dimanche 27 septembre 2020

Trouble Borderline ou de la Personnalité Limite




Les personnes atteintes d'un trouble de la personnalité limite activent différentes régions du cerveau pour contrôler leurs impulsions

Une équipe de chercheurs de l'Université autonome de Madrid, de l'hôpital clinique San Carlos et du Center for Biomedical Research in Mental Health Network, dont les travaux ont été publiés dans la revue internationale Biological Psychology en juin 2019, a révélé que des patients atteints d'un trouble borderline (BPD) activent certaines régions du cerveau pour inhiber leurs réponses motrices et contrôler leurs impulsions, différentes de celles utilisées par ceux qui ne souffrent pas de troubles médicaux ou psychologiques.

Plus précisément, les chercheurs ont examiné le contrôle inhibiteur de 40 personnes (20 avec DBP et 20 sans aucun type de trouble mental) à travers des mesures de l'activité cérébrale et des mesures comportementales.


Les auteurs soulignent que, alors que les personnes sans troubles médicaux, psychologiques ou psychiatriques activaient les régions préfrontales du cerveau – une zone généralement liée au contrôle inhibiteur –, les patients BPD activaient les régions postérieures, principalement le précuneus.

Cette activation atypique observée chez les patients atteints de DBP pourrait être un mécanisme compensatoire pour atténuer un dysfonctionnement dans les zones préfrontales du cerveau qui soutiennent le contrôle du comportement.

Par conséquent, ces résultats montrent l'importance d'évaluer, de concevoir et de mettre en œuvre des interventions pour améliorer le contrôle inhibiteur et les processus exécutifs chez les personnes atteintes de trouble borderline, selon les chercheurs.

*
*     *

Le trouble borderline, également appelé trouble de la personnalité limite, est une maladie psychiatrique complexe, dont les manifestations sont très variables d'une personne à une autre.

Généralement, les personnes qui souffrent de cette maladie mentale présentent une instabilité affective et émotionnelle importante. Elles rencontrent des difficultés à gérer leurs émotions. Elles peuvent s'emporter facilement, de manière imprévisible, et avoir des comportements impulsifs. Les sautes d'humeur ou les sensations de vide sont fréquentes.

Hyper-émotives, ces personnes sont souvent dans l'excès. Elles ont en général une très mauvaise image d'elles-mêmes. Souvent instables sur le plan relationnel, elles peuvent s'auto-mutiler. Les comportements à risque – alcool, drogues, jeux, alimentation...– sont fréquents pour les personnes souffrant d'un trouble de la personnalité limite ; les tentatives de suicide aussi.

Le trouble borderline est parfois classé entre la névrose et la psychose. Il a un point commun avec les troubles bipolaires et l'hyper-activité : la cyclothymie – changement rapide de l'humeur –. Le trouble borderline peut entraîner une dépression. Il est souvent associé à d'autres troubles de la personnalité ou à d'autres maladies mentales comme le trouble anxieux, les troubles de l'alimentation, les troubles dépressifs ou le TDAH.

Il est difficile de partager le quotidien des personnes borderline du fait notamment des symptômes de la maladie. On peut avoir du mal à comprendre le comportement de la personne malade. Parfois, cette dernière réussit à cacher sa maladie à son entourage. Malgré des symptômes difficiles, les personnes atteintes peuvent vivre normalement et travailler, avec un traitement et un suivi adaptés. Dans certains cas, une hospitalisation se révèle nécessaire.

Ce trouble de la personnalité est à la frontière ou à la limite de la psychose, c'est pourquoi il reçoit le nom de limite ou borderline, qui lui a été donné en 1938 par le psychanalyste Adolf Stern.

Depuis quelques temps, des études ont confirmé la possibilité de soigner efficacement cette maladie psychiatrique. Il y a peu, le trouble borderline était considéré encore comme incurable, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui.

Prévalence

Le trouble borderline toucherait 2% de la population. Il débuterait en général à la fin de l'adolescence, au début de l'âge adulte. Mais certaines études parlent de premiers symptômes bien plus précoces, durant l'enfance.

Complications

Le trouble borderline peut entraîner l'apparition d'autres maladies psychiatriques comme la dépression, les troubles bipolaires ou les troubles anxieux généralisés. Il peut aussi affecter le travail, la vie sociale, l'estime de soi. Les personnalités borderline ont souvent des conduites addictives. Le taux de suicide chez les personnes borderline est particulièrement élevé.

Personnes à risque

Les femmes sont atteintes plus souvent que les hommes (trois fois plus). Il a également été observé que les personnes ayant souffert d'un abandon, d'une séparation difficile, de carences affectives, de maltraitance ou d'un traumatisme durant l'enfance avaient des risques plus élevés de souffrir d'un trouble de la personnalité limite.

Facteurs de risque

Il existerait, dans le trouble borderline, une prédisposition génétique. Les risques de souffrir de cette maladie sont plus élevés si sa mère, son père ou sa sœur en souffre par exemple.

Causes

Les causes du trouble de la personnalité limite sont multiples et pas toutes bien établies. Il existe par exemple des causes biologiques, chimiques (manque de sérotonine notamment) mais aussi génétiques. Des anomalies au niveau cérébral, notamment dans la zone de régulation des émotions, pourraient être responsables d'apparition de ce trouble de la personnalité limite. Cette maladie serait en tout cas multifactorielle.

Génétique.
Bien qu'aucun gène spécifique n'ait été montré pour causer directement ce trouble, des études chez les jumeaux suggèrent que cette maladie a de forts liens héréditaires. Le trouble borderline est environ cinq fois plus fréquent chez les personnes qui ont un parent au premier degré atteint du trouble.

