a un bénéfice à utiliser antibiotiques et bactériophages non seulement pour leurs effets synergiques mais aussi parce que tant les antibiotiques que les bactériophages sont irremplaçables dans certaines situations. Antibiotiques et bactériophages ne sont pas concurrents mais bien complémentaires et la phagothérapie doit être envisagée comme une arme supplémentaire dans l’arsenal de la lutte contre les infections bactériennes.

Il devient urgent aujourd’hui de s’orienter vers d’autres moyens thérapeutiques. Pour cela, la thérapie par l’utilisation des phages représente un espoir solide dans le traitement des infections les plus difficiles à combattre. Sans doute pourra-t-on envisager des traitements couplés comprenant des antibiotiques à l’action globale et des phages à l’action ciblée.



jeudi 9 avril 2015

Flore Intestinale et Autisme




Une flore intestinale équilibrée dès les premiers jours du nourrisson
garantit la maturation correcte du système immunitaire


Cent mille milliards de bactéries, dix fois plus que nos propres cellules, peuplent le corps humain. Mis bout à bout, ces micro-organismes constitueraient une chaîne qui ferait deux fois et demie le tour de la Terre. Dans notre intestin, des milliers d’espèces bactériennes – réunies sous le terme de «microbiote» – ont trouvé refuge. Elles sont indispensables à la digestion d’une partie de nos aliments, qu’elles transforment en énergie.

Le microbiote intestinal – anciennement dénommé flore intestinale – est constitué de l'ensemble des bactéries qui colonisent le tube digestif. Il se forme durant l'accouchement, dès la rupture des membranes, à partir de la flore fécale et vaginale maternelle, puis se constitue par le biais de l'alimentation et le contact avec l'environnement, pour se stabiliser vers l'âge de 3 ans.

L'ensemble des génomes de ces microorganismes constitue ce que les biologistes appellent le métagénome intestinal humain. Les outils moléculaires et bio-informatiques permettent aujourd'hui de décrire la diversité de bactéries qui colonisent le tube digestif.

Quand une personne est en bonne santé la plupart de ces microbes sont des microbes bénéfiques. Il existe aussi des microbes opportunistes et des microbes pathogènes. Et ceux-là vivent également dans le corps des personnes en bonne santé. Quand il y a suffisamment de microbes bénéfiques, ceux-ci régulent l’action des autres microbes et les empêchent de nuire.

Ces microbes contribuent à la conversion des aliments en nutriments et en énergie, de même qu'à la synthèse de vitamines indispensables à l'organisme. Ils participent également à la maturation du système immunitaire. De récentes expériences chez la souris apportent un nouvel éclairage sur l'implication du microbiote intestinal dans plusieurs pathologies humaines non digestives, dont certaines en lien avec le fonctionnement cérébral.

Une flore intestinale équilibrée est l'appui idéal du système immunitaire. Les bactéries commensales bénéfiques de l'intestin garantissent la production correcte de cellules immunitaires et d'immunoglobulines. Elles garantissent surtout l'équilibre immunitaire.


La flore intestinale du bébé affecte sa santé future

Un fœtus pendant les 9 mois de sa gestation, a un intestin stérile. Lors de la naissance, l’enfant ingère ses premières bouchées de flore intestinale quand il passe par le canal pelvien. La flore vaginale de la maman devient la flore intestinale de l’enfant. Si la mère a une flore intestinale dégradée, sa flore vaginale sera dégradée et c’est ce qu’elle va léguer à son enfant. Quasi 100% des mères souffrant de problèmes d’autisme, d’hyper-activité, de problèmes neurologiques, de dyslexie, ont une flore intestinale dégradée. Les pères ne sont pas exclus car ils ont leur propre flore dans la région de leur aine qui provient de leur propre système digestif. Les pères partagent cette flore avec la mère de façon régulière.

