samedi 28 mai 2022

Neurosciences – Quels Apports pour la Société ?




Les neurosciences correspondent à l’étude du fonctionnement du système nerveux, depuis les aspects les plus fondamentaux, biologiques et chimiques, jusqu’aux plus fonctionnels : la personnalité, les comportements, les pensées. Au cours des vingt dernières années, les neurosciences ont connu des avancées et des innovations sans précédent. Elles permettent aujourd’hui de mieux appréhender les nombreux signaux que nous envoie notre cerveau et de comprendre le fonctionnement du système nerveux. Grâce à la neuro-imagerie ou l’imagerie cérébrale, il est désormais possible d’observer le cerveau d’un individu en train d’effectuer une tâche cognitive – parler, compter, se souvenir… – et ainsi repérer les zones et stimuli.

Les neurosciences constituent un vaste ensemble de spécialités. Elles concernent des disciplines variées, comme la psychologie, et en particulier la psychologie cognitive qui explique les processus à l’œuvre dans le cerveau pour apprendre, mais aussi la neurologie, la chronobiologie, la philosophie, l’anthropologie, ou encore l’informatique qui propose des modélisations à partir des données collectées.

Les dysfonctionnements du cerveau sont l’une des premières causes de maladie ou de handicap. Ils touchent un nombre croissant de personnes, notamment en raison du vieillissement de la population. Leurs répercussions directement ou indirectement touchent toute la société. Les neurosciences permettent d’envisager de nouveaux traitements notamment pour la maladie d’Alzheimer ou la maladie de Parkinson.

Les autres domaines d’application des techniques d’exploration ou de modification du cerveau sont nombreux. Dans le domaine de la justice, l’imagerie cérébrale pourrait être utilisée pour modifier le cerveau des délinquants, dans le domaine du marketing, elle pourrait être un moyen d’influencer le consommateur (neuro-marketing). La neuro-imagerie pourrait aussi intéresser la gestion des ressources humaines (formater des individus pour certaines tâches), l’armée (améliorer les performances militaires ou dégrader celle des ennemis, etc.).

De multiples champs d’application

Avec l’explosion contemporaine des neurosciences, le cerveau est devenu la métaphore de référence pour décrire l’être humain dans son individualité, sa subjectivité, ses actions, sa vie privée et sociale. La rapidité avec laquelle les sciences du cerveau s’insinuent dans la société est frappante. Depuis une dizaine d’années, les neurosciences ont peu à peu investi toutes les sphères de notre quotidien. On ne peut que constater l’impact croissant des neurosciences dans les représentations culturelles, l’éducation, les médias, mais aussi dans les milieux industriels, financiers, politiques, militaires. Le “neuro” est partout : neuro-pédagogie, neuro-éducation, neuro-nutrition, neuropsychologie, neuro-économie, neuro-marketing, neuro-philosophie, neuro-gymnastique… et même neuro-politique.



Vers une neuro-société – Tout peut-il s’expliquer par l’imagerie cérébrale ?

Cet essor des neurosciences est étroitement associé à l’émergence des technologies d’imagerie cérébrale telles que l’IRM.

Les techniques de neuro-imagerie sont en grande partie à l’origine du renouveau des neurosciences cognitives : voir le cerveau normal fonctionner pratiquement en temps réel, enregistrer l’activité cognitive à l’état pur, sans la nécessité pour le sujet de donner des indices sur cette activité — comme c’était le cas en psychologie —, sont autant de progrès décisifs. La possibilité de voir le cerveau vivant en train de fonctionner ouvrirait la voie au décryptage de la pensée, des émotions, des motivations, avec au-delà la possibilité de maîtriser les processus de prise de décision qui guident nos choix et nos actions. L’IRM intéresse aussi des secteurs a priori bien loin de la neurobiologie : ressources humaines, assurance, publicité, renseignement, justice, etc. Ces questions interpellent la démocratie et appellent une réflexion éthique.

De plus, ces techniques ont révélé au chercheur en neurosciences un nouveau principe de fonctionnement du cerveau : celui du fonctionnement en réseau. Les localisations ne sont plus ce qu’elles étaient. Elles sont incluses dans des réseaux qui se font et se défont en fonction de la tâche cognitive dans laquelle le sujet est impliqué. Plus nouveau encore, les mêmes zones du cerveau servent plusieurs fonctions et peuvent faire partie, successivement, de plusieurs réseaux fonctionnels différents. En d’autres termes, une zone cérébrale donnée n’a pas une fonction unique : ses ressources sont mises à profit pour des stratégies cognitives différentes.

Un apport majeur de l’IRM est d’avoir révélé les propriétés de plasticité du cerveau qui se façonne en fonction de l’histoire vécue par chacun. Par exemple, chez les pianistes, on observe un épaississement des régions du cortex cérébral spécialisées dans la motricité des doigts et l’audition. Ce phénomène est dû à la fabrication de connexions supplémentaires entre les neurones. De plus, ces changements du cortex sont directement proportionnels au temps consacré à l’apprentissage du piano pendant l’enfance.

La plasticité cérébrale est à l’œuvre également pendant la vie d’adulte. Ainsi, le fait de s’exercer à jongler entraîne après seulement trois mois de pratique, un épaississement des zones du cortex qui contrôlent la coordination des bras et la vision. Et si l’entraînement cesse, les zones qui étaient épaissies rétrécissent.

Ces exemples, et bien d’autres résultats, démontrent comment les évènements de la vie modifient le fonctionnement cérébral, ce qui se traduit concrètement par la restructuration des circuits de neurones du cortex. Rien n’est jamais figé dans notre cerveau. Il s’agit là d’une notion fondamentale à considérer pour l’interprétation des images par IRM. La présence de particularités anatomiques ou fonctionnelles dans un cerveau ne signifie pas qu’elles existent depuis la naissance, ni qu’elles y resteront gravées. En fait, L’IRM donne un cliché instantané de l’état du cerveau d’une personne à un moment donné. Elle n’apporte pas d’information sur son passé. Elle n’a pas non plus de valeur prédictive de futurs comportements. Un autre biais de l’IRM tient au pouvoir de fascination des images colorées du cerveau qui peuvent apparaître comme une preuve scientifique objective pour un public non averti.

Neuro-politique

Selon des chercheurs de l’Institut londonien de sciences cognitives, les opinions politiques seraient inscrites dans nos neurones. Leur expérience a consisté à recueillir les orientations politiques de 90 étudiants et à étudier par imagerie IRM la structure de leurs cerveaux.

