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dimanche 3 mai 2026

Que Perdons-nous en Déléguant la Lecture et l'Écriture à l'Intelligence Artificielle



Risque de compromettre notre aptitude à lire, à comprendre et
 à utiliser l'information écrite dans notre vie quotidienne


Lire est un acte millénaire et depuis des décennies, la lecture décline. L’essor de l'intelligence artificielle (IA), capable de résumer, analyser ou comparer à notre place, accélère la tendance. Lire ne sert pas seulement à compiler un flux de données, c’est un apprentissage intime qui éveille la conscience.

Depuis plusieurs décennies, le temps consacré à la lecture diminue. L'arrivée de l'intelligence artificielle, capable de “lire” et de synthétiser des livres ou des articles en quelques secondes, accentue cette tendance. Si ces outils séduisent par leur efficacité, ils soulèvent une question cruciale : que perdons-nous quand nous laissons la machine lire à notre place ?

Lorsque l’IA a commencé à se diffuser, on observait déjà, chez les enfants comme chez les adultes, un recul du temps consacré à la lecture par rapport aux décennies précédentes.

L'influence de l'IA transforme en profondeur notre rapport aux livres et aux différents types d'écrits, qu'ils soient prescrits dans un cadre scolaire, mobilisés pour la recherche ou choisis pour le plaisir de lire.

Bien avant que l'IA générative se répande, on constatait déjà un recul de la lecture de livres, aussi bien à des fins de loisir que d'apprentissage. C’est à craindre que l’IA ne précipite l’évolution, déjà en cours, de la place que les gens accordent à la lecture comme activité propre à l’humain.

Les chercheurs et les enseignants commencent seulement à s'intéresser de près à la capacité de l'IA à lire d'énormes ensembles de données, puis à produire des résumés, des analyses ou des comparaisons raisonnées d'ouvrages, d'essais et d'articles.

Aujourd'hui, un étudiant à qui l'on demande de lire un roman peut se contenter d'un résumé généré par l'IA, présentant l'intrigue et les principaux thèmes. Le terme “lecteur occasionnel” pourrait désormais s'appliquer à toute personne qui ne donne plus la priorité à la lecture, que ce soit par manque d'intérêt, parce qu'elle consacre plus de temps aux réseaux sociaux ou parce qu'elle laisse l'IA lire à sa place.

Résumer ou analyser des textes n'a rien de nouveau. CliffsNotes – petits guides états-uniens pour étudiants, proposant des fiches de lecture, des résumés de l'intrigue et des analyses des personnages et du style – existe depuis la fin des années 1950. Des siècles plus tôt, la Royal Society of London a commencé à produire des résumés d'articles scientifiques publiés dans son volumineux ouvrage, Philosophical Transactions. Au milieu du XXe siècle, les résumés sont devenus la norme dans les articles scientifiques.

Des possibilités inédites de contournement de la lecture

Internet a multiplié les moyens de contourner la lecture traditionnelle, par exemple :

Blinkist est une application qui propose principalement des résumés de livres de non-fiction d'environ quinze minutes – appelés des blinks – disponibles en format texte et audio.

BooksAI
est une plateforme qui utilise l'IA pour générer des résumés de livres et offrir des recommandations personnalisées. Parallèlement elle permet aux utilisateurs de discuter avec n'importe quel livre, simplement à partir de son titre et du nom de son auteur – aucune version numérique du livre n'est nécessaire. Nul besoin là encore, de lire vous-même les livres.

CliffsNotes s'avèrent d'une utilité limitée. Ils fournissent bien des résumés synthétiques, mais le travail effectif de la comparaison revient à l'étudiant.

Dans le monde de la recherche universitaire, des offres d'IA telles que SciSpace, Elicit et Consensus combinent la puissance des moteurs de recherche et des grands modèles linguistiques. Elles localisent les articles pertinents, puis les résument et les synthétisent, réduisant ainsi considérablement le temps nécessaire à la réalisation de bibliographies.

Grâce à de grands modèles de langage (LLM) ou à des outils spécialisés, tels que Google NotebookLM, l'IA se charge à la fois de la lecture et de la comparaison. Et elle génère même des questions intelligentes à poser en classe.

L'inconvénient tient au fait que l'on se prive d'un bénéfice fondamental de la lecture d'un roman initiatique : l'opportunité de développer sa réflexion personnelle en s'appropriant, par procuration, les épreuves vécues par le protagoniste.


La lecture chez les enfants et les jeunes en 2025

L'enquête “Annual Literacy Survey” est menée au Royaume-Uni par le National Literacy Trust. Cette enquête en ligne, qui recueille les observations des enfants et des jeunes âgés de 5 à 18 ans, permet d'obtenir une mesure nationale cohérente de l'alphabétisation et de suivre les tendances annuelles en lecture, écriture, expression orale et écoute dans le pays.

Le rapport s'est appuyé sur 114.970 réponses à l’enquête annuelle sur l'alphabétisation, menée auprès d'enfants et de jeunes âgés de 5 à 18 ans au début de l'année 2025.

Il présente des conclusions sur le plaisir de lire, la fréquence et la motivation, et analyse les réponses en fonction de l'âge, du sexe, du milieu socio-économique et de la région géographique.

Ces enquêtes montrent que la crise de la lecture persiste, le nombre d'enfants et de jeunes qui déclarent aimer lire et lire quotidiennement continue de diminuer.

Plaisir de lire

En 2025, le pourcentage d'enfants et de jeunes qui ont dit aimer lire était le plus bas depuis 20 ans.

* Seulement 1 enfant ou jeune sur 3 âgé de 8 à 18 ans a déclaré aimer lire pendant son temps libre en 2025. Cela représente une diminution de 36% du plaisir de lire depuis que cette question a commencé à être posée en 2005.

* La baisse du plaisir de lire au cours de l'année dernière a été particulièrement marquée chez les enfants du primaire et les garçons, en particulier ceux âgés de 11 à 16 ans.

Fréquence de lecture

* Moins d'un enfant sur cinq âgé de 8 à 18 ans a déclaré lire quotidiennement pendant son temps libre en 2025, ce qui représente à nouveau le niveau le plus bas enregistré, avec une baisse de près de 20 points de pourcentage depuis 2005.

* Même chez les enfants âgés de 5 à 8 ans, les taux de lecture quotidienne ont baissé de 3,4 points de pourcentage au cours de l'année dernière pour atteindre 44,5%, et ont baissé de 9,1 points de pourcentage depuis que les enquêteurs ont commencé à interroger ce groupe d'âge en 2019.

* Les filles continuent de lire quotidiennement à un rythme plus élevé que les garçons, l'écart entre les sexes s'élargissant à 6,2 points de pourcentage, le plus important observé depuis 2023. Les enfants qui ne bénéficient pas du programme FSMs (Free School Meals) sont plus nombreux à lire quotidiennement (19,4%) que ceux qui en bénéficient (15,8%).

Qu'est-ce qui motiverait les enfants et les jeunes à lire (de 8 à 18 ans) ?

Pour lutter contre le déclin du plaisir et de la fréquence de lecture, il est important de mettre en lumière les facteurs qui incitent ou dissuadent les enfants et les jeunes de lire, en particulier ceux qui disent ne pas aimer lire. En 2025 :

* 2 enfants et jeunes sur 5 étaient motivés à lire lorsque le contenu était lié à leur film ou série télévisée préféré ou correspondait à leurs centres d'intérêt ou loisirs.

* 3 sur 10 étaient attirés par une couverture ou un titre intéressant.

* 1 sur 4 appréciait la liberté de choisir ce qu'il lisait.