Les enfants nés par césarienne, non exposés aux bactéries vaginales et fécales de leur mère à la naissance, ont un microbiote intestinal différent des enfants accouchés par voie naturelle. Ils acquièrent leur flore d’une façon opportuniste à travers le contact des mains et des personnes qui s’occupent d’eux ; cette flore est une flore anormale. Le bébé commence alors sa vie avec une flore intestinale dégradée et présente un risque plus élevé de développer une pathologie neuro-psychiatrique, comme l'autisme, la dépression et la schizophrénie.

La colonisation du fœtus par les bactéries commence, dans les conditions normales, au moment de la rupture des membranes et surtout lors de l'accouchement par voie naturelle.

Bactérie bénéfique
La flore intestinale se met en place dans les premiers mois de la vie, et sa composition reste relativement stable tout au long de la vie, même si elle peut être modifiée de façon transitoire par l'alimentation, et notamment les régimes riches en résidus fermentés dans le côlon (prébiotiques), par l'ingestion de bactéries vivantes (probiotiques).

Les enfants naissent avec un système immunitaire immature. Une flore intestinale équilibrée dès les premiers jours garantit la maturation correcte du système immunitaire. Si la flore intestinale appropriée ne se développe pas chez le nourrisson, celui-ci a un état immunitaire compromis. Le résultat en sera une série d'infections, soignées bien souvent par une série d'antibiotiques, qui endommageront encore plus la flore intestinale de l'enfant et son immunité. Les infections les plus courantes chez les enfants de 0 à 2 ans sont les infections touchant les oreilles, les poumons, la gorge et l'impétigo (infection cutanée superficielle bactérienne).

Bien souvent, pendant la même période, le nourrisson a une série de vaccins. Or, un enfant dont le système immunitaire est compromis ne réagit pas aux vaccins comme prévu. Dans la plupart des cas, les vaccins accroissent les dégâts immunitaires et sont source d'infections virales chroniques et persistantes.


Pour se développer normalement, un enfant doit acquérir les bons microbes à certaines phases critiques de sa croissance. Certains mauvais microbes dérèglent ce bon fonctionnement. C'est durant les 3 premières années de l'enfant que se développe et s'installe ce système microbien, juste pendant la période nécessaire pour que se fassent les connections synaptiques (apprentissage cognitif, installation de la perception de soi par rapport à l'environnement et aux autres).


Identification du GAP – Le syndrome de la dysbiose intestinale et du dysfonctionnement cognitif

Le docteur Nathasha Campbell, neurologue et nutritionniste, pratique à Cambridge (UK). Elle y soigne en principal des enfants victimes de troubles envahissants du comportement et des adultes victimes de colopathie fonctionnelle et de troubles immunitaires. Elle est l’auteur du livre «Le syndrome Entéropsychologique».

C'est sous le nouveau terme de «Gut and Psychology Syndrome» que ce médecin regroupe les pathologies de troubles du comportement. Les enfants et jeunes adultes souffrant du syndrome GAP, peuvent présenter des symptômes d'autisme, de tocs, d'hyper-activité, de dyslexie, dyspraxie (mauvaise coordination des mouvements), de schizophrénie, de dépression, de troubles du sommeil, d'allergies, d'asthme et d'eczéma – souvent en combinaison. Ils sont quasi toujours victimes de troubles digestifs que l'on qualifie de «dysbiose intestinale».

En plus de leurs troubles comportementaux, les autistes souffrent très souvent de problèmes gastriques, De précédentes études ont montré que les autistes subissent davantage de problèmes intestinaux et que ceux-ci seraient liés à une perméabilité plus grande des parois intestinales.

La première chose qui arrive à un bébé avec la flore intestinale dégradée, ce sont des coliques. La flore intestinale dégradée produit trop de gaz et lorsqu’une de ces bulles de gaz se fait piéger dans une partie de l’intestin, elle va entraîner des crampes, l’enfant va crier jusqu’à ce que cette bulle se déplace dans un autre endroit où elle va s’évacuer. Un enfant qui souffre de coliques indique qu’il a certainement le syndrome enteropsychologique et une mauvaise flore intestinale. La plupart des problèmes sérieux vont se produire plus tard.