Résultat : le cortex cingulaire antérieur, qui joue un rôle dans la détection des contradictions, est plus volumineux chez les libéraux – la gauche, dans les pays anglo-saxons –, alors que la région de l’amygdale, impliquée dans les émotions liées à la peur, est plus développée chez les conservateurs – la droite –.

Au dire des chercheurs, leurs résultats révèlent un substrat neuronal aux analyses psychologiques qui montrent que la peur des situations conflictuelles et des risques différencie les conservateurs des libéraux.

La “psychologie politique” est une discipline en plein essor depuis 10 ans, particulièrement aux États-Unis. Son objectif est de comprendre pourquoi certains individus ont des croyances libérales et progressistes, tandis que d’autres penchent pour les idées conservatrices et réactionnaires. Le clivage idéologique viendrait de la petite enfance. D’après une étude menée chez des enfants de 3 ans suivis jusqu’à l’âge adulte, ceux décrits comme peureux, indécis, têtus et inhibés deviennent des adultes conservateurs. Par contre les enfants énergiques, expressifs, dominants et sociables adoptent plus tard les idées progressistes et libérales.

Toutes ces recherches ont fait l’objet d’un article de John Jost  publié en 2011 (Political Neuroscience: The Beginning of a Beautiful Friendship), qui nous annonce l’émergence d’une nouvelle discipline, la neuro-politique qui permettra de comprendre et réduire les sources de l’acrimonie idéologique qui encourage l’incivilité et fait obstacle au progrès politique et social.

Neuro-justice

Au XIXe siècle, Cesare Lombroso fondait la criminologie scientifique. Il prétendait repérer les criminels à partir des traits anatomiques du visage et du crâne. La science venait au secours de la justice.

Au XXIe siècle, La même quête anime toujours certains chercheurs, en particulier aux États-Unis où la lutte contre la délinquance et le terrorisme est une priorité nationale. Certes, le vocabulaire et les méthodes ont changé. On ne parle plus de criminalité mais de psychopathie antisociale, tandis que l’imagerie cérébrale a remplacé l’analyse des faciès et des bosses du crâne.

À ce jour, plus de 600 cas ont été répertoriés aux États-Unis pour lesquels des images obtenues par IRM ont été introduites au niveau pénal comme “preuve”. Le sujet des applications juridiques des neurosciences est devenu une thématique de recherche à part entière dénommée “Neuro-loi” (Neurolaw). Elle est l’objet d’importants programmes de financement associant les universités et l’administration américaine.

A la recherche des zones cérébrales du crime

Violence, agressivité, atteinte à l’ordre moral, criminalité, terrorisme… Tous ces comportements déviants auraient-ils leur origine dans le cerveau ? Pour le savoir, la méthode de choix est l’imagerie par IRM. Le laboratoire dirigé par Adrian Raine à l’université de Californie est spécialisé dans le domaine. Son objectif est d’étudier les bases neuronales des comportements de type antisocial, agressif et criminel pour mettre au point de nouveaux traitements et des programmes de prévention pour ces maladies très coûteuses à la société.

Plusieurs études par IRM ont montré une légère réduction de l’épaisseur du cortex cérébral dans les régions préfrontale et temporale. Il faut noter que ce phénomène n’est en rien spécifique des criminels.

On a pu l’observer également chez des sujets alcooliques, drogués et chez certains patients épileptiques. Le problème de son interprétation reste entier. En effet, jusqu’à présent, aucune démonstration scientifique ne permet d’établir une relation de causalité entre une réduction d’épaisseur du cortex et un comportement déviant. En raison des propriétés de plasticité du cerveau, l’origine des variations de la structure du cortex ne peut pas être déterminée. Finalement, il est important de garder à l’esprit que la majorité des comportements antisociaux est le fait d’individus au cerveau normal.

Le modèle américain risque de s’imposer avec la perspective de voir les neurosciences suppléer le médecin clinicien dans l’évaluation de la responsabilité et de la dangerosité d’un prévenu.

Neuro-éthique

Au XIXe siècle, la forme du crâne et la taille du cerveau ont été utilisées pour justifier la hiérarchie entre les sexes, les races et les classes sociales. De nos jours, les méthodes d’investigation ont fait des progrès spectaculaires avec l’imagerie cérébrale et la découverte de la plasticité du cerveau.

Dans ce contexte, une réflexion éthique se doit d’être menée sur l’impact des neurosciences dans la société, l’économie et les politiques publiques. En France, la loi de bioéthique inclus depuis 2011 une mission de veille sur les recherches et des applications des techniques d’imagerie cérébrale, confiée au comité consultatif national d’éthique.

Cette mission a pour objet de défendre une éthique dans la production des savoirs en neurosciences, d’éveiller la responsabilité des chercheurs sur l’impact de leurs travaux dans le champ social et d’alerter sur les dérives dans l’utilisation et l’interprétation de l’IRM.

Dicter un texte par la pensée, augmenter sa mémoire grâce à des implants cérébraux, créer des souvenirs dans le cerveau d’une souris : ces avancées, encore expérimentales, ne relèvent plus de la science-fiction. Les progrès de la connaissance sur les mécanismes du cerveau rendent désormais possible ce qui semblait impensable hier. Très prometteurs pour le traitement de certaines pathologies, ces progrès soulèvent aussi d’importantes questions éthiques.

Neuro-économie



La neuro-économie est une branche de recherche au croisement de l'économie et des neurosciences cognitives qui étudie l'influence des facteurs cognitifs et émotionnels dans les prises de décisions, qu'il s'agisse d'investissement, d'achat, de prise de risque ou de consommation. Elle couvre, entre autres, sous l'appellation neuro-finance, la prise de décision en matière de placements et d'emprunts et aussi le neuro-marketing qui utilise également des outils de neuro-imagerie pour les études de marché et le comportement des consommateurs.

Elle est voisine de l'économie comportementale, la différence étant que celle-ci s'intéresse plutôt aux comportements individuels et collectifs des agents économiques, tandis que la neuro-économie examine les bases neurobiologiques de ces comportements, notamment grâce aux techniques d'imagerie cérébrale.

La neuro-économie ne doit cependant pas être confondue avec le neuro-marketing qui vise avant tout à améliorer de manière pratique les stratégies commerciales et de communication des entreprises, notamment au niveau de la publicité. Le neuro-marketing fait davantage l'objet de critiques que la neuro-économie dont l'objectif n'est pas de directement viser à améliorer les pratiques des entreprises.