Les enfants et les jeunes qui déclarent avoir peu de plaisir à lire, bien que moins engagés, reconnaissent néanmoins la valeur éducative de la lecture ; près de la moitié d'entre eux ont déclaré que cela les aidait à apprendre de nouveaux mots ou de nouvelles choses.

Beaucoup ont également choisi de lire des paroles de chansons, des articles d'actualité, des romans, des bandes dessinées et des fan-fictions (histoires créées par des fans pour des fans) pendant leur temps libre, ce qui montre comment ce groupe pourrait être réintéressé à la lecture. Les résultats suggèrent que ce groupe tirerait profit d'une lecture en phase avec ses intérêts personnels et d'autres médias, que les enfants et les jeunes, reconnaissent déjà comme faisant partie de leur vie culturelle.

Il a été établi qu'il existe des corrélations entre la lecture et le développement cérébral chez les enfants, mais aussi le bonheur, la longévité et le ralentissement du déclin cognitif.

Les chercheurs et les enseignants commencent seulement à s’intéresser de près à la capacité de l’IA à lire d’énormes ensembles de données, puis à produire des résumés, des analyses ou des comparaisons raisonnées d’ouvrages, d’essais et d’articles.

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L'Intelligence artificielle a rendu obsolètes les compétences traditionnelles en rédaction – l'éducation doit s'adapter


John Villasenor, professeur de rédaction à l'université UCLA, constate dans un article, publié en mai 2025 par Governance Studies Media Office, que de nombreux étudiants universitaires savent aujourd'hui ce que notre système éducatif n'a pas encore reconnu : l'intelligence artificielle a rendu obsolètes les compétences traditionnelles en rédaction.

L'IA peut effectuer la plupart des tâches d'écriture

Au cours des dernières années, les éducateurs ont débattu du rôle de l'IA dans l'écriture, mais les étudiants ont déjà compris la réalité : à l'avenir, la grande majorité des écrits seront produits à l'aide de l'IA. Il y aura des exceptions pour des professions telles que le journalisme, le droit et le monde universitaire, mais pour la plupart des étudiants, l'IA se chargera des tâches d'écriture courantes telles que les rapports, les bulletins d'information, les manuels et les lettres de motivation, de manière rapide et efficace.

Les programmes d'écriture actuels sont supervisés par des personnes qui ont atteint l'âge adulte avant l'ère de l'IA. Il existe un biais naturel qui pousse à vouloir enseigner aux étudiants à s'épanouir dans le monde que la plupart des enseignants connaissent le mieux, où la capacité à produire un document bien rédigé sans l'aide d'un ordinateur ouvrait la porte à des opportunités professionnelles autrement inaccessibles.

Mais ce monde appartient déjà au passé. Il vaut mieux repenser l'enseignement de l'écriture afin d'exploiter pleinement et sans complexe la puissance de l'IA, car c'est ainsi que presque tout le monde écrira à l'avenir. Cela implique de remplacer les règles interdisant l'utilisation de l'IA dans les devoirs d'écriture par des règles encourageant son utilisation responsable. Cela implique également d'enseigner aux élèves que le plagiat généré par l'IA reste du plagiat et que l'IA produit parfois des hallucinations.

Enfin, cela signifie aider les élèves à maîtriser l'utilisation de l'IA comme un multiplicateur de force afin d'améliorer la profondeur, la polyvalence et la rapidité de leur écriture. Cela nécessite notamment d'enseigner aux élèves comment évaluer la fluidité, l'organisation, la clarté et la cohérence logique et stylistique d'un texte. Cela leur permettra d'examiner et de peaufiner – souvent à l'aide de l'IA – les textes produits par l'IA qu'ils utiliseront dans presque tous leurs travaux d'écriture. Et contrairement à ce que l'on pourrait penser, il n'est pas nécessaire d'être un bon écrivain pour être doué pour évaluer l'écriture, tout comme quelqu'un qui ne sait pas jouer du piano peut néanmoins faire la différence entre un pianiste talentueux et un pianiste novice.

Contexte historique

Certains affirment que l'écriture traditionnelle favorise la discipline, la créativité et la pensée critique. Bien que valables, ces arguments reflètent les débats antérieurs sur l'écriture manuscrite. La calligraphie avait autrefois une valeur cognitive et esthétique, mais les claviers l'ont remplacée pour des raisons d'efficacité. De même, l'IA va transformer l'écriture, et il est de plus en plus irréaliste de résister à ce changement.

La démocratisation de la bonne écriture

La capacité à écrire a longtemps été liée à des privilèges : études supérieures et accès aux ressources. L'IA change cette dynamique en permettant à tout un chacun, quelle que soit son origine, de produire des textes clairs et bien structurés dans n'importe quelle langue. Si certains y voient une menace pour les institutions traditionnelles, il faut plutôt y voir une démocratisation de la communication écrite.

Remédier aux hallucinations de l'IA

Une critique courante à l'égard des textes générés par l'IA est leur tendance à produire des hallucinations, c'est-à-dire des informations erronées. Cependant, ce problème peut être résolu. Les utilisateurs peuvent vérifier les résultats de l'IA, et les outils futurs réduiront encore davantage les inexactitudes. Tout comme l'internet lent est devenu une relique du passé, les hallucinations diminueront avec les progrès technologiques.

Adapter notre système éducatif

Pour les étudiants actuels de l'université et du lycée, les capacités de l'IA ne sont pas plus surprenantes que l'accès à Internet ne l'était pour les jeunes d'il y a vingt ans. Leur demander de ne pas utiliser l'IA pour les aider à écrire n'a pas plus de sens que de dire aux étudiants de 2005 de ne pas utiliser Internet pour leurs recherches. Les jeunes d'aujourd'hui savent que, en matière d'écriture, le paysage technologique a subi un bouleversement radical, et ils ont déjà trouvé leurs nouveaux repères. Ceux qui sont chargés de leur enseigner doivent faire de même.


L'écriture manuscrite, mais pas la dactylographie, favorise la connectivité cérébrale généralisée : une étude EEG haute densité avec des implications pour la salle de classe


L'écriture manuscrite peut augmenter la connectivité cérébrale

Des chercheurs de l'Université norvégienne des sciences et technologies dans une étude, publiée dans le magazine Frontiers Psychology en janvier 2024, ont examiné l'impact différentiel de l'écriture manuscrite et de la dactylographie sur la connectivité cérébrale.

Pour ce faire, 36 étudiants ont été sélectionnés et leur activité cérébrale a été évaluée à l'aide d'un électroencéphalogramme (EEG) à haute densité, qui utilise un grand nombre d'électrodes placées sur le cuir chevelu pour enregistrer l'activité électrique du cerveau. L'expérience consistait à écrire à la main une série de mots plusieurs fois avec un stylo numérique en cursive ou à taper avec l'index, tout en enregistrant les données de l'électroencéphalographie.

Les résultats ont révélé une plus grande connectivité cérébrale lors de l'écriture manuscrite que lors de l'utilisation du clavier, en particulier dans les régions centrales et pariétales du cerveau, dont l'activité est liée à la formation de la mémoire et à l'apprentissage.

De plus, l'écriture manuscrite, mais pas la dactylographie, a généré des schémas de connectivité cérébrale plus élaborés et plus étendus dans les fréquences thêta et alpha, en particulier dans les régions centrales et pariétales, ce qui suggère une meilleure intégration sensori-motrice, une meilleure mémoire et une meilleure attention.

Des différences significatives ont été observées dans les schémas de connectivité entre l'écriture manuscrite et la dactylographie, avec différentes connexions pertinentes qui n'étaient présentes que dans le premier cas. La dactylographie n'a pas activé les réseaux neuronaux de manière aussi étendue, ce qui suggère qu'elle est moins efficace pour l'activité de certaines connexions neuronales liées à la mémoire et à l'apprentissage que l'écriture manuscrite.