Les intestins des personnes souffrant de dysbiose sont souvent colonisés par certains groupes de bactéries pathogènes amateurs de fer (Actinomyces spp., Mycobacterium spp., variétés pathogéniques d'E.Coli, Corynebacterium spp. et bien d'autres). Celles-ci absorbent tout le fer présent dans le régime de l'enfant, ce qui laisse celui-ci anémique.

Les bactéries commensales couvrent toute la surface de l'intestin, le protégeant ainsi des envahissements de bactéries pathogènes et de toxines générant des substances anti-bactériennes, antivirales et antifongiques. Simultanément, elles nourrissent la paroi intestinale.

La plupart des enfants GAP ou allergiques présentent des troubles digestifs. L’enfant n'a jamais eu de selles normales ; étant bébé il a souffert de coliques ; les crampes abdominales et les gaz sont monnaie courante chez lui. Les tests de gastro-entérologie objectivent une inflammation intestinale doublée d'une compaction fécale.

Les enfants qui évoluent vers des troubles neurologiques et psychiatriques connaissent un phénomène encore pire. Sans le contrôle des bactéries intestinales bénéfiques, des bactéries opportunes et pathogènes, des virus, des levures/champignons arrivent à coloniser de larges zones de l'intestin. Deux groupes en particulier se retrouvent dans les examens : les levures et les clostridiae. Ces microbes pathogènes digèrent la nourriture à leur manière en produisant une palette de substances toxiques qui, absorbées par le circuit sanguin, traversent la barrière céphalo-rachidienne. La quantité de toxines varient selon les sujets, produisant des symptômes neurologiques et psychologiques différents. En l'absence ou en carence de bactéries bénéfiques au sein de la flore intestinale, le système digestif de l'enfant GAP n'est plus une source nutritive pour l'organisme mais bien une source de toxicité.

Les enfants qui sont dans cet état ne devraient être vaccinés. Certains antibiotiques tuent les bons microbes, et laissent les mauvais proliférer. Les vaccins ne causent pas l’autisme mais ils endommagent le système immunitaire, système qui est déjà compromis et qui n’est pas capable de gérer les vaccins. Dans une certaine proportion d’enfants, l’immunodéficience a déjà atteint un certain seuil. Des centaines, voire des milliers de substances chimiques toxiques extrêmement dangereuses, sont transportées de l’intestin via le sang jusqu’au cerveau. Par conséquent, le cerveau ne peut pas fonctionner correctement.

On ne devrait pas les vacciner en utilisant le protocole classique. La plupart des enfants autistes naissent avec un cerveau parfaitement normal. Mais, ayant hérité d’une flore intestinale anormale de leur mère, un flux de toxicité est transporté de l’intestin jusqu’au cerveau qui se trouve encombré de toxines. Afin d’aider ces enfants, il va falloir dissiper les toxines qui embrument leur cerveau. Pour ce faire, il va falloir renforcer la paroi intestinale et guérir la dysbiose.

Grossesse et période de préconception. Afin de diminuer l’incidence de l’autisme, une attention particulière devrait être portée sur l’état de santé de la mère, que ce soit dans la période de préconception ou durant la période de grossesse. Une évaluation de l’état nutritionnel de la mère avant et pendant la grossesse serait très utile. L’utilisation de vitamines durant la période de préconception (3 mois avant la grossesse) pouvait réduire le risque d’avoir un enfant autiste spécialement chez les mères ayant une susceptibilité génétique.


Stratégies pour restaurer la santé de l’enfant GAP et autiste

Le Dr. Campbell a développé un traitement très efficace pour les enfants GAPS, appelé Protocole alimentaire GAP.

Le protocole alimentaire GAP consiste en trois éléments:

1. Alimentation

Un régime pauvre en sucres et en carbohydrates. Il s’agit d’une alimentation modérée en protéines, très pauvres en glucides et très riche en lipides qui deviennent la source principale d’énergie pour l’organisme. C’est un régime aux effets neuro-protecteurs.

2. Compléments alimentaires

Magnésium et vitamine du groupe B. Une supplémentation de magnésium/B6 améliore l’état de santé des enfants autistes.