Les neurosciences en entreprise

Les spécialistes du fonctionnement cérébral investissent le monde du travail. Ils veulent former des managers “neuro-friendly” plus à l'écoute des nouvelles générations d'employés.

Les neurosciences permettent non seulement de développer l’intelligence émotionnelle de chaque acteur des entreprises, de mieux gérer la motivation et l’implication des collaborateurs, mais aussi de favoriser l’intelligence collective. Elles offrent la possibilité de mieux comprendre comment chacun fonctionne, individuellement et en équipe.

La maîtrise des émotions et des mécanismes du cerveau permettent aux managers d’avoir les bons outils pour développer les talents, augmenter les performances collectives, diminuer le stress improductif et accroître la motivation.

Comment ? En intégrant la communication non-violente, l’intelligence émotionnelle et le feedback positif à son style de management, en laissant les équipes participer aux prises de décisions pendant les réunions ou encore en acceptant qu’ils se trompent.

Neuro-leadership

Grâce aux progrès de l'imagerie, les neurosciences connaissent depuis peu un développement fulgurant révélant les mécanismes de l'apprentissage, de la mémoire, de la motivation, de l'engagement, de l'attention, de la prise de décision et du leadership qui intéressent le monde de l'entreprise. Elles mettent en lumière les paramètres dont a besoin le cerveau pour s'épanouir.

Pierre-Marie Lledo, directeur du département de neurosciences à l'Institut Pasteur dont les travaux sur la neuroplasticité, les neurones miroirs, le cerveau social, l'ont convaincu que la science peut façonner des “managers neuro-amicaux” capables d'organiser leur travail et celui de leur équipe pour réduire le stress et stimuler leur créativité. Il s’agit d’adapter le monde du travail au fonctionnement cérébral plutôt que l’inverse.

Le neuroscientifique américain David Rock a donné naissance à ce concept connu sous le nom de “neuro-leadership” en 2006, dans son ouvrage “Neuro-leadership : Le cerveau face à la décision et au changement”.

Avec l'arrivée des nouvelles générations, c'est l'ensemble des modèles traditionnels de gestion de la performance qui sont remis en cause. Un des principaux problèmes est la façon dont ils sont classés en fonction des résultats de batteries de tests subis pendant la phase de recrutement. Or leurs états cognitifs, affectifs et neurophysiologiques évoluent en permanence. C'est la raison pour laquelle leurs conditions de travail doivent reposer sur des données factuelles et être adaptées de manière dynamique à leurs sentiments.

La reconnaissance est clef, d'autant qu'elle a une réalité physiologique, soulignent les chercheurs : elle active les circuits neurologiques de la récompense sur lesquels reposent la motivation, la confiance et la cohésion sociale. Rien de tel pour la stimuler qu'un environnement de travail “neuro-bienveillant” : accorder de l'autonomie, déléguer, accompagner sans suivre… Les leaders qui réussissent ont un fort niveau d'intelligence émotionnelle.


La philanthropie vue par les neurosciences comportementales

La philanthropie se caractérise par une tension entre la promotion de valeurs morales visant à améliorer la qualité de vie de l'humanité et le coût matériel encouru pour atteindre cet objectif, mais nous savons peu de choses encore de ce qui se passe dans notre cerveau lors de la prise de décision morale complexe impliquant la vie d'autres humains.

Du point de vue neuroscientifique, il s’agit de comprendre comment deux éléments, à savoir les valeurs morales et matérielles, sont représentés dans le cerveau et comment ils se combinent pour déterminer le choix de s’engager dans la philanthropie.

Les recherches comportementales et neuro-économiques ont élaboré des modèles informatiques visant à estimer précisément les préférences individuelles en matière de biens matériels. Par contre, on sait très peu de choses sur la manière dont les préférences morales sont représentées dans le cerveau. Pourtant il est essentiel, dans de nombreux domaines pratiques, de comprendre précisément comment l’humain prend des décisions d’ordre moral. Nous savons assez bien ce qui peut influencer les décisions morales, mais nous ignorons comment se forment les préférences qui guident ces décisions.

Des études récentes ont émis l’hypothèse que des représentations neurales comparables pourraient être à la base des décisions morales. On pourrait ainsi vraisemblablement expliquer les différences entre préférences morales en estimant la manière dont les individus calculent la valeur des options morales qu’ils considèrent.

Les chercheurs constatent que les préférences morales sont représentées par une activité neurale dans une série de régions cérébrales associées au traitement d’éléments sociaux, tels que l’empathie, la répugnance à nuire à autrui et le fait d’attribuer à autrui des états mentaux (tels que les croyances), en particulier dans l’insula antérieure – une région du cerveau participant à la gestion des émotions – et dans la jonction temporo-pariétale droite, région impliquée dans la gestion de l’empathie. Ces constatations suggèrent qu’il existe une interprétation mécaniste des différences individuelles en matière de morale : Les personnes dotées de plus d’empathie et/ou de sensibilité au tort causé à autrui considèreront le fait de sacrifier une vie comme moralement inadmissible, même si ce sacrifice permet de sauver un plus grand nombre de vies ; à l’inverse, il est plus probable que les personnes plus sensibles aux résultats et qui traitent les décisions morales comme des pesées de valeurs adhèreront à des préférences morales poussant à sauver ceux qui ont le plus de chances de survie.

Deux systèmes neuraux antagonistes

Selon le chercheur Giuseppe Ugazio, professeur assistant de philanthropie comportementale à l'Université de Genève, les différences individuelles en matière de préférences morales peuvent s’expliquer par une participation différenciée de deux systèmes neuraux antagonistes qui déterminent la valeur morale de nos choix.

La préférence morale privilégiant le fait de sauver le plus grand nombre s’appuierait sur les mécanismes d’évaluation au niveau neural chargés de comparer l’importance des options en présence, reflétés dans l’activité cérébrale située dans le lobule pariétal inférieur gauche et dans l’insula antérieure.

Inversement, la préférence morale opposée, consistant à refuser de sacrifier une vie même pour en sauver un plus grand nombre, s’appuierait sur des mécanismes d’évaluation responsables de la gestion de la répugnance à nuire à autrui et de l’empathie, reflétés dans l’activité cérébrale située dans la jonction temporo-pariétale droite.

Le cerveau représente des préférences morales dans un groupe de régions différentes de celles impliquées dans la représentation des préférences relatives aux biens matériels, comme par exemple les préférences financières. Celles-ci sont représentées dans des régions qui gèrent l’appréciation des biens matériels – comme l’argent ou la nourriture –, notamment le striatum ventral et le cortex préfrontal ventromédian.