Résultats clés

Meilleure connectivité. L'écriture manuscrite augmente la connectivité entre les différentes régions du cerveau, un phénomène qui n'est pas observé lors de la saisie au clavier.

Activation des zones cérébrales. L'écriture manuscrite sollicite un plus grand nombre de zones cérébrales, tandis que la saisie au clavier n'en active que quelques-unes.

Connectivité motrice et visuelle. L'écriture manuscrite synchronise les zones du cerveau qui traitent les informations motrices et visuelles avec celles qui sont essentielles à la formation de la mémoire.

Ondes cérébrales spécifiques. Lors de l'écriture manuscrite, des fréquences d'ondes cérébrales telles que les ondes alpha et thêta, associées à l'apprentissage et à l'attention, sont activées, ce qui n'est pas le cas lors de la saisie au clavier.

Différences entre l'écriture et la dactylographie. Contrairement aux mouvements répétitifs du clavier, les mouvements précis et variés de la main lors de l'écriture manuscrite stimulent davantage les connexions neuronales, améliorant ainsi l'efficacité de l'apprentissage.

Implications pour la salle de classe

Rétention d'informations. Les résultats suggèrent que l'écriture manuscrite pourrait être plus bénéfique pour l'encodage de nouvelles informations et la formation de la mémoire, ce qui est essentiel à l'apprentissage.

Développement cognitif. Il est important de maintenir l'écriture manuscrite dans les environnements éducatifs, car l'utilisation exclusive de claviers pourrait ne pas activer les réseaux neuronaux nécessaires aux processus cognitifs complexes.

Difficultés pour les enfants. L'étude explique également pourquoi les enfants qui apprennent à lire et à écrire sur une tablette pourraient avoir des difficultés à différencier les lettres symétriques (telles que « b » et « d »), car ils n'ont pas physiquement expérimenté l'action de produire ces lettres.

En conclusion, cette étude suggère que l'écriture manuscrite active des réseaux neuronaux spécifiques et améliore la connectivité cérébrale, ce qui peut favoriser des processus cognitifs plus complexes et un apprentissage plus efficace. Contrairement à la saisie au clavier, qui implique des mouvements répétitifs, les mouvements précis nécessaires à l'écriture manuscrite stimulent davantage de zones du cerveau. Il peut donc être important de maintenir l'écriture manuscrite dans les environnements éducatifs, car l'utilisation exclusive de claviers pourrait nuire à la capacité d'apprentissage des élèves à long terme.


Cinq raisons pour lesquelles les enfants doivent encore apprendre à écrire à la main


Des chercheurs de Deakin University (Australie) dans une étude, publiée sur The Conversation en juin 2023, réfléchissent à la réalité d’un certain nombre de raisons importantes pour lesquelles l’écriture manuscrite sera toujours enseignée, et doit toujours être enseignée, dans les écoles.

Le monde de l’écriture est en pleine mutation. D’abord, il y a eu claviers, les saisies automatiques de mots ou de phrases sur les messageries. Une ère dont on est déjà en train de tourner la page. Avec l’essor de l’intelligence artificielle, des robots peuvent désormais produire des textes d’un niveau comparable aux textes écrits par des humains, sans recours à une intervention manuelle.

Avec les récentes améliorations des logiciels de transcription, même les humains qui écrivent peuvent se passer de clavier, encore plus d’un stylo. Grâce à l'IA, des décodeurs capables d'analyser l'activité cérébrale par balayage non invasif peuvent même générer du texte.

Les écrivains du futur seront des bavards et des penseurs qui n’ont pas besoin de lever le petit doigt. Le mot “écrivain” pourrait évoluer vers une signification très différente, les gens composant des textes de multiples façons dans un monde de plus en plus numérique. De même, l'écriture manuscrite reste indispensable.

Les parents peuvent se demander si cela vaut encore la peine de consacrer du temps au difficile apprentissage de l’écriture manuscrite. Les efforts déployés ne seraient-ils pas mieux investis dans une initiation au codage ? Après tout, des élèves en situation de handicap apprennent déjà à écrire avec des technologies d’assistance.

Mais il existe un certain nombre de raisons importantes pour lesquelles l’écriture manuscrite sera toujours enseignée – et doit toujours être enseignée – dans les écoles :

1. L’écriture développe la motricité fine

L’écriture manuscrite développe la motricité fine essentielle et la coordination nécessaires au contrôle de mouvements précis, indispensables au quotidien, que ce soit à l’école ou plus tard dans la sphère professionnelle.

Le perfectionnement de ces capacités motrices se traduit par une écriture de plus en plus lisible et fluide. Nous ne savons pas où la technologie nous mènera, mais il se peut qu’elle nous ramène au passé.

L’écriture manuscrite pourrait être plus importante que jamais si les tests et les examens reviennent à l’écriture manuscrite pour empêcher les étudiants d’utiliser l’IA générative pour tricher.

2. Écrire à la main facilite la mémorisation

L’écriture manuscrite présente d’importants avantages cognitifs, notamment pour la mémoire. Les recherches suggèrent que les notes prises avec un stylo sont mieux mémorisées que celles prises sur un ordinateur, en raison de la plus grande complexité du processus d’écriture manuscrite.

L’apprentissage de la lecture et de l’écriture sont intimement liés. Les élèves deviennent de meilleurs lecteurs en s’exerçant à écrire.

3. Un outil pour la création graphique

L’écriture manuscrite et les activités connexes telles que le dessin peuvent être des sources de créativité et de bien-être à tout âge.

La popularité de pratiques telles que la tenue d’un journal intime et la calligraphie en est la preuve. Il existe de nombreuses communautés en ligne où les écrivains partagent des très beaux exemples de création graphique.

4. Une grande souplesse d’utilisation

L’écriture manuscrite ne sollicite ni électricité ni appareils, piles, logiciels, abonnements, connexion Internet, temps de chargement – et toutes ces autres choses dont dépend l’écriture numérique.

Elle ne suppose qu’un stylo et du papier. Et elle peut être pratiquée n’importe où.
Parfois, pour écrire une carte d’anniversaire, remplir des formulaires imprimés ou rédiger une note rapide, elle est la solution la plus simple et la meilleure.

5. L’écriture comme support de réflexion

Plus important encore, apprendre à écrire et à penser sont intimement liés. Les idées se forment au fur et à mesure que les élèves écrivent. Elles sont développées et organisées au fil de la composition. La réflexion est trop importante pour être déléguée à des robots.

L’enseignement de l’écriture consiste à donner aux élèves une boîte à outils composée de multiples stratégies d’écriture afin de leur permettre de réaliser leur potentiel en tant que communicants réfléchis, créatifs et compétents. Et l’écriture manuscrite restera un élément important de cette boîte à outils dans un avenir prévisible, malgré les progrès étonnants de l’IA générative.

L'écriture cursive parfaite pourrait devenir moins importante à l’avenir. Mais les élèves devront toujours être capables d’écrire à la main de manière lisible et fluide dans le cadre de leurs études et de leur vie quotidienne.

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Qu'avons-nous à perdre en se déchargeant sur l'IA ?


Le déclin cognitif. La question du déclin cognitif revêt une pertinence particulière à une époque où les individus délèguent de plus en plus de tâches cognitives à l'IA, un phénomène qualifié de décharge cognitive. Des recherches ont montré que ce phénomène est en augmentation et qu'il n'est pas sans effet : les personnes qui comptent sur l'IA pour faire leur travail ont l'impression de moins réfléchir.

Le plaisir de lire.
Ce ne sont pas seulement nos capacités cognitives qui s'appauvrissent lorsque nous laissons l'IA lire à notre place. Nous nous privons aussi de l'essence même du plaisir de lire : l'émotion d'un dialogue, la beauté d'une phrase, l'attachement à un personnage.

