mardi 27 octobre 2020

Comment le Cerveau se Réorganise-t-il Pendant le Sommeil et en cas de Lésion ou d'Opération ?



Notre cerveau est plastique. Il est capable de réorganiser sa structure et les connexions entre ses neurones. Si le cerveau est particulièrement malléable dans l’enfance, rien n’y est jamais figé. La plasticité cérébrale s’opère de cette façon jusqu’à la mort. Et ce, chez toutes les espèces animales. Les dernières recherches du laboratoire mettent en évidence que cette plasticité ne se fait pas au hasard, mais déterminée par les fonctions innées des régions cérébrales. Le cerveau va, au cours de son développement, fixer ses routines cognitives, motrices, perceptives.

Le cerveau est probablement l’objet d’étude le plus complexe auquel l’Homme n’a jamais fait face. Nous avons des millions de neurones, qui établissent eux-mêmes des milliers de connexions synaptiques. Il y a plus de connexions dans le cerveau que de particules élémentaires dans l’Univers.

La neuroscience cognitive reste toutefois une science jeune, développée avec l’avènement des techniques d’imageries cérébrales dans les années 90. Les IRM fonctionnelles permettent de “cartographier” ces fonctions cognitives, et elles sont aujourd’hui de plus en plus précises.


Vivre avec la moitié du cerveau

Une équipe de chercheurs de l'Institut de technologie de Californie, à Pasadena, dont l’article a été publié dans Cell Reports en novembre 2019, a étudié par imagerie résonance magnétique (IRM) les cerveaux de six adultes dont l’un des deux hémisphères cérébraux avait été retiré durant l’enfance, pour réduire les crises d’épilepsie.

Il existe de nombreuses épilepsies qui répondent bien aux médicaments et sont parfaitement contrôlées, mais il y a toujours eu un pourcentage qui est dit réfractaire, qui ne répond pas aux traitements, et d'autres maladies où le tissu cérébral est endommagé. Les crises peuvent être si fréquentes que l'enfant ne peut pas se développer normalement parce que le cerveau n'est jamais au repos, ou subit une crise, ou se remet d'une attaque. Une solution est de détruire le foyer épileptique, le point de départ, mais si une solution ne peut être identifiée et que le cerveau est endommagé, une autre possibilité est d'éliminer la zone endommagée.

Les six patients se sont portés volontaires pour l'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle – une technique qui permet de visualiser le cerveau avec une bonne résolution spatiale et temporelle – au Center for Brain Imaging du California Institute of Technology. Les résultats ont été comparés à ceux de six autres adultes en bonne santé qui ont également été scannés et à une base de données qui comprenait les résultats de 1500 autres adultes en bonne santé, avec un âge moyen de 22 ans.

Tous les six patients avaient souffert de crises d'épilepsie depuis qu'ils étaient de jeunes enfants, l'un d'eux avait eu la première dans les minutes après la naissance. Dans quatre cas, le côté droit du cerveau a été extrait – hémisphérectomie  – tandis que dans les deux autres, il s'agissait du côté gauche. Les causes étaient variées dans deux cas, il s'agissait d'un accident vasculaire cérébral autour de l'accouchement, dans trois autres il s'agissait d'une encéphalite de Rasmussen, qui génère de l'épilepsie et des lésions cérébrales, et dans le sixième, il s'agissait d'une dysplasie corticale.

Ce qui a attiré l'attention, c'est que ces personnes, qui étaient maintenant dans la vingtaine ou la trentaine, travaillaient remarquablement bien, avaient un emploi d'orthophoniste, leurs fonctions langagières étaient normales et lorsqu'elles étaient placées sur le scanner, elles bavardaient calmement comme avec n'importe qui d'autre.

Tous, même ceux dont l'hémisphère gauche a été enlevé, où se trouvent chez la plupart des gens des zones liées à la parole comme celle de Broca ou de Wernicke, pouvaient parler. Apparemment, la zone de la parole change d'hémisphère, si l'hémisphère gauche n'existe pas ou est endommagé, la zone de parole est située dans l'hémisphère droit.

Dans le cerveau, il y a une série de réseaux neuronaux, de circuits fonctionnels que l'on croit être le substrat de nos émotions, de la cognition, des comportements. Les chercheurs se sont penchés en particulier sur l'activité cérébrale dans les réseaux qui régulent la vision, le mouvement, les émotions et la pensée, les processus dits cognitifs. Étant donné que les réseaux neuronaux dédiés à une seule fonction de régulation couvrent souvent les deux hémisphères, l'équipe de recherche s'attendait à voir une activité neurale plus faible chez les patients hémisphérectomisés, mais ce n'était pas le cas.

Les chercheurs ont divisé le cerveau en 400 zones, 200 dans chaque hémisphère, et ont établi sept réseaux fonctionnels. Le même schéma de parcelles observé chez les personnes en bonne santé peut être facilement distingué chez les personnes ayant un demi-cerveau.

La deuxième phase consistait à voir si la même personne était à nouveau scannée après un certain temps et chez la même personne et pour la même tâche, le même schéma d'activité a été observé, qui est connu sous le nom de fingerprinting, comme la prise d'empreintes digitales. Le résultat de cette deuxième partie de l'étude est que les modèles d'activité étaient cohérents dans le temps. C'était la base de l'étude finale, pour voir si les réseaux fonctionnels des participants avec un demi-cerveau étaient identiques ou différents de ceux des personnes en bonne santé.

Le groupe de scientifiques a pu reconnaître les mêmes réseaux chez les patients hémisphérectomisés et la conclusion principale et surprenante était que les six personnes opérées et les témoins ont montré des connexions fortes et similaires entre les régions cérébrales qui sont généralement attribuées au même réseau fonctionnel.

Cependant, la connectivité entre les régions de plusieurs réseaux différents était beaucoup plus élevée chez tous les participants qui avaient un hémisphère supprimé et entre tous les réseaux, que chez les individus témoins. Ces contrôles étaient similaires pour le niveau d'intelligence, l'âge, la préférence de la main, c'est-à-dire s'ils étaient gauchers ou droitiers, et le sexe.

Les médecins avaient déjà vu que les patients hémisphérectomisés fonctionnaient à un excellent niveau, mais ce qui a le plus attiré l'attention était le haut degré de compensation observé dans l'étude de neuroimagerie. Ces résultats soutiennent l'hypothèse qu'un système partagé de réseaux fonctionnels permet la cognition et suggèrent que les interactions entre différents réseaux peuvent être un aspect clé de la réorganisation fonctionnelle après hémisphérectomie.

Ces résultats étaient inattendus et intéressants car des lésions beaucoup plus petites causées par un accident vasculaire cérébral, un accident, une tumeur ou d'autres raisons provoquent des effets dévastateurs. Cette grande capacité de récupération repose probablement sur deux aspects : le cerveau possède de nombreux systèmes redondants et, peut-être plus frappant, c'est qu'il a une énorme capacité d'adaptation et de flexibilité, que l'on appelle plasticité neuronale. Il serait donc important de comprendre comment le cerveau met en mouvement ces processus réparateurs ou compensatoires, afin de mettre en œuvre des stratégies qui améliorent les perspectives de ces traitements.