En conclusion, la valeur des vies humaines et celle de l’argent sont estimées selon des valeurs neurales distinctes. Le comportement moral humain serait guidé par des processus distincts de ceux qui sous-tendent un comportement motivé par des avantages personnels matériels.

Dans la perspective des neurosciences, nous acquérons donc une meilleure compréhension des décisions d’ordre philanthropique en mettant en lumière la manière dont le cerveau maîtrise et intègre les préoccupations d’ordre moral et matériel, et cela particulièrement dans des situations où ces deux types de préoccupations peuvent se trouver en concurrence ou interagir, comme c’est le cas de la philanthropie, mais aussi de la finance durable.



Notre époque se passionne pour le fonctionnement de notre cerveau. Un organe longtemps qualifié de “continent noir” jusqu’à l’avènement de l’imagerie cérébrale. Cette technologie révolutionnaire a permis de montrer non seulement l’intérieur du cerveau mais aussi de mettre en évidence l’activité qui s’y déroule en permanence. La fascination exercée par ces images est sortie des laboratoires et s’est bientôt répandue dans toute la société. On a cru qu’on allait enfin percer les mystères du cerveau, expliquer par le menu les mécanismes de la mémoire, de la prise de décision, de l’apprentissage, etc. et doper ainsi nos performances cognitives. Une véritable “neuromania” s’est emparée de nous, irriguant tous les secteurs de la société, de l’école à l’entreprise en passant par l’économie et la politique.

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jeudi 12 mai 2022

La Grossesse et le Cholestérol Infantil



L'exposition à des niveaux élevés de cholestérol dans l'utérus a un impact sérieux sur la santé future


Les mères peuvent transmettre un taux de cholestérol élevé à leurs enfants

Selon une étude menée par des chercheurs du Boston Children's Hospital , présentée au Congrès canadien sur la santé cardiovasculaire et publiée dans le Journal of Cardiology en 2013, si les femmes ont un taux élevé de LDL avant la grossesse, leurs enfants courent un risque cinq fois plus élevé que d'en avoir aussi quand ils seront adultes.

Les chercheurs ont analysé les données des trois générations de participants à la Framingham Heart Study, une étude qui a débuté en 1948. L'échantillon comprenait les enfants adultes de la cohorte originale de l'étude Framingham de 5.200 hommes et femmes adultes, et a évalué les analyses faites aux mères avant la naissance des participants.

Une association a été trouvée entre le cholestérol maternel avant la grossesse et d'importants facteurs de risque de maladies cardiovasculaires chez les enfants adultes. L'association était plus forte pour l'hypercholestérolémie chez les mères avant la grossesse par rapport à celles ayant un taux élevé de cholestérol après la grossesse.

Épigénétique. Certains facteurs, externes ou internes, peuvent jouer un rôle dans la transformation des gènes – comme l'exposition à des taux élevés de cholestérol dans l'utérus – et peuvent ainsi avoir un effet durable sur la régulation du taux de cholestérol, même des décennies plus tard.

Cette ligne d'étude peut conduire à la recherche de nouvelles façons de briser le cycle de transmission intergénérationnelle des taux anormaux de cholestérol.

La recherche ne fait que confirmer l'importance de gérer le taux de cholestérol tout au long de la vie.


Fumer pendant la grossesse fait baisser le taux de bon cholestérol chez les enfants

Selon une étude menée par des chercheurs de l'Université de Sydney et publiée en ligne dans l'European Heart Journal en 2011, fumer pendant la grossesse réduit le taux de HDL (bon) cholestérol chez l'enfant.

Les mères qui fument pendant la grossesse provoquent des changements chez leurs bébés à naître qui peuvent les amener à avoir moins du type de cholestérol qui protège contre les maladies cardiaques.

Les enfants de mères qui ont fumé pendant leur grossesse ont un taux de cholestérol HDL de 1,3 millimole par litre, contre 1,5 chez les enfants de mères non fumeuses. Après ajustement sur différents facteurs (exposition au tabac après la naissance, durée de lactation, manque d'activité physique, corpulence), la différence entre l'un et l'autre était de 0,15 mmol/l.

La différence est considérée comme significative selon cette étude réalisée sur un échantillon de 405 enfants de huit ans en bonne santé, nés entre 1997 et 1999 et qui avaient été inscrits avant la naissance dans un essai contrôlé randomisé portant sur l'asthme et les maladies allergiques.

Les experts ont recueilli des données avant et après la naissance des enfants, y compris des informations sur les habitudes tabagiques de la mère avant et après la grossesse, l'exposition à la fumée secondaire et des données sur la taille, le poids, le tour de taille et la tension artérielle.

L'équipe a utilisé des contrôles par ultrasons pour mesurer l'épaisseur des parois artérielles et, chez 328 enfants, ils ont prélevé du sang pour mesurer les niveaux de lipoprotéines.

Bien qu'il n'y ait eu aucun effet sur l'épaisseur des parois artérielles des enfants, il y avait un effet sur les niveaux de cholestérol HDL.

Des niveaux inférieurs de HDL à cet âge pourraient avoir un impact sérieux sur la santé future, car les enfants continueraient probablement à avoir de faibles niveaux de cette lipoprotéine en vieillissant.

Les résultats suggèrent que le tabagisme maternel a des caractéristiques négatives sur la santé du fœtus, ce qui peut par la suite le prédisposer aux crises cardiaques ou aux accidents vasculaires cérébraux (AVC). Ces effets semblent durer au moins huit ans, et probablement beaucoup plus longtemps. Les niveaux de cholestérol ont tendance à rester les mêmes de l'enfance à l'âge adulte. Le risque de maladie cardiaque chez les enfants de fumeurs peut être de 10 à 15% plus élevé.

Certaines études ont montré que chaque augmentation de 0,025 mmol/l du taux de cholestérol HDL réduit le risque de problèmes coronariens d'environ 2 à 3 %. La différence de 0,15 mmol/l entre les enfants de mères fumeuses et non fumeuses implique un risque accru de problèmes coronariens pour les premiers compris entre 10 et 15%.

Le cholestérol lipoprotéines de haute densité (HDL) est souvent appelé “bon” cholestérol et est connu pour jouer un rôle clé dans la protection contre l'athérosclérose, dans laquelle des matières grasses s'accumulent sur les parois des artères, les rétrécissent et finissent par les bloquer entraînant des problèmes cardiaques et des crises cardiaques.