Facteurs environnementaux. Les personnes qui vivent des événements traumatisants dans leur vie, tels que des abus physiques ou sexuels pendant l'enfance ou la négligence et la séparation des parents, courent un risque plus élevé de développer le trouble.

La fonction du cerveau. Le fonctionnement du cerveau est souvent différent chez les personnes atteintes d'un trouble borderline, ce qui suggère qu'il existe une base neurologique pour certains des symptômes. Plus précisément, les zones du cerveau qui contrôlent les émotions et la prise de décision / le jugement pourraient ne pas bien communiquer entre elles.

Les symptômes

Ces symptômes commencent à se manifester à l'adolescence et deviennent plus fréquents au début de la vie adulte, où la personne peut ressentir des épisodes de colère, de dépression et d'anxiété qui peuvent durer quelques heures, voire quelques jours. À certaines occasions, ces symptômes sont confondus avec d'autres maladies comme la schizophrénie ou la maladie bipolaire, mais la durée et l'intensité des émotions sont différentes, et il est essentiel que l'individu soit évalué par un psychiatre pour savoir quel est le bon diagnostic et initier le traitement approprié.

Les symptômes sont très variables d'une personne à l'autre.

* sautes d'humeur

* colères intenses

* hyperémotivité envahissante

* difficultés à contrôler ses émotions

* comportements impulsifs

* comportements à risques

* comportements destructeurs (automutilation par exemple)

* anxiété

* dépression

* peur de la solitude, de l'abandon

* sensation de vide, de désespoir

* sentiment d'insécurité

* haine de soi

* toxicomanie

* suicide

Les porteurs de ce trouble ont peur que les émotions deviennent incontrôlables, montrant une tendance à devenir irrationnelle dans des situations de plus grand stress et créant une grande dépendance envers les autres pour être stables.

Dans certains cas plus graves, des comportements impulsifs et souvent dangereux tels que la toxicomanie, la conduite imprudente et l'automutilation et même le suicide peuvent se produire, en raison de l'énorme sensation d'inconfort intérieur.

Le trouble de la personnalité limite est finalement caractérisé par l'agitation émotionnelle qu'il provoque. Ils ressentent des émotions intensément et pendant de longues périodes, et il leur est plus difficile de revenir à une base stable après un épisode émotionnellement intense.

Toutes les personnes atteintes du syndrome borderline ne présentent pas tous les symptômes, de sorte que la gravité et la fréquence des symptômes et leur durée varient en fonction de l'individu et de sa maladie particulière.

Diagnostic


Le diagnostic du trouble borderline est difficile. Il se base sur une évaluation psychologique et une consultation avec un psychiatre. Les signes et symptômes de la maladie guident évidemment le diagnostic. Pour atteindre le diagnostic, au moins 5 symptômes doivent être rencontrés.

Durant cette phase de diagnostic, le praticien doit détecter en premier lieu l’existence éventuelle d’autres troubles psychiques (troubles de l’humeur, addictions, anxiété, hyperactivité, etc.) et ce, afin de pouvoir adapter le traitement médicamenteux en conséquence. Ce diagnostic est d’autant plus crucial qu’il concerne l’immense majorité des patients borderline, car presque 100% de ces patients souffrent de pathologies annexes. Des troubles qui, une fois pris en compte, nécessitent un ajustement de traitement.

Traitement

Médicamenteux

Désormais, il est établi qu'un traitement adapté peut soulager et aider les personnes souffrant d'un trouble borderline. Ce traitement passe généralement par la prescription d'antidépresseurs et d'anxiolytiques dans le but d'atténuer les symptômes de la dépression et des angoisses. Ce traitement ne s'attaque donc pas directement à la maladie mais aux symptômes générés par celle-ci. Des antipsychotiques (neuroleptiques) peuvent être prescrits dans certains cas de confusion de la pensée – état dans lequel la personne est désorientée, a des troubles de l'attention, ne reconnaît pas ses proches, a des troubles de la mémoire, a l'air absent... – ou contre la dysphorie, c'est-à-dire une perturbation de l'humeur. Enfin, des stabilisateurs de l'humeur, les thymorégulateurs, peuvent être prescrits.

Ce traitement médicamenteux est complété par une psychothérapie. Un travail de thérapie peut aider les personnes malades à mieux comprendre leur fonctionnement et ainsi à mieux gérer leurs émotions.

Psychothérapie

Ces dernières décennies, le recours à de nouvelles approches thérapeutiques a permis d’aboutir à de réelles avancées. Avant toute prescription de traitement, les recherches ont mis en évidence l’importance d’établir un diagnostic dans lequel le patient puisse se reconnaître en évitant de se sentir stigmatisé. Évoquer directement ce diagnostic permettrait en outre au patient de se sentir impliqué dans le processus de soin. Établir un dialogue autour de ses comportements extrêmes, et de l’automutilation notamment, aiderait enfin à soulager la souffrance psychique, mais contraindrait aussi le patient à se responsabiliser, et donc à se mobiliser plus concrètement dans sa démarche de soins.

De nouvelles approches psychothérapeutiques donnent des résultats encourageants dans la prise en charge du trouble borderline.

Thérapie comportementale dialectique (TCD)

S’inspire de la thérapie comportementaliste, du bouddhisme (acceptation de la réalité) et de la philosophie dialectique (le juste milieu). Elle se concentre sur La dysrégulation émotionnelle, comme problématique principale du trouble de la personnalité borderline. Cette approche propose, à travers ses différents aspects, d’apprendre à réguler ses affects. L’efficacité de cette prise en charge a permis de diminuer l’abandon de thérapie par les patients.

Thérapie fondée sur la mentalisation

Repose sur l’idée que les comportements d’un individu sont liés à des pensées, des désirs et des croyances dont il n’est pas conscient et qui parfois le fragilisent. Ce processus de soins consiste à développer les capacités de mentalisation, et donc de compréhension des émotions. Suivi individuel, groupé, plan d’action et de gestion de crise sont les différents modules utilisés dans le cadre de cette thérapie.