Plasticité neuronale

Plasticité neuronale, neuroplasticité ou plasticité cérébrale sont des termes génériques qui décrivent les mécanismes par lesquels le cerveau est capable de se modifier lors des processus de neurogenèse dès la phase embryonnaire ou lors d'apprentissages. Elle s’exprime par la capacité du cerveau de créer, défaire ou réorganiser les réseaux de neurones et les connexions de ces neurones. Le cerveau est ainsi qualifié de “plastique” ou de “malléable”.

Ce phénomène intervient durant le développement embryonnaire, l'enfance, la vie adulte et les conditions pathologiques (lésions et maladies). Il est responsable de la diversité de l'organisation fine du cerveau parmi les individus – l'organisation générale étant, elle, régie par le bagage génétique de l'espèce – et des mécanismes de l'apprentissage et de la mémorisation chez l'enfant et l'adulte. Ainsi, la plasticité neuronale est présente tout au long de la vie, avec un pic d’efficacité pendant le développement à la suite de l'apprentissage, puis toujours possible mais moins fortement chez l’adulte.

La plasticité neuronale est avec la neurogenèse adulte, une des découvertes récentes les plus importantes en neurosciences, et montre que le cerveau est un système dynamique, en perpétuelle reconfiguration.


Comment le cerveau se réorganise après une attaque cérébrale

Des chercheurs du Département de neurosciences de l’Université de Genève – dont leur article intitulé “Coherent neural oscillations predict future motor and language improvement after stroke” est paru dans Brain en 2015 – en étudiant la manière dont les neurones réagissent après un accident vasculaire cérébral (AVC), ont trouvé un indicateur permettant de prédire la récupération future du malade, grâce à un examen par électroencéphalographie (EEG).

Brusquement, un caillot de sang vient boucher une artère cérébrale ou, tout aussi soudainement, un vaisseau se rompt, provoquant une hémorragie dans le cerveau. On est alors frappé par un accident vasculaire cérébral (AVC). Dans la zone affectée par la lésion, la circulation sanguine est perturbée et les neurones se retrouvent privés d’oxygène et de nutriments, ou comprimés en cas d’hémorragie. Quoi qu’il en soit, le résultat est le même : les neurones meurent. De là proviennent les séquelles de l’AVC. Si l’accident affecte par exemple une aire cérébrale impliquée dans la motricité, il provoque des engourdissements, une perte de sensibilité ou une paralysie du visage, d’un membre ou d’un côté du corps. S’il touche une région gouvernant le langage, il induit des troubles de la parole.

Des neurones prennent le relais

Le cerveau fait toutefois preuve de plasticité et il est capable de se réorganiser. Cette caractéristique est d’ailleurs mise à profit dans les traitements de réhabilitation qui aident les victimes à retrouver une partie des fonctions qu’elles avaient perdues. Certes, lorsque des neurones meurent, ils ne repoussent pas. Cependant, les neurones qui se trouvent à proximité peuvent reprendre peu à peu les fonctions de ceux qui ont été perdus. Pour prendre le relais et accomplir leurs nouvelles tâches, les cellules nerveuses doivent modifier leur activité et, pour ce faire, elles doivent réaménager les connexions qui les lient à leurs semblables. Les neuroscientifiques ont observé que ces réarrangements se font surtout localement, dans les régions adjacentes à la zone cérébrale touchée par l’AVC, mais ils s’effectuent aussi à plus large échelle dans tout le réseau neuronal.

Signaux synchrones

Pour observer cette réorganisation du cerveau, les chercheurs ont utilisé l’électroencéphalographie (EEG), qui mesure l’activité électrique du cerveau par l’intermédiaire d’électrodes collées sur le crâne. Au cours de cet examen, le patient peut rester immobile et les yeux fermés. Il n’a pas besoin de participer en bougeant par exemple la main. C’est un avantage pour les victimes d’un AVC qui se retrouvent en partie paralysées. Les chercheurs ont pu constater que lorsque deux zones cérébrales interagissent l’une avec l’autre, donc lorsqu’elles sont connectées, elles émettent des signaux électriques synchrones, à l’image des adeptes de la nage artistique qui parviennent à uniformiser leurs mouvements. Or, mieux les régions cérébrales situées autour de la lésion se synchronisent entre elles et avec des zones plus éloignées, meilleures sont les chances de récupérer les fonctions perdues dans les semaines ou les mois qui suivent l’AVC. L’examen par EEG permet ainsi de prédire si la victime d’un accident vasculaire cérébral a, ou non, de bonnes chances de retrouver l’usage de sa motricité ou de son langage.

Améliorer la réhabilitation

L’EEG pourrait ainsi être utile pour suivre les progrès des patients traités par des neuropsychologues, physiothérapeutes, ergothérapeutes, logopédistes et autres spécialistes impliqués dans la réhabilitation. Il pourrait aussi contribuer à définir les thérapies les plus à même de promouvoir la plasticité cérébrale et la récupération. Certaines méthodes encore expérimentales, comme la stimulation électrique ou magnétique transcrânienne, donnent de bons résultats chez certaines personnes, alors qu’elles sont inefficaces chez d’autres. Dans ce cas, l’EEG aiderait les médecins à repérer les patients susceptibles d’en bénéficier avec ces méthodes de réhabilitation.

Les recherches des neuro-scientifiques de Genève ouvrent des voies prometteuses pour diminuer les séquelles des victimes d’un AVC. Leurs travaux, couronnés par le Prix Pfizer de la Recherche 2016, pourraient permettre d’améliorer les traitements de réhabilitation.

De nouvelles méthodes de rééducation

Deux techniques, l’une encore en expérimentation, l’autre plus futuriste, pourraient permettre aux victimes d’un AVC de mieux récupérer leurs fonctions perdues.

La stimulation transcrânienne. Cette technique, non invasive, consiste à stimuler le cerveau d’un patient à l’aide d’impulsions électriques – par l’intermédiaire d’électrodes placées sur son crâne – ou magnétiques – via une bobine magnétique, elle aussi posée sur sa tête –. Dans les deux cas, les courants utilisés sont de faible intensité, mais ils suffisent à modifier l’activité des neurones et leurs interactions. Des études ont conclu que cette méthode rend la récupération, du langage notamment, plus précoce et plus efficace. Mais parmi les victimes d’un AVC, certaines y répondent et d’autres pas. L’EEG pourrait contribuer à prédire quels patients seraient susceptibles d’en bénéficier.