La connectivité cérébrale. Une étude utilisant des mesures EEG – électroencéphalogramme qui permet de mesurer et d'enregistrer l'activité électrique du cerveau – a révélé des schémas de connectivité cérébrale différents lorsque les participants faisaient appel à l'IA pour les aider à rédiger un essai et lorsqu'ils le rédigeaient seuls. Or, si nous perdons l'habitude de lire, d'analyser et de construire nos propres raisonnements, ces aptitudes risquent de s'éroder.

L'efficacité offerte par l'IA est séduisante. Mais elle risque de compromettre les avantages de la littérature, notre aptitude à lire, comprendre et utiliser l'information écrite dans notre vie quotidienne.

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Bienfaits de la lecture


Lire est une activité aux multiples bienfaits, car elle stimule le cerveau, améliore la mémoire et la concentration, réduit le stress et favorise l'empathie et la compréhension des autres. C'est aussi un excellent moyen d'accroître ses connaissances, d'enrichir son vocabulaire, de développer son esprit critique et de stimuler son imagination.

Bienfaits cognitifs et intellectuels

Stimulation cérébrale.
La lecture maintient le cerveau actif, augmente la connectivité neuronale et peut réduire le risque de maladies cognitives liées au vieillissement.

Amélioration de la mémoire et de la concentration. Comprendre un livre demande de retenir des informations et de se concentrer sur le contenu, ce qui renforce ces capacités.

Acquisition de connaissances et vocabulaire. La lecture est une voie royale pour apprendre de nouvelles choses, acquérir du vocabulaire et comprendre le monde qui nous entoure.

Développement de l'esprit critique et de l'analyse. Lire des textes diversifiés aide à développer sa capacité à analyser et à former un jugement.

Bienfaits psychologiques et émotionnels

Réduction du stress.
La lecture est une activité relaxante qui peut réduire le stress plus efficacement que d'autres activités, favorisant la détente.

Développement de l'empathie. Lire de la fiction, en particulier, permet de se mettre à la place des personnages, d'améliorer sa compréhension des émotions humaines et de développer son intelligence émotionnelle.

Évasion et plaisir. La lecture offre un moment de plaisir et permet de s'évader du quotidien, procurant un sentiment de bien-être.

Bienfaits personnels et sociaux

Amélioration de l'expression.
Un vocabulaire étendu et une meilleure maîtrise de la langue grâce à la lecture se traduisent par une amélioration de l'expression orale et écrite.

Développement personnel. Lire des livres qui vous touchent ou vous font réfléchir peut avoir un impact positif sur votre développement personnel.

Stimulation de l'imagination. Contrairement aux films, la lecture demande à votre esprit de créer les décors et les personnages, ce qui renforce votre imagination.


L'écriture manuscrite stimule la connectivité cérébrale


L'adoption croissante des appareils numériques au détriment de l'écriture traditionnelle soulève des questions quant à ses effets neurocognitifs. L'écriture manuscrite implique des mécanismes psychomoteurs et neurologiques complexes importants pour l'apprentissage et la mémoire.

Des études récentes indiquent que l'écriture manuscrite active des zones cérébrales plus étendues et favorise une plus grande interaction corticale, ce qui améliore la mémorisation et la compréhension des concepts. Elle favorise également une intégration sensorimotrice plus solide et une activité synchronisée dans la gamme des ondes thêta, toutes deux essentielles à l'apprentissage.

En revanche, l'écriture numérique ne stimule pas ces zones cérébrales de la même manière, ce qui peut réduire la rétention d'informations et, dans une certaine mesure, diminuer l'entraînement des capacités cognitives.

Les mouvements précis de l'écriture manuscrite stimulent davantage de zones cérébrales et favorisent la communication entre elles grâce à des ondes cérébrales associées à l'apprentissage, ce qui suggère un bénéfice pour la formation de la mémoire et l'apprentissage en classe.

L'écriture manuscrite fait toujours partie du programme scolaire

Avec la pandémie, l’enseignement en ligne s’est considérablement développé et, dans différents pays du monde, certains tests importants sont désormais réalisés sur ordinateur. Des voix s’élèvent aussi en faveur de l’abandon de l’écriture cursive au lycée.

Cependant, l’apprentissage de l’écriture manuscrite reste un élément clé du programme d’alphabétisation à l’école primaire.


L’importance du toucher dans les activités de lecture et d’écriture

Lorsque les enfants entrent à l’école, l’une des techniques les plus courantes pour leur enseigner l’alphabet consiste à passer par des manipulations pratiques, comme la formation de lettres avec de l’argile ou de la pâte à modeler.

Mais à mesure que les élèves avancent en âge, la place du toucher diminue dans leur quotidien scolaire – à leur détriment. Beaucoup d’exercices de lecture deviennent numériques, et l’utilisation des claviers d’ordinateur pour écrire continue de progresser.

Selon la recherche ce sens est un moyen efficace de développer les compétences précoces en lecture et en écriture, ainsi qu’une aide pour les lecteurs et les personnes qui écrivent plus expérimentés dans leurs interactions avec l’écrit. Le fait de pouvoir tourner les pages d’un livre ou de tracer au crayon les contours des lettres donne des appuis aux élèves dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture.

Les psychologues et les spécialistes de la lecture continuent de faire état d’une meilleure compréhension chez les enfants et les jeunes adultes lorsqu’ils lisent sur papier plutôt que sur support numérique, tant pour les lectures scolaires que pour la lecture de loisir.

Une récente étude menée en Norvège, à l’université, a comparé les images cérébrales d’étudiants prenant des notes et a révélé que ceux qui écrivaient à la main, plutôt que de taper au clavier, présentaient une plus grande activité électrique dans les parties du cerveau qui traitent les nouvelles informations et qui favorisent la formation de la mémoire.

Des stratégies d’apprentissage à mettre en place pour intégrer le toucher

Les parents et les enseignants peuvent commencer par écouter les élèves eux-mêmes. Malgré tout le temps qu’ils passent sur leurs appareils numériques, de nombreux jeunes reconnaissent clairement l’importance du toucher dans leur expérience de lecture et d’écriture. Élargissez la conversation en discutant ensemble des différences entre la lecture et l’écriture numériques et manuelles.

Ensuite, les parents peuvent trouver des occasions pour leurs enfants de lire des textes imprimés et d’écrire à la main en dehors de l’école, par exemple en les emmenant à la bibliothèque et en les encourageant à écrire une histoire ou à tenir un journal. Mieux encore, les adultes peuvent montrer l’exemple en adoptant eux-mêmes ces pratiques dans leur vie quotidienne.

Enfin, les enseignants doivent accorder davantage de place à la lecture d’imprimés et aux devoirs manuscrits. Certains se penchent déjà sur les avantages intrinsèques de l’écriture manuscrite, notamment comme aide à la mémoire et comme outil de réflexion.

Les supports de lecture numériques et les claviers continueront à être utilisés dans les écoles et les foyers. Mais cette réalité ne doit pas occulter le pouvoir du toucher.


Pour les personnes qui écrivent chevronnées, les données suggèrent que passer plus de temps 
à écrire à la main qu’à utiliser un clavier d’ordinateur est corrélé à de meilleures capacités motrices 
fines. Pour le plaisir de lire tout simplement ou parce que la lecture a un effet bénéfique sur le stress, 
nous permet d'élargir nos connaissances ou d'apprendre à mieux nous connaître nous-mêmes.