Psychothérapie focalisée sur le transfert (TFP)

C'est le troisième axe de soin envisagé. Se rapprochant de la psychanalyse classique, elle se concentre néanmoins sur les difficultés spécifiques rencontrées par le patient borderline. Tout en maintenant le principe de neutralité, le thérapeute prend en compte les aspects concrets de la vie du patient (relations sociales, enjeux socio-professionnels, etc.).

Toutes ces thérapies ont plusieurs principes communs. Tout d’abord, une attitude du thérapeute plus active et une volonté d’adaptation continue de la thérapie à la situation réelle vécue. Mais aussi l’aspect concret de ces pratiques, qui s’appuient avant tout sur le principe du “ici et maintenant”. Garantie de pérennité, la modularité de ces thérapies, qui s’adaptent à l’imprévisibilité du comportement, nécessite en outre une condition préalable : en amont de la thérapie, “un contrat de soin” doit être passé entre le thérapeute et le patient, une sorte de pacte thérapeutique qui permette de préciser les limites à ne pas franchir afin de pouvoir restaurer de bonnes conditions de travail thérapeutique le cas échéant.

L’hospitalisation

Lorsque la psychothérapie et les médicaments ne suffisent pas, une hospitalisation peut être nécessaire. Un hôpital peut offrir un environnement sûr à une personne atteinte de trouble borderline qui se fait du mal ou qui a des pensées suicidaires.

Co-morbidité

Une personne atteinte d'un trouble de la personnalité limite peut avoir des troubles supplémentaires qui doivent être traités ensemble, tels que:

* Troubles anxieux, tels que le trouble de stress post-traumatique

* Trouble bipolaire

* Dépression

* Troubles de l'alimentation, en particulier la boulimie mentale

* Autres troubles de la personnalité

* Abus de substance


Trouble de la personnalité limite chez les enfants

Les symptômes les plus courants chez les enfants atteints de trouble borderline ont tendance à présenter une grande incertitude sur eux-mêmes, comme s'ils ne se connaissaient pas bien, de sorte que leurs intérêts, leurs objectifs, leurs valeurs et leurs opinions sur les autres peuvent changer radicalement en peu de temps. Ils ont également tendance à voir les situations en termes extrêmes, en noir ou en blanc.

Ils ont une grande peur de l'abandon et de la solitude. Ils ont tendance à se sentir soudainement submergés par des sentiments de vide et d'ennui. Ils subissent des accès de colère irrationnels, pas nécessairement violents, mais désespérés.

Ils ont tendance à être impulsifs, ce qui peut entraîner des relations instables, des relations sexuelles non protégées, l'utilisation de substances dangereuses et d'autres activités à risque. Après ces accès de colère et d'impulsivité, ils ressentent souvent de la honte et de la culpabilité.

Les états de dépression, d'irritabilité et d'anxiété sont fréquents. Ils peuvent durer des heures ou des jours. Son image de soi est déformée, ce qui affecte gravement son humeur. Parfois, cela conduit à l'automutilation, à des tentatives de suicide ou à des troubles de l'alimentation – boulimie mentale –. Et le plus et ce qui donne son nom au trouble, c'est le sentiment de “sortir du corps”, la soi-disant dissociation de l'identité.

Diagnostic

La personnalité des enfants étant encore en formation, le trouble est dans la plupart des cas diagnostiqué à l'âge adulte. Cependant, il est possible de détecter certains signes dans l'enfance ou l'adolescence.

La détection précoce de ce trouble est détectée grâce à une observation clinique par un professionnel.

Bien que le trouble de la personnalité limite en tant que tel ne puisse être diagnostiqué qu'après 18 ans, des symptômes tels que se sentir vide ou submergé par des émotions très intenses, avec des sautes d'humeur fréquentes, des accès de colère et une incapacité à communiquer correctement, indiquent déjà un développement anormal de la personnalité. Le moyen de résoudre ces sensations intenses se produit dans de nombreux cas par l'automutilation, des coupures, des brûlures ou des coups. Avec cela, ceux qui en souffrent essaient de réguler leurs émotions, de se punir ou d'exprimer leur douleur. Les premières manifestations apparaissent à l'adolescence et se produisent dans une proportion plus élevée chez les femmes.

Signaux d’alerte pour les parents et les enseignants

* Diminution des performances scolaires
* Crises de colère constantes et impulsives
* Nervosité, apathie, trop d’énergie
* Faible estime de soi
* Ce sont des enfants très influents
* Changement d'humeur très brusque
* Impulsivité
* Des comportements difficiles apparaissent
* Plaintes d'autres camarades de classe ou d'enseignants concernant le mauvais comportement de l'enfant.

Traitement



Un plan de traitement typique et complet comprend la psychothérapie et le soutien des amis et de la famille. Il est déconseillé d'utiliser un traitement pharmacologique sauf dans des cas extrêmes, tels qu'une dépression sévère, un comportement paranoïaque ou une colère très incontrôlée.

La psychothérapie est la pierre angulaire du traitement. Faire attention aux enfants qui ont une combinaison de problèmes émotionnels et comportementaux.


Une souffrance partagée

Les tempêtes d’émotions dans lesquelles sont prises les personnes concernées n’épargnent pas leurs proches. Les tentatives de suicide et les automutilations ont souvent un effet culpabilisant sur l’entourage. Une relation de co-dépendance risque de se développer, par exemple lorsque l’humeur des proches ne dépend plus que du bien-être de la personne concernée. Les proches peuvent cependant apprendre à établir des relations secourables.