Le neurofeedback. Par la seule force de leur volonté, et à l’issue d’un apprentissage, certaines personnes arrivent à modifier leur tension artérielle ou leur fréquence cardiaque. A condition toutefois qu’on leur donne un feedback de leur action en mesurant l’évolution de ces paramètres physiologiques. De la même manière, certains individus arrivent à moduler l’activité de leurs neurones. C’est ce que l’on nomme le neurofeedback. Cette méthode permettrait-elle d’améliorer les connexions entre les zones cérébrales d’une victime d’un AVC et ainsi, d’accélérer sa récupération ? C’est ce que les chercheurs sont en train d’étudier.

Le cerveau efface la mémoire pendant le sommeil pour éviter la surcharge

Un groupe de chercheurs du Japon et des États-Unis, en collaboration avec les National Institutes of Health aux États-Unis, dont l'étude a été publiée dans Science en septembre 2019, découvre – grâce à un travail de laboratoire avec des souris – que le cerveau, qui organise les souvenirs, décide supprimer les informations qui ne sont pas importantes du jour au lendemain. L’étude est intitulée en anglais : The Brain May Actively Forget During Dream Sleep to Prevent Information Overload.

Le sommeil est essentiel pour comprendre le cerveau. Au repos, cet organe réorganise ce qui est stocké pendant la journée, déconnecte certaines fonctions ou en récupère d'autres. Selon les scientifiques, pendant la phase de sommeil REM (Rapid Eye Movement), le cerveau peut activer l'essuyage comme s'il s'agissait d'une tâche d'effacement du cache. En d'autres termes, lorsque le corps se repose, le cerveau devient une sorte d'arbitre qui choisit quels souvenirs seront stockés et lesquels disparaîtront. La tâche est effectuée par un groupe de neurones qui sont chargés d'éliminer ces informations. Lorsque les cellules de souris ont été activées dans le laboratoire, la mémoire s'est détériorée, tandis que lorsqu'elles ont été désactivées, la mémoire s'améliorait.

L'étude révèle quelque chose de non observé jusqu'à présent : le cerveau dépose les connexions entre les neurones impliqués dans certains types d'apprentissage. Une autre nouveauté apportée par cette recherche est que le contrôle de l'appétit pourrait également être impliqué car une activité a également été observée dans une molécule qui implique les deux processus.

Information non importante. Selon les experts, la situation se produit lorsque quelque chose de nouveau est appris mais pas stocké dans la mémoire à long terme. Les connaissances sont stockées d'une autre manière et c'est à ce moment que le cerveau décide s'il est pertinent de sauvegarder les informations ou de faire de la place pour d'autres potentiels. Selon les scientifiques, ces neurones aident activement le cerveau à oublier des informations nouvelles et peut-être sans importance. Cela pourrait être un processus cérébral pour éviter la confusion entre les rêves et les souvenirs stockés dans le cerveau. De plus, cela pourrait expliquer pourquoi les rêves sont vite oubliés.

Outre ses implications dans l'étude du sommeil et de la narcolepsie, cette recherche pourrait ouvrir de nouvelles portes au traitement des problèmes de mémoire, de la maladie d'Alzheimer ou des problèmes liés au stress post-traumatique.


La réactivation ciblée de la mémoire pendant le sommeil améliore la résolution des problèmes le lendemain

Des chercheurs du département de psychologie de l'Université Northwestern, Illinois – sachant que les gens répètent ou ‘consolident’ leurs souvenirs pendant le sommeil, en les renforçant et en les réorganisant – ont créé une stratégie de résolutions de problèmes semblable à la réorganisation de la mémoire pendant la nuit, dont l’étude a été publié dans Psychological Science en octobre 2019. L’étude s’intitule en anglais : Targeted Memory Reactivation During Sleep Improves Next-Day Problem Solving.

De nombreuses personnes ont affirmé que le sommeil les avait aidées à résoudre un problème difficile, mais le soutien empirique à cette affirmation reste provisoire. L'expérience actuelle a testé si la manipulation du traitement de l'information pendant le sommeil avait un impact sur l'incubation et la résolution des problèmes. Dans les études de la mémoire, délivrer des signaux sonores associés à l'apprentissage pendant le sommeil peut réactiver les souvenirs.

Les chercheurs ont essayé d’orienter le cerveau de personnes endormies vers des problèmes spécifiques sans les réveiller. Ils ont sélectionné 57 participants à qui ils ont présenté une série de casse-tête le soir avant le coucher. Chaque puzzle était accompagné d’un son unique. Les volontaires se sont ensuite mis au lit sans que toutes les énigmes ne soient résolues. Alors qu’ils dormaient, les chercheurs ont fait jouer les sons associés à la moitié des énigmes non résolues, suffisamment fort pour que les participants puissent les entendre sans se réveiller. L’idée était d’attirer l’attention de l’esprit endormi sur ces énigmes pour une exploration plus approfondie.

Le rôle du sommeil dans l’incubation des problèmes

Au réveil, les participants ont réussi à résoudre plus d’énigmes. Ils ont notamment été capables de résoudre 31,7% des puzzles invoqués par des sons pendant le sommeil, soit une amélioration de 55% par rapport aux 20,5% de puzzles qu'ils n’avaient pas réussi à résoudre la veille.

La résolution de problèmes fait partie de la vie quotidienne de chacun. Bien que les chercheurs utilisent des énigmes délicates dans leur étude, les processus cognitifs sous-jacents pourraient se rapporter à la résolution de tout problème sur lequel quelqu'un est bloqué ou bloqué par une mauvaise approche. Toutefois il faut bien sûr posséder toutes les informations pour pouvoir résoudre un problème. Cette étude fournit encore plus de preuves que le traitement du cerveau pendant le sommeil est utile à la cognition diurne.

Dans l'ensemble, ces résultats démontrent que l'obtention d'information de casse-tête pendant le sommeil peut faciliter la résolution de problèmes, ce qui favorise le rôle du sommeil dans l'incubation des problèmes et l'établissement d'une nouvelle technique pour mieux comprendre la résolution des problèmes et la cognition du sommeil.


Cerveau : les neurones s'agitent pendant le sommeil


Des chercheurs de l'Institut de neurosciences des systèmes à l’INSERM montrent, dans une étude, que le sommeil peut être manipulé pour résoudre un problème qui paraissait impossible pendant la journée. Les résultats sont parus dans Psychological Science en juin 2019.

Les cellules du cerveau échangent constamment des informations et, lors des phases de sommeil, cette activité sert notamment à consolider la mémoire. L'électroencéphalogramme qui permet de mesurer l'activité globale du cerveau montre des ondes régulières, plus ou moins rapides, selon les phases de sommeil mais ne permet pas de savoir comment chaque information est traitée à l'échelle du neurone. C'est une circulation dense et agitée des informations entre les neurones qui occupe le cerveau durant les phases de sommeil pour consolider la mémoire.

Pour la première fois l’équipe de l'INSERM décrit cette agitation neuronale. Les chercheurs ont réussi à observer la circulation dense et agitée des informations entre les neurones qui occupent le cerveau pendant la phase de sommeil pour faire le tri entre informations importantes ou inutiles.