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mardi 30 avril 2024

Les Écrans Détruisent le Cerveau de nos Enfants


Des experts alertent les parents sur une utilisation abusive des écrans 
qui ne serait pas sans risque pour le développement de nos enfants

Depuis quelques années, des recherches sont menées sur la relation que l'utilisation des nouvelles technologies – tablettes, téléphones portables, consoles, jeux vidéo, ordinateurs – entretient avec le développement et l'apprentissage des enfants.

Aujourd'hui, le terme "digital natives" nous est déjà familier et désigne une génération qui, dès son plus jeune âge, est immergée dans un monde de plus en plus technologique. Il s'agit d'enfants habitués à interagir avec un écran, qui prennent en main un téléphone portable, une tablette ou un ordinateur et l'utilisent de manière intuitive, sans avoir besoin d'un apprentissage particulier ou d'une formation préalable.

Nous avons l'habitude de voir des adolescents et des adultes avec un téléphone portable à la main, jouant à des jeux vidéo ou consultant et recherchant des informations. Mais il est aussi de plus en plus fréquent de voir des enfants d'un ou deux ans regarder des dessins animés sur une tablette, "swiper" l'écran du mobile ou chercher des vidéos sur YouTube. Et cela s'est encore accentué pendant la période de confinement.

Nous pouvons nous justifier derrière le fait que ces dessins animés sont éducatifs, que les enfants sont divertis pendant que nous attendons quelque part ou qu'ils nous laissent un moment de tranquillité à la maison lorsque nous essayons d'accomplir une tâche ou de nous déconnecter du quotidien.

Mais... cette exposition aux écrans est-elle bonne pour les très jeunes enfants, et y a-t-il des risques lorsqu'ils jouent avec un téléphone portable ou une tablette ?

Dessins animés à la télévision, jeux sur smartphone ou tablette, jeux vidéo… Dès leur plus jeune âge, de nombreux enfants voient les écrans rythmer leur quotidien.

Une exposition croissante des enfants aux écrans

Pourquoi de plus en plus de parents laissent-ils leurs enfants passer de nombreuses heures sur les écrans ? Ignorent-ils les possibles dangers de cette exposition ? Croient-ils bien faire ? Le font-ils pour stimuler l’éveil de leurs enfants, leurs capacités cérébrales, développer leur agilité ou encore les préparer à une vie future au sein de laquelle les écrans occuperont, de fait, une place centrale ?

L’explication est plus subtile qu’il n’y paraît et est sans doute liée aux difficultés quotidiennes que bon nombre de parents rencontrent. Liens familiaux fragilisés, souffrance au travail, problèmes financiers… Si bon nombre de parents abandonnent leurs enfants aux écrans, c’est souvent parce qu’ils se sentent dépassés par un quotidien pénible, une charge familiale difficile à assumer.

Leur pratique excessive peut toutefois avoir de lourdes conséquences sur la santé, le bien-être et l’avenir de nos enfants :

Sur le développement du cerveau et l’apprentissage de compétences fondamentales. Les enfants surexposés aux écrans ont plus de risques de souffrir d’un retard de langage que les autres. Chaque heure supplémentaire passée devant la télévision par un enfant en bas âge diminue ses performances scolaires à l’âge de 10 ans : moindre intérêt pour l’école, moindre habileté au plan mathématique. Cette surexposition précoce entraîne également une moindre autonomie, une moindre persévérance et une intégration sociale plus difficile avec notamment un risque accru de souffrir d’une mise à l’écart par ses camarades de classe.

Sur les capacités d’attention et de concentration. Ceci est vrai même si l’enfant se trouve dans une pièce avec la télévision allumée sans qu’il la regarde.

Sur le bien-être et l’équilibre. Les enfants qui passent trop de temps devant les écrans seraient moins heureux, plus anxieux et plus déprimés que les autres. Au-delà de quatre heures par jour, le risque de voir apparaître des problèmes émotionnels et une mauvaise estime de soi seraient notamment considérablement accrus. Ce temps passé devant les écrans empièterait en outre sur le temps consacré à d’autres activités récréatives – sport, jeu avec des amis –, qui sont essentielles pour apprendre certaines valeurs – partage, respect de l’autre – et ont un impact positif reconnu sur le bien-être des enfants.

Sur le comportement. Les enfants qui passent beaucoup de temps devant des contenus violents – jeu vidéo ou télévision – sont plus agressifs et plus enclins à se battre, plus impulsifs. Par ailleurs, la surexposition des plus petits risque d’entraîner une attitude passive face au monde qui les entoure.

Sur la santé. Une surconsommation d’écrans contribue à réduire le temps consacré aux activités physiques et peut favoriser la tendance au grignotage. La conjonction des deux peut alors entraîner une prise de poids. De même une exposition aux écrans à raison de plus de deux heures par jour entraîne un risque d’hypertension accru de 30% chez les enfants.

Cette exposition précoce n’est pourtant pas sans conséquence sur leur santé. Plusieurs études ont déjà pointé les risques d’obésité ou de diabète de type 2 engendrés par un temps trop important passé devant les écrans. Plusieurs spécialistes ont aussi noté des retards de langage et des troubles de l’autisme chez les enfants qui passaient plusieurs heures par jour les yeux rivés sur leur tablette ou l’écran de télévision.

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Les écrans modifieraient le cerveau des enfants


Les Instituts américains de la santé (NIH)
dans une vaste étude lancée en décembre 2018, démontrent que la surexposition des enfants aux écrans modifierait leur cerveau.

Afin d’en savoir plus sur l’impact réel de l’exposition prolongée aux écrans sur le cerveau des enfants, dans 21 centres de recherche aux États-Unis, ils ont commencé à examiner les cerveaux de 4.500 enfants de 9 et 10 ans. À terme, l'étude portera sur 11.000 enfants, suivis pendant 10 ans, pour voir si la consommation intense de jeux vidéo et le temps passé sur internet ont une influence sur leur développement.

Un amincissement du cortex

Les premiers résultats de cette étude menée à l'aide d'imagerie par résonance magnétique (IRM) montrent des “tracés différents” dans les cerveaux des enfants utilisant des smartphones, des tablettes et des jeux vidéo plus de 7 heures par jour. Les images montrent un amincissement prématuré du cortex, l'écorce cérébrale qui traite les informations envoyées au cerveau par les cinq sens.

Les scientifiques expliquent que l'amenuisement du cortex est considéré comme un processus de vieillissement, soulignant qu'il n'est pas certain que ce processus soit néfaste. L'étude montre que les enfants qui passent deux heures ou plus par jour devant un écran obtiennent de moins bons résultats aux tests de mémoire et de langage.

Les enfants sécrètent de la dopamine devant les écrans

Un autre phénomène rapporté est l'effet addictif que peuvent avoir les smartphones. Pour parvenir à cette conclusion, l'équipe a scanné le cerveau d'adolescents pendant qu'ils regardaient leur fil Instagram. Il s'avère que le temps passé devant un écran stimule la libération de dopamine, l'hormone du plaisir. Cela suffit pour que les jeunes deviennent littéralement dépendants aux écrans.

L'objectif des chercheurs est de savoir si le temps passé devant les écrans est responsable du changement dans le cerveau des enfants, ou si c'est cette différence qui les pousse à passer du temps devant les écrans.


Une étude révèle les effets négatifs des smartphones et des tablettes sur le développement de la parole chez les enfants


Les zones rouges montrent l'augmentation de la matière blanche
organisée dans les centres linguistiques du cerveau

Des chercheurs de l'Université de Toronto et du Children's Hospital ont examiné en profondeur, dans une étude présentée lors de la réunion en 2017 des Pediatric Academic Societies, le lien entre le temps passé par les jeunes enfants devant des appareils portables et le développement de la parole.