Les proches n’échappent pas à la dynamique provoquée par le trouble de la personnalité borderline. Tout comme les personnes concernées, ils éprouvent également des sentiments d’attachement, d’affection, de dépendance, de colère, de haine ou de déception très intenses. Si cette intensité émotionnelle contribue à la richesse des relations avec les personnes concernées, elle risque également d’amener leurs proches au bord de l’épuisement et du désespoir. Il convient en effet de rappeler que le trouble borderline signifie un rapport perturbé avec soi-même et autrui et qu’il se manifeste avant tout dans les relations interpersonnelles. Les personnes concernées ont par exemple profondément peur d’être abandonnées par les personnes auxquelles elles attachent beaucoup d’importance et font de grands efforts pour éviter ces abandons réels ou imaginés. Tandis qu’une personne se mettra en colère lorsqu’elle se sent abandonnée, une autre n’aura pas d’autre moyen que de s’infliger des blessures ou de faire une tentative de suicide.

Beaucoup de proches souffrent profondément des blessures psychiques ou physiques que les personnes concernées leur infligent ou s’infligent à elles-mêmes. Ils se sentent souvent responsables des difficultés éprouvées par l’autre et font de leur mieux pour l’aider à résoudre ses problèmes. Le risque est alors grand que le partenaire, les parents ou les amis s’oublient et ne vivent plus que pour l’autre. Les professionnels parlent dans ce cas de relation de co-dépendance, par exemple, lorsque l’humeur des membres de l’entourage dépend exclusivement de l’état de la personne concernée.

Sentiment de culpabilité

Les proches souffrent souvent de forts sentiments de culpabilité. Les parents se demandent si leur enfant est devenu malade parce qu’ils ne lui ont pas donné assez d’amour ou parce que leur éducation n’était pas la bonne. Les partenaires ou les collègues se demandent si c’est leur comportement qui a amené l’autre à s’infliger des blessures. Mais ce sont surtout les tentatives de suicide qui ont un effet culpabilisant sur les proches, alors que, dans la plupart des cas, les reproches qu’ils se font sont tout à fait injustifiés. Les sentiments de culpabilité sont de mauvais conseillers. Ils lient souvent les proches aux personnes concernées de manière défavorable et risquent de provoquer une co-dépendance.

Les proches ont aussi souvent l’impression que la personne concernée se comporte volontairement d’une certaine manière pour les obliger à se comporter comme elle le souhaite. Se sentant manipulés ou ayant l’impression que l’on se sert d’eux, les proches perdent confiance ou se mettent en colère. Ces réactions sont normales et compréhensibles. Le comportement des personnes concernées l’est aussi, puisqu’il exprime souvent une réaction de détresse profonde. Si une personne ne supporte pas d’être seule, elle est prête à faire beaucoup de choses pour éviter cette situation et peut, par exemple, menacer de se suicider pour se protéger contre la solitude. Il est donc important que les proches soient en mesure de comprendre la cause de son comportement. Lorsqu’elles traversent une période sans crise, les personnes concernées sont souvent capables de raconter ce qui leur arrive et de fournir ainsi à leurs proches les éléments qui leur permettront de mieux déchiffrer le langage du borderline.


Comment établir une bonne relation avec la personne souffrante ?

La meilleure réponse à la maladie consiste à se comporter en faisant preuve de compréhension et en établissant des limites claires. Car les personnes concernées par le trouble de la personnalité borderline ont beau être les premières à souffrir de leur comportement, elles n’arrivent souvent pas à le contrôler en situation de crise. Établir des limites claires est donc important pour se protéger et protéger la personne contre des comportements dommageables. Dans les situations de crise, il est rarement possible de résoudre les conflits en discutant. La peur et la logique s’accordent mal l’une à l’autre.

Les proches ont souvent tout intérêt à d’abord se retirer et à ne parler des problèmes qu’une fois la crise passée. Lorsque la personne concernée risque visiblement de se faire mal ou de se mettre en danger, il est nécessaire de faire appel à une aide extérieure. Dans de telles situations, les proches ne doivent pas hésiter à appeler un médecin d’urgence ou à encourager la personne concernée à prendre contact avec son thérapeute ou à se rendre dans une clinique.

Il est fréquent que les proches et les personnes concernées jugent certains symptômes complètement différemment. Des comportements d’automutilation, par exemple, auront un effet dramatique sur les proches, surtout s’ils les découvrent pour la première fois. Pour beaucoup de personnes concernées, il s’agit au contraire d’un moyen de faire cesser des états émotionnels extrêmement pénibles à supporter, et même si ce moyen n’est pas idéal, ils l’acceptent malgré tout.

Une fois la crise terminée, les proches et les personnes concernées devraient convenir de la meilleure réaction à avoir en cas de nouvelle crise, de manière à prévoir le comportement adéquat qui leur permettra de faire face à certains symptômes ou à certains types de sentiments. Ce faisant, il est nécessaire de veiller à ce que le comportement des proches ne renforce pas ces symptômes, ce qui est par exemple le cas quand un homme trouve seulement du temps pour son amie lorsqu’elle ne se sent pas bien et dit ressentir un besoin de se faire mal.


Il existe des maladies où la souffrance des proches dépasse parfois celle de 
la personne atteinte. Le trouble de la personnalité borderline en fait partie.

Voir aussi…

dimanche 30 août 2020

L'Utilisation d'Appareils Mobiles Provoque des Changements Cérébraux chez les Enfants




La consommation de films, jeux vidéo et contenu sur Internet est plus fréquente chez les enfants. Les parents voient sur les appareils mobiles les mécanismes de récréation et d'évolution de l’enfant.