Le trajet de l'information change en permanence

En utilisant des électrodes qui enregistrent l'activité électrique d'une centaine de neurones concentrés dans une région donnée du cerveau, l’équipe a constaté que le trajet de l'information change en permanence : des groupes de neurones s'organisent entre eux pendant des temps très courts pour stocker et transmettre de l'information en se relayant sans cesse, seuls quelques-uns de ces neurones jouant un rôle prépondérant au sein de chaque groupe.

Il y a ainsi une succession de sous-états avec, au final, environ la moitié des neurones des trois régions – que sont l'hippocampe, le cortex préfrontal et le cortex entorhinal – qui jouent un rôle clé dans le traitement de l'information à un moment ou à un autre. Autrement dit, il n'y a pas de hiérarchie établie au sein des neurones mais plutôt une répartition équilibrée des rôles.

"Cela se passe un peu comme sur internet"

La théorie dominante était que le transfert de l'information suivait un trajet fixe, un peu à la manière d'une machine industrielle bien réglée, or ce n'est pas le cas. Les chercheurs choisissent, pour illustrer comment une information ne suit pas toujours le même chemin, une image qui renvoie au fonctionnement des moyens de communication digitaux : “Cela se passe un peu comme sur internet, un mail qui part de Paris vers Sydney passera par des serveurs situés dans différents pays au cours de son acheminement, et ces serveurs varieront au cours de la journée en fonction du trafic ; dans le cerveau, c'est pareil, même quand l'information est la même, les itinéraires qu'elle emprunte ne sont pas fixes et les partenaires changent sans arrêt".

Mieux connaître le langage des neurones

Ces travaux ont par ailleurs permis de mieux connaître le langage des neurones : un sous-état correspond à un mot, une séquence de sous-états constitue une phrase, c'est à dire que ce langage est complexe, comme pour les langues humaines, cette complexité étant supérieure pendant le sommeil paradoxal – celui durant lequel s'expriment les rêves – que pendant le sommeil lent. Cela offre une piste de recherche pour étudier notamment le lien possible entre les pertes de mémoire chez les sujets épileptiques et la complexité du langage neuronal.


Comment le cerveau se reconstruit après une opération



Une zone cérébrale, une fonction : pendant plus d’un siècle, il a été clamé que le cerveau fonctionnait selon un modèle dit localisationniste, dans lequel une zone cérébrale était censée correspondre à une fonction donnée – mouvement, attention, langage ou affect –. De fait, toute lésion d’une de ces aires considérées comme critiques se devrait de déboucher sur des conséquences neurologiques sévères et définitives.

Ce modèle rigide a été en grande partie fondé sur l’observation par Paul Broca de seulement deux patients en 1861. Ils présentaient des troubles de la parole suite à un dommage du cerveau dans une région appelée depuis l’aire de Broca et assimilée abusivement à la zone du langage articulé. Il a été démontré grâce aux méthodes d’imagerie moderne qu’en réexaminant ces lésions, elles intéressaient en fait non seulement la surface du cortex cérébral, mais également, voire surtout, de nombreuses connexions profondes constituées par la substance blanche, expliquant pourquoi les patients n’avaient jamais pu récupérer vu que plusieurs réseaux de neurones – et pas simplement une région précise – avaient été gravement endommagés.

Un ensemble de circuits complexes et multi-connectés

L’essor récent des neurosciences cognitives, basées notamment sur les avancées technologiques de l’imagerie cérébrale fonctionnelle, a permis d’évoluer vers de nouveaux modèles d’organisation du système nerveux.

Ces derniers reposent sur un fonctionnement en circuits complexes, distribués, chacun connectant de nombreuses zones corticales reparties sur l’ensemble des deux hémisphères. Les circuits génèrent, grâce à leur synchronisation les fonctions cérébrales, depuis les plus unitaires – comme la vision ou la sensibilité – jusqu’aux plus intégrées – comme la prise de décision ou la créativité –.

Les interactions sont en effet infinies entre les différents sous-réseaux. Le réseau du langage, par exemple, implique non seulement le sous-réseau de la production orale de la parole, mais aussi celui participant au traitement syntaxique ou sémantique de l’information verbale ainsi qu’entre plusieurs réseaux, comme ceux impliqués dans la mémoire à court terme et l’attention.

Neuroplasticité : quand le cerveau se réorganise pour guérir

Cette organisation dynamique explique pourquoi le cerveau humain a une capacité massive de neuroplasticité : il est doué d’un potentiel de redistribution, à court, moyen et long-terme, afin d’optimiser son fonctionnement et de s’adapter aux diverses sollicitations. Ainsi, les processus cérébraux ne sont pas immuables mais reposent sur une succession d’états d’équilibre avec réorganisation perpétuelle, en réponse à des facteurs à la fois intrinsèques et environnementaux.

Cette neuroplasticité permet le développement cérébral, elle sous-tend l’apprentissage, et rend possible la compensation fonctionnelle lors du vieillissement mais aussi à la suite d’éventuels dommages cérébraux, tels que des traumatismes, lésions vasculaires ou tumeurs.

En d’autres termes, au-delà des neurosciences fondamentales, cette meilleure compréhension du connectome cérébral – l’organisation en circuits neuronaux parallèles, à large échelle, avec des interactions changeantes – a par ailleurs d’importantes implications médicales concernant le traitement des patients cérébro-lésés.

Opérer l’inopérable

Par exemple, de nombreuses observations de récupération fonctionnelle suite à une lésion d’une région classiquement considérée comme cruciale dans un modèle localisationniste rigide – en particulier l’aire de Broca – ont été rapportées, notamment après une ablation chirurgicale de tumeurs pourtant jusqu’à présent réputées inopérables.

Le patient joue de la guitare
pendant l'opération
De telles opérations sont de plus en plus réalisées chez des patients éveillés – le cerveau n’ayant pas de récepteur à la douleur –, afin de bénéficier d’un véritable bilan neuro-psychologique en temps réel dans la salle d’intervention.

C’est ainsi qu’une carte individuelle des fonctions cérébrales est effectuée, permettant en conséquence l’ablation de la tumeur envahissant les structures compensables, tout en épargnant les réseaux neuronaux essentiels. Ces chirurgies sous anesthésie locale ont débouché sur une majoration significative de l’espérance de vie des patients porteurs d’une tumeur cérébrale, avec en parallèle une préservation de leur qualité de vie.

Par ailleurs, elles ont démontré le potentiel majeur de neuroplasticité et permis une meilleure compréhension des mécanismes qui sous-tendent une telle redistribution des circuits de neurones, grâce à l’observation directe du fonctionnement cérébral in vivo.

En effet, la réalisation d’examens de neuroimagerie fonctionnelle non invasives avant et après intervention en régions critiques et pourtant chez des patients ayant récupéré une vie normale, a démontré une modulation dynamique de ces réseaux distribués, expliquant comment la compensation neurologique a pu survenir.

