Affichage des articles dont le libellé est isolement social. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est isolement social. Afficher tous les articles

dimanche 2 mai 2021

Un An de Pandémie : Quels Sont les Effets sur Notre Santé Mentale ?



C’est une réalité incontestable que le coronavirus a provoqué des changements sans précédent dans notre vie quotidienne à l’échelle mondiale. Du jour au lendemain, les pays ont commencé à faire face à une montée rapide de la propagation du virus et ont introduit des mesures de confinement qui ont duré des semaines pour certains et des mois pour d’autres, conduisant des millions de personnes à affronter une vie d’isolement. A cela s’est ajoutée une augmentation constante des incertitudes professionnelles et des licenciements ainsi que la peur et l’angoisse croissantes à l’égard du virus.


Alors que la pandémie de coronavirus se propage rapidement dans le monde entier, elle suscite un degré considérable de crainte, d’inquiétude et de préoccupation dans la population en général et chez certains groupes en particulier, comme les personnes âgées, les prestataires de soins et les personnes souffrant d’affections préexistantes.

En termes de santé mentale publique, le principal impact psychologique à ce jour est un taux élevé de stress ou d’anxiété. Mais avec la prise de nouvelles mesures et l’émergence de nouveaux impacts – en particulier la quarantaine et ses effets sur les activités normales, les habitudes ou les moyens de subsistance de nombreuses personnes –, les niveaux de solitude, de dépression, de consommation nocive d’alcool, d’usage de drogues, et de comportements auto-agressifs ou suicidaires devraient également augmenter.


Le confinement est en soi générateur de stress. Il s’explique à la fois par la peur d'être contaminé et/ou de contaminer ses proches, l'inquiétude vis-à-vis de la situation financière, les troubles psychologiques liés à la perte d'un proche pour certains, mais aussi à l'interdit et à la limite de liberté. À ce stress commun il faut ajouter le manque de lien social pour les personnes les plus isolées. Certains facteurs favorisent aussi le stress, comme la grossesse, le fait d'avoir des enfants, de craindre pour la distribution des biens de première nécessité, ou de ne pas recevoir d'informations suffisamment claires. D’autres facteurs ont aussi été identifiés, comme la frustration de ne plus rien pouvoir faire, le manque de fournitures de base (nourriture, eau, médicaments), et une communication de crise inadaptée.

Mais c'est surtout l'isolement qui pèse le plus. Si, au début, on redoublait de créativité pour ne pas perdre nos liens sociaux, en multipliant les visio-apéros, les jeux en ligne, les appels téléphoniques, il n'y a rien de tel que de voir ses proches physiquement, de pouvoir les serrer dans ses bras, faire des activités avec eux. Le fait de tourner en rond, aussi, dans son appartement ou sa maison, ne pouvoir faire aucune activité culturelle ou voyager, cela finit par peser.


Conséquences de la pandémie sur la santé mentale des enfants

Un système éducatif au point mort 

L’éducation, l’un des tremplins les plus importants dans la vie d’un enfant, a été considérablement affectée par la mise en place de protocoles stricts visant à contenir la propagation du virus. Un an après que le Covid-19 a frappé le monde, plus de 800 millions d’étudiants – c’est-à-dire plus de la moitié de la population étudiante mondiale – continuent d’être confrontés à d’importantes problématiques concernant leur éducation. Cela résulte de la fermeture complète des écoles dans 31 pays et d’horaires scolaires réduits ou à temps partiels dans 48 autres pays (UNESCO, 2021).

La fermeture des écoles, l’une des conséquences de la pandémie, risque de précipiter 72 autres millions d’enfants, en âge d’aller à l’école primaire, dans la pauvreté d’apprentissage, ce qui signifie qu’ils seront incapables de lire et de comprendre un texte simple à l’âge de dix ans (World Bank, 2020). Par conséquent, en raison de la fermeture des écoles les femmes et les filles sont encore plus vulnérables face à de nombreux abus allant des relations sexuelles transactionnelles aux mariages forcés (ONU, 2020). En raison d’un manque d’accès aux supports technologiques nécessaires pour les enseignements à distance, 463 millions d’enfants sont dans l’incapacité d’utiliser et de bénéficier des programmes de diffusion et d’apprentissage à distance basées sur Internet (UNICEF, 2020).

Les classes virtuelles 

Sous l’ombre du Covid-19, la vie de millions d’enfants s’est temporairement réduite à leur maison et à leurs écrans (UNICEF, 2020). Selon des psychologues pour enfants, interrogés dans dix pays différents, les enfants sont démotivés et présentent des symptômes d’hyperactivité et des troubles sensoriels, une conséquence directe des cours virtuels. Dans les cas où les enfants sont déjà confrontés à l’anxiété sociale, le fait de les mettre en lumière pendant un cours virtuel ne fait que les rendre plus conscients d’eux-mêmes. Les cours virtuels sont un facteur majeur contribuant à la fois à une augmentation des cas d’anxiété et de dépression chez les adolescents, ainsi qu’à l’hyperactivité et aux troubles sensoriels chez au moins deux enfants sur cinq.

La situation s’est aggravée dans certains pays comme l’Indonésie où, il n’est pas répandu culturellement que les enfants parlent de leurs sentiments à leurs parents. La disparité socio-économique peut également être un facteur contribuant à l’inconfort d’un enfant comme on le voit en Inde. Les enfants sont souvent mal à l’aise lorsqu’ils doivent montrer leur maison lors des appels vidéo parce qu’ils ont peur d’être jugés par leurs pairs issus de milieux plus aisés. Dans ces ménages les coupures de courant électrique sont fréquentes, ce qui déconnecte automatiquement les enfants de leur classe et les font se sentir désynchronisés avec leurs pairs. Une fois qu’ils sont en mesure de se reconnecter, ils craignent d’être interrogés sur quelque chose qu’ils ont involontairement manqué.

L’éducation en ligne a soumis les apprenants à une réalité inévitable qui est l’augmentation sans précédent du temps d’écran, nécessaire pour que les enfants puissent apprendre et puissent rester connectés au monde extérieur. La triste réalité réside dans le fait que, pour les enfants, le temps passé devant un écran peut souvent entraîner de l’anxiété, de la solitude et de la dépression et est généralement lié à une baisse du bien-être psychologique.

Le confinement

Être à l’extérieur, une partie essentielle de l’enfance, a été retiré de la vie des enfants du monde en raison d’un protocole de confinement strict. En plus d’être une activité que les enfants attendent généralement avec impatience, jouer à l’extérieur présente de nombreux avantages qui ont un impact significatif sur le développement de l’enfant, allant de l’amélioration des compétences comportementales et sensorielles à une augmentation de la durée d’attention. De plus, passer du temps à la lumière naturelle nous rend plus heureux et stimule la glande pinéale, responsable du renforcement du système immunitaire.

Une enquête, incluant 1143 parents d’enfants âgés de trois à dix-huit ans d’Italie et d’Espagne, s’est portée sur l’impact émotionnel de la quarantaine due au Covid-19. En effet, 87% des parents ont signalé des changements comportementaux et émotionnels chez leurs enfants pendant la quarantaine. Les changements les plus fréquemment observés étaient la difficulté à se concentrer, l’ennui, l’irritabilité, l’agitation, la nervosité, la solitude, le malaise et les inquiétudes.

La santé mentale et le bien-être des enfants en danger

Selon une analyse de l’UNICEF, publiée en avril 2021, au moins un enfant sur sept – soit 332 millions de personnes dans le monde – vit depuis au moins neuf mois, depuis le début de la pandémie de COVID-19, dans un foyer où les politiques nationales de maintien à domicile sont obligatoires ou recommandées, ce qui met en danger leur santé mentale et leur bien-être.

Alors que presque tous les enfants du monde ont vécu des confinements intermittents au cours de l'année dernière, la nouvelle analyse d'UNICEF, qui utilise les données de l'Oxford COVID-19 Government Response Tracker, identifie certaines des situations de confinement plus permanentes dans le monde.


Selon l'analyse, 139 millions d'enfants dans le monde ont vécu dans des conditions de confinement national pendant au moins neuf mois depuis que le COVID-19 a été qualifié de pandémie le 11 mars 2020 – ce qui signifie qu'ils ont été tenus de rester chez eux à quelques exceptions près – y compris des enfants vivant dans des pays comme le Paraguay, le Pérou et le Nigeria. Le reste des 332 millions – soit 193 millions – ont vécu pendant la même période avec des mesures nationales recommandant le maintien à domicile.

La moitié des troubles mentaux se développent avant l'âge de 15 ans

Avec les mesures de confinement et les restrictions de mouvement liées à la pandémie, l'année a été longue pour nous tous, mais surtout pour les enfants. Beaucoup d'enfants se sentent effrayés, seuls, anxieux et inquiets pour leur avenir.

Alors que la pandémie entre dans sa deuxième année, l'impact sur la santé mentale et le bien-être psychosocial des enfants et des adolescents se fait sentir. En Amérique latine et dans les Caraïbes, un récent sondage U-Report d'UNICEF auprès des jeunes a généré plus de 8 000 réponses et a révélé que plus d'un quart d'entre eux avaient connu l'anxiété et 15 % la dépression.

Même avant la pandémie, les enfants et les jeunes portaient le fardeau des risques de santé mentale, la moitié de tous les troubles mentaux se développant avant l'âge de 15 ans, et 75 % au début de l'âge adulte. La majorité des 800 000 personnes qui se suicident chaque année sont des jeunes, et l'automutilation est la troisième cause de décès chez les 15-19 ans, avec des taux plus élevés chez les adolescentes. On estime qu'à l'échelle mondiale, un enfant sur quatre, vit avec un parent souffrant de troubles mentaux.

Pour les enfants victimes de violence, de négligence ou de maltraitance à la maison, les enfermements ont laissé beaucoup d'entre eux dans la détresse avec les agresseurs et sans le soutien des enseignants, de la famille élargie et des communautés. Les enfants des groupes de population vulnérables – tels que ceux qui vivent et travaillent dans la rue, les enfants handicapés et les enfants vivant dans des situations de conflit – risquent de voir leurs besoins en matière de santé mentale totalement négligés.

La santé mentale des enfants doit être une priorité

Selon l'OMS, la pandémie COVID-19 a perturbé ou interrompu des services de santé mentale essentiels dans 93 % des pays du monde, alors que la demande de soutien en matière de santé mentale est en augmentation.

En réponse à cette situation, UNICEF aide les gouvernements et les organisations partenaires à établir des priorités et à adapter les services destinés aux enfants.

Les pays doivent investir de façon spectaculaire dans l'extension des services de santé mentale et dans le soutien aux jeunes et à leurs soignants dans les communautés et les écoles. Des programmes d'éducation parentale à grande échelle doivent également être mis en place, afin de garantir que les enfants de familles vulnérables reçoivent le soutien et la protection dont ils ont besoin à la maison.

Dans le courant de l'année, UNICEF consacrera son rapport phare biennal, “La situation des enfants dans le monde”, à la santé mentale des enfants et des adolescents, afin de mieux faire connaître ce défi mondial et de proposer des solutions, et d'encourager les gouvernements à accorder une plus grande attention à cette question.