Parce qu'ils sont exposés dès leur plus jeune âge à des changements constants, les enfants ne parviennent pas à discerner les conséquences de leur attachement aux appareils. Ils se révèlent être les plus touchés, mais ils continuent de les utiliser pendant la journée et même la nuit, ajoutant les troubles du sommeil aux effets indésirables. D'où l'importance d'établir des règles de gestion des téléphones portables, tablettes et autres appareils mobiles. En plus d'exercer le cerveau des enfants.


Changements dans le cerveau des enfants qui passent trop de temps sur les écrans des appareils mobiles

L'Institut national de la santé des États-Unis (NIH) a étudié le comportement des enfants à l'aide de la technologie et a détecté des changements importants. Il est le plus important étude à long terme sur le développement du cerveau et de la santé des jeunes aux Etats-Unis  Étude du développement Cognitif du cerveau des adolescents (ABCD, pour son sigle en anglais) . Les premiers résultats ont été publiés en 2019.

Au total, plus de 11.000 enfants ont été suivis pendant une décennie pour évaluer comment les différentes expériences et environnements de l'enfance ont affecté leur développement cérébral et leur santé psychologique. Comme on le pensait il y a cinq ou six ans, une exposition prolongée à l'écran d'un smartphone ou d'une tablette affecte la structure du cerveau en développement.

Selon l'étude, les enfants qui passent plus de six heures par jour devant les appareils souffrent d'un amincissement prématuré du cortex cérébral. Le cortex est la structure du cerveau chargée de traiter les informations fournies par les sens. D'où la nécessité de détecter les implications de cette pratique.

La modification du cerveau à un âge précoce indique une sorte de vieillissement prématuré qui pourrait affecter les fonctions physiques et psychomotrices de l'enfant. Les travaux menés dans 21 centres de recherche indiquent le changement de structure de l'organe cérébral. Mais pas les conséquences.

Selon d'autres recherches et théories concernant l'impact de l'utilisation quotidienne du téléphone portable, parmi les effets étudiés figurent la dépendance à la technologie, l’Internet et la connexion. L'absence de créativité et le manque de contrôle des émotions sont également mis en évidence. Les enfants, les adolescents et les adultes se mettent souvent en colère lorsqu'ils ne peuvent pas accéder à l'appareil ou à l'application souhaitée. Ils ne développent pas l'attention et la prise de décision correctement.

Faut-il autoriser l'utilisation d'appareils mobiles ?

La réponse est à les utiliser avec modération et maîtrise de soi. Les parents peuvent utiliser des jeux vidéo, des applications et des programmes comme ressources pour l'éducation et/ou les loisirs de leurs enfants. Encourager son utilisation à l'école et même à la maison, toujours sous surveillance et dans des périodes pas très longues, de 30 à 45 minutes par jour.

Idéalement, l'utilisation d'appareils technologiques chez les enfants doit être réglementée et sans interférer avec leurs devoirs scolaires. Ni avec le développement de la lecture, du sport et d'autres formes d'interaction sociale. Le contenu à visiter et à partager doit être supervisé par des parents ou des adultes impliqués. Et réorienté si nécessaire.

L'étude réalisée par l'American Institute of Health a observé que le langage et le raisonnement des enfants sont également modifiés. Les petits non exposés aux appareils ont mieux répondu aux tests effectués sur le sujet. Pour tirer des conclusions, de nouveaux instruments doivent être appliqués au même groupe d'enfants analysés.

Les smartphones peuvent avoir un effet addictif car le temps passé devant un écran stimule la libération de dopamine, l'hormone du plaisir.

Comme l'ont noté les chercheurs, les données fourniront une ressource d'une ampleur et d'une profondeur sans précédent pour étudier le développement typique et atypique.

Les 11.000 enfants seront suivis pendant plusieurs années pour étudier l'impact des écrans sur leur développement intellectuel et social, ainsi que sur leur santé.


L'exposition à l'écran affecte le développement du langage chez les enfants

Une nouvelle étude réalisée par des chercheurs du Discovery Center for Reading and Literacy de l'Hôpital pour enfants de Cincinnati, publiée dans le journal médical JAMA Pediatrics en novembre 2019, à l'aide d'analyses cérébrales sophistiquées, a trouvé un lien entre l'utilisation de l'écran et le développement du cerveau de jeunes enfants, en particulier dans les régions liées au développement du langage.

L'étude, qui comprenait 47 enfants en bonne santé, 27 filles et 20 garçons, âgés de 3 à 5 ans, consistait à soumettre les enfants à des tests cognitifs standard suivis d'une imagerie par résonance magnétique du tenseur de diffusion pour calculer une estimation de l'intégrité de la substance blanche dans le cerveau.

Les résultats ont montré la relation entre le temps que les enfants passent devant un écran et le développement du cerveau, ceux qui passent plus de temps ont moins d'intégrité structurelle de la substance blanche  une partie du système nerveux central  dans les régions du cerveau avec un rôle important dans le langage.

Dans le cadre de la recherche, les parents ont reçu un outil de mesure appelé ScreenQ, qui a été comparé par les scientifiques aux analyses du cerveau des enfants pour mesurer le degré de myélinisation des neurones  une substance qui couvre les connexions entre les cellules nerveuses et fait que la substance blanche soit blanche .

La quantité de myéline autour d'une fibre nerveuse, ont détaillé les chercheurs, est liée à la fréquence avec laquelle elle est stimulée, c'est-à-dire avec laquelle elle est utilisée ; les enfants atteignent le niveau de développement le plus élevé lorsque les voies pertinentes de leur cerveau sont myélinisées.

Lorsque la connexion est complètement myélinisée entre la partie du cerveau connue sous le nom de zone de Wernicke  compréhension des mots  et de Broca  production de la parole  les enfants passent de la compréhension des mots à leur expression.