Au total, 894 enfants âgés de 6 mois à 2 ans ont participé à l'étude. Parallèlement, les chercheurs ont créé un outil appelé "liste de contrôle de l'enfant", qui leur a permis de mesurer le développement de la parole en fonction des différentes étapes du langage, des objectifs que les enfants doivent atteindre à chaque étape de leur vie.

L'exposition moyenne à l'écran enregistrée était de 28 minutes par jour, 20% des enfants ayant passé au moins une demi-heure devant un écran à l'âge de 18 mois.

Les spécialistes ont observé que ces enfants commençaient à parler plus tard que prévu, qu'ils avaient des difficultés à transformer les sons en mots, qu'ils avaient une faible fluidité verbale lorsqu'ils racontaient une histoire et qu'ils avaient une compréhension médiocre pour leur âge chronologique.

On observe non seulement des difficultés linguistiques, mais aussi des problèmes de comportement tels que l'inattention et, chez les enfants plus âgés, un risque accru d'obésité et de troubles du sommeil en raison de l'exposition à la lumière des écrans. L'abus d'écran affecte les fonctions exécutives – qui, pour simplifier, peuvent être décrites comme les fonctions qui nous aident à apprendre et à mûrir –, qui sont altérées et ont donc un impact sur le développement cognitif de l'enfant.

Les spécialistes en pédiatrie recommandent aux parents de "revenir aux sources" et d'équilibrer l'utilisation des appareils portables par des activités plus anciennes mais plus enrichissantes pour la parole, y compris quelque chose d'aussi simple qu'une conversation – même à sens unique – et de faire de la lecture d'un livre une partie intégrante du processus éducatif.

L'étude n'a pas permis de déterminer si le type de contenu auquel les enfants étaient exposés pendant cette demi-heure par jour influençait plus ou moins le développement du langage, ni d'analyser l'influence de la présence ou non des parents.



Plus de deux heures d'écran affecte les capacités intellectuelles des enfants

Le bleu montre l'énorme sous-développement et la désorganisation
de la substance blanche d'un enfant d'âge préscolaire utilisant des écrans

Des chercheurs de l’Institut CHEO, de l'université d'Ottawa, de Carleton University dans une étude, publiée en novembre 2019 dans la revue Lancet Child and Adolescent Health, ont établi un lien direct entre le temps passé sur les écrans, le sommeil et les performances cognitives des enfants.

L’étude a porté sur 4.520 enfants de 8 à 11 ans sur 20 sites à travers les États-Unis. Les enfants qui passent plus de deux heures par jour sur les écrans ont de moins bonnes capacités cognitives que ceux dont l'exposition est plus limitée.

En moyenne, ces enfants passaient 3,6 heures par jour collés sur un écran – téléphone portable, tablette, ordinateur, télévision – au-delà des recommandations canadiennes préconisant moins de 2 heures d'écran, 9 à 11 heures de sommeil et au moins une heure d'activité physique par jour. Sur la totalité des enfants participant à l'enquête, seulement un petit Américain sur 20 (5%) coche les trois cases des recommandations canadiennes. Presque un sur trois (29%) n'en remplit aucune : sommeil suffisant, temps d'écran limité et activité physique.

Un développement cognitif appauvri

La moitié seulement (51%) des enfants dorment suffisamment, 37% passent moins de deux heures sur les écrans et 18% seulement pratiquent une heure d'activité physique par jour, selon les questionnaires remplis par les familles. Après des tests cognitifs portant sur le langage, la mémoire, la réactivité, la concentration, etc., l'étude relève un lien très net entre le temps passé sur les écrans, le sommeil et les performances des enfants.

Les chercheurs ont trouvé que plus de deux heures d'écran chez les enfants appauvrit leur développement cognitif et incitent les pédiatres, parents, éducateurs et décideurs à limiter le temps d'exposition des enfants à l'écran et à faire du sommeil une question prioritaire.

Sur les trois critères – sommeil, écran et activité physique–, le temps passé à dormir et l'exposition aux écrans sont les plus directement liés aux facultés intellectuelles des enfants, tandis que l'activité physique à elle seule n'avait pas d'impact sur la capacité cognitive, tout en étant le facteur le plus important pour une bonne santé physique de l'enfant.


Association entre le temps passé devant un écran et les diagnostics d’anxiété et de dépression chez les jeunes

Selon des psychologues de l'Université de San Diego State et de l'Université de Géorgie W. Keith Campbell, dans leur étude, publié en octobre 2018 dans la revue Preventive Medicine Reports, les jeunes âgés de 2 à 17 ans et passant plus de sept heures par jour devant un écran ont plus de risque de souffrir de dépression et d’anxiété.

Les scientifiques ont en effet constaté que le temps passé devant les écrans a une influence sur la santé mentale des jeunes. Après seulement une heure d’écran par jour, les enfants et les adolescents éprouvaient moins de curiosité, avaient moins confiance en eux, moins de stabilité émotionnelle et présentaient une plus grande incapacité à terminer des tâches.

Deux fois plus de risque de dépression et d’anxiété

Les recherches précédentes sur les associations entre le temps passé devant un écran et le bien-être psychologique des enfants et des adolescents étaient contradictoires, ce qui a amené les chercheurs à s'interroger sur les limites du temps passé à l'écran suggérées par les organisations de médecins.

Pour mieux comprendre ce lien entre temps passé devant les écrans et bien-être psychologique, les professeurs ont utilisé les données de l’Enquête américaine sur la santé des enfants, qui date de 2016. Ils ont analysé un échantillon aléatoire de plus de 40.300 enquêtes menées auprès de personnes en charge d’enfants âgés de 2 à 17 ans.

Ils se sont alors aperçus que les adolescents qui passaient plus de sept heures par jour devant un écran étaient deux fois plus susceptibles que ceux qui passaient une heure de recevoir un diagnostic d'anxiété ou de dépression. Dans l'ensemble, les liens entre le temps passé devant un écran et le bien-être étaient plus importants chez les adolescents que chez les jeunes enfants.

Des jeunes plus agités, moins curieux et moins concentrés

Les adolescents ne sont cependant pas les seuls à voir leur bien-être psychologique impacté par les écrans. Ainsi, parmi les enfants en âge préscolaire – avant 3 ans –, ceux passant beaucoup de temps devant la télévision, une tablette ou un smartphone étaient deux fois plus susceptibles de perdre leur sang-froid et 46% plus susceptibles de ne pas pouvoir se calmer lorsqu’ils étaient excités.

Plus excités et moins enclins à savoir contrôler leurs émotions quand ils sont enfants, les jeunes ont aussi plus de mal à se concentrer et à éprouver de la curiosité quand ils grandissent. Ainsi, environ 9% des jeunes âgés de 11 à 13 ans qui passaient une heure par jour avec des écrans ne souhaitaient pas apprendre de nouvelles choses, contre 13,8% qui ont passé quatre heures à l'écran et 22,6% qui ont passé plus de sept heures avec des écrans.

Tous les âges sont concernés puisque parmi les adolescents de 14 à 17 ans, 42,2% de ceux qui passaient plus de sept heures par jour à l'écran ne terminaient pas leurs tâches, contre 16,6% pour ceux passant une heure par jour et 27,7% pour ceux qui travaillaient pendant quatre heures à l'écran.

Une solution : la modération

Pour les chercheurs, il est indispensable de modérer le temps passé par nos enfants devant les écrans : pas plus de deux heures par jour, quel que soit leur âge et pas d’écrans avant l’âge de 3 ans.