La santé mentale joue un rôle extrêmement important dans la constitution de la vie. La pandémie a entraîné dans le monde des vagues de peur, de perte et de souffrance. Bien que l’enfance suscite relativement moins de soucis et de problèmes que l’âge adulte, cette fois-ci, les enfants se sont vu voler une vie à laquelle ils étaient autrefois habitués et doivent faire face à la pandémie, aux nombreuses règles qui continuent de façonner leur quotidien, ainsi qu’aux problèmes que tout cela entraîne pour leur santé mentale.


Impact de la pandémie sur la santé mentale des adolescents



Par rapport aux adultes, les conséquences néfastes de la pandémie sur la santé mentale des adolescents peuvent être plus longues et plus intenses. Son impact dépend de plusieurs facteurs : l'âge, la situation scolaire, l'existence de handicaps, les antécédents de troubles mentaux, un statut social bas, les maladies parentales – y compris le COVID-19 – et le degré de structuration de la famille.

Les manifestations psychologiques les plus fréquentes chez les adolescents qui fréquentent les urgences sont les tentatives de suicide, les problèmes de comportement alimentaire et les symptômes dépressifs avec une prédominance d'irritabilité et d'incapacité à profiter des choses dont ils jouissaient auparavant.

Causes sous-jacentes à cette crise chez les adolescents

Les principales causes de cette crise sont dues au fait que la famille, l'école et les amis ont perdu l'effet tampon qui facilitait la gestion émotionnelle des jeunes.

La perte des coutumes et des routines familiales, l'absence de milieu scolaire structuré, l'ennui, les difficultés à participer à des activités sportives et à sortir avec des amis sont parmi les causes liées aux problèmes psychologiques détectés.

Les longs mois de la pandémie ont généré, dans beaucoup d'entre eux, une grande incertitude quant à leur avenir scolaire et professionnel, et ils se sont jetés dans des activités compulsives liées à Internet, avec l'isolement consécutif de relations sociales positives et une plus grande exposition au harcèlement et aux abus.

Les stratégies inadaptées les plus fréquemment utilisées sont celles axées sur l'utilisation compulsive d'Internet et des réseaux sociaux, sur les comportements addictifs et l'isolement. Si ces comportements se prolongent, comme c'est malheureusement le cas, le développement de troubles dépressifs, de tentatives de suicide, de troubles alimentaires et de dépendances est favorisé.

Recommandations pour le présent et pour l'avenir

Les parents sont les modèles que les enfants apprennent. C'est donc à la maison qu'il faut acquérir les compétences nécessaires pour faire face aux déceptions, aux difficultés de contrôle émotionnel et à la résolution de problèmes. L'incertitude des examens et l'emploi futur des jeunes doivent trouver des propositions alternatives dans la famille, loin de la déception.

Il est judicieux pour les parents d'inclure les adolescents dans la prise de décision et la pandémie doit être clairement discutée, en essayant d'éviter les termes péjoratifs envers les jeunes. C'est peut-être le bon moment pour déléguer certaines responsabilités familiales – cuisine, ménage, courses – aux jeunes, afin qu'ils se sentent responsables de l'entretien de la famille.

Une utilisation excessive d'Internet doit être évitée. Plus précisément, la recherche d'actualités liées à la pandémie, car elle est source d'angoisse. L'utilisation compulsive et abusive des réseaux sociaux est une source bien connue de faible estime de soi.

Les activités créatives, telles que la musique, la peinture, la danse et l'écriture peuvent servir à contrer certains comportements à risque qui sont habituellement observés chaque week-end dans nos villes.

Les relations avec les amis sont essentielles pour les jeunes. Par conséquent, le maintien de relations de soutien avec leurs amis doit être encouragé.

Depuis les écoles, les enseignants doivent influencer les mesures de protection et de responsabilité pour éviter la transmission du virus et être attentifs à certains comportements qui peuvent cacher des problèmes psychologiques. L'interaction en classe devrait être accrue et des informations devraient être fournies pour gérer l'anxiété ou le stress, également dans les écoles secondaires. Les enseignants peuvent repérer les problèmes que les parents oublient parfois et faciliter la consultation des professionnels de la santé mentale.

Les pédiatres et les médecins de famille sont habitués à reconnaître les manifestations physiques des problèmes émotionnels – douleur, automutilation –, c'est pourquoi ils deviennent la porte d'entrée vers différentes affections. Cela leur permet d'informer et d'éduquer les parents et de se référer aux professionnels de la santé mentale.

Les professionnels de la santé mentale des enfants et des adolescents jouent un rôle déterminant dans la gestion de cette crise et devraient combiner les interventions présentielles avec celles effectuées en ligne. Un effort est requis de leur part pour se coordonner avec les familles, les enseignants et les bénévoles pour servir de réseau de soutien aux adolescents. Les admissions psychiatriques devraient être la dernière option, car elles représentent l'échec du soutien communautaire et, si nécessaire, des tentatives devraient être faites pour réduire le stress et la stigmatisation associés à l'hospitalisation psychiatrique. Les équipes de santé mentale jouent un rôle important dans la formation des pédiatres, des médecins de famille et des enseignants à la détection des troubles mentaux chez les jeunes.

Les psychologues cliniciens devraient concevoir et mettre en œuvre des interventions comportementales à court terme pour la prise en charge des troubles mentaux courants, comme le trouble d'hyperactivité avec déficit de l'attention, la toxicomanie ou les problèmes de jeu, en se concentrant sur les techniques psycho-éducatives où les parents sont inclus.

Les psychiatres doivent être plus prudents, si possible, lorsqu'ils choisissent des stratégies pharmacologiques plutôt que psychothérapeutiques. Il est impératif que les professionnels de la santé mentale organisent des études longitudinales pour évaluer les conséquences de la pandémie.

*

*     *

Recherche

Il ne fait aucun doute que cette pandémie et les mesures sanitaires concomitantes ont impacté notre santé mentale. Des surveillances réalisées lors d'anciennes pandémies et d'autres études transversales plus récentes l'attestent.


Conséquences du premier confinement sur notre santé mentale

Des chercheurs de l'Institut de Santé publique, d'Épidémiologie et de Développement (IPSED) affiliés à l'université de Bordeaux et à l'Institut national pour la science et la recherche médicale (Inserm) ont mené une étude prospective, publiée dans la revue Globalization and Health en mars 2021, et ont analysé les conséquences du premier confinement sur notre santé mentale.

Les scientifiques se sont servis de cohortes déjà constituées afin de pouvoir obtenir des données plus rapidement. La cohorte Mavie a pour objectif initial d'étudier les circonstances et les causes des accidents de la vie de tous les jours. Grâce aux résultats, le but final est de formuler des préconisations et des programmes de prévention innovants, qui réduiront le nombre de victimes. C'est une cohorte dont le recrutement a commencé en novembre 2014 et elle est actuellement toujours en cours.

Ils ont décidé d'inclure dans leur analyse : le sexe, l'âge, l'état matrimonial, le niveau d'études, le type de travail et le statut d'emploi, le revenu mensuel du ménage, la typologie de la zone résidentielle, la taille de la municipalité et le type de logement.

Le questionnaire “spécial confinement” se composait de quatre parties :

La première sur la santé mentale et physique auto-évaluée et les symptômes d'anxiété et de dépression.

La deuxième sur les conditions de vie et l'environnement socio-démographique à laquelle les auteurs ont ajouté la possibilité de télétravail.

La troisième sur la perception de l'épidémie et du confinement et sur leur expérience personnelle des évènements.

La quatrième sur les activités réalisées durant le confinement, notamment le temps passé à se renseigner sur l'épidémie.

La partie de la cohorte ayant reçu le questionnaire “spécial confinement” pour participer à cette nouvelle étude ne se compose que de 1.237 personnes.

Résultats

On constate une baisse – respectivement une augmentation – modeste dans la santé mentale – respectivement physique – perçue. Du côté des symptômes dépressifs et anxieux, pas de changement notable pour la dépression mais une augmentation de 17,3 à 20,1% de l'anxiété.

Concernant la santé mentale perçue, les adultes (entre 23 et 49 ans) et les personnes très âgées (plus de 70 ans) semblent avoir été les plus vulnérables. Les personnes ne possédant pas d'espace extérieur personnel et ayant l'habitude de sortir plus de trois heures par semaine étaient également plus à risque de voir leur santé mentale perçue se dégrader. En matière de symptômes dépressifs et anxieux, les principaux facteurs de risque identifiés étaient le sexe, les femmes étant plus à risque que les hommes, vivre seul et avoir un espace de vie inférieur à 30 mètres carrés augmentait le risque.


Pandémie et santé mentale des salariés : des effets à long terme

Une nouvelle étude menée par le cabinet RH Workspace Intelligence et publiée par Oracle en octobre 2020, s’inquiète de la santé mentale des salariés. Titre original : “Mental Health at Work Requires Attention, Nuance, and Swift Action”.

Selon l’étude, l’année 2020 est perçue par les salariés comme l’année la plus stressante de l’histoire, la pandémie a apporté stress, anxiété et épuisement professionnel dans les 11 pays interrogés.

Le stress, mais aussi les déséquilibres engendrés entre vie professionnelle et familiale, l’épuisement professionnel induit par les changements relationnels et les bouleversements des processus, la dépression liée à l’absence de socialisation et le sentiment de solitude ont profondément marqué les collaborateurs un peu partout dans le monde.

Les personnes interrogées affirment que les problèmes de santé mentale au travail, comme le stress, l’anxiété ou la dépression affectent leur vie privée. Ce sont les jeunes générations (22-25 ans) qui semblent en pâtir le plus avec 94% qui partagent ce sentiment. Il en résulte un manque de sommeil (40% des personnes interrogées), une santé physique détériorée (35%), une dégradation du sentiment de bonheur à la maison (33%), la complication des relations familiales (30%) et une forme d’isolement social.

Pourtant, les salariés interrogés estiment aujourd’hui que le télétravail est plus attrayant maintenant qu’avant la pandémie. Même s’ils se montrent réalistes et conscients des inconvénients imputables à ce mode de travail, ils apprécient de pouvoir consacrer plus de temps à leur famille, à dormir mais aussi à leur travail grâce aux économies de temps de transport réalisées.

Selon l’étude, les salariés ont besoin d’aide et préfèrent chercher du soutien auprès de la technologie plutôt que solliciter l’aide de leur manager.

L’étude alerte sur le fait que les problèmes de santé mentale au travail vont perdurer et ne doivent pas être ignorés. Les entreprises doivent s’en émouvoir et doivent agir d’autant que plus de 40% des salariés reconnaissent que le stress, l’anxiété et la dépression font chuter leur productivité et peuvent les conduire à prendre de mauvaises décisions.

En conclusion, selon l’étude la pandémie a replacé la santé mentale sur le devant de la scène, c’est d’ailleurs l’une des principales préoccupations sur le lieu de travail de notre temps et elle le sera encore pendant la prochaine décennie.


Covid-19 : un tiers des patients souffrent de troubles mentaux

Selon une étude réalisée par des scientifiques de l’université d'Oxford, parue en novembre 2020 dans le journal spécialisé The Lancet Psychiatry, une personne sur trois qui a eu le Covid-19 a eu un diagnostic de troubles neurologiques ou psychiatriques dans les six mois suivant l'infection.

En analysant les dossiers de santé électroniques de 236 379 patients atteints de Covid, les auteurs relèvent que 34% ont eu un diagnostic de maladie neurologique ou psychiatrique dans les six mois suivant l'infection. Pour 13% de ces personnes, il s'agissait de leur premier diagnostic neurologique ou psychiatrique.