Vers des interventions de plus en plus personnalisées

Une telle connaissance rend possible l’élaboration de programmes de rééducation cognitive adaptés à l’échelon individuel, à même de potentialiser la qualité de récupération post-opératoire. Une étape supplémentaire a débouché sur une seconde voire troisième intervention chirurgicale en cas de ré-évolution tumorale des années après l’opération initiale, avec une majoration de l’étendue de l’ablation lésionnelle en comparaison par rapport à la première intervention, tout en préservant la qualité de vie, grâce à une modification des cartes fonctionnelles cérébrales survenue au fil des ans, et démontrée pendant l’éveil du patient lors de la ré-opération.

Un atlas probabiliste de neuroplasticité a récemment été créé sur la base de ces données uniques, non seulement permettant de prédire quelle sera l’étendue de la résection chirurgicale avant même d’aller au bloc opératoire, mais également avec d’autres applications dans le domaine de la neurologie clinique – telle que l’estimation des chances de récupération à la suite d’une lésion cérébrale –, par exemple après un accident vasculaire.

En synthèse, la combinaison des bilans neurocognitifs, de l’imagerie fonctionnelle chez les volontaires sains ou chez les patients cérébro-lésés, et les informations originales issues des cartes fonctionnelles dressées lors de chirurgies éveillées réalisées pour ablation de tumeurs cérébrales, a résulté en une modélisation optimisée du connectome humain.

Elle repose sur une identification des réseaux neuronaux – constitués de mosaïques d’aires corticales interconnectées par des fibres sous-corticales de substance blanche – impliqués aussi bien dans le mouvement et le contrôle de l’action, le langage, les fonctions cognitives telles que l’attention, la mémoire, la multitâche, ou la flexibilité mentale, différents niveaux de conscience – de soi et de l’environnement–, que dans la théorie de l’esprit et la mentalisation ; à savoir, la capacité de percevoir les états mentaux d’autrui et d’en inférer les intentions, respectivement,  pour n’en citer que quelques-uns.

L’intégration inter-réseaux permet pour la première fois de mieux appréhender les fondations neurales du comportement humain, très variable d’un individu à l’autre voire chez le même sujet au cours du temps. Le prochain défi, sur la base de cette connaissance rompant définitivement avec l’ancien dogme localisationniste, serait de tendre vers une restauration fonctionnelle chez les patients cérébro-lésés, en stimulant notamment la re-modulation des réseaux de neurones via le développement de l’interface cerveau-machine.


Comprendre le lien entre alimentation et AVC

Des études réalisées par la docteur Phyllis Paterson et son équipe à l’Université de la Saskatchewan révèlent des liens étonnants entre l’alimentation et le rétablissement après un AVC.

Manger sainement et de façon équilibrée, c’est bon pour la santé. Mais pour une personne qui a subi un AVC, le régime alimentaire pourrait avoir plus d’importance encore.

On estime que la malnutrition touche jusqu’à 50% des patients d’AVC. À la base, c’est un problème que l’on constate déjà souvent chez les patients âgés. Dans le cas présent, par contre, il touche aussi un deuxième groupe, celui des personnes qui cessent de bien se nourrir en raison de leur AVC. Les difficultés de déglutition, les problèmes de mobilité et la dépression sont autant de facteurs qui peuvent empêcher les gens d’adopter un régime alimentaire complet et équilibré.

L’équipe est l’une des toutes premières à enquêter sur les répercussions d’une mauvaise alimentation sur la réadaptation post-AVC et a des preuves que la malnutrition empire le rétablissement après un AVC.

Les premières constatations démontrent que la malnutrition freine des processus importants du rétablissement, par exemple en réduisant l’inflammation au cerveau après un AVC. L’inflammation peut, dans certains cas, jouer un rôle positif. C’est la façon par laquelle le corps réagit à la blessure qu’il a subie et c’est ainsi qu’il jugule l’AVC pour permettre au cerveau de commencer à se réparer. 

Des données probantes révèlent également que la malnutrition réduit la plasticité cérébrale, c’est-à-dire la capacité qu’ont les cellules du cerveau à se réorganiser et à créer de nouvelles connexions.

Dans le cadre d’études menées sur des rats, les chercheurs ont découvert que les membres qui n’étaient pas touchés par un AVC augmentaient progressivement de taille, peut-être pour compenser les lésions de l’autre côté du corps. Le groupe qui se nourrissait moins bien, pour sa part, n’arrivait pas à compenser, et son rétablissement n’avançait pas. La nutrition joue un rôle important dans la force et la réadaptation, qu’elle aide à protéger le membre endommagé par l’AVC.

Un nutritionniste-diététiste peut aider les patients à surveiller leur régime alimentaire et leur donner des stratégies, voire des plans de repas spécialisés, pour surmonter les différents problèmes, y compris la difficulté de déglutition.

Le cerveau humain fonctionne de manière très organisée, étant hiérarchique, de sorte que certaines zones du cerveau sont subordonnées à d'autres qui dirigent ou gouvernent. La connexion entre les neurones est essentielle à leur propre survie. Ils ne peuvent rien faire par eux-mêmes. Ils ont besoin de la coopération avec d'autres neurones pour développer leur fonction et du soutien d'autres types de cellules pour rester en bonne santé et actifs. 




dimanche 27 septembre 2020

Trouble Borderline ou de la Personnalité Limite




Les personnes atteintes d'un trouble de la personnalité limite activent différentes régions du cerveau pour contrôler leurs impulsions

Une équipe de chercheurs de l'Université autonome de Madrid, de l'hôpital clinique San Carlos et du Center for Biomedical Research in Mental Health Network, dont les travaux ont été publiés dans la revue internationale Biological Psychology en juin 2019, a révélé que des patients atteints d'un trouble borderline (BPD) activent certaines régions du cerveau pour inhiber leurs réponses motrices et contrôler leurs impulsions, différentes de celles utilisées par ceux qui ne souffrent pas de troubles médicaux ou psychologiques.

Plus précisément, les chercheurs ont examiné le contrôle inhibiteur de 40 personnes (20 avec DBP et 20 sans aucun type de trouble mental) à travers des mesures de l'activité cérébrale et des mesures comportementales.


Les auteurs soulignent que, alors que les personnes sans troubles médicaux, psychologiques ou psychiatriques activaient les régions préfrontales du cerveau – une zone généralement liée au contrôle inhibiteur –, les patients BPD activaient les régions postérieures, principalement le précuneus.

Cette activation atypique observée chez les patients atteints de DBP pourrait être un mécanisme compensatoire pour atténuer un dysfonctionnement dans les zones préfrontales du cerveau qui soutiennent le contrôle du comportement.

Par conséquent, ces résultats montrent l'importance d'évaluer, de concevoir et de mettre en œuvre des interventions pour améliorer le contrôle inhibiteur et les processus exécutifs chez les personnes atteintes de trouble borderline, selon les chercheurs.