En termes de prévention, ils concluent aussi qu’il est particulièrement important d’établir les causes et les conséquences d’un faible bien-être psychologique chez les enfants et les adolescents. La moitié des problèmes de santé mentale se développent à l'adolescence. Il est donc absolument nécessaire d'identifier les facteurs liés aux problèmes de santé mentale susceptibles d'intervention dans cette population, car la plupart des antécédents sont difficiles, voire impossibles à influencer. Et le temps passé devant les écrans doit impérativement être compris parmi ces facteurs. Par rapport à ces antécédents plus difficiles à résoudre en matière de santé mentale, la manière dont les enfants et les adolescents passent leur temps libre est plus susceptible de changer.


Plus de deux heures par jour d’écrans augmenterait le risque d’hypertension chez les enfants

Une équipe des chercheurs de l’Université de Saragosse et de Sao Paulo ont mené une étude, publiée dans la revue International Journal of Cardiology de novembre 2014, soulignant désormais l’effet d’une surconsommation d’écrans chez l’enfant sur le risque d’hypertension.

Cette étude s’appuie sur la cohorte d’IDEFICS (Identification and Prevention of Dietary- and Lifestyle-induced Health Effects in Children and Infants), impliquant 8 pays européens, avec près de 5200 enfants âgés de 2 à 10 ans.

Selon l’analyse conduite sur 2 ans, l’incidence cumulée de tension artérielle élevée est très importante dans cette population: 110 sur 1000 individus. Les auteurs ont calculé que la présence devant un écran – télévision, ordinateur, console – pendant plus de 2 heures d’affilée augmente le risque relatif de développer une hypertension de près de 30%. Des chiffres inquiétants car ils confirment non seulement que la sédentarité est fréquente aujourd’hui chez l’enfant et cette consommation d’écrans prédispose à des complications plus tard dans la vie, dont l’hypertension.

Pour contrecarrer ce phénomène, les auteurs préconisent la pratique d’une heure d’activité physique par jour chez l’enfant et la limitation des écrans à moins de 2 heures par jour. Et pour étayer ces recommandations, ils prennent pour point d’attention leur observation d’une augmentation du risque d’hypertension de 50% chez les enfants n’atteignant pas cet objectif quotidien.


L’exposition aux appareils numériques modifient la structure et le fonctionnement du cerveau des enfants




Des chercheurs de l’Université d’éducation de Hong Kong, de l’Université normale de Shanghai en Chine et de l’Université Macquarie en Australie ont effectué une analyse de 33 études utilisant la technologie de neuro-imagerie pour mesurer l’impact de la technologie numérique sur le cerveau des enfants de moins de 12 ans, publiée dans la revue Early Education and Development en novembre 2023.

Une revue de 23 années de recherche en neuro-imagerie indique que le temps passé par les enfants à regarder la télévision ou à jouer à des jeux informatiques peut avoir des effets significatifs et durables sur leur fonction cérébrale. Cette recherche met en évidence à la fois les impacts négatifs et positifs.

Les données de 33 études de neuro-imagerie réalisées entre 2000 et 2023 ont été regroupées

Les 33 études de neuro-imagerie analysées par les chercheurs regroupent les données de plus de 30.000 participants. Les chercheurs se sont principalement concentrés sur les enfants âgés de 12 ans et moins. Ils ont d’abord cherché les études pertinentes dans les bases de données de recherches publiées en ligne.

Les chercheurs préviennent que l’échantillon de leur étude est de petite taille puisque seulement 33 études ont été faites en deux décennies. Cette petite taille d’échantillon pourrait être due au fait que ce sujet est nouveau et émergent, et que les technologies de recherche évoluent également. Ils ont néanmoins remarqué que le cerveau des enfants est de plus en plus impacté au fil des ans, ce qui correspond à la croissance de l’utilisation des écrans depuis 2000.

Les enfants qui ont participé à ces études consommaient différents types de médias numériques de manière passive comme la télévision ou activement avec les applications sur les smartphones. Viennent ensuite les jeux vidéo en deuxième position. Les tablettes, les liseuses électroniques, l’utilisation d’Internet, le montage vidéo et la réalité virtuelle sont aussi inclus dans certaines des 33 études.

Les compétences cognitives impactées par le temps passé devant les écrans

Au total, trois conclusions majeures ont été tirées de cette étude. La première est que l’exposition aux appareils impacte à la fois la structure et la composition du cerveau des plus jeunes, mais ce n’est pas toujours négatif. La deuxième conclusion est que certaines régions du cerveau sont davantage touchées que d’autres. Enfin, cette étude indique que les changements dans le cerveau semblent persister à long terme.

En ce qui concerne les régions du cerveau les plus touchées, les chercheurs notent que la zone la plus vulnérable est le cortex préfrontal et sa fonction exécutive associée. Cela correspond aux compétences cognitives de haut niveau telles que la résolution de problèmes, la planification, la prise de décisions, la mémorisation d’informations, etc.

Certaines recherches prouvent que le temps passé devant les écrans impacte négativement les fonctions cérébrales comme l’attention et la cognition. Les connexions qui permettent aux différentes zones du cerveau de communiquer sont aussi touchées. Plus précisément, les jeux vidéo pourraient causer une diminution du volume cérébral. L’utilisation de tablettes chez les enfants pourrait avoir un effet négatif sur le fonctionnement cérébral et la résolution de problèmes.

Les écrans et les jeux vidéo ont aussi du positif pour le cerveau des enfants

Tous les résultats ne sont pas négatifs. Certaines recherches publiées ces dernières années ont également trouvé des aspects positifs liés à l’utilisation des écrans. Ces derniers peuvent effectivement améliorer le développement des enfants, notamment en ce qui concerne leur concentration et leur apprentissage. Une étude spécifique affirme ainsi que les jeux vidéo peuvent améliorer les compétences cognitives et les fonctions exécutives.

En fin de compte, cette étude ne noircit pas complètement le tableau. Les écrans peuvent incontestablement avoir un effet négatif sur le développement du cerveau, mais ils peuvent également apporter des bienfaits. Selon les chercheurs la solution n’est pas forcément de limiter le temps passé devant les écrans. Cela risque en plus de causer des conflits avec ses enfants. Des stratégies plus innovantes, conviviales et pratiques pourraient être développées et mises en œuvre. Ils suggèrent que l’utilisation du numérique par les enfants devrait être mieux encadrée. Les adultes devraient aussi recevoir un soutien et des conseils appropriés.

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Les résultats de ces études confirment qu'un temps d'écran excessif peut avoir des conséquences sur le développement des enfants, et que plus les enfants de moins de 3 ans passent de temps devant des écrans, plus ils risquent d'avoir des retards dans le développement du langage et de la parole.

La communauté médicale (pédiatres, neuro-pédiatres, psychologues et orthophonistes) déconseille tous les types d'écrans avant l'âge de 3 ans, mais les téléphones portables et les tablettes sont encore plus nocifs car l'adulte perd le contrôle de ce que l'enfant regarde. Dans le cas de la télévision, il est plus facile de les surveiller et surtout d'interagir avec eux.

Entre 3 et 6 ans, il est conseillé d'introduire des contenus éducatifs et un maximum d'une heure de télévision ou d'appareils électroniques par jour.

Priver les enfants de l'accès aux écrans n'est pas la solution, car ils font partie de notre vie quotidienne ; de plus, une bonne utilisation des écrans peut être positive, et peut également les aider dans leur apprentissage :

* l’amélioration des réflexes,
* la coordination visuo-motrice,
* la résolution de problèmes,
* le raisonnement logique,
* l'orientation dans l'espace et de la stratégie.

Sans vouloir être alarmiste, mais en faisant appel à la réflexion et au bon sens, il est important de s'informer et d'essayer d'appliquer une utilisation modérée et responsable. Nous devrions doser le temps et l'utilisation des appareils technologiques, ainsi que la sélection de contenus ludiques et éducatifs, en les accompagnant toujours et sous surveillance numérique au moins jusqu'à l'âge de 6 ans.