Ils ont comparé ces groupes de patients Covid avec deux cohortes témoin : l’une avec un groupe de patients ayant eu un diagnostic de la grippe, et l’autre, de patients diagnostiqués avec des infections des voies respiratoires, de façon générale (mais non-Covid, pour ces deux groupes témoins). Et le résultat est frappant : 33,62% des patients de la cohorte "Covid" ont eu un diagnostic psy ou neurologique dans les 6 mois après leur maladie. Une incidence plus fréquente que dans les groupes témoins.

Les auteurs concluent que le Covid-19 est associé à un risque accru de problèmes neurologiques et psychiatriques, mais que leur incidence est plus élevée chez les patients qui ont dû être hospitalisés, et surtout lorsqu’ils ont été aux soins intensifs.

Bon nombre des troubles identifiés dans cette étude ont tendance à être chroniques ou récurrents, nous pouvons donc anticiper que l'impact du Covid-19 pourrait perdurer pendant de nombreuses années.


Quatre causes de “fatigue du zoom” et leurs solutions simples


Le phénomène de Zoom fatigue se ressent
après plusieurs heures en visioconférence

Une équipe de chercheurs en psychologie de l’université Stanford, dans une étude parue en février 2021, a identifié 4 causes principales de la fatigue liée aux appels en visioconférence, et propose des moyens simples pour en atténuer les effets, sans perdre en efficacité.

Depuis près d’un an désormais, le monde professionnel a largement basculé dans un quotidien fait de visioconférences, qui s’enchaînent et se multiplient. Au point que certains salariés se plaignent d’un malaise croissant à participer à ces réunions virtuelles. Les anglophones ont même inventé un terme pour cela, c’est la “zoom fatigue”.

1. Un contact visuel rapproché trop long et trop intense

Lors d’un appel en visioconférence, la quantité de contact visuel ainsi que la taille des visages sur les écrans, ne sont pas naturels. En effet, à la différence d’une réunion classique, au cours de laquelle il est possible de regarder l’animateur, ses notes ou encore de détourner le regard quelques instants, lors d’un appel en visioconférence, tout le monde regarde tout le monde en permanence. Même lors d’une réunion ou vous n’êtes pas amené à prendre la parole, vous regardez toujours les visages qui vous regardent, et la quantité de contact visuel est considérablement augmentée.

La taille des visages est également mise en cause puisqu’elle dépend des habitudes de chaque utilisateur, mais également de l’écran utilisé par les participants pour l’appel. Le cerveau humain a tendance à interpréter les appels prolongés avec des contacts rapprochés comme des situations intenses réelles, qui vont soit conduire à l’accouplement, soit au conflit. Ce qui se passe, en effet, lorsque vous utilisez Zoom pendant de très nombreuses heures, c’est que vous êtes dans cet état hyper-excité.

La solution. Éviter de mettre l’appel en plein écran et réduire la fenêtre pour minimiser la taille des visages.

2. Le retour vidéo de sa propre caméra

Dans la majeure partie des plateformes de vidéoconférence, il y a un retour vidéo permanent qui vous montre ce que votre webcam diffuse aux autres participants en direct. Pratique pour s’assurer que tout est diffusé correctement, cette option n’est pourtant pas naturelle puisqu’elle reviendrait à se voir dans un miroir au quotidien lors de tous les échanges.

De nombreuses recherches montrent qu’il y a des conséquences émotionnelles négatives à se voir dans un miroir. En effet, le fait de se voir dans un miroir nous rend généralement plus critique envers nous même que si nous n’avions aucun retour, et cette option fait passer ce phénomène de quelques secondes par jour à plusieurs heures par jour.

La solution. Masquer son propre retour vidéo, souvent désactivable via une option dans les paramètres des plateformes.

3. La mobilité est réduite avec les appels en visioconférence

Lors d’une simple conversation téléphonique, il est souvent possible de se déplacer, mais dans le contexte d’une visioconférence, le champ de vision de la caméra est fixe, et souvent restreint puisqu’il suffit d’être proche d’un mur pour qu’il se réduise considérablement. Cette position fixe de caméra implique un mouvement limité, et cette limite n’est pas du tout naturelle.

Il y a une recherche croissante maintenant qui dit que lorsque les gens bougent, ils fonctionnent mieux sur le plan cognitif.

La solution. Essayer de rendre le champ visuel de la webcam plus ouvert, quitte à utiliser des éléments comme un clavier externe ou des écouteurs Bluetooth pour aider à créer de la distance ou de la flexibilité. Éteindre périodiquement sa webcam permet également de “souffler” un peu en se donnant un bref repos non verbal.

4. La charge cognitive est plus élevée lors d’un appel vidéo

La communication non verbale est tout à fait naturelle, et tout le monde l’utilise lors des interactions pour appuyer ses propos, ou faire passer des messages simplement grâce à des gestes ou à des expressions du visage. Dans le cadre d’un échange en visioconférence, ces signaux sont moins facilement remarquables, et que ce soit pour les envoyer comme pour les recevoir, ils nécessitent plus de concentration qu’habituellement.

Vous devez vous assurer que votre tête est bien encadrée, au centre de la vidéo. Si vous voulez montrer à quelqu’un que vous êtes d’accord avec lui, vous devez faire un signe de tête exagéré ou lever le pouce. Cela ajoute une charge cognitive lorsque vous utilisez des calories mentales pour communiquer.

La solution. Faire des pauses en éteignant sa caméra, pour pouvoir reposer son esprit et pour ne plus être actif de manière non verbale.

L’échelle ZEF (Zoom Exhaustion and Fatigue)

Pour mieux comprendre quels sont les effets de la Zoom fatigue sur chacun, plusieurs anciens étudiants de Stanford et post doctorants du Virtual Human Interaction Lab (VHIL) ont mis en place l’échelle ZEF, conçue pour mesurer les effets de cette fatigue.

Elle est disponible gratuitement en ligne, et vous interroge sur votre rapport à la visioconférence. Les résultats permettent de faire progresser la recherche sur la façon de mesurer la fatigue due à la technologie interpersonnelle, et de déterminer les causes de la Zoom fatigue.



Voici des exemples de questions qui sont posées dans l’échelle ZEF :

* À quel point vous sentez-vous épuisé après la visioconférence ?

* À quel point vos yeux sont-ils irrités après une vidéoconférence ?

* À quel point vous sentez-vous épuisé émotionnellement après la vidéoconférence ?

* Dans quelle mesure avez-vous tendance à éviter les situations sociales après la visioconférence ?

* À quelle fréquence vous sentez-vous trop fatigué pour faire autre chose après la visioconférence ?

Les chercheurs précisent que l’objectif n’est pas de dénigrer des plateformes de visioconférence en particulier, mais plutôt de souligner à quel point ces outils peuvent être épuisants sur le long terme, et de suggérer des changements d’interface simples à mettre en œuvre.

L’objectif à terme est de faire en sorte que les différentes plates-formes de vidéoconférence prennent conscience de ce phénomène et altèrent leurs offres pour réduire cet épuisement psychologique et émotionnel, qui risque de perdurer aussi longtemps que le télétravail restera la norme de nombreux salariés.

*     *

*

Un stress d’acculturation induit par le Covid-19

Le stress est une réaction physiologique normale à une situation vécue comme dangereuse. L’individu mobilise ses ressources pour y répondre d’une manière satisfaisante.

Dans un tel contexte, il s’agit alors de gérer la perte de son monde habituel, et de faire face au défi que constitue l’ajout d’une nouvelle culture à celle d’origine – un processus que l’on qualifie d’acculturation psychologique.

En psychologie, la culture est considérée sous deux formes : l’une, extériorisée et visible, comprend les coutumes, l’habillement, l’alimentation, les modes de vie, les institutions, etc. ; l’autre, intériorisée et invisible, englobe les valeurs, les normes, les modes de pensée, les présomptions et les orientations réglementaires.

L'être humain qui vit consciemment et se reflète dans ses propres expériences intériorise également sa propre vie en assimilant des informations théoriques et pratiques sur la vie. Une intimité est formée par l'habitude d'intérioriser des expériences, des pensées, des croyances et des valeurs.

Tous ces éléments sont intégrés très tôt, dans la petite enfance, et facilitent la gestion du stress quotidien. Et de fait, on considère que l’éducation des membres d’une même nation oriente leur adaptation psychologique aux facteurs de stress, et les aide à choisir des stratégies efficaces.

En voulant s’adapter à une nouvelle culture – au moyen de stratégies d’adaptation – l’individu est soumis à un stress d’acculturation. Il est en effet amené à remettre en cause les valeurs, les normes, les modes de pensée de sa propre culture. Et d’un point de vue psychologique, ce réexamen peut être lourd de conséquences, avec des problèmes de santé mentale – confusion, dépression, angoisse… – et le risque d’aliénation (au sens de la dépersonnalisation).

Le trouble de dépersonnalisation/déréalisation est caractérisé par une sensation persistante ou récurrente de détachement de son propre corps ou de ses propres processus mentaux, en se sentant comme un observateur extérieur de sa propre vie – dépersonnalisation –, et/ou par une sensation de détachement de son environnement – déréalisation –.

D’un autre côté, le processus d’ajustement à une nouvelle culture perturbe l’identité de l’individu, le sentiment de sa propre valeur et celui de vivre dans un environnement sécurisant. Cela génère également des conflits internes et des troubles psychologiques.

Face à cette situation inédite, on note en effet une diminution des capacités de régulation émotionnelle : cela se traduit notamment par une augmentation de la violence familiale, des phénomènes de burnout parental ayant des conséquences sur la maltraitance des enfants, une montée du racisme et de la xénophobie.

D’autres troubles du comportement sont également à la hausse : les addictions (y compris aux jeux vidéo), les troubles du sommeil, les troubles alimentaires et le décrochage scolaire. Et s’agissant des valeurs et des normes, c’est-à-dire de la culture invisible et intériorisée, force est de constater un renforcement des théories de complot et des nouvelles croyances, ou encore une perte de confiance dans les sciences. 

Sur le long terme, les conséquences psychologiques de l’acculturation induite par le Covid-19 ne sont pas encore connues.

Des outils pour anticiper

Dans les situations classiques d’acculturation, la recherche en psychologie inter-culturelle a d’ores et déjà suggéré quelques pistes pour faire face au stress.

Pour le psychologue Urie Bronfenbrenner, c’est l’écosystème – famille, école, institutions, quartier – dans lequel évolue chacun tout au long de la vie qui assure un bien-être psychologique, dans une continuité socioculturelle. Autrement dit, on peut imaginer intervenir en rétablissant les liens entre les divers composants de l’écosystème : les enfants ayant le plus de connaissances sur la pandémie semblent du reste avoir moins de problèmes psychologiques.

Par ailleurs, il y aurait tout intérêt à s’inspirer des dernières recherches sur les compétences inter-culturelles, qui recouvrent notamment la compréhension et la prise de conscience de sa propre culture par rapport à d’autres, mais aussi l’ouverture, la flexibilité et la tolérance vis-à-vis des différences.

De nombreuses méthodes permettent d’améliorer ces compétences : en poussant à éviter les jugements hâtifs, en renforçant l’ouverture d’esprit, en développant les capacités d’autorégulation, etc. Et ce faisant, il devrait être possible de mieux s’adapter à la situation inédite que nous vivons, avec des stratégies – “coping” – adéquates : ceci permettrait d’éviter que le stress d’acculturation ne génère des troubles mentaux, en ouvrant les chemins de la résilience.