De leur côté, les enfants plus exposés à l'écran avaient un langage expressif moins bon et de moins bons résultats aux tests de vitesse de traitement du langage, comme par exemple nommer rapidement des objets. On a constaté qu'ils avaient des mesures plus faibles d'intégrité structurelle et de myélinisation, en particulier dans les régions liées aux compétences linguistiques et d'alphabétisation.

L'étude a révélé que la connexion dans le cerveau des enfants dont les familles pratiquaient des habitudes de dépistage conformes aux recommandations du PAA étaient mieux développées. En d'autres termes, les liens étaient plus forts entre les différents réseaux dans le cerveau de ces enfants.

Bien que les cerveaux puissent être reconnectés, les petits sont beaucoup plus réceptifs, c'est pourquoi ils sont considérés comme des éponges, car ils sont beaucoup plus faciles à stimuler. Le souci est que les enfants dont le cerveau est peu stimulé dans la petite enfance peuvent développer des connexions moins efficaces et cela devient plus difficile à corriger au fil des ans.

Il s'agit de la première étude à documenter une relation entre l'augmentation du temps d'écran et la structure du cerveau, et les compétences associées.

C'est une étude transversale  une image de ces cerveaux en développement à un moment donné  qui, par définition, montre une association, pas une causalité. S'il y a un lien direct, cela peut avoir moins à voir avec les écrans eux-mêmes et plus à voir avec ce que le temps d'écran peut remplacer dans la vie des enfants.

Selon les chercheurs, du point de vue de la science du cerveau, ce dont les jeunes enfants ont besoin, ce sont des expériences qui renforcent ces réseaux de manière plus solide. Si les écrans remplacent l'interaction avec les dispensateurs de soins ou les activités liées à la parole et au jeu, les enfants ne profitent peut-être pas pleinement de l'incroyable plasticité neuronale et du potentiel de ces premières années.

C'est une question d'expérience. On doit se demander si le temps d'écran a interféré avec quelque chose qui aurait été constructif, comme lire, jouer ou parler.

La meilleure chose à propos du cerveau  et en particulier des jeunes cerveaux  est la plasticité. Il s'agit d'une étude transversale, une image figée de cerveaux en mouvement. Les tendances chez tout enfant pourraient être inversées et modifiées. Cela ne signifie pas que certains enfants seront toujours désavantagés, mais plutôt qu'il existe davantage de preuves suggérant que pendant les premières années de la vie, rien ne devrait arrêter nos interactions, nos relations et notre participation. Ce qui est inquiétant, c'est que le pouvoir de séduction des écrans peut avoir l'effet inverse.


Conséquences de l'utilisation  et de l'abus  avant 2 ans

Ils parlent mal, avec un langage plus pauvre et plus tard. Une exposition excessive à ces dispositifs peut faire en sorte que l'enfant ait un langage beaucoup plus pauvre qu'il n'a le droit, et cela peut prendre plus de temps à se développer à cet égard.

Leur cerveau "s'organise" mal et progresse moins. Cet organe fonctionne comme un chef d'orchestre qui nous permet d'organiser nos tâches, d'insister sur ce qui ne va pas si bien... C'est ce que les médecins appellent des fonctions exécutives et qui aident l'enfant à apprendre et à mûrir. Mais si les écrans sont mal utilisés, ces fonctions sont altérées et affectent le développement cognitif de l'enfant ainsi que ses performances scolaires futures.

Cela affecte leur comportement. Ils peuvent provoquer une faible tolérance à la frustration et même favoriser les problèmes d'attention et l'hyperactivité.

Chez les enfants légèrement plus âgés, il augmente également :

Le risque d'obésité, évidemment parce que l'utilisation de ces appareils est synonyme de mode de vie sédentaire.

Et cela favorise les troubles du sommeil. S'exposer à la lumière des écrans avant de dormir est préjudiciable de deux manières : elle entrave la libération de mélatonine, l'hormone qui favorise le sommeil, et rend également le cerveau alerte, empêchant le repos.

Pourquoi l'exposition aux écrans provoque-t-elle cet effet ?

Cela le "prive" de temps pour se développer correctement. Pendant que l'enfant regarde un écran, il ne fait pas “d'autres choses” qui sont essentielles à son développement à un si jeune âge. C'est une question de "coût d'opportunité" : la télévision ou le mobile prend du temps pour jouer, interagir avec les parents, les frères et sœurs, les grands-parents...

Il favorise le manque d'attention. Si nous remarquons les dessins animés, ce que les enfants regardent le plus, nous verrons que les changements de séquence sont très rapides. Cependant, son cerveau n'est pas assez mature pour assimiler cette vitesse séquentielle, et on soupçonne que cela peut favoriser un déficit d'attention.

Ils perdent tout intérêt pour le langage. Pour qu'un jeune enfant apprenne, ce qui est enseigné doit être proche de lui. Pour cette raison, lorsque nous parlons à un enfant de moins de 2 ans, nous soulignons généralement l'objet dont nous parlons (ce que l'enfant ne voit pas n'existe pas), nous le répétons si nous constatons qu'il ne nous comprend pas... Nous nous adaptons à lui. Cette rétroaction n'existe pas dans les dessins animés car le langage est décontextualisé : il ne prend pas en compte le niveau de l'enfant ou s'il l'a compris. Par conséquent, si un enfant consomme de nombreux dessins, il finit par se désintéresser du langage car, directement, il ne lui a pas trouvé un sens utile.

En bref, les problèmes qui peuvent être causés par l'utilisation d'écrans à ces premiers âges :

* Problèmes d'attention
* Retard dans le développement du langage
* Réduction des formes naturelles d'apprentissage
* Troubles du sommeil
* Santé oculaire
* Surpoids
* Mauvais résultats scolaires
* Développement socio-émotionnel inadéquat.