Acides gras oméga 3. De nombreux autistes souffrent également de carence en acides gras oméga 3. Une supplémentation d’acides gras oméga 3 avec la vitamine E permet une nette amélioration (langage imitatif, contact des yeux, coordination, comportement).

La tétrahydrobioptérin. Les enfants autistes en-dessous de 6 ans ont une excrétion urinaire importante de bioptérines (cofacteur nécessaire à la biosynthèse des catécholamines). Le liquide céphalo-rachidien des autistes présente jusqu’à 40% de moins de tétrahydrobioptérin par rapport aux enfants normaux. Cette déplétion serait due à une hyper-stimulation des processus immunitaire et inflammatoire.
Les probiotiques. De hautes doses de probiotiques sont souvent recommandées afin d’améliorer l’état de la flore intestinale. Les probiotiques permettent également d’entrer en compétition avec des germes opportunistes délétères comme le candida et sont également capables de transformer certains composés à base de mercure en métabolites excrétables.

Les polyphénols. Certains flavonoïdes telles que la lutéolin ont montré un effet protecteur.

3. Détoxification

Le processus digestif produit beaucoup de substances toxiques, dont certaines peuvent entraîner des cancers. Elles se feront immédiatement neutraliser par une flore intestinale en bonne santé.

Les Clostridium sont une famille microbienne très pathogène. On en connaît à peu près une centaine de spécimens qui produisent des substances très toxiques, en particulier des neurotoxines.

Le soufre est un des minéraux les plus importants pour l’organisme humain. Sans le soufre, on ne pourrait rien détoxifier. Et ces bactéries pathogènes adorent manger le soufre. Ces personnes vont donc souffrir de carences en soufre, ce qui va les empêcher de se détoxifier.


L’importance des jus pressés maison

Les jus pressés maison sont un excellent moyen de consommer de grandes quantités de légumes et de fruits frais chaque jour sous une forme digeste et qui ne compliquera pas les problèmes de fermentation et de dysbiose intestinale.

Pour les enfants, il faudrait aménager les jus en mélangeant 50% de légumes thérapeutiques (céleri, choux, légumes verts, feuilles d’orties fraîches, betterave, choux blancs, carottes etc.) avec 50% de fruits au goût agréable : ananas, pommes, orange, pamplemousse, mangue etc.

Par exemple un mélange d’ananas, de carottes et d’un peu de betterave pris le matin prépare le système digestif au repas de la journée est stimule la production d’acide gastrique et d’enzymes pancréatiques.





Les jus de légumes verts à feuilles (épinards, laitues, persil, aneth, carottes et betterave) avec de la tomate et du citron sont une précieuse source de magnésium naturel et de fer et exercent un effet chélateur sur les métaux lourds.


Menu typique




Commencer la journée avec un citron pressé, additionné d’eau de source légèrement tiédie.

Ensuite un jus : 40 % de pommes plus 55 % carottes plus 5 % de betterave et 5 % d’un fruit pour couvrir le goût.



Au petit déjeuner




Des œufs, en gardant le jaune coulant (car ainsi il garde ses lécithines et toutes ses propriétés), des légumes cuits à la vapeur douce et crus en salade avec de l’huile d’olive bio première pression à froid.



Des crêpes faites à partir de farine d’amandes, de noisettes, d’oléagineux ou de farine de coco avec du beurre cru bio clarifié et du miel ou bien les manger salées avec des légumes.

Accompagner le tout de thé léger au citron ou de tisanes au gingembre ou à la menthe.



Le repas du midi


De la soupe ou des ragoûts faits maison avec des viandes impérativement biologiques (volailles canard oie etc.) les mammifères n’étant consommés qu’une fois par semaine. On peut également faire des ragoûts de poissons.

De l’avocat avec de la viande, du poisson, des crustacés et des légumes crus et cuits à la vapeur douce. Assaisonner à l’huile d’olive avec du citron et accompagner d’une tasse de bouillon chaud fait maison.

Ajouter à ces légumes une cuillerée à soupe de graines germées.