Prendre soin de sa santé mentale



Qu’est-ce que la distanciation sociale ? La distanciation sociale est un moyen d’empêcher les individus d’interagir assez étroitement ou fréquemment pour éviter la propagation d’une maladie infectieuse. Les écoles et autres lieux de rassemblement tels que les cinémas peuvent fermer, les événements sportifs et les cérémonies religieuses peuvent être annulés.

Qu’est-ce que la quarantaine ? La quarantaine isole et restreint le mouvement des individus qui ont été exposés à une maladie contagieuse pour voir s’ils tombent malades. Elle dure le temps nécessaire pour s’assurer que l’individu n’ait pas contracté de maladie infectieuse. Pour le Covid-19 la quarantaine dure 14 jours.

Qu’est-ce que l’isolement ? L’isolement empêche la propagation d’une maladie infectieuse en séparant les individus malades de ceux qui ne le sont pas. Il dure aussi longtemps que la maladie est contagieuse.

Comment prendre soin de vous pendant la distanciation sociale, la quarantaine et l’isolement

Comprendre le risque. Prenez conscience du risque réel pour vous ou ceux qui vous entourent. Lorsque vous avez l’impression de manquer d’information, vous pourriez éprouver plus de stress ou de nervosité. Regardez, écoutez ou lisez les nouvelles pour obtenir des mises à jour des autorités. Prenez conscience du risque de rumeurs en cas de crise, surtout dans les réseaux sociaux. Vérifiez toujours vos sources et consultez des sources d’information fiables comme les responsables de la santé publique.

Prenez soin de votre corps. Essayez de manger des repas équilibrés et sains, de faire de l’exercice régulièrement et de dormir suffisamment. Évitez l’alcool et d’autres drogues.

Soyez votre propre allié. Parler de vos besoins est particulièrement important si vous êtes en quarantaine, surtout si vous êtes dans un lieu où vos besoins fondamentaux ne sont pas assurés. Assurez-vous d’avoir ce dont vous avez besoin pour vous sentir protégé et en sécurité.

Restez en contact avec d’autres personnes. Restez en contact avec les personnes en qui vous avez confiance est l’un des meilleurs moyens de réduire l’anxiété, la dépression, la solitude et l’ennui pendant la distanciation sociale, la quarantaine et l’isolement. Dites ce qui vous préoccupe et ce que vous éprouvez à un ami ou à un membre de la famille. Entretenez des relations saines.

Demandez de l’aide au besoin. Si vous avez des réactions de stress – sentiments ou comportements – en réponse à l’éclosion de COVID-19 pendant plusieurs jours d’affilée et qu’elles vous empêchent d’assumer vos responsabilités courantes, communiquez avec votre médecin ou votre centre local de traitement des dépendances et de santé mentale.

Contre le stress du confinement, faites du sport à la maison. La lutte contre la sédentarité, surtout en période de confinement, est essentielle au maintien d'une bonne santé physique et mentale. Le maintien d'une activité physique adaptée à l'âge et l'état de santé est bénéfique pour tout le monde. Et pour ceux qui ont l'habitude de faire du sport très régulièrement, un arrêt brutal de l'activité pourrait avoir plus de conséquences psychiques.




Un an au total que nos vies sont restreintes à cause de la pandémie. Se contenter d'aller chez les uns chez les autres ou dans des parcs le week-end. Et l'impact sur notre santé mentale se fait clairement sentir.

“Restez chez vous !” C’est le mot d’ordre lancé par les autorités pour lutter contre la propagation du coronavirus responsable de la pandémie de Covid-19. Et nous sommes désormais des millions à vivre une situation inédite, celle du confinement. Pour nous en sortir au mieux, peut-être faut-il la vivre comme une expérience humaine de plus.


Voir aussi…

lundi 4 mai 2020

Les Effets du Confinement sur Notre Cerveau



La quarantaine peut se définir comme la séparation, et la restriction des mouvements des personnes qui ont été potentiellement exposées à une maladie contagieuse afin de vérifier si elles ne sont pas malades, réduisant ainsi le risque qu'elles contaminent d'autres personnes.

Il existe très peu de données chez l’humain concernant la neurobiologie liée à cette situation. Quelques études chez les spationautes et dans le monde carcéral, mais qui concernent des situations très particulières. Les quelques études qui ont été réalisées lors d'une précédente épidémie à coronavirus indiquent un début de stress lié au confinement à partir de 11 jours. Les personnes en confinement présentaient des signes d'irritabilité, d'anxiété, d'insomnie, de faible concentration et de prise de décision, étaient moins enclines à travailler. Au stress associé à l'isolement, s'additionne le stress lié à la perte de revenu, la peur d'être malade, surtout si on fait partie du personnel médical.

Que cela soit par le bouleversement des routines habituelles, un climat ambiant plus anxiogène ou l'extrême limitation des contacts sociaux, il semble censé de penser qu'un confinement peut avoir, sur nous, des effets à plus ou moins long terme.

Loin d’être inédite au cours de l’histoire de l’humanité, ce type de mesure s'est toutefois rarement, voire jamais étendu à l’ensemble de plusieurs pays en même temps. C’est en étudiant le suivi d’individus placés en confinement au cours d’évènements épidémiques passés ou dans des contextes expérimentaux qu’il semble possible d’entrevoir qu’elles pourraient être les conséquences psychologiques individuelles d’une telle situation.

Les psychologues décrivent de manière générale une augmentation des comportements d’agressivité, d’anxiété, de cas de dépression ainsi que de problèmes de sommeil (avec une fatigue toute la journée) parmi les personnes qui vivent une situation d’isolement social.

Ces comportements sont par ailleurs associés à une augmentation de l’attention dans le cortex cérébral visuel aux stimuli sociaux négatifs – menace, rejet, exclusion –. Ces comportements pourraient être un moyen de défense pour les personnes en isolement social contre une quelconque menace, pour l’accès aux ressources.

L’isolement social

L’isolement social – situation plus large que le confinement lui-même – est défini par une absence de partenaire ou de contacts avec des amis, de la famille ou autres personnes au sein d’une organisation, association, par exemple, moins d’une fois par mois.

L'une des conséquences les plus importantes de la crise du coronavirus a sans aucun doute été la restriction de la mobilité des personnes et leur confinement. Bien qu'il s'agisse d'une mesure essentielle pour faire face à la pandémie et qu'elle sauve des milliers de vies, il est également évident qu'elle peut produire des effets négatifs sur la population. Surtout si cela prend du temps et si des mesures ne sont pas mises en place pour réduire son impact.

Nous sommes une espèce sociale. L'interaction avec nos semblables est une partie fondamentale de notre vie : notre cerveau est conçu pour socialiser et souffre lorsque les relations sont réduites.

Ces réactions sont susceptibles d’entrainer un abus de médicaments, d’alcool ou de drogues. Tous ces effets pouvant être présents durant le confinement caractérisent le surplus de tension.

Avoir peu de relations affaibli la santé

L'isolement peut nous affecter à toutes les étapes de notre vie, mais il a certainement un impact plus important dans les premières étapes de notre existence. C'est parce que notre cerveau est particulièrement sensible pendant l'enfance et l'adolescence, car il ne fait que se former. Plus précisément dans certaines zones du cerveau, comme le cortex préfrontal – la partie la plus antérieure de notre cerveau –, des contacts se forment encore entre les neurones et les circuits cérébraux, qui régiront les aspects critiques de notre comportement, sont en train d'être perfectionnés.

Ainsi, toute expérience défavorable, et en particulier l'isolement, peut avoir un impact plus fort à ces âges. À tel point que cela peut interférer dans la construction de nos circuits cérébraux et produire des altérations qui persistent jusqu'à l'âge adulte.

L'isolement temporaire dont nous souffrons de la pandémie ne devrait pas représenter de graves difficultés pour les enfants s'ils sont à la maison avec leurs parents. De nos jours, l'affection et la relation sont très nécessaires au sein de nos foyers, mais aussi, plus que jamais par tous autres moyens pour éviter l'isolement et la solitude.

Le cerveau humain est fait pour fonctionner en équilibre entre plusieurs composantes. Ces éléments entretiennent la stabilité psychologique et le bon fonctionnement cérébral :

🎨 la créativité
🚘 les habitudes, la routine
🌳 l’environnement extérieur
🏃‍♀️ la dépense physique
🧘 le psychique


Conséquences du coronavirus pour notre cerveau



L’une des façons dont le confinement affecte notre cerveau est l’épuisement mental. Presque sans nous en rendre compte, nous commençons à générer une pensée après l’autre jusqu’à créer une boule mentale dans laquelle nous sommes piégés. Cet effet est également une conséquence directe de la peur et de l’incertitude.

Nous nous préoccupons de beaucoup de choses et, évidemment, s’inquiéter dans un contexte comme celui que nous connaissons est compréhensible. Si nous laissons cette surcharge mentale s’accroître chaque jour, le démon de l’anxiété viendra.

Manque d'orientation

Après plusieurs jours de confinement, la personne peut avoir du mal à identifier de quel jour il s'agit. En effet, il y a une perte de repères. Autrement dit, les routines sont allongées et ne varient pas.

Incertitude

La crise provoquée par le nouveau coronavirus a plongé le monde dans l'incertitude. Notre cerveau s'entend mal avec l'incertitude lorsqu'il a l'impression que notre capacité à planifier est détournée. Les personnes en quarantaine et en raison du nombre de personnes infectées, ont un sentiment d'alerte car elles pensent que quelque chose va se passer. Tout est incertain.

Insomnie

L'anxiété est l'une des principales causes d'insomnie. Pour l'éviter, il est recommandé de garder des sentiments calmes et positifs. De plus, évitez de vous exposer au bombardement informatif, surtout s'il ne provient pas de sources officielles, pour éviter les inquiétudes.

L'anxiété

Une étude réalisée en 2016 par des neuro-scientifiques de l'University College of London mentionne certains aspects de l'anxiété :

* Face à l'incertitude et ne sachant pas ce qui se passera demain, le cerveau fonctionne en nourrissant la peur.
* Cela nous fera concentrer notre attention sur les idées négatives et irrationnelles.
* Cette approche doit être contrôlée en se concentrant sur le moment présent. N’anticipez pas.

Surcharge mentale

Cet effet est également une conséquence directe de la peur et de l'incertitude. Un facteur clé à l'esprit léger est de ne pas laisser les états les plus négatifs nous faire tomber dans un état d'impuissance. Chaque situation doit être analysée calmement pour éviter d'augmenter chaque jour la surcharge mentale.

Des hauts et des bas émotionnels

Les hauts et les bas émotionnels sont parfaitement normaux dans ces circonstances. Passer de l’effusion à la paresse, de la motivation au découragement et de l’illusion à la peur est une chose que nous vivons tous. Nous devons accepter ces expériences émotionnelles comme une partie supplémentaire de notre mécanisme de survie.

Sentiment d’irréalité : pendant le confinement, notre ancienne vie semble de plus en plus lointaine

C’est un autre phénomène curieux sur la façon dont le confinement affecte notre cerveau. C’est en fait très similaire à ce que vivent les personnes qui ont été dans des salles de privation sensorielle. Soudain, notre ancienne vie semble lointaine et presque irréelle. Ce que nous sommes ou étions avant semble s’estomper.