Le tabagisme pendant et après la grossesse est déjà connu pour être lié à un large éventail de problèmes de santé chez les enfants, notamment des troubles comportementaux et neuro-cognitifs.

Pourtant, la prévalence du tabagisme pendant la grossesse reste élevée, approchant les 15% dans de nombreux pays occidentaux, et jusqu'à cette découverte, les scientifiques ne savaient pas exactement comment l'exposition prénatale aux cigarettes affectait les risques cardiaques futurs.


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mardi 26 avril 2022

Mécanisme de la Plasticité Cérébrale




Les études sur la plasticité cérébrale nous disent que notre cerveau est capable de changer sa structure et sa configuration tout au long de la vie en fonction de nos expériences avec l'environnement.

La recherche dans ce domaine – également connu sous le nom de neuro-plasticité ou plasticité cognitive – affirme que notre cerveau a la capacité de remodeler et de renforcer les connexions entre les neurones, les synapses. En d'autres termes, nous pouvons améliorer notre capacité d'apprentissage, nos capacités cognitives et notre mémoire, et nous adapter à de nouvelles situations. Et même compenser les effets des lésions cérébrales en établissant de nouveaux réseaux ou en renforçant certains d'entre eux.

Notre cerveau change constamment, même chez les adultes et les personnes âgées. Et nous pouvons stimuler ces modifications en exerçant notre cerveau par l'activité cognitive et sensorielle, l'exercice physique, les émotions, la nutrition, etc.

Comment se produit la plasticité cérébrale

Cependant, on ne savait pas comment se produit le phénomène de plasticité cérébrale. Nous savons que notre cerveau est un système dans lequel il y a environ une centaine de milliards de neurones et des milliers de synapses en constante évolution. Les chercheurs avaient émis l'hypothèse que lorsque de nouvelles connexions entre neurones sont établies et que certaines synapses se renforcent, un mécanisme de compensation devrait être activé pour maintenir le système en équilibre, sans être submergé par les changements.


Des scientifiques du MIT découvrent le mécanisme de la plasticité cérébrale

Une équipe de chercheurs du Picower Institute for Learning and Memory du MIT a publié une étude dans la revue Science de juin 2018 qui démontre comment notre cerveau atteint cet équilibre.

Le travail qu'ils ont réalisé est extrêmement complexe. Lorsqu'une connexion, appelée synapse, devient plus forte, les synapses voisines s'affaiblissent en raison de l'action d'une protéine appelée Arc. La découverte de cette règle fondamentale de la plasticité cérébrale explique comment le renforcement et l'affaiblissement synaptiques se combinent dans les neurones pour produire la plasticité.




Récepteurs AMPA. On les trouve principalement dans la membrane post-synaptique et dans la membrane des dendrites. Ils permettent une transmission synaptique chimique rapide entre les neurones du système nerveux central.

Une fois la règle vérifiée, les chercheurs ont voulu connaître le mécanisme par lequel les neurones lui obéissent. Pour ce faire, ils devaient être capables d'observer comment les récepteurs AMPA, qui sont essentiels dans les synapses, changent. À l'aide d'une étiquette chimique, ils ont découvert que l'élargissement et le renforcement des synapses étaient corrélés à une expression accrue des récepteurs AMPA, tout comme le rétrécissement et l'affaiblissement des synapses étaient corrélés à une diminution de l'expression des récepteurs AMPA. La protéine qui régule l'expression de l'AMPA est la protéine Arc.

Origine de la protéine Arc. La protéine possède des propriétés similaires à celles utilisées par les virus pour infecter les cellules hôtes et provient d'un événement évolutif fortuit qui s'est produit il y a des centaines de millions d'années. L'histoire d'origine d'Arc est transmise à travers les génomes des animaux tout au long de l'évolution. Il y a 350 à 400 millions d'années, un événement fortuit a frappé des créatures à quatre membres qui parcouraient la terre. Un ancêtre des rétrovirus, appelés rétrotransposons, a inséré son matériel génétique dans l'ADN des animaux. L'événement a conduit à l'Arc des mammifères que nous connaissons aujourd'hui.

Des travaux antérieurs avaient montré que les souris dépourvues d'Arc oubliaient des choses qu'elles avaient apprises à peine 24 heures plus tôt. De plus, leur cerveau manquait de plasticité.

Une fois que les virus ont envahi les cellules hôtes, ils émergent prêts à infecter une fois de plus. Il semble qu'Arc fonctionne de la même manière. Les scientifiques ont collecté l'Arc qui avait été libéré des neurones de souris et ont déterminé que les protéines et leur cargaison pouvaient être absorbées par un autre ensemble de neurones. Contrairement aux virus, l'activation des neurones mobilise Arc, ce qui déclenche la libération des capsides (structures qui entourent l'acide ribonucléique).

L'équipe a utilisé une étiquette chimique – qui a dû être développée par des scientifiques au Japon, car aucune n'avait jamais été fabriquée pour le cerveau d'un animal vivant auparavant – qui leur a permis d'observer que les synapses renforcées étaient entourées de synapses affaiblies qui avaient enrichi l'expression de l'Arc, et que le renforcement des synapses augmente la protéine pour affaiblir les synapses voisines. En d'autres termes, Arc est la protéine qui maintient l'équilibre des ressources synaptiques.


Des changements moléculaires dans les synapses peuvent régénérer le cerveau


Des scientifiques britanniques de l'Université de Nottingham dans une étude, publiée dans la revue Molecular Psychiatry d'octobre 2021, ont découvert que certaines modifications de marqueurs génétiques qui envoient des informations pour activer ou désactiver des synapses dans le cerveau pourraient être utilisées pour inverser des pathologies mentales ou des troubles de mémoire, "régénérant" la dynamique neuronale perdue.

Cette recherche constitue une étape clé pour comprendre comment les neurones et les autres cellules cérébrales communiquent, ainsi que pour approfondir des aspects inconnus des synapses. Tout cela pourrait aider à identifier de nouveaux traitements visant à lutter contre les affections neurologiques et psychiatriques.

Rôle des messagers moléculaires dans les synapses

Les cellules nerveuses du cerveau humain sont connues pour communiquer entre elles en formant des connexions appelées synapses. En les synapses, des molécules sont libérées dans le but d'envoyer des signaux à la cellule suivante, créant ainsi un réseau complexe qui rend certaines fonctions possibles.

De cette façon, lorsque les gens apprennent quelque chose ou se souviennent de choses importantes, cette signalisation est renforcée, facilitant une plus grande activité des messagers moléculaires. Au contraire, si la communication entre les synapses échoue, les circuits ou réseaux de neurones s'effondrent et les dynamiques fonctionnelles qui en dépendent diminuent considérablement.