Stimulation précoce ou sur-stimulation : l'effet des écrans dans l'enfance

Au cours des 3 premières années de la vie, il n'y a qu'un seul code cérébral fondamental : le code émotionnel. C'est dans ce contexte que se développe le langage émotionnel qui conduit à la communication à travers les gestes, les sons... construisant progressivement le langage.

Le deuxième code du cerveau est l'imitation, la façon la plus parfaite d'apprendre. C'est le véhicule qui ancre l'émotion, car la première chose qui est imitée, ce sont les proches.

Le troisième code du cerveau est le jeu, le déguisement où se cachent l'apprentissage et la mémoire. Jouer n'est pas perdre du temps.

Nous sommes nés avec peu de neurones et peu de connexions neuronales. Grâce à la stimulation environnementale, sensorielle, cognitive et du mouvement, la multiplication des neurones et de leurs connexions, essentielle à l'éducation de la petite enfance, a lieu. En 3 ans, des arbres synaptiques sont triplés et se forment grâce à la stimulation; à 4, nous avons 1.000 milliards de connexions neuronales. Le mouvement est essentiel à ces âges, le développement de l'enfant doit avoir un substrat moteur et, s'il est à l'extérieur, tant mieux.

Nos cerveaux sont conçus pour se développer dans les premières années en explorant l'environnement physique et l'interaction sociale.

De cela découle l'importance d'un développement sensoriel et perceptuel correct, et l'importance de jouer. Si nous voulons que les garçons et les filles aient des idées et des pensées dès l'âge de 6 ou 7 ans, il est nécessaire qu'ils aient préalablement acquis un apprentissage par la perception et les émotions positives. L'information sensorielle atteint le cerveau puis le système limbique, où elle est imprégnée de sens. À partir de ces informations significatives, notre cerveau construira nos idées et nos pensées. Ce processus ne peut être réalisé qu'à travers leurs expériences, leur propre expérience de vie, qui depuis notre naissance façonne nos bagages personnels.

Le système sensoriel des enfants  qui se produit jusqu'à l'âge de 11 ou 12 ans  se développe en étant en contact avec la réalité pour le construire. D'où l'importance de ne pas les exposer aux écrans trop tôt, et jamais avant 3 ans.

Dès cet âge, l'exposition à des écrans, de plus de 2 heures de navigation, altère l'attention exécutive, ce dont nous avons besoin pour apprendre et étudier. Les garçons et les filles qui dépassent ce temps mûrissent plus lentement et sont beaucoup plus agités, car cette exposition active le système de récompense et de plaisir des neurotransmetteurs, de sorte qu'elle vole toute l'attention même avec sa seule présence. Lorsque cette activation se produit, des sérotonines sont générées, une raison fondamentale de la "dépendance" au dispositif. Les réseaux attentionnels sont altérés par une sur-stimulation.

*     *
*

Consulter le mobile est quelque chose qui est considéré comme social et qui est plus que normalisé. Et ce n'est pas seulement qu'ils sont de plus en plus utilisés, mais les enfants font également leurs débuts dans le monde des écrans de plus en plus jeunes.

Le cerveau d'un nouveau-né est un cerveau en construction. Bien qu'il ait plus du double du nombre de neurones dont il a besoin, c'est un cerveau dont les cellules nerveuses ne sont pas connectées. L'environnement dans lequel l'enfant se développe amènera ces neurones à se connecter et à communiquer entre eux. Ce sont essentiellement les parents et leurs valeurs qui détermineront dans un premier temps comment l'enfant apprend. Les principaux dispensateurs de soins et l'environnement dans lequel l'enfant vit seront ceux qui détermineront dans quel sens le cerveau de l'enfant se développera. Par conséquent, les parents et les enseignants sont essentiels dans ce processus d'apprentissage et d'évolution.

Aujourd'hui, les appareils électroniques que nous avons à la maison et à l'école (ordinateurs portables, mobiles, tablettes, consoles, etc.) interviennent également, pour le meilleur comme pour le pire.

Des études montrent que les enfants qui passent trop d'heures par jour au contact des tablettes, des téléphones ou de la télévision ont des niveaux de myéline inférieurs. La myéline est la substance qui tapisse les axones des neurones, permettant une connectivité et une vitesse neuronales appropriées. Une diminution de la myéline a été observée chez les enfants qui passent plus de temps avec les appareils électroniques, ce qui ralentit considérablement la vitesse de traitement du cerveau.

Les enfants ne devraient pas avoir de contacts fréquents avec des écrans jusqu'à l'âge de six ans, car les fonctions exécutives se développent dans une partie spécifique du cerveau au cours des six premières années de la vie : le cortex préfrontal. Les fonctions exécutives nous différencient des autres espèces : concentration, inhibition des impulsions, mémoire de travail, planification, autorégulation émotionnelle, etc. Au cours de ces six ou sept premières années de vie, les enfants développent les rudiments de base des fonctions exécutives. Si les enfants sont exposés à trop de contenu sur les écrans, il est plus que probable qu'ils rencontrent des difficultés dans les processus exécutifs.

La capacité de concentration est affectée

Plus un enfant regarde la télévision pendant des heures, plus il est probable qu'à l'avenir, il aura de la difficulté à se concentrer. La concentration est un processus exécutif qui nécessite la volonté, la sensibilisation et la persévérance.

Si la stimulation répétée du contenu télévisuel ou des appareils technologiques augmente la probabilité que les enfants aient des difficultés de concentration, pour améliorer leur capacité de concentration, il a été constaté que les parents qui stimulent cognitivement leurs enfants non seulement les protègent de telles difficultés, Ils améliorent et renforcent également leur concentration. Des activités telles que jouer avec des blocs de bois, des puzzles, lire des histoires, des jeux symboliques, sont très efficaces pour promouvoir l'initiative active et volontaire des enfants.