C’est un effet provoqué par le cerveau. Cet organe nous donne l’impression que cela fait des mois que nous n’avons pas été dans la rue normalement. Face à cela, nous pouvons mettre en place la réaction suivante :

* Restons actifs dans les tâches qui se rapportent à notre travail.

* Occupons-nous de l’interaction avec nos proches. Chaque fois que nous passons un appel téléphonique ou un appel vidéo, essayons de nous souvenir des bons moments que nous avons passés avec ces amis ou cette famille.

* Fixons des objectifs pour le futur proche. Convainquons nos cerveaux que cela va arriver et que nous avons des objectifs et des rêves à réaliser.


Trouble de stress post-traumatique et quels impacts peut-il entraîner ?

Ce trouble est le résultat d’une série de conséquences neuro-psychologiques qui se déclarent chez une personne ayant vécu un événement traumatique. Cet événement traumatique a imposé à cette personne un stress important, en vivant une situation qui l’a mise, elle ou ses proches, en danger.

Ce trouble résulte en une panne de la pensée qui ne permet pas de contrôler un stress extrême. Au niveau du cerveau, cela déclenche des mécanismes de sauvegarde neurologique qui, pour éteindre le stress, font disjoncter nos circuits émotionnels. On peut observer dans les traumatismes les plus graves, des atteintes neurologiques avec des pertes neuronales qui peuvent entraîner la disparition de 30% du volume de certaines structures du cerveau qui sont indispensables. Ainsi, certains éprouvent une perte de la concentration ou encore, des troubles de la mémoire. Mais tout cela se soigne : il y a une capacité de réparation neurologique incroyable.

On l’identifie un mois après l’événement traumatique. Dans un premier temps, l'événement en question fait apparaître une détresse psychologique importante mais qui ne va pas se transformer en un syndrome de stress post-traumatique. Ainsi, si on peut observer un état de stress aigu au bout de 10 jours, on ne peut parler d’un état de stress post-traumatique constitué qu’au-delà de trente jours. Ce trouble peut ensuite s’installer dans la durée.

Le cortisol, hormone du stress chronique

L’isolement social engendre des comportements de défense avec une attention pour les stimuli sociaux négatifs qui peut s’exprimer par exemple par de l’anxiété ou de l’agressivité.

Le cortisol agit sur les régions du corps – dont des régions cérébrales – qui possèdent des récepteurs au cortisol et qui permettent à ces régions de répondre au cortisol.

Les régions cérébrales impliquées dans le stress chronique en réponse à cet isolement sont notamment l’hippocampe – associé à la mémoire et l’apprentissage –, le cortex cérébral préfrontal – impliqué dans les processus cognitifs complexes, les interactions sociales – et l’amygdale – impliquée dans les émotions –. L’activité de ces régions et leur structure peuvent être altérées en cas de stress chronique, qui fait intervenir le cortisol. Nous ne sommes pas tous égaux face au stress chronique et cette réponse est beaucoup plus générale que dans le contexte d’isolement social.

Quelles sont les personnes les plus vulnérables au trouble de stress post-traumatique ?

Il y a d’abord les femmes. Et ce, parce qu’elles subissent plus de violences et en particulier, des violences sexuelles ou conjugales. Elles sont trois fois plus à risque de développer des troubles psycho-traumatiques. De plus, elles sont bien plus en situation de soins : elles doivent s’occuper de beaucoup de monde. Une femme en situation de confinement avec des enfants subit une grande charge mentale, elle est donc plus exposée. Il y a aussi les personnes handicapées, les autistes qui développent beaucoup plus de stress post-traumatique que les autres.

Comment parer cet état de stress extrême ?

Il faut veiller à être entouré, parler, maintenir une forme de solidarité. Cela permet de se projeter dans un monde qui pourra toujours s’améliorer. Et puis, veiller à lire des informations justes, comprendre qu’il est normal d’être anxieux et connaître les troubles psycho-traumatiques qui peuvent se développer. Plus les gens comprennent, plus cela permet de lutter contre le stress.

L’expérience des spationautes montre que prendre conscience de sa situation, se donner des objectifs, et exprimer ses sentiments en période d’isolation sociale permet de mieux contrôler le stress chronique associé, et ainsi ses conséquences sur l’activité cérébrale.


Stress et confinement : quel impact sur les enfants ?

Bien qu’ils ne comprennent pas grand-chose aux enjeux de cette épidémie, les jeunes enfants y sont tout de même pleinement exposés. Le stress inclut les enfants, notamment lorsqu’ils vont voir que leur figure de stabilité – le plus souvent les parents – est mise à mal. L’attitude des parents peut en effet ne pas être sécurisante.

Vos émotions sont aussi contagieuses que le COVID-19. Nos états émotionnels sont d’autant plus déstabilisants si on ne prend pas temps de mettre des mots dessus, ou si on s’efforce de ne pas les montrer.

C’est en partie par l’action des neurones-miroir que l’on doit cette forme de “contagion émotionnelle” entre les êtres humains, adultes et enfants.

Enfants et confinement : comment cela les affectera

Le confinement prolongé causé par l'état d'alarme et l'interruption des cours ont fait des enfants de moins de dix ans la première génération d'enfants confrontés à une situation similaire. Les plus jeunes, authentiques éponges émotionnelles, ne sont pas non plus étrangers à la situation difficile que vivent les familles.

Les experts s'inquiètent de ce que la première génération d'enfants subisse un confinement similaire. Il n'y a pas d'études sur le confinement d'un pays entier pendant tant de jours, mais on sait que l'isolement peut avoir des effets sur la santé émotionnelle et le développement cognitif.


Il est prouvé que les plus touchés par l'isolement sont les enfants, les adolescents et les plus jeunes. Ils ne peuvent pas rester à la maison et s’occuper du temps, inventer des moments qui remplacent ceux qui ont l'habitude de vivre dans la rue, à l'école et au lycée.

Les causes de cette incidence plus élevée d'isolement chez les enfants sont dues au fait que le cerveau est encore en phase de formation. Il existe des zones dans lesquelles des connexions neuronales sont encore en cours de formation et certains circuits sont en cours d’épuration, de sorte que dans un avenir proche, ils réalisent leurs actions.

Comme le cerveau est en phase de formation, les impacts de toute nature sont plus intenses. L'isolement social a une incidence notable à cet égard. Le cerveau n'est pas prêt à souffrir d'un état dans lequel il n'y a pas de relations avec des amis et des connaissances.

Les conséquences psychologiques peuvent être variées et se produire à court ou moyen terme. Il peut se trouver des troubles émotionnels tels que la colère, l'irritabilité, la tristesse ou l'anxiété et des comportements oppositionnels ou difficiles. Il y aura également des cas de troubles du sommeil ou de plaintes somatiques, entre autres. Cependant, les experts conviennent d'éviter l'alarmisme, car tous les enfants ne subiront pas d'altérations dues au confinement et, en fait, la plupart ne devraient pas en souffrir. Les enfants, en général, ont une bonne adaptabilité, qui peut être encore plus élevée que celle des adultes.

Garder toujours à l'esprit que même s'il y aura des enfants qui se sont apparemment adaptés à la situation, ce sont toujours des éponges émotionnelles. Certains peuvent développer des symptômes tels que des troubles du sommeil ou de l'humeur.

Les adultes sont leurs références et nous devons leur proposer un langage affectif et une communication adéquate pour mieux gérer tout cela. Les enfants sont désormais plus conscients de la fragilité du monde. Il est essentiel de les informer de ce qui s'est passé brièvement, affectivement et adapté à leur âge.

Ils doivent comprendre pourquoi ils ne vont pas à l'école, pourquoi ils ne sont pas descendus au parc, ou pourquoi beaucoup de leurs parents continuent sans aller au travail. Nous devons leur expliquer que dans cette situation, nous avons tous eu un moment difficile et que nous avons tous eu peur, mais nous avons fait de notre mieux. Il est essentiel de leur dire ce que nous avons ressenti pour essayer de rendre la situation le moins traumatisante possible. Si nous nous en sortons bien, ils seront beaucoup moins susceptibles de développer des problèmes à moyen ou long terme.

*
*    *

Recherche

L'impact psychologique de la quarantaine et comment la réduire : Révision rapide des preuves


D’après une méta-analyse réalisée par des scientifiques du King’s College de Londres, parue dans la revue scientifique The Lancet en mars 2020, le confinement est un facteur d'anxiété qui peut, à terme, avoir de lourdes conséquences sur notre santé mentale.

Les scientifiques ont effectué une révision de l'impact psychologique de la quarantaine à l'aide de trois bases de données électroniques. Sur 3166 articles trouvés, 24 sont inclus dans cette revue. La plupart des études examinées ont signalé des effets psychologiques négatifs, notamment des symptômes de stress post-traumatique, de la confusion et de la colère. Les facteurs de stress comprenaient une durée de quarantaine plus longue, des craintes d'infection, de la frustration, de l'ennui, des fournitures inadéquates, des informations inadéquates, des pertes financières et la stigmatisation. Certains chercheurs ont suggéré des effets durables. Dans les situations où la mise en quarantaine est jugée nécessaire, les fonctionnaires devraient mettre les personnes en quarantaine pour une durée n'excédant pas celle requise, fournir une justification claire de la mise en quarantaine et des informations sur les protocoles, et s'assurer que des fournitures suffisantes sont fournies. Les appels à l'altruisme en rappelant au public les avantages de la quarantaine pour la société en général peuvent être favorables.

La quarantaine est la séparation et la restriction des mouvements des personnes qui ont été potentiellement exposées à une maladie contagieuse pour vérifier si elles ne se sentent pas bien, réduisant ainsi le risque qu'elles infectent les autres.

Cette définition diffère de l'isolement, qui est la séparation des personnes chez qui une maladie contagieuse a été diagnostiquée des personnes qui ne sont pas malades ; cependant, les deux termes sont souvent utilisés de manière interchangeable, en particulier dans la communication avec le public.

Le mot quarantaine a été utilisé pour la première fois à Venise, en Italie, en 1127 en ce qui concerne la lèpre et a été largement utilisé en réponse à la peste noire, bien que ce ne soit que 300 ans plus tard que le Royaume-Uni a correctement commencé à imposer la quarantaine en réponse à la peste.

Plus récemment, la quarantaine a été utilisée dans l'épidémie de la maladie à coronavirus 2019 (COVID-19). Cette épidémie a vu des villes entières de Chine effectivement placées en quarantaine de masse, tandis que plusieurs milliers de ressortissants étrangers rentrant de Chine ont été invités à s'isoler eux-mêmes chez eux ou dans des installations gérées par l'État.

Il existe des précédents pour de telles mesures. Des quarantaines à l'échelle de la ville ont également été imposées dans des régions de la Chine et du Canada lors de l'épidémie de SRAS de 2003 – syndrome respiratoire aigu sévère –, tandis que des villages entiers dans de nombreux pays d'Afrique de l'Ouest ont été mis en quarantaine lors de l'épidémie d'Ebola de 2014.

Pourquoi cet examen est-il nécessaire ?

La quarantaine est souvent une expérience désagréable pour ceux qui la subissent. La séparation d'avec des êtres chers, la perte de liberté, l'incertitude quant à l'état de la maladie et l'ennui peuvent, à l'occasion, créer des effets dramatiques.