À mesure que de plus en plus de circuits ou de réseaux de synapses se détériorent, la façon dont les gens développent leurs capacités de réflexion ou effectuent des tâches quotidiennes change complètement, diminuant la qualité de leurs réponses. Au fil du temps, cela entraîne des troubles cognitifs tels que la démence ou peut entraîner des pathologies mentales profondes et des conséquences psychosociales, telles que l'anxiété.

"Traduire" l'ARN pour activer les synapses



Les progrès réalisés par les scientifiques reposent sur l'identification de certaines des bases moléculaires qui conditionnent les marqueurs génétiques, qui jouent un rôle central dans l'activation des synapses, puisqu'ils fonctionnent comme des "messagers", envoyant des signaux pour démarrer ou arrêter tous ces processus.

La fonction des cellules nerveuses et des synapses est fortement conditionnée par les protéines qui sont fabriquées à l'aide d'informations codées dans le matériel génétique, en particulier dans ce que l'on appelle l'ARN ou l'acide ribonucléique.

L'ARN est placé exactement au bon endroit et au bon moment pour la signalisation synaptique, grâce à une sorte de "tag" qui fonctionne comme un "messager", pour obtenir l'activation correcte des synapses. Si certaines molécules sont ajoutées à l'ARN, en particulier les groupes dits méthyles, tout ce mécanisme d'horlogerie qui facilite les synapses peut être modifié.

Le mécanisme de la plasticité synaptique

Les scientifiques ont découvert que l'ajout de groupes méthyle peut influencer les protéines qui se lient à l'ARN et stopper la production de protéines, vitales pour la dynamisation des synapses. Dans le même temps, cependant, le marquage de l'ARN peut être inversé au niveau des synapses et agir ainsi comme une "étiquette synaptique" qui laisse libre cours au développement de réseaux et de connexions, augmentant les fonctions cérébrales associées.

En fin de compte, les processus de plasticité synaptique, qui sont à la base de l'apprentissage et de la formation de la mémoire, nécessitent que l'ARN soit "traduit" localement au niveau des synapses. Lorsque le mécanisme est interrompu, il est possible de déclencher un dysfonctionnement des synapses et des cellules nerveuses, conduisant à la formation de groupes de protéines toxiques.

En revanche, la modification ou l'inversion des marqueurs peut être utile pour accélérer les synapses et même "régénérer" des fonctions que le cerveau a cessé d'effectuer. Par conséquent, le développement des techniques indiquées pourrait conduire à de nouvelles stratégies thérapeutiques qui parviennent à améliorer les conditions négatives liées aux pathologies neuro-dégénératives, entre autres possibilités.


Des synapses artificielles pour un nouveau cerveau




Une équipe de chercheurs de l'Université hébraïque de Jérusalem dans une étude, publiée dans Cell Systems de décembre 2020, démontre qu'il est possible de remplacer les connexions neuronales endommagées par l'introduction de synapses conçues synthétiquement et pourrait être la première étape vers la réparation génétique du cerveau humain.

On sait que les synapses ou connexions entre neurones sont fondamentales pour l'établissement de réseaux de neurones qui permettent de préciser les différentes fonctions cérébrales, comme celles liées à la mémoire ou à l'apprentissage. Lorsqu'une lésion cérébrale survient pour une raison quelconque ou que les symptômes d'une maladie neuro-dégénérative sont présents, l'une des premières manifestations est la perte de synapses ou de connexions neuronales.

Le ver C. elegans pourrait détenir
 la clé de la récupération génétique
 des circuits cérébraux endommagés
Pourtant, s'il existait la possibilité de remplacer ces connexions manquantes par l'introduction de synapses artificielles, génétiquement conçues en fonction de chaque besoin spécifique, nous ne serions pas si loin du rêve de "réparer" complètement le cerveau pour lui donner une nouvelle vie.

Les neuroscientifiques ont conçu un réseau neuronal synthétique destiné à remplacer les circuits endommagés dans les vers translucides C. elegans, entraînant la récupération des fonctions perdues. Dans ce cas, l'objectif était de récupérer la sensibilité olfactive perdue en raison de lésions cérébrales.

La voie génétique

Cette nouvelle étude ouvre une voie potentielle pour traiter les lésions cérébrales d'un autre point de vue, à la fois dans le cas d'effets physiques directs tels que les traumatismes ou les accidents vasculaires cérébraux ou les maladies neurologiques.

La recherche prouve que les variations génétiquement modifiées de la connectivité cérébrale peuvent donner les mêmes résultats que les connexions neuronales biologiques, lorsqu'elles sont affectées ou désactivées.

D'autre part, les chercheurs ont souligné que, bien que l'espèce choisie pour l'étude ait un système nerveux très simple, c'est une excellente alternative étant donné qu'il s'agit d'un organisme multicellulaire qui partage différentes similitudes avec l'homme.

En conclusion, ils pensent qu'un jour, il sera possible d'appliquer des thérapies géniques basées sur le câblage synthétique du cerveau humain comme traitements potentiels pour les lésions et maladies cérébrales dévastatrices.

Désormais, les spécialistes procéderont à des tests plus approfondis de l'impact biologique des connexions neuronales génétiquement insérées, en plus d'appliquer l'approche à d'autres circuits neuronaux et à d'autres organismes.


Des ingénieurs conçoivent des synapses artificielles pour le hardware



Les ingénieurs du MIT, dont l'étude a été publiée dans la revue Nature Materials de janvier 2018, conçoivent des synapses artificielles pour le hardware "cerveau sur puce".

La synapse artificielle a été conçue de telle sorte que la force d'un courant électrique qui la traverse puisse être contrôlée avec précision, de la même manière que les ions circulent entre les neurones. L'équipe a construit une petite puce avec des synapses artificielles, fabriquées à partir de silicium germanium. Lors de simulations, les chercheurs ont découvert que la puce et ses synapses pouvaient être utilisées pour reconnaître des échantillons d'écriture manuscrite, avec une précision de 95%.

La conception est une étape importante vers la création de puces neuromorphiques portables à faible consommation d'énergie pour une utilisation dans la reconnaissance de formes et d'autres tâches d'apprentissage.

Le cerveau synthétique est la nouvelle frontière de l'Intelligence Artificielle

Le cerveau synthétique est la dernière proposition de l'Intelligence Artificielle : construire une machine intelligente en assemblant, neurone par neurone, des structures de complexité croissante imitant l'esprit rudimentaire des êtres vivants, d'abord celui d'un singe et enfin celui d'un enfant.