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Le trouble borderline, également appelé trouble de la personnalité limite, est une maladie psychiatrique complexe, dont les manifestations sont très variables d'une personne à une autre.

Généralement, les personnes qui souffrent de cette maladie mentale présentent une instabilité affective et émotionnelle importante. Elles rencontrent des difficultés à gérer leurs émotions. Elles peuvent s'emporter facilement, de manière imprévisible, et avoir des comportements impulsifs. Les sautes d'humeur ou les sensations de vide sont fréquentes.

Hyper-émotives, ces personnes sont souvent dans l'excès. Elles ont en général une très mauvaise image d'elles-mêmes. Souvent instables sur le plan relationnel, elles peuvent s'auto-mutiler. Les comportements à risque – alcool, drogues, jeux, alimentation...– sont fréquents pour les personnes souffrant d'un trouble de la personnalité limite ; les tentatives de suicide aussi.

Le trouble borderline est parfois classé entre la névrose et la psychose. Il a un point commun avec les troubles bipolaires et l'hyper-activité : la cyclothymie – changement rapide de l'humeur –. Le trouble borderline peut entraîner une dépression. Il est souvent associé à d'autres troubles de la personnalité ou à d'autres maladies mentales comme le trouble anxieux, les troubles de l'alimentation, les troubles dépressifs ou le TDAH.

Il est difficile de partager le quotidien des personnes borderline du fait notamment des symptômes de la maladie. On peut avoir du mal à comprendre le comportement de la personne malade. Parfois, cette dernière réussit à cacher sa maladie à son entourage. Malgré des symptômes difficiles, les personnes atteintes peuvent vivre normalement et travailler, avec un traitement et un suivi adaptés. Dans certains cas, une hospitalisation se révèle nécessaire.

Ce trouble de la personnalité est à la frontière ou à la limite de la psychose, c'est pourquoi il reçoit le nom de limite ou borderline, qui lui a été donné en 1938 par le psychanalyste Adolf Stern.

Depuis quelques temps, des études ont confirmé la possibilité de soigner efficacement cette maladie psychiatrique. Il y a peu, le trouble borderline était considéré encore comme incurable, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui.

Prévalence

Le trouble borderline toucherait 2% de la population. Il débuterait en général à la fin de l'adolescence, au début de l'âge adulte. Mais certaines études parlent de premiers symptômes bien plus précoces, durant l'enfance.

Complications

Le trouble borderline peut entraîner l'apparition d'autres maladies psychiatriques comme la dépression, les troubles bipolaires ou les troubles anxieux généralisés. Il peut aussi affecter le travail, la vie sociale, l'estime de soi. Les personnalités borderline ont souvent des conduites addictives. Le taux de suicide chez les personnes borderline est particulièrement élevé.

Personnes à risque

Les femmes sont atteintes plus souvent que les hommes (trois fois plus). Il a également été observé que les personnes ayant souffert d'un abandon, d'une séparation difficile, de carences affectives, de maltraitance ou d'un traumatisme durant l'enfance avaient des risques plus élevés de souffrir d'un trouble de la personnalité limite.

Facteurs de risque

Il existerait, dans le trouble borderline, une prédisposition génétique. Les risques de souffrir de cette maladie sont plus élevés si sa mère, son père ou sa sœur en souffre par exemple.

Causes

Les causes du trouble de la personnalité limite sont multiples et pas toutes bien établies. Il existe par exemple des causes biologiques, chimiques (manque de sérotonine notamment) mais aussi génétiques. Des anomalies au niveau cérébral, notamment dans la zone de régulation des émotions, pourraient être responsables d'apparition de ce trouble de la personnalité limite. Cette maladie serait en tout cas multifactorielle.

Génétique.
Bien qu'aucun gène spécifique n'ait été montré pour causer directement ce trouble, des études chez les jumeaux suggèrent que cette maladie a de forts liens héréditaires. Le trouble borderline est environ cinq fois plus fréquent chez les personnes qui ont un parent au premier degré atteint du trouble.

Facteurs environnementaux. Les personnes qui vivent des événements traumatisants dans leur vie, tels que des abus physiques ou sexuels pendant l'enfance ou la négligence et la séparation des parents, courent un risque plus élevé de développer le trouble.

La fonction du cerveau. Le fonctionnement du cerveau est souvent différent chez les personnes atteintes d'un trouble borderline, ce qui suggère qu'il existe une base neurologique pour certains des symptômes. Plus précisément, les zones du cerveau qui contrôlent les émotions et la prise de décision / le jugement pourraient ne pas bien communiquer entre elles.

Les symptômes

Ces symptômes commencent à se manifester à l'adolescence et deviennent plus fréquents au début de la vie adulte, où la personne peut ressentir des épisodes de colère, de dépression et d'anxiété qui peuvent durer quelques heures, voire quelques jours. À certaines occasions, ces symptômes sont confondus avec d'autres maladies comme la schizophrénie ou la maladie bipolaire, mais la durée et l'intensité des émotions sont différentes, et il est essentiel que l'individu soit évalué par un psychiatre pour savoir quel est le bon diagnostic et initier le traitement approprié.

Les symptômes sont très variables d'une personne à l'autre.

* sautes d'humeur

* colères intenses

* hyperémotivité envahissante

* difficultés à contrôler ses émotions

* comportements impulsifs

* comportements à risques

* comportements destructeurs (automutilation par exemple)

* anxiété

* dépression

* peur de la solitude, de l'abandon

* sensation de vide, de désespoir

* sentiment d'insécurité

* haine de soi

* toxicomanie

* suicide

Les porteurs de ce trouble ont peur que les émotions deviennent incontrôlables, montrant une tendance à devenir irrationnelle dans des situations de plus grand stress et créant une grande dépendance envers les autres pour être stables.

Dans certains cas plus graves, des comportements impulsifs et souvent dangereux tels que la toxicomanie, la conduite imprudente et l'automutilation et même le suicide peuvent se produire, en raison de l'énorme sensation d'inconfort intérieur.

Le trouble de la personnalité limite est finalement caractérisé par l'agitation émotionnelle qu'il provoque. Ils ressentent des émotions intensément et pendant de longues périodes, et il leur est plus difficile de revenir à une base stable après un épisode émotionnellement intense.

Toutes les personnes atteintes du syndrome borderline ne présentent pas tous les symptômes, de sorte que la gravité et la fréquence des symptômes et leur durée varient en fonction de l'individu et de sa maladie particulière.

Diagnostic


Le diagnostic du trouble borderline est difficile. Il se base sur une évaluation psychologique et une consultation avec un psychiatre. Les signes et symptômes de la maladie guident évidemment le diagnostic. Pour atteindre le diagnostic, au moins 5 symptômes doivent être rencontrés.