L'utilisation réussie de la quarantaine comme mesure de santé publique nous oblige à réduire, dans la mesure du possible, les effets négatifs qui y sont associés. Compte tenu de l'évolution de la situation avec les coronavirus, les décideurs politiques ont un besoin urgent de synthèse des preuves pour produire des orientations à l'intention du public. Dans de telles circonstances, des examens rapides sont recommandés par l'OMS.

L'impact psychologique de la quarantaine

Cinq études ont comparé les résultats psychologiques des personnes mises en quarantaine à celles non mises en quarantaine. Toutes les autres études quantitatives n'ont enquêté que sur ceux qui avaient été mis en quarantaine et ont généralement signalé une prévalence élevée de symptômes de détresse et de troubles psychologiques. La mauvaise humeur et l'irritabilité se distinguent comme ayant une prévalence élevée.

Une seule étude a comparé les résultats psychologiques pendant la quarantaine avec les résultats ultérieurs et ont constaté que pendant la quarantaine, 7% présentaient des symptômes d'anxiété et 17% manifestaient des sentiments de colère, tandis que 4 à 6 mois après la quarantaine, ces symptômes étaient réduits à 3% (anxiété) et 6% (colère).

Deux études ont rendu compte des effets à plus long terme de la quarantaine. 3 ans après l'épidémie de SRAS, l'abus d'alcool ou les symptômes de dépendance étaient positivement associés à une mise en quarantaine chez les agents de santé.

Stresseurs pendant la quarantaine

Durée de la quarantaine. Trois études ont montré que des durées de mise en quarantaine plus longues étaient associées à une mauvaise santé mentale, en particulier aux symptômes de stress post-traumatique, comportements d'évitement et colère.

Peurs d'infection. Les participants à huit études ont fait part de leurs craintes quant à leur propre santé ou de celles d'infecter autrui et étaient plus susceptibles de craindre d'infecter les membres de la famille que ceux qui n'étaient pas mis en quarantaine. Ceux qui étaient concernés étaient généralement des femmes enceintes et des enfants en bas âge.

Frustration et ennui. Le confinement, la perte de la routine habituelle et la réduction des contacts sociaux et physiques avec les autres provoquaient souvent l'ennui, la frustration et un sentiment d'isolement du reste du monde, ce qui était pénible pour les participants. Cette frustration a été exacerbée par le fait de ne pas pouvoir participer aux activités quotidiennes habituelles, telles que les achats de produits de première nécessité ou participer à des activités de réseautage social par téléphone ou Internet.

Fournitures inadéquates. Le fait d'avoir des fournitures de base inadéquates (par exemple, de la nourriture, de l'eau, des vêtements ou un logement) pendant la quarantaine a été une source de frustration et a continué d'être associée à l'anxiété et à la colère 4 à 6 mois après la libération. L'impossibilité d'obtenir des soins médicaux réguliers et des ordonnances semblait également être un problème pour certains participants.

Informations inadéquates. De nombreux participants ont cité la mauvaise information des autorités de santé publique comme facteur de stress, signalant un manque de lignes directrices claires sur les mesures à prendre et une confusion quant à l'objectif de la quarantaine. Le manque de clarté sur les différents niveaux de risque, en particulier, a conduit les participants à craindre le pire.

Stresseurs post-quarantaine

Finances. La perte financière peut être un problème pendant la mise en quarantaine, avec des personnes incapables de travailler et devant interrompre leurs activités professionnelles sans planification préalable ; les effets semblent durables. Dans les études examinées, la perte financière résultant de la mise en quarantaine a créé de graves difficultés socioéconomiques et s'est avéré être un facteur de risque de symptômes de troubles psychologiques et à la fois la colère et l'anxiété plusieurs mois après la quarantaine.

Les personnes mises en quarantaine et dont le revenu du ménage est inférieur peuvent nécessiter des niveaux de soutien supplémentaires, ainsi que celles qui perdent leurs revenus en quarantaine (c'est-à-dire les travailleurs indépendants qui ne peuvent pas travailler ou le personnel salarié qui ne peut pas prendre de congé payé). Des remboursements financiers devraient être accordés dans la mesure du possible et des programmes élaborés pour fournir un soutien financier tout au long de la période de quarantaine. Le cas échéant, les employeurs pourraient également souhaiter envisager des approches proactives qui permettent aux employés de travailler à domicile s'ils le souhaitent, à la fois pour éviter les pertes financières et pour éviter l'ennui.

Stigmate. Les participants mis en quarantaine étaient beaucoup plus susceptibles de signaler la stigmatisation et le rejet de la part de personnes de leur quartier, ce qui suggère qu'il existe une stigmatisation entourant spécifiquement les personnes mises en quarantaine. Les participants à plusieurs études ont rapporté que d'autres les traitaient différemment : les éviter, retirer les invitations sociales, les traiter avec peur et suspicion et faire des commentaires critiques.

Une éducation générale sur la maladie et la justification des informations de quarantaine et de santé publique fournies au grand public peuvent être bénéfiques pour réduire la stigmatisation, tandis que des informations plus détaillées ciblant les écoles et les lieux de travail pourraient également être utiles. Il se peut également que les reportages médiatiques contribuent à stigmatiser les attitudes du grand public ; les médias ont une influence puissante sur les attitudes du public et les manchettes dramatiques et la propagande par la peur se sont avérées contribuer à stigmatiser les attitudes par le passé (par exemple, pendant l'épidémie de SRAS).

Ce problème met en évidence la nécessité pour les responsables de la santé publique de fournir des messages clairs et rapides, délivrés efficacement à l'ensemble de la population affectée afin de promouvoir une compréhension précise de la situation.

Que peut-on faire pour atténuer les conséquences de la quarantaine ?



Cette révision suggère que la quarantaine est souvent associée à un effet psychologique négatif. Pendant la période de quarantaine, cet effet psychologique négatif n'est pas surprenant, mais la preuve qu'un effet psychologique de la quarantaine peut encore être détecté des mois ou des années plus tard – quoique d'après un petit nombre d'études – est plus troublant et suggère la nécessité de veiller à ce que des mesures d'atténuation efficaces soient mises en place dans le cadre du processus de planification de la quarantaine.

La littérature antérieure suggère que les antécédents psychiatriques sont associés à une détresse psychologique après avoir subi un traumatisme lié à une catastrophe et il est probable que les personnes ayant une mauvaise santé mentale préexistante auraient besoin d'un soutien supplémentaire pendant la quarantaine. Il semblait également y avoir une prévalence élevée de détresse psychologique chez les agents de santé mis en quarantaine. Pour les agents de santé, le soutien des managers est essentiel pour faciliter leur retour au travail et les gestionnaires doivent être conscients des risques potentiels pour leur personnel mis en quarantaine afin de se préparer à une intervention précoce.

Limiter la durée de la quarantaine aussi courte que possible

Une quarantaine plus longue est associée à de moins bons résultats psychologiques, ce qui n'est peut-être pas surprenant, car il va de soi que les facteurs de stress signalés par les participants pourraient avoir plus d'effet plus longtemps. Limiter la durée de la quarantaine à ce qui est scientifiquement raisonnable compte tenu de la durée connue des périodes d'incubation, et ne pas adopter une approche trop prudente à cet égard, minimiserait l'effet sur les personnes. Des éléments de preuve provenant d'ailleurs montrent également qu'il est important que les autorités respectent leur propre durée de quarantaine recommandée et ne la prolongent pas. Pour les personnes déjà en quarantaine, une extension, aussi petite soit-elle, risque d'exacerber tout sentiment de frustration ou de démoralisation.

Donner aux gens autant d'informations que possible

Les personnes mises en quarantaine craignaient souvent d'être infectées ou d'infecter d'autres personnes. Elles ont également souvent des évaluations catastrophiques de tout symptôme physique ressenti pendant la période de quarantaine. Cette peur est courante chez les personnes exposées à une maladie infectieuse inquiétante, et pourraient être exacerbés par les informations souvent inadéquates que les participants ont déclaré recevoir des responsables de la santé publique, les laissant flous sur la nature des risques auxquels ils étaient exposés et pourquoi ils étaient mis en quarantaine. Veiller à ce que les personnes placées en quarantaine comprennent bien la maladie en question et les raisons de la mise en quarantaine, devrait être une priorité.

Approvisionner des fournitures adéquates

Les fonctionnaires doivent également veiller à ce que les ménages mis en quarantaine disposent de suffisamment de fournitures pour leurs besoins essentiels et, surtout, ceux-ci doivent être fournis le plus rapidement possible. Idéalement, la coordination pour la fourniture de fournitures devrait se faire à l'avance, avec des plans de conservation et de réaffectation établis pour garantir que les ressources ne s'épuisent pas, ce qui a malheureusement été signalé.

Réduire l'ennui et améliorer la communication

L'ennui et l'isolement causeront de la détresse. Les personnes mises en quarantaine doivent être informées de ce qu'elles peuvent faire pour éviter l'ennui et recevoir des conseils pratiques sur les techniques d'adaptation et de gestion du stress. Avoir un téléphone portable en état de marche est désormais une nécessité et non un luxe, et ceux qui quittent un long vol pour entrer en quarantaine accueilleront probablement plus que tout autre chose un chargeur ou un adaptateur.

L'activation de leur réseau social, même à distance, n'est pas seulement une priorité clé, mais une incapacité à le faire est associée non seulement à une anxiété immédiate, mais à une détresse à plus long terme. Une étude a suggéré que la mise en place d'une ligne d'assistance téléphonique, composée d'infirmières psychiatriques, spécialement pour les personnes en quarantaine pourrait être efficace pour leur fournir un réseau social. La capacité de communiquer avec sa famille et ses amis est également essentielle. En particulier, les médias sociaux pourraient jouer un rôle important dans la communication avec les personnes éloignées, permettant aux personnes mises en quarantaine de tenir leurs proches au courant de leur situation et de les rassurer qu'elles vont bien. Par conséquent, fournir à ceux qui sont mis en quarantaine des téléphones mobiles, des cordons et des prises pour les appareils de charge et des réseaux Wi Fi robustes avec accès Internet pour leur permettre de communiquer directement avec leurs proches pourrait réduire les sentiments d'isolement, de stress et de panique.

Il est également important que les responsables de la santé publique maintiennent des lignes de communication claires avec les personnes en quarantaine sur ce qu'il faut faire en cas de symptômes. Une ligne téléphonique ou un service en ligne spécialement mis en place pour les personnes en quarantaine et dotés d'agents de santé qui peuvent fournir des instructions sur ce qu'il faut faire en cas de symptômes de maladie, aideraient à rassurer les gens sur le fait qu'ils seront soignés s'ils tombent malades.  Ce service montrerait à ceux qui sont mis en quarantaine qu'ils n'ont pas été oubliés et que leurs besoins en matière de santé sont tout aussi importants que ceux du grand public. Les avantages d'une telle ressource n'ont pas été étudiés, mais il est probable que le réconfort pourrait par la suite diminuer les sentiments tels que la peur, l'inquiétude et la colère.

Les travailleurs de la santé méritent une attention particulière

Les agents de santé eux-mêmes sont souvent mis en quarantaine et cette révision suggère qu'ils, comme le grand public, sont affectés négativement par les attitudes stigmatisantes des autres. Aucune des études incluses dans cette révision ne portait sur les perceptions de leurs collègues, mais ce serait un aspect intéressant à explorer. Il est également possible que les agents de santé mis en quarantaine craignent que leur lieu de travail soit en sous-effectif et occasionne du travail supplémentaire à leurs collègues et que les perceptions de leurs collègues pourraient être particulièrement importantes. Lors d'épidémies de maladies infectieuses, le soutien organisationnel s'est révélé protéger la santé mentale du personnel de santé en général et les gestionnaires devraient prendre des mesures pour s'assurer que les membres de leur personnel soutiennent leurs collègues mis en quarantaine.