Le but est d'utiliser du hardware évolutif pour créer un "cerveau incarné" dans un corps mécanique capable d'imiter la capacité des êtres vivants à modifier leur comportement en fonction de l'expérience acquise.

Pour le moment, le cerveau synthétique n'est qu'une hypothèse qui laisse ouverte la question de savoir si l’on veut vraiment le construire et, si c'est le cas, la question de savoir si l’on devrait le faire.


Rôle du sommeil dans la neuro-plasticité



Veille et sommeil

Lorsque nous sommes éveillés, nous apprenons constamment, nous savons donc que de nombreux espaces synaptiques sont potentialisés. C'est quelque chose qui utilise beaucoup d'énergie et comme c'est limité, le corps a besoin de réduire l'excès de potentialisation. C'est là que le sommeil a son rôle fondamental, selon la théorie la plus largement acceptée à ce jour : l'hypothèse de l'homéostasie synaptique.

L'homéostasie signifie équilibre, donc cette hypothèse propose que la fonction principale du sommeil est de rétablir l'équilibre des espaces synaptiques, c'est-à-dire de réduire la potentialisation qui se produit pendant la journée.

Mais réduire la potentialisation, c'est comme oublier ce que l’on a appris, cela semble n'avoir aucun sens. Cependant, le retour à l'équilibre pendant le sommeil ne se produit pas de manière égale dans tous les neurones, mais se produit plutôt de manière sélective. Les synapses qui sont plus fortes pendant la journée seront protégées et s'affaibliront moins, et les synapses qui ont été moins renforcées s'affaibliront beaucoup plus.

Une sélection spécifique pendant le sommeil pour affaiblir les synapses assure la survie des circuits "les plus aptes".

Ces caractéristiques peuvent expliquer les bienfaits du sommeil sur la mémoire

Acquisition de la mémoire. L'un des principaux effets du sommeil est d'augmenter la capacité d'acquérir de nouveaux souvenirs. Avec le retour à l'équilibre produit par le repos, nous avons plus d'énergie disponible pour en apprendre plus le lendemain.

Consolidation.
Les neurones et les synapses qui contiennent de nouveaux souvenirs s'affaiblissent moins que ceux qui ont des souvenirs moins importants.

Extraction d'idées. Les neurones qui contiennent des souvenirs plus durables et complexes, comme la reconnaissance des visages, subissent des réactivations ponctuelles pendant le sommeil, pour éviter leur affaiblissement.

Intégration. Lorsqu'un nouveau souvenir correspond aux schémas que nous avons déjà appris, ils se protégeront également en s'activant pendant le sommeil.

Oubli. Les souvenirs de détails sans importance s'estompent, pour libérer de l'espace, comme un ordinateur.


En résumé

* L'apprentissage est produit par une potentialisation des synapses, où le sommeil semble jouer un rôle essentiel dans sa régulation, diminuant la potentialisation.

* Cette diminution de la potentialisation se produit de manière spécifique et sélective.

* Les bienfaits que procure le sommeil dans les différents domaines de la mémoire sont : l'acquisition, la consolidation, l'extraction d'idées, l'intégration et l'oubli.


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vendredi 15 avril 2022

Les Neurosciences de la Grossesse




La maternité implique une série d'adaptations biologiques, psychologiques, comportementales et sociales visant à garantir la survie du nouveau-né et de la mère. La littérature scientifique parle généralement des modifications physiques du corps féminin, des adaptations au niveau cardiovasculaire, rénal, métabolique, respiratoire, musculaire ou endocrinien. La grossesse implique des changements hormonaux radicaux et des adaptations biologiques, mais les effets sur le cerveau sont encore mal compris.

La dépression post-partum est l'une des complications les plus courantes de la grossesse. S'il n'est pas diagnostiqué et traité correctement, il peut avoir des conséquences à long terme pour la mère et le bébé, affectant négativement le lien mère-enfant et le développement de l'enfant.

Ces données nous montrent l'importance de savoir comment le cerveau humain se prépare et s'adapte à la maternité.


La grossesse modifie la structure cérébrale de la femme

Une équipe de chercheurs de l'Université autonome de Barcelone et de l'Institut de recherche de l’Hospital del Mar a réalisé une étude, dont les résultats ont été publiés dans Nature Neuroscience en décembre 2016, qui compare la structure cérébrale des femmes avant et après leur première grossesse. Titre original : “Pregnancy leads to long-lasting changes in human brain structure” (La grossesse entraîne des changements durables dans la structure du cerveau humain).

La recherche montre que la grossesse implique des changements à long terme – au moins jusqu'à deux ans après l'accouchement – dans la morphologie du cerveau de la mère.

Pour mener à bien l'étude, les chercheurs ont comparé les images de résonance magnétique de 25 femmes enceintes avant et après l'accouchement, les partenaires masculins de 19 d'entre elles, et un groupe témoin composé de 20 femmes qui n'étaient pas et n'avaient pas été enceintes et les partenaires masculins de 17 d'entre eux. Le suivi a duré cinq ans et quatre mois.

Grâce à l'analyse d'images par résonance magnétique, les scientifiques ont découvert que la grossesse modifie durablement le cerveau de la mère. Après la période de gestation, cet organe présente un plus petit volume de matière grise dans les régions responsables de la pensée sociale et de la théorie de l'esprit, et ils ont également observé que les changements étaient associés au lien maternel : plus le cerveau change, mieux c'était la connexion mère-enfant.

Les résultats ont montré une réduction symétrique du volume de matière grise dans la ligne médiane corticale antérieure et postérieure, ainsi que dans des sections spécifiques du cortex pré-frontal et temporal chez les femmes enceintes. Ces zones forment une carte qui coïncide largement avec un réseau que les neuro-scientifiques associent aux processus impliqués dans les relations sociales.

L'étude a permis de déterminer sans ambiguïté si une femme de l'échantillon avait été enceinte ou non en fonction des changements de volume de ces zones du cerveau, et même de prédire le degré de lien avec le bébé après l'accouchement en fonction de ces changements.

Réduction de la matière grise

La réduction de la matière grise survient chez toutes les femmes enceintes étudiées et leur est exclusive, ce qui indique qu'il s'agit probablement d'un changement dû aux processus biologiques de la grossesse, et non de changements liés à la naissance du bébé qui peuvent également survenir chez les pères.