Durant cette phase de diagnostic, le praticien doit détecter en premier lieu l’existence éventuelle d’autres troubles psychiques (troubles de l’humeur, addictions, anxiété, hyperactivité, etc.) et ce, afin de pouvoir adapter le traitement médicamenteux en conséquence. Ce diagnostic est d’autant plus crucial qu’il concerne l’immense majorité des patients borderline, car presque 100% de ces patients souffrent de pathologies annexes. Des troubles qui, une fois pris en compte, nécessitent un ajustement de traitement.

Traitement

Médicamenteux

Désormais, il est établi qu'un traitement adapté peut soulager et aider les personnes souffrant d'un trouble borderline. Ce traitement passe généralement par la prescription d'antidépresseurs et d'anxiolytiques dans le but d'atténuer les symptômes de la dépression et des angoisses. Ce traitement ne s'attaque donc pas directement à la maladie mais aux symptômes générés par celle-ci. Des antipsychotiques (neuroleptiques) peuvent être prescrits dans certains cas de confusion de la pensée – état dans lequel la personne est désorientée, a des troubles de l'attention, ne reconnaît pas ses proches, a des troubles de la mémoire, a l'air absent... – ou contre la dysphorie, c'est-à-dire une perturbation de l'humeur. Enfin, des stabilisateurs de l'humeur, les thymorégulateurs, peuvent être prescrits.

Ce traitement médicamenteux est complété par une psychothérapie. Un travail de thérapie peut aider les personnes malades à mieux comprendre leur fonctionnement et ainsi à mieux gérer leurs émotions.

Psychothérapie

Ces dernières décennies, le recours à de nouvelles approches thérapeutiques a permis d’aboutir à de réelles avancées. Avant toute prescription de traitement, les recherches ont mis en évidence l’importance d’établir un diagnostic dans lequel le patient puisse se reconnaître en évitant de se sentir stigmatisé. Évoquer directement ce diagnostic permettrait en outre au patient de se sentir impliqué dans le processus de soin. Établir un dialogue autour de ses comportements extrêmes, et de l’automutilation notamment, aiderait enfin à soulager la souffrance psychique, mais contraindrait aussi le patient à se responsabiliser, et donc à se mobiliser plus concrètement dans sa démarche de soins.

De nouvelles approches psychothérapeutiques donnent des résultats encourageants dans la prise en charge du trouble borderline.

Thérapie comportementale dialectique (TCD)

S’inspire de la thérapie comportementaliste, du bouddhisme (acceptation de la réalité) et de la philosophie dialectique (le juste milieu). Elle se concentre sur La dysrégulation émotionnelle, comme problématique principale du trouble de la personnalité borderline. Cette approche propose, à travers ses différents aspects, d’apprendre à réguler ses affects. L’efficacité de cette prise en charge a permis de diminuer l’abandon de thérapie par les patients.

Thérapie fondée sur la mentalisation

Repose sur l’idée que les comportements d’un individu sont liés à des pensées, des désirs et des croyances dont il n’est pas conscient et qui parfois le fragilisent. Ce processus de soins consiste à développer les capacités de mentalisation, et donc de compréhension des émotions. Suivi individuel, groupé, plan d’action et de gestion de crise sont les différents modules utilisés dans le cadre de cette thérapie.

Psychothérapie focalisée sur le transfert (TFP)

C'est le troisième axe de soin envisagé. Se rapprochant de la psychanalyse classique, elle se concentre néanmoins sur les difficultés spécifiques rencontrées par le patient borderline. Tout en maintenant le principe de neutralité, le thérapeute prend en compte les aspects concrets de la vie du patient (relations sociales, enjeux socio-professionnels, etc.).

Toutes ces thérapies ont plusieurs principes communs. Tout d’abord, une attitude du thérapeute plus active et une volonté d’adaptation continue de la thérapie à la situation réelle vécue. Mais aussi l’aspect concret de ces pratiques, qui s’appuient avant tout sur le principe du “ici et maintenant”. Garantie de pérennité, la modularité de ces thérapies, qui s’adaptent à l’imprévisibilité du comportement, nécessite en outre une condition préalable : en amont de la thérapie, “un contrat de soin” doit être passé entre le thérapeute et le patient, une sorte de pacte thérapeutique qui permette de préciser les limites à ne pas franchir afin de pouvoir restaurer de bonnes conditions de travail thérapeutique le cas échéant.

L’hospitalisation

Lorsque la psychothérapie et les médicaments ne suffisent pas, une hospitalisation peut être nécessaire. Un hôpital peut offrir un environnement sûr à une personne atteinte de trouble borderline qui se fait du mal ou qui a des pensées suicidaires.

Co-morbidité

Une personne atteinte d'un trouble de la personnalité limite peut avoir des troubles supplémentaires qui doivent être traités ensemble, tels que:

* Troubles anxieux, tels que le trouble de stress post-traumatique

* Trouble bipolaire

* Dépression

* Troubles de l'alimentation, en particulier la boulimie mentale

* Autres troubles de la personnalité

* Abus de substance


Trouble de la personnalité limite chez les enfants

Les symptômes les plus courants chez les enfants atteints de trouble borderline ont tendance à présenter une grande incertitude sur eux-mêmes, comme s'ils ne se connaissaient pas bien, de sorte que leurs intérêts, leurs objectifs, leurs valeurs et leurs opinions sur les autres peuvent changer radicalement en peu de temps. Ils ont également tendance à voir les situations en termes extrêmes, en noir ou en blanc.

Ils ont une grande peur de l'abandon et de la solitude. Ils ont tendance à se sentir soudainement submergés par des sentiments de vide et d'ennui. Ils subissent des accès de colère irrationnels, pas nécessairement violents, mais désespérés.

Ils ont tendance à être impulsifs, ce qui peut entraîner des relations instables, des relations sexuelles non protégées, l'utilisation de substances dangereuses et d'autres activités à risque. Après ces accès de colère et d'impulsivité, ils ressentent souvent de la honte et de la culpabilité.

Les états de dépression, d'irritabilité et d'anxiété sont fréquents. Ils peuvent durer des heures ou des jours. Son image de soi est déformée, ce qui affecte gravement son humeur. Parfois, cela conduit à l'automutilation, à des tentatives de suicide ou à des troubles de l'alimentation – boulimie mentale –. Et le plus et ce qui donne son nom au trouble, c'est le sentiment de “sortir du corps”, la soi-disant dissociation de l'identité.

Diagnostic

La personnalité des enfants étant encore en formation, le trouble est dans la plupart des cas diagnostiqué à l'âge adulte. Cependant, il est possible de détecter certains signes dans l'enfance ou l'adolescence.

La détection précoce de ce trouble est détectée grâce à une observation clinique par un professionnel.

Bien que le trouble de la personnalité limite en tant que tel ne puisse être diagnostiqué qu'après 18 ans, des symptômes tels que se sentir vide ou submergé par des émotions très intenses, avec des sautes d'humeur fréquentes, des accès de colère et une incapacité à communiquer correctement, indiquent déjà un développement anormal de la personnalité. Le moyen de résoudre ces sensations intenses se produit dans de nombreux cas par l'automutilation, des coupures, des brûlures ou des coups. Avec cela, ceux qui en souffrent essaient de réguler leurs émotions, de se punir ou d'exprimer leur douleur. Les premières manifestations apparaissent à l'adolescence et se produisent dans une proportion plus élevée chez les femmes.