L'altruisme vaut mieux que la contrainte

Le sentiment que d'autres bénéficieront de sa situation peut rendre les situations stressantes plus faciles à supporter et il semble probable que cela soit également vrai pour la quarantaine à domicile. Renforcer le fait que la mise en quarantaine contribue à assurer la sécurité des autres, y compris ceux particulièrement vulnérables – tels que ceux qui sont très jeunes, âgés ou présentant des conditions médicales graves préexistantes –, et que les autorités sanitaires leur sont vraiment reconnaissantes, ne peut que contribuer à réduire l'effet sur la santé mentale et l'observance chez les personnes mises en quarantaine.


Ce que nous ne savons pas



La quarantaine est l'une des nombreuses mesures de santé publique visant à prévenir la propagation d'une maladie infectieuse et, comme le montre cette révision, a un impact psychologique considérable pour les personnes touchées. En tant que tel, la question se pose de savoir si d'autres mesures de santé publique qui empêchent la nécessité d'imposer la quarantaine – telles que la distanciation sociale, l'annulation des rassemblements de masse et les fermetures d'écoles – pourraient être plus favorables. Des recherches futures sont nécessaires pour établir l'efficacité de ces mesures.

Les forces et les limites de cette Révision doivent être prises en considération

En raison des contraintes de temps de cette révision, étant donné l'épidémie de coronavirus en cours, la littérature examinée n'a pas fait l'objet d'une évaluation formelle de la qualité. De plus, la révision se limitait aux publications évaluées par des pairs et nous n'avons pas exploré la littérature grise potentiellement pertinente. Les recommandations que nous avons faites s'appliquent principalement à de petits groupes de personnes dans des établissements dédiés et dans une certaine mesure à l'auto-isolement. Bien que nous prévoyions que bon nombre des facteurs de risque de mauvais résultats psychosociaux seraient les mêmes pour des processus de confinement plus importants (tels que des bourgades ou des villes entières), il y aura probablement des différences distinctes dans de telles situations, ce qui signifie que les informations présentées dans cette révision devraient être appliquées à de telles situations avec prudence. En outre, les différences culturelles potentielles doivent être prises en compte. Bien que cette révision ne puisse pas prédire exactement ce qui se passera ou fournir des recommandations qui fonctionneront pour chaque population future mise en quarantaine, nous avons fourni un aperçu des principaux problèmes et comment ils pourraient être corrigés à l'avenir.

Les points forts de cette révision incluent la recherche manuelle de listes de références pour identifier les articles non trouvés lors de la recherche initiale, la prise de contact avec les auteurs qui ont envoyé des textes intégraux d'articles qui n'étaient pas entièrement disponibles en ligne, et le fait que plusieurs chercheurs effectuent l’évaluation pour améliorer la rigueur de la révision.

Conclusion


Dans l'ensemble, cette révision suggère que l'impact psychologique de la quarantaine est vaste, substantiel et peut durer longtemps. Cela ne signifie pas que la quarantaine ne doit pas être utilisée ; les effets psychologiques de la non mise en quarantaine et de la propagation de la maladie pourraient être pires.

Cependant, priver les gens de leur liberté pour le bien public au sens large est souvent litigieux et doit être traité avec soin. Si la quarantaine est essentielle, nos résultats suggèrent que les autorités devraient prendre toutes les mesures pour garantir que cette expérience soit aussi tolérable que possible pour les personnes. Cela peut être réalisé en disant aux gens ce qui se passe et pourquoi, en expliquant combien de temps cela va continuer, en leur fournissant des activités significatives à faire pendant la mise en quarantaine, en fournissant une communication claire, en assurant des fournitures de base – comme de la nourriture, de l'eau et des fournitures médicales – sont disponibles et renforcent le sentiment d'altruisme que les gens devraient, à juste titre, ressentir. Les responsables de la santé chargés de mettre en œuvre la quarantaine, qui, par définition, ont un emploi et généralement une sécurité d'emploi raisonnable, doivent également se rappeler que tout le monde n'est pas dans la même situation. Si l'expérience de la quarantaine est négative, les résultats de cette Révision suggèrent qu'il peut y avoir des conséquences à long terme qui affectent non seulement les personnes mises en quarantaine mais aussi le système de santé qui a administré la quarantaine et les politiciens et les responsables de la santé publique qui l'ont mandatée.


Le besoin de se connecter : l'isolement social aigu provoque des réponses d’anxiété neuronale similaires à la faim

Selon une étude réalisée par des neuro-scientifiques du Massachusetts Institute of Technology (pré impression en mars 2020), la solitude active les mêmes mécanismes cérébraux que le manque de nourriture. L'étude n'a pas encore été publiée dans une revue scientifique.

Les chercheuses ont découvert que l'isolement social aigu provoque des signaux de désir neuronal dans le cerveau similaires à la faim aiguë. Cela suggère que la représentation neuronale de la solitude et de la faim est, au moins en partie, similaire.

Elles ont soumis un groupe d'une quarantaine de personnes à des privations alimentaires et sociales, à différents jours, pour observer la réaction de leur cerveau. Après tant d'heures sans relation avec personne, physiquement ou virtuellement, on leur a montré des images de leurs activités sociales préférées. Et à une autre occasion différente, on leur a montré des images de nourriture après une journée de jeûne. Et elles ont comparé l'activité cérébrale de ces deux séances, ainsi qu'une activité de contrôle dans laquelle les participants n'ont été privés de rien.

Après l'isolement, les gens se sentaient seuls et aspiraient à l'interaction sociale. Les régions du mésencéphale ont montré une plus grande activation des signaux alimentaires après le jeûne et des signaux sociaux après l'isolement ; ces réponses étaient corrélées avec le désir auto déclaré.

À l'heure actuelle, où des millions de personnes sont forcées de vivre dans un isolement physique complet, les sentiments de solitude et le désir de contact social entre les personnes augmentent. La situation actuelle souligne la nécessité d'une meilleure compréhension des besoins sociaux humains et des mécanismes neuronaux qui sous-tendent la motivation sociale.

Mais il existe des différences fondamentales entre ce que les sujets de cette expérience ont vécu et ce que des millions de personnes souffrent. Les scientifiques expliquent qu'une journée d'isolement n'est pas si longue pour un humain, et pour des raisons éthiques, elles ont dû dire aux participants combien de temps l'isolement durerait lorsqu'ils accepteraient l'étude. De plus, dans l'expérience, les sujets ne pouvaient se rapporter à personne ni par des moyens virtuels, tandis que ceux confinés par le coronavirus le faisaient de façon permanente. Les avancées technologiques offrent de nouvelles opportunités pour être virtuellement connecté aux autres, malgré les séparations physiques. Mais on ne sait pas dans quelle mesure ces interactions sociales virtuelles répondent aux besoins sociaux.

Leurs résultats sont en accord avec l'idée intuitive que les interactions sociales positives sont un besoin humain fondamental, et la solitude aiguë est un état indésirable qui pousse les gens à résoudre ce manque, semblable à la faim.

Beaucoup pensaient que l'abus des technologies de notre société allait supposer que nous perdions cette communication, mais il a été révélé, ces jours-ci, comme un besoin fondamental similaire à la nourriture ou un abri.


Le corona virus semble aussi affecter le cerveau

Selon des chercheurs de l'Institut national de la recherche scientifique (INRS), le Covid-19 aurait un effet sur le cerveau. Ils ont découvert que ces virus pourraient se propager dans le système nerveux central à travers le nerf olfactif.

Ils estiment preuve à l'appui que c'est en réalité toute la famille des coronavirus humains, susceptibles d’être à l’origine d’un large éventail de maladies allant d’un rhume à une infection pulmonaire sévère, ainsi que d’autres virus respiratoires qui pourraient atteindre le cerveau. La perte d’odorat pourrait bien provenir d’une infection des neurones olfactifs. Le pouvoir neuro-invasif et neuro-pathogène des coronavirus humains suggère qu’ils rejoignent le centre de l’odorat situé dans le cerveau en empruntant principalement le nerf olfactif comme véhicule.

Le cerveau est bien protégé contre les infections virales grâce à des barrières. Les neurones peuvent aussi signaler la présence d’un virus pour que les autres cellules du cerveau et les cellules du système immunitaire viennent les aider à combattre. La question de savoir si le virus peut atteindre le cerveau se pose en revanche en ce qui concerne les personnes dont le système immunitaire est affaibli – personnes âgées, jeunes enfants, personnes greffées prenant des médicaments anti-rejet...) –. Cette situation pourrait engendrer une inflammation aiguë du cerveau résultant d'une infection virale (encéphalite) et entraîner de graves dommages sur le long terme.

Les médecins de New York traitant des patients atteints de Covid-19 observent de plus en plus qu’avec la fièvre, la toux et l’essoufflement, un autre symptôme apparaissait : certains éprouvent de la confusion, au point de ne pas savoir où ils sont, ni quelle est l’année actuelle.

Des études commencent à décrire le phénomène. Dans la revue de l’Association de médecine américaine (Jama) (avril 2020), des médecins ont rapporté que 36% de 214 patients chinois avaient des symptômes neurologiques, allant de la perte d’odorat à des douleurs nerveuses, et jusqu’à des crises convulsives et des accidents vasculaire cérébraux (AVC).

Dans le New England Journal of Medicine, des médecins français à Strasbourg ont décrit que plus de la moitié de 58 patients en réanimation étaient confus ou agités. Des scanners des cerveaux ont révélé de possibles inflammations.

On ignore si ces troubles sont durables. Le passage en réanimation est, en soi, créateur de confusion, en particulier à cause des médicaments.


Des scientifiques estiment que le confinement créera dans notre mémoire des “souvenirs flash” pour la vie


Une recherche de l'Université de Grenade (Mind, Brain and Behavior Research Center) menée par trois scientifiques en mars 2020, estime que, pendant la quarantaine, nos esprits vont construire des “mémoires flash”, des souvenirs nets de détails insignifiants que nous accompagnera toute la vie.

Il semble évident d'affirmer que nous nous souviendrons du confinement provoqué par l'expansion du coronavirus à vie. Mais le mécanisme par lequel notre cerveau sélectionne exactement ce dont nous nous souviendrons n'est pas tellement clair.

Nous nous souviendrons de nombreux détails insignifiants en principe

La nature de cet événement que nous devons vivre provoque des réactions inattendues dans notre corps. Les preuves scientifiques montrent que de nouvelles situations produisent une augmentation de la dopamine – un neurotransmetteur – dans l'hippocampe du cerveau, et si ces situations sont également associées au stress social, il y a également un changement dans les connexions entre l'hippocampe et d'autres zones du cerveau, telles que l'amygdale, le thalamus ou l'insula.

L'hippocampe est la zone du cerveau qui est impliquée dans la fixation de nos souvenirs, et cette augmentation de la dopamine ou de la force des connexions avec d'autres zones rend nos souvenirs plus persistants et émotionnels. Ces souvenirs d'événements uniques qui génèrent également du stress ont souvent un contenu émotionnel très élevé, en particulier lorsqu'ils affectent notre vie personnelle et celle de ceux qui nous entourent.