La réduction est due à un processus similaire à l'élagage synaptique qui a lieu pendant l'adolescence, où les synapses faibles sont éliminées pour favoriser un traitement mental plus mature et efficace.

L'étude a pris en compte les variations à la fois chez les femmes ayant suivi des traitements de fertilité et chez les femmes tombées enceintes naturellement, et les réductions observées de matière grise étaient pratiquement identiques pour les deux groupes.

Les chercheurs n'ont pas trouvé que la grossesse provoque des changements dans la mémoire ou d'autres fonctions intellectuelles chez les femmes étudiées et, par conséquent, ils pensent que la perte de matière grise n'implique aucun déficit cognitif, mais plutôt le contraire.

Les résultats suggèrent que cette plasticité cérébrale inhérente à la grossesse a un but évolutif pour que la mère infère efficacement les besoins de son bébé. Il s'agirait d'une restructuration du cerveau à des fins adaptatives, pour augmenter la sensibilité de la mère pour détecter, par exemple, des visages menaçants ou pour reconnaître plus facilement l'état émotionnel de son bébé.


Le cerveau change pendant la grossesse pour faciliter la relation mère-enfant

Une équipe de chercheurs du Service de médecine expérimentale de l'hôpital Gregorio Marañón et du CIBER de santé mentale (Espagne) dans une étude publiée par Science Direct dans la revue Psychoneuroendocrinology en février 2020, a déterminé que la grossesse modifie le système de plaisir du cerveau, la motivation et renforcement chez la mère – noyau accumbens – pour qu'elle “tombe amoureuse de son bébé”.

Activation du noyau accumbens

Dans cette étude, les données de neuro-imagerie structurelle et fonctionnelle de nouvelles mamans avant et après la grossesse ont été analysées. Dans un premier temps, ils ont examiné s'il existait des changements volumétriques dans la zone cérébrale responsable de la motivation et du plaisir et si ces changements étaient associés à l'activation de cette région face à des stimuli visuels chez leurs bébés.

L'échantillon de l'étude était composé de 25 femmes qui étaient mères et de 20 mères témoins qui ne l'étaient pas. Sur l'activation de la zone accumbens chez les pères ou les femmes qui n'ont pas vécu de grossesse, il n'y a pas d'études. Cependant, la littérature animale semble indiquer que cette région est activée par interaction avec la progéniture, bien que cela nécessite plus de temps.

Les chercheurs ont constaté des diminutions volumétriques du noyau accumbens chez les femmes après leur première grossesse et plus le volume de cette structure diminuait, plus cette zone du cerveau de la mère était activée lorsqu'elle voyait des stimuli liés à son bébé.

Ces données indiquent que chez l'homme, le comportement maternel est conditionné par des systèmes basiques et instinctifs que nous partageons avec d'autres mammifères plus basaux, comme les rongeurs.

S'il est bien caractérisé comment le cerveau change pendant la grossesse, il sera possible de mieux comprendre ce qui se passe au niveau du cerveau dans les pathologies du post-partum, comme la dépression, qui mettent en danger non seulement la santé de la mère mais aussi celle du nouveau-né.

Cette étude conclut qu'après la grossesse, le bébé devient le stimulus le plus frappant, le plus pertinent et le plus agréable, ce qui amène la mère à initier une série de comportements visant à promouvoir et à garantir la survie de la progéniture, comme cela se produit dans le règne animal.


Comment le cerveau de la mère change-t-il ? – Projet BeMother

 


Des chercheurs de l'Université autonome de Barcelone et de l'Institut de recherche médicale de l’Hospital del Mar mènent le projet BeMother, lancé en décembre 2020 et financé par le Conseil européen de la recherche. La subvention Advanced Grant, d'un financement d'environ 2,5 millions d'euros, sera mise en œuvre sur une période de 5 ans.

Le projet vise à établir quand et comment le cerveau se réorganise pendant la grossesse, à identifier les médiateurs hormonaux qui facilitent et orientent cette réorganisation, ainsi qu'à établir l'évolution du comportement et de la psychologie maternelle (y compris la relation avec son bébé) à partir du moment où elle tombe enceinte jusqu'à deux ans après l'accouchement.

Le projet est en phase de recrutement de volontaires. Les personnes qui peuvent participer doivent être des femmes entre 25 et 45 ans, qui n'ont jamais été mères auparavant, qui envisagent d'avoir leur premier bébé prochainement et qui vivent à ou autour de Barcelone.

Les chercheurs veulent savoir comment le cerveau se réorganise et déterminer s'il existe une relation entre les changements cérébraux, les hormones et l'apparition de troubles mentaux post-partum. Pour ce faire, ils évalueront le cerveau des femmes qui souhaitent devenir enceintes et étudieront également les couples de même sexe, mais pas enceintes. Des dépistages seront effectués avant, pendant la grossesse et après l'accouchement. Lors de chacune de ces visites, des images cérébrales seront obtenues par imagerie par résonance magnétique, en plus de prélever des échantillons de salive et d'urine et de remplir des questionnaires pour évaluer l'aspect neuro-psychologique.

Les changements cérébraux et psychologiques vécus par les femmes qui deviennent mères sont un sujet étonnamment peu étudié. Le cerveau féminin et la maternité ont été négligés en raison des préjugés sexistes dans la science et du fait que le développement de modèles multidisciplinaires d'adaptations neuro-biologiques humaines nécessite une expertise établie de la part de groupes aux méthodologies très différentes.

Le nouveau projet peut avoir un impact important dans différents domaines de connaissance :

* Recherche en psychologie de la femme. Il abordera les adaptations psychologiques chez les femmes pendant la grossesse.

* Neurosciences de la reproduction. Il éclairera la régulation très complexe des adaptations neuro-biologiques à la maternité.

* Plasticité neuronale. Il aidera à explorer les effets durables de la réorganisation induite par la grossesse sur la plasticité cérébrale, utile pour faire progresser notre compréhension des processus neuro-développementaux et neuro-dégénératifs.

* Santé mentale. La période post-partum est l'une des périodes de la vie d'une femme où le risque de divers troubles mentaux est le plus élevé.

* Psychologie du développement. Il étudiera l'impact des adaptations pendant la grossesse sur la relation entre la mère et le bébé.

Le but ultime est d'intégrer toutes les découvertes neurales, neuro-psychologiques et métabolomiques – des substances appelées métabolites présentes dans les cellules et les tissus – pour construire un modèle pionnier du développement du comportement maternel. Découvrir comment le cerveau, l'esprit et le corps d'une femme se préparent aux défis de la maternité.

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