Signaux d’alerte pour les parents et les enseignants

* Diminution des performances scolaires
* Crises de colère constantes et impulsives
* Nervosité, apathie, trop d’énergie
* Faible estime de soi
* Ce sont des enfants très influents
* Changement d'humeur très brusque
* Impulsivité
* Des comportements difficiles apparaissent
* Plaintes d'autres camarades de classe ou d'enseignants concernant le mauvais comportement de l'enfant.

Traitement



Un plan de traitement typique et complet comprend la psychothérapie et le soutien des amis et de la famille. Il est déconseillé d'utiliser un traitement pharmacologique sauf dans des cas extrêmes, tels qu'une dépression sévère, un comportement paranoïaque ou une colère très incontrôlée.

La psychothérapie est la pierre angulaire du traitement. Faire attention aux enfants qui ont une combinaison de problèmes émotionnels et comportementaux.


Une souffrance partagée

Les tempêtes d’émotions dans lesquelles sont prises les personnes concernées n’épargnent pas leurs proches. Les tentatives de suicide et les automutilations ont souvent un effet culpabilisant sur l’entourage. Une relation de co-dépendance risque de se développer, par exemple lorsque l’humeur des proches ne dépend plus que du bien-être de la personne concernée. Les proches peuvent cependant apprendre à établir des relations secourables.

Les proches n’échappent pas à la dynamique provoquée par le trouble de la personnalité borderline. Tout comme les personnes concernées, ils éprouvent également des sentiments d’attachement, d’affection, de dépendance, de colère, de haine ou de déception très intenses. Si cette intensité émotionnelle contribue à la richesse des relations avec les personnes concernées, elle risque également d’amener leurs proches au bord de l’épuisement et du désespoir. Il convient en effet de rappeler que le trouble borderline signifie un rapport perturbé avec soi-même et autrui et qu’il se manifeste avant tout dans les relations interpersonnelles. Les personnes concernées ont par exemple profondément peur d’être abandonnées par les personnes auxquelles elles attachent beaucoup d’importance et font de grands efforts pour éviter ces abandons réels ou imaginés. Tandis qu’une personne se mettra en colère lorsqu’elle se sent abandonnée, une autre n’aura pas d’autre moyen que de s’infliger des blessures ou de faire une tentative de suicide.

Beaucoup de proches souffrent profondément des blessures psychiques ou physiques que les personnes concernées leur infligent ou s’infligent à elles-mêmes. Ils se sentent souvent responsables des difficultés éprouvées par l’autre et font de leur mieux pour l’aider à résoudre ses problèmes. Le risque est alors grand que le partenaire, les parents ou les amis s’oublient et ne vivent plus que pour l’autre. Les professionnels parlent dans ce cas de relation de co-dépendance, par exemple, lorsque l’humeur des membres de l’entourage dépend exclusivement de l’état de la personne concernée.

Sentiment de culpabilité

Les proches souffrent souvent de forts sentiments de culpabilité. Les parents se demandent si leur enfant est devenu malade parce qu’ils ne lui ont pas donné assez d’amour ou parce que leur éducation n’était pas la bonne. Les partenaires ou les collègues se demandent si c’est leur comportement qui a amené l’autre à s’infliger des blessures. Mais ce sont surtout les tentatives de suicide qui ont un effet culpabilisant sur les proches, alors que, dans la plupart des cas, les reproches qu’ils se font sont tout à fait injustifiés. Les sentiments de culpabilité sont de mauvais conseillers. Ils lient souvent les proches aux personnes concernées de manière défavorable et risquent de provoquer une co-dépendance.

Les proches ont aussi souvent l’impression que la personne concernée se comporte volontairement d’une certaine manière pour les obliger à se comporter comme elle le souhaite. Se sentant manipulés ou ayant l’impression que l’on se sert d’eux, les proches perdent confiance ou se mettent en colère. Ces réactions sont normales et compréhensibles. Le comportement des personnes concernées l’est aussi, puisqu’il exprime souvent une réaction de détresse profonde. Si une personne ne supporte pas d’être seule, elle est prête à faire beaucoup de choses pour éviter cette situation et peut, par exemple, menacer de se suicider pour se protéger contre la solitude. Il est donc important que les proches soient en mesure de comprendre la cause de son comportement. Lorsqu’elles traversent une période sans crise, les personnes concernées sont souvent capables de raconter ce qui leur arrive et de fournir ainsi à leurs proches les éléments qui leur permettront de mieux déchiffrer le langage du borderline.


Comment établir une bonne relation avec la personne souffrante ?

La meilleure réponse à la maladie consiste à se comporter en faisant preuve de compréhension et en établissant des limites claires. Car les personnes concernées par le trouble de la personnalité borderline ont beau être les premières à souffrir de leur comportement, elles n’arrivent souvent pas à le contrôler en situation de crise. Établir des limites claires est donc important pour se protéger et protéger la personne contre des comportements dommageables. Dans les situations de crise, il est rarement possible de résoudre les conflits en discutant. La peur et la logique s’accordent mal l’une à l’autre.

Les proches ont souvent tout intérêt à d’abord se retirer et à ne parler des problèmes qu’une fois la crise passée. Lorsque la personne concernée risque visiblement de se faire mal ou de se mettre en danger, il est nécessaire de faire appel à une aide extérieure. Dans de telles situations, les proches ne doivent pas hésiter à appeler un médecin d’urgence ou à encourager la personne concernée à prendre contact avec son thérapeute ou à se rendre dans une clinique.

Il est fréquent que les proches et les personnes concernées jugent certains symptômes complètement différemment. Des comportements d’automutilation, par exemple, auront un effet dramatique sur les proches, surtout s’ils les découvrent pour la première fois. Pour beaucoup de personnes concernées, il s’agit au contraire d’un moyen de faire cesser des états émotionnels extrêmement pénibles à supporter, et même si ce moyen n’est pas idéal, ils l’acceptent malgré tout.

Une fois la crise terminée, les proches et les personnes concernées devraient convenir de la meilleure réaction à avoir en cas de nouvelle crise, de manière à prévoir le comportement adéquat qui leur permettra de faire face à certains symptômes ou à certains types de sentiments. Ce faisant, il est nécessaire de veiller à ce que le comportement des proches ne renforce pas ces symptômes, ce qui est par exemple le cas quand un homme trouve seulement du temps pour son amie lorsqu’elle ne se sent pas bien et dit ressentir un besoin de se faire mal.


Il existe des maladies où la souffrance des proches dépasse parfois celle de 
la personne atteinte. Le trouble de la personnalité borderline en fait partie.

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