Privilégier la cuisson à la vapeur douce ou mijotée.

Les fritures et les grillades seront bannies tant que la personne n’aura pas retrouvé son état de santé.

Manger des aliments lacto-fermentés comme la choucroute crue ou cuite à la vapeur douce.

Le repas du soir



Même type de repas qu’à midi ou qu’au petit déjeuner.

Si l’enfant a faim entre les repas, il peut manger un peu de fruits, de l’oléagineux ou des gâteaux faits maison à partir de farine d’oléagineux et d’œuf.







Projet Microbiome Humain



Grâce aux progrès des techniques de séquençage à haut débit pour l’étude du génome, la recherche sur le microbiote connaît une explosion ces dernières années. Plusieurs travaux ont montré son influence sur des pathologies comme l’obésité et le diabète ou encore les allergies alimentaires.

Le microbiome humain est encore mal connu des scientifiques étant donné que la découverte est très récente. La grande aventure du microbiome a commencée en 2007. Le projet dénommé Human Microbiome Project a été lancé aux Etats-Unis par le National Institute of Health.

Le projet consiste en séquencer le génome de tous les micro-organismes vivant habituellement dans notre corps et sur notre corps afin de comprendre leur influence et leur rôle sur la santé de l’homme. Jusqu’à maintenant, des échantillons on été prélevés dans diverses régions du corps notamment, dans la bouche, la gorge, le nez, le tube digestif, le tractus urogénital féminin ainsi qu’a plusieurs endroits sur la peau.

En 2008, une base de données contenant 600 génomes de micro-organismes buccaux a été conçu par l’Institut Américain de recherche dentaire en partenariat avec plusieurs pays afin de faciliter l’accès gratuit et le travail collaboratif. De plus, un Centre d’analyse des données et de coordination (DACC) a été créé comme entrepôt pour toutes les données du HMP.

Dans l’édition de juin 2012 des revues Nature et PLoS ONE, les chercheurs de près de 80 universités et institutions font le bilan de 5 années de recherche.

Les séquences des gènes cibles appartiennent à des organismes sur la liste des microbes «Most Wanted» (les plus recherchés) élaborée par le Human Microbiome Project. Les microbes porteurs de ces séquences génétiques se retrouvent en abondance dans et sur le corps humain, mais ils sont difficiles à cultiver en laboratoire.

Un nouveau projet européen regroupant une trentaine d’organisations de plus de quinze pays différents a été lancé le 12 janvier 2015, afin d’étudier le rôle du microbiote sur la santé et sur la prévention de certaines maladies, notamment mentales.

Les 15 projets ont été financés afin de démontrer les corrélations hypothétiques entre le microbiome et la santé et les maladies humaines. De l’alimentation, facteurs génétiques, et microbiome intestinal dans la maladie de Crohn au rôle du microbiote intestinal dans la colite ulcéreuse, entre autres.


L’alimentation au sein est essentielle pour que l’enfant puisse établir une flore intestinale normale. Les enfants nourris au biberon ont une flore complètement différente.

Beaucoup de femmes prennent la pilule pendant de nombreuses années avant leur premier bébé. La flore intestinale qui est transmise par ces femmes-là est fortement endommagée. Dans les années 90 on a atteint le point de rupture. C’est à ce moment-là qu’on a commencé à diagnostiquer un enfant sur 150 qui était autiste dans le monde anglophone. Quelques années plus tôt il s’agissait d’un enfant sur 10 000. Aujourd’hui le nombre est de 1 enfant sur 40 ou 50 et les prédictions annoncent que d’ici à 2020, ce sera un enfant sur 2.


Les désordres autistiques sont de plus en plus fréquents dans notre société. Des facteurs multiples génétiques et environnementaux participent au développement de ce problème. Il y a quelque chose de très important que les parents lèguent à leurs enfants, c’est leur flore intestinale. A chaque génération, les nouveaux enfants ont une flore intestinale de plus en plus endommagée. Cette flore intestinale endommagée est transmise à la naissance ce qui prépare le terrain pour le développement de nouvelles maladies.