Nous savons que les trois premières années sont fondamentales pour le développement de la parole et du langage, et que cela s'apprend en interagissant avec d'autres personnes. Les écrans ne remplacent pas cette interaction personnelle.

Passer plus de temps avec les enfants, interagir avec eux, lire des histoires, parler, jouer, faire n'importe quelle activité de loisir en dehors de la maison, et même utiliser des appareils technologiques ensemble, contribuera à renforcer leurs compétences linguistiques et à améliorer leur vocabulaire :

* Rechercher des programmes éducatifs de haute qualité, ceux qui s'adressent directement aux enfants sont utiles pour apprendre de nouveaux mots et de nouveaux sons.

* Diriger l'attention sur un contenu spécifique et poser des questions ouvertes sur ce qu'ils regardent, ce qui se passe et renforcer les concepts pour stimuler leur apprentissage.

* Utiliser les appareils pour discuter par vidéo avec la famille, les amis et les camarades de classe. Utiliser ces connexions sociales pour encourager l'expression verbale. Même les enfants de moins de 18 mois peuvent profiter de ces moments pendant un certain temps.

Ne pas interdire mais accompagner l’usage des écrans

Pour que cette adaptation aux écrans, particulièrement rapide à l'échelle de l'évolution humaine, se fasse au mieux, il faudrait une pédagogie adaptée à tous les âges, en fonction de la maturation du cerveau et du développement cognitif. Même chez les bébés de moins de trois ans, les experts de l'Académie se refusent à préconiser une interdiction d'écrans.

On peut donc éduquer les enfants aux écrans dès le plus jeune âge à condition d'éviter une exposition passive, comme les laisser seuls devant la télévision, sans expliquer et dialoguer avec eux sur les images qu'ils reçoivent. Pour le bon développement du cerveau, le principe doit rester celui de formes de stimulation très variées, numériques et non numériques.

Plus tard, il faut aider les enfants à distinguer nettement le virtuel du réel, à acquérir la distanciation nécessaire pour devenir capables de s'auto-réguler. Quant aux jeux vidéo en général, s'ils peuvent déboucher sur des excès parfois pathologiques, ils améliorent aussi les capacités d'attention visuelle, la flexibilité et la prise de décision rapide.


Comment protéger ses enfants d’un usage excessif ?

Les écrans ne sont pas mauvais par nature. C’est leur usage qui peut l’être. L’enjeu n’est donc pas de les bannir mais d’apprendre à nos enfants à les gérer en fixant dès leur plus jeune âge des règles de bon usage. Ces règles doivent bien sûr être définies à la maison, par les parents, mais elles doivent aussi être enseignées à l’école.

Certains conseils peuvent aider les parents dans leur rôle d’éducation au bon usage des écrans :

* Limiter le temps d’exposition aux écrans. L’enjeu n’est pas de définir un temps limite de façon autoritaire et unilatérale mais d’impliquer l’enfant dans un processus d’autorégulation afin de le rendre autonome et de limiter ses risques de perte de contrôle à l’âge adulte. Serge Tisseron suggère ainsi aux parents d’inciter leurs enfants, dès l’âge de 9 ans, à reporter dans un petit carnet le temps passé devant les écrans. L’avantage est que cela permet à l’enfant de prendre conscience du temps réel passé devant les écrans car ce temps est souvent sous-estimé.

* S’intéresser à la pratique numérique de ses enfants en engageant avec eux un dialogue et en les accompagnant dans leurs découvertes. Cela consiste à parler avec eux de ce qu’ils découvrent à travers les écrans pour les aider à développer leur intelligence narrative. Mais il s’agit aussi de les accompagner dans le choix des programmes et jeux. Le plus grand danger est de laisser un enfant seul face aux écrans.

* Utiliser les écrans pour développer leur créativité en orientant ses enfants vers des activités de création – apprendre à dessiner, à faire des photographies, des origamis…

* Donner le bon exemple en s’imposant également une autodiscipline : comment expliquer à ses enfants la nécessité de s’auto-réguler si l’on est soi-même suspendu en permanence à son téléphone ou à sa tablette ? Pensez à vous déconnecter le soir à la maison, ou à table en famille, pour votre bien et celui de vos enfants. On sait en effet que le développement d’un enfant se structure autour de ses capacités d’imitation et d’attention à l’autre. Si ses parents sont captivés par leur téléphone, il aura tendance à s’y intéresser également. De même, manipuler son téléphone tout en s’occupant de son enfant, contribue à appauvrir les échanges avec celui-ci.

Il est indispensable de fixer un cadre et de définir des limites adaptées à chaque période de la vie. De même que la diversification alimentaire doit se faire en douceur, l’introduction des écrans dans la vie des enfants doit se faire de façon progressive en tenant compte des besoins propres à chaque âge.

Avant 3 ans : évitez la télévision et les écrans non interactifs car ils contribuent à renforcer la passivité des jeunes enfants et à les éloigner de ceux dont ils ont fondamentalement besoin à cet âge : interagir avec leur environnement en utilisant leurs sens – toucher, voir, entendre, bouger… Les tablettes tactiles, interactives par nature, peuvent être introduites mais ne doivent en aucun cas se substituer aux jeux traditionnels ni être manipulées par les enfants sans accompagnement.

A partir de 3 ans : la télévision peut être introduite mais avec modération. Elle ne doit en particulier pas être placée dans la chambre de l’enfant, les programmes doivent être choisis avec les enfants, en respectant les âges recommandés sur les programmes et la durée d’exposition doit être fixée au préalable.

Entre 3 et 6 ans : n’offrez pas de console de jeu personnelle à votre enfant. Evitez également de placer un ordinateur ou un poste de télévision dans la chambre de votre enfant. Limitez le temps d’écran en fixant des règles claires sur le moment durant lequel ils peuvent être utilisés et la durée d’utilisation. Privilégiez le jeu à plusieurs ou en famille plutôt que de laisser votre enfant seul face à son écran, au risque que son attitude devienne compulsive et qu’il se réfugie dans les écrans pour fuir le monde réel.

Entre 6 et 9 ans : fixez un temps d’écran autorisé et laissez la liberté à l’enfant de le répartir comme il le souhaite. Veillez à ce qu’il continue à consacrer du temps à des activités hors écrans. Commencez à lui parler de la notion de droit à l’image et de droit à l’intimité.

A partir de 9 ans : initiez votre enfant à Internet. Accompagnez-le dans cette découverte et expliquez-lui les dangers d’Internet en insistant notamment sur le fait que tout ce qui est mis sur le web peut tomber dans le domaine public, ne peut pas être effacé et n’est pas nécessairement vrai. Continuez à fixer une durée autorisée en laissant l’enfant la répartir comme il souhaite entre les différents écrans. Informez-le de l’âge à partir duquel il pourra disposer de son propre téléphone portable.

Après 12 ans : vous pouvez laisser votre enfant naviguer seul sur le web à condition qu’il ait bien intégré les risques liés à cette pratique et que vous définissiez un cadre : fixez ensemble les moments de connexion autorisés, en évitant les connexions nocturnes et illimitées depuis sa chambre. Informez-le sur les dangers de la pornographie et du harcèlement, discutez avec lui de ce que la loi autorise en terme de téléchargement, apprenez-lui à respecter la signalétique PEGI (Pan European Game Information) qui attribue à chaque jeu un âge spécifique.



Dans un monde où les parents passent bien plus de 30 minutes par jour devant l'écran de leur téléphone 
– que ce soit pour le travail ou pour de simples loisirs – le défi parental consistant à trouver l'équilibre 
entre le divertissement technologique des enfants et leur développement intellectuel,
 représente probablement l'un des plus grands défis de notre époque


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