Notre cerveau "repoussera" les souvenirs désagréables

Le cerveau est adaptatif. Grâce à cela, les souvenirs de ce confinement deviendront plus positifs avec le temps. Selon l'étude, ce seront les personnes âgées, celles qui souffrent le plus des effets de la pandémie, sont celles qui ont tendance à se souvenir des événements passés de manière plus positive et à inclure des détails plus positifs que négatifs. Au fil du temps, le souvenir de cette période donnera plus d'importance au rire, aux messages d'encouragement, aux anecdotes sur les balcons, etc.

Il est prouvé que, au moins en partie, les souvenirs positifs contribuent à notre bien-être, c'est pourquoi nous les partageons plus fréquemment avec d'autres personnes et cela a des conséquences au niveau du cerveau. Le cortex préfrontal de notre cerveau s'activera pour bloquer les souvenirs dont nous ne voulons pas et faciliter la récupération des détails dont nous voulons nous souvenir.


L’abus du mobile, le manque de routines et les informations négatives excessives affectent le sommeil pendant le confinement

Selon des neuro-scientifiques de l'Université ouverte de Catalogne (UOC) (avril 2020), plus d'heures de mobile, le manque de routines, un excès d'informations négatives et plus d'anxiété sont certains des effets du confinement et tout cela nuit à la qualité du sommeil et au nombre d'heures de sommeil.

Le confinement a changé les routines, et de nombreux signaux externes utilisés par le cerveau pour réguler les rythmes corporels manquent. Cela provoque des difficultés d'endormissement, davantage d'éveils ou une qualité de sommeil inadéquate. Mais il y a beaucoup de choses qui peuvent être faites, comme établir des routines quotidiennes, réduire l'utilisation des téléphones portables, faire du sport et une alimentation équilibrée.

Il y a des gens qui, bien que n'étant pas en première ligne de la lutte contre le coronavirus, perçoivent la situation générée par l'incertitude et le manque de contrôle, ce qui génère une anxiété pendant la nuit, ce qui rend difficile l'endormissement, ce qui il y a plus d'éveils ou que la qualité du sommeil ne soit pas adéquate.

De plus, l'utilisation accrue d'écrans et surtout un abus de tablettes et de téléphones portables peuvent affecter le sommeil. Ces appareils émettent une lumière bleue d'une certaine fréquence qui active une région très importante du cerveau pour réguler les rythmes biologiques et circadiens de la personne. Cette région devrait être active pendant la journée et réduire l'activation la nuit pour permettre la mise en route aux schémas physiologiques pour s'endormir.

Les citoyens veulent être informés à tout moment et cela a également des conséquences. D'une part, face au bombardement de l'information, les citoyens ont tendance à se concentrer sur le côté négatif, sur les personnes affectées et les morts, et d'autre part, cet accès est d'usage pour donner plus de volume en fin de journée, lorsque le corps devrait se préparer à s'endormir. Ces informations sont souvent incorporées pendant le sommeil, par exemple par le biais de rêves, ce qui augmente les chances de se réveiller pendant la nuit ou de tarder à s'endormir.

Tous ces aspects peuvent affecter l'ensemble de la population, bien que les groupes les plus vulnérables qui souffrent de troubles du sommeil ou qu’ils puissent s'aggraver le plus soient les personnes âgées et les enfants.

Mettre le réveil, prendre une douche, s'habiller et faire du sport

Pour faire face à toutes ces difficultés qui peuvent survenir lors du confinement pour bien dormir, il est nécessaire de suivre certaines habitudes. Tout d'abord, vous devez établir une routine, comme vous le faites lorsque vous travaillez ou étudiez. Mettez le réveil pour garder un horaire le matin et allez dormir tous les jours à la même heure, gardez également du temps pour les repas et le travail si vous faites du télétravail. Il est très important de faire du sport car il aide le cerveau dans tous les processus de régulation des rythmes des cycles de sommeil. En ce qui concerne la nourriture, vous devez éviter la caféine ou les boissons stimulantes à la fin de la journée car cela peut également avoir des effets négatifs sur le sommeil.

*    *
*

Cerveau et confinement Quels sont les avantages perdus en ne faisant pas d'exercice ?


Faire de l'exercice physique améliore le sommeil et le bien-être cognitif, psychique et mental. De même, il fournit généralement des récompenses neuro-biologiques pendant et après la performance. Ce phénomène comprend des effets centraux – amélioration de l'affect, sédation et bien-être – et des effets périphériques – diminution de la douleur –.

De plus, la pratique régulière de l'exercice physique fournit des réponses positives telles qu'une capacité fonctionnelle accrue, l'autonomie, l'humeur, l'estime de soi et l'auto-efficacité.

L'exercice est associé à une synthèse accrue et une libération de neurotransmetteurs et de facteurs neuro-trophiques, et ces augmentations peuvent être associées à la neuro-genèse, l'angiogenèse et la neuro-plasticité.

Il existe des preuves que l'exercice physique favorise les changements dans le cerveau humain en raison de l'augmentation du métabolisme, de l'oxygénation et du flux sanguin dans le cerveau.

L'exercice physique module les principaux neurotransmetteurs du SNC qui sont associés à l’état de vigilance d'un individu – la noradrénaline –, le système de plaisir et de récompense – la dopamine – et le niveau d'anxiété – la sérotonine –.

En outre, les personnes qui reçoivent un entraînement physique se sont révélées avoir des niveaux de cortisol inférieurs au repos et en réponse à un facteur de stress que les personnes sédentaires. Ces changements peuvent être associés à une amélioration de la réponse immunitaire.

Certaines conditions qui se présentent avec l'inactivité

* Diminution de l'activité cérébrale
* Baisse de vitalité, d'énergie ...
* Augmentation de la tension musculaire
* Augmentation de l'activité sympathique
* Augmentation des niveaux d'anxiété, de stress et de dépression
* Augmentation de l'état émotionnel négatif : confusion, colère, fatigue ...


Des circonstances particulières déterminent la réaction des personnes au cours de ce processus de confinement

Nous sommes tous confrontés à l'isolement d'une certaine manière. Cependant, notre cerveau peut subir des effets très particuliers dans le contexte actuel. Les connaître nous permettra d'appliquer une série de stratégies pour mieux prendre soin de notre santé mentale.

Selon de nombreuses circonstances, l'isolement peut nous affecter d'une manière ou d'une autre. Chacun de nous vit une situation particulière, dans un contexte unique et nous traversons des circonstances particulières. D'un autre côté, dans notre propre spécificité, nous sommes tous dans une situation qui impose des limites très fortes et extraordinaires, ce qui nous conditionne de manière importante.

Comment gérer le confinement et quels comportements, adopter ?

Maintenir les liens sociaux



Maintenez le lien avec vos proches (messages, appels, vidéos…). Cela réduit le sentiment de stress. Vous pouvez les appeler pour prendre de leurs nouvelles ou faire des visioconférences si cela vous est possible, surtout pour les personnes âgées ou les personnes seules. Applaudissez tous ensemble le personnel soignant en fin de journée.

Faire de l’exercice physique



L’exercice physique quotidien, quel qu’il soit, a un impact positif sur la santé en général. Il a une action anti-inflammatoire, améliore le rythme veille/sommeil et l’humeur. Pratiquez une activité physique tous les jours et arrêtez de préférence au moins 3h avant d’aller se coucher.

Programmer des activités plaisantes



Reprenez une activité plaisante que vous aviez mis de côté faute de temps… Portez assistance aux personnes âgées ou à vos voisins, rendez-vous utile, ces actions stimulent notre système de récompense et génèrent des sentiments positifs.

Prendre soin de son rythme veille/sommeil



Gardez un rythme veille/sommeil stable en respectant une heure de lever fixe. Permettez–vous une brève sieste de 20 minutes en début d’après-midi si besoin. Maintenez vos habitudes quotidiennes : continuez à vous laver, vous habiller, et vous apprêter chaque jour.

Adopter une pensée rationnelle



Il est normal de ressentir un état émotionnel désagréable d’anxiété, de tristesse, de colère ou d’impuissance, que l’on soit directement confronté au virus ou pas. Mais il est également normal de ressentir de la joie au cours de nos journées. Autorisez-vous à ressentir et à partager vos émotions avec vos proches.

Limiter l'exposition aux médias



La disponibilité de l’information en continu, n’aide pas à prendre de la distance. Il a été montré qu’une exposition médiatique excessive à un événement stressant augmente son impact délétère sur la santé mentale. Utilisez ponctuellement des sources médiatiques fiables et uniquement pour recueillir les informations nécessaires.

Pratiquer la relaxation



Coupez la journée par de brèves séances de relaxation ou de méditation. Vous pouvez utiliser différentes techniques comme : la relaxation de Schultz, la relaxation de Jacobson ou la méditation de pleine conscience.

Faire une activité calme le soir




Privilégiez une activité calme le soir (musique douce, lecture, relaxation…). Aménagez-vous un temps de transition entre les activités de la journée et celles de la soirée pour bien marquer le passage à un rythme différent. Écrivez une liste de choses à faire pour le lendemain de façon à éviter que les préoccupations n’envahissent vos pensées le soir au moment de vous endormir.

Instaurer un rituel du coucher



Instaurez un rituel avant d’aller se coucher conditionne à l’endormissement et envoie à notre cerveau un signal d’apaisement favorable à la détente. Le rituel du coucher est court et propre à chacun, il doit être choisi et personnalisé selon vos habitudes de vie (par exemple : se mettre en pyjama, se brosser les dents, prendre une tisane etc…).

Ne pas calculer le nombre d'heures de sommeil



Lâchez prise sur l’heure durant la nuit. Essayez de détourner votre attention de vos heures de sommeil, ne les calculez pas et ne vérifiez pas l’heure la nuit lorsque vous vous réveillez.


Fin du confinement




Pour la majorité des personnes, après le confinement, il y aura un moment de flottement puis chacun reprendra ses bases. On pourra alors se permettre de faire ce qu’on n’a pas pu faire pendant le confinement, mais sans excès. Il sera important aussi de continuer à être attentif les uns aux autres : ce n’est pas parce que le confinement s’arrête que les problèmes s’arrêtent. Il faudra faire des démarches, et accompagner ceux qui ont besoin. Car il faut être conscient qu’on ne connaît pas les conditions de la reprise d’activité et nous ne serons pas tous égaux face à elle.

En revanche, chez les personnes souffrant d'addiction, “l’après” risque d’être plus compliqué que le “pendant”. Il pourra y avoir de nouvelles addictions, aux produits ou aux écrans. Ces personnes auront certainement sur-consommé. Il y aura donc sans doute des rechutes, un travail de sevrage progressif à reprendre. Les personnes psychologiquement fragiles pourront être confrontées à une aggravation de leur dépression, un retour de psycho traumatisme, un renforcement de comportements névrotiques, etc. Enfin, celles et ceux qui par obligation ont moins consommé durant cette période risquent à l’inverse de faire des overdoses en sortie de confinement… Il sera difficile de se remettre dans le temps social après ces nombreuses semaines.





Ce que nous vivons actuellement est unique et exceptionnel. Il est difficile de prévoir comment chacun réagira, c’est évident, mais en moyenne, nous sommes tous confrontés à cette même situation. En nous résident des ressources exceptionnelles pour surmonter cette épreuve de la meilleure façon possible.