Lorsque les enfants regardent à la télévision un contenu agressif ou inapproprié pour leur âge, cela provoque une hyperactivité. D'un autre côté, être en contact et profiter de la nature a la conséquence inverse. Les milieux naturels leur apprennent à attendre, à être patients et à retarder la récompense.

La capacité à se concentrer fait ses débuts autour de deux ans, alors que vers les quatre ans prolifèrent les neurones inhibiteurs dans le cerveau, dont l'action va permettre aux enfants d'inhiber leurs pulsions et ne pas être distrait  rester concentrés sur une tâche spécifique . L'équilibre correct entre la capacité de concentration et l'inhibition des impulsions est établi à l'âge de 6 ans, c'est pourquoi les appareils électroniques et l'utilisation excessive d'écrans ne favorisent pas le développement du cerveau et de ses fonctions exécutives.

La communauté médicale déconseille tous les types d'écrans avant l'âge de 2 ans, mais le mobile et la tablette sont plus dommageables car l'adulte perd totalement le contrôle de ce que l'enfant voit, tandis que dans le cas de la télévision, c’est plus facile à contrôler et surtout interagir avec l'enfant, commenter ce qu'il voit, rire avec lui...

Lorsque les jeunes enfants regardent des écrans, ils peuvent manquer d'importantes occasions de pratiquer et de maîtriser leurs habiletés interpersonnelles, motrices et de communication.

Regarder la télévision, jouer à des jeux sur consoles, tablettes ou mobiles inhibe la curiosité et l'attention à l'environnement car ils s'habituent à les focaliser sur l'appareil, cela ne permet pas de bouger ou de transférer l'apprentissage, cela ne produit pas d'expériences personnelles qui motivent le développement du langage et de la pensée.


Recommandations aux familles

* N'utilisez pas d'écrans avant 2 ans.
* Jouer et interagisser avec d'autres garçons et filles, en développant les différents modèles de jeu qui correspondent à chaque âge.
* Favoriser le contact avec la nature : sortir des environnements fermés chaque fois que possible, pour créer des expériences riches et saines qui feront partie de leurs bagages personnels.
* Mener diverses activités récréatives telles que jouer avec de vrais jouets, peindre, sortir au parc, lire et écouter des histoires...
* Trouver différentes alternatives à l'utilisation d'écrans pour répondre aux moments ou aux situations dans lesquels les adultes ont besoin de calme.
* Profiter des repas comme moment de communication et d'éducation alimentaire.
* Réduire notre utilisation d'écrans pour proposer un modèle correct et, dans la mesure du possible, les éviter en leur présence.
* Favoriser les moments d'interaction avec les enfants.

Recommandations d'habitudes que les familles NE devraient PAS prendre

* Que les enfants aient leurs propres appareils tels que des tablettes, des téléphones et des ordinateurs, et ne pas utiliser non plus ceux de la famille et d'autres adultes.
* Mettre la télévision, l'ordinateur... dans la chambre de l'enfant.
* Utiliser le temps libre que les familles ont avec les enfants pour jouer sur des consoles ou tout autre appareil.
* Utiliser des écrans pour les rassurer, pour mieux manger...
* Utiliser des écrans comme récompense.
* Avoir la télévision allumée lorsque personne ne la regarde.


L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a établi de nouvelles limites à l'utilisation des écrans dans la petite enfance

L'OMS a publié en avril 2019 ses premières recommandations basées sur le fait que les enfants de moins d'un an ne devraient être exposés à aucun type d'appareil électronique. En outre, elle garantit que les enfants âgés de deux à quatre ans ne devraient pas non plus avoir plus d'une heure par jour de ce qu'on appelle le “temps d'écran sédentaire”, ce qui inclut les jeux informatiques ou télévisés.

À une époque où l'obésité constitue une menace croissante pour la santé publique et où 80% des adolescents ne sont pas suffisamment actifs physiquement, l'OMS a jugé nécessaire de diffuser une liste de bonnes habitudes pour les enfants de moins de cinq ans, période cruciale pour développer un style de vie.

Le document souligne également qu'à ce stade, les enfants doivent être physiquement actifs et dormir suffisamment, des habitudes qui aident à prévenir l'obésité et d'autres maladies qui peuvent se développer plus tard dans la vie. Lire une histoire, chanter ou monter des puzzles sont quelques-unes des activités qui sont préférables pour les enfants, plutôt que de les familiariser avec la technologie.

Les conseils

Pour les nouveau-nés

* Être physiquement actif plusieurs fois par jour de différentes manières, en s’adonnant à des jeux interactifs au sol ; avec s’il n’est pas encore mobile au moins 30 minutes en position couchée (à plat ventre) en plusieurs tranches pendant qu’il est éveillé ; davantage c’est mieux.

* Ne pas placer l’enfant devant un écran.

* Bénéficier de 14 à 17 heures de sommeil par jour, y compris les siestes, pour les nouveau-nés ; et 12 à 16 heures de sommeil pour les bébés de 4 à 11 mois.

* Ne pas rester attaché pendant plus d’une heure à la fois à un siège ou à un landau.

Pour les 1 et 2 ans

* Effectuer au moins trois heures d'activité physique par jour.

* Moins d'une heure de sédentarité pour les enfants de deux ans.

* Bénéficier de 11 et 14 heures de sommeil par jour, y compris les siestes.

* Ne pas les assoir plus d'une heure d'affilée ou pendant de longues périodes.

Pour les enfants de 3 et 4 ans

* Effectuer au moins trois heures d'activité physique par jour, dont au moins une d'intensité modérée à forte.

* Limiter le temps sédentaire devant un écran à une heure et moins c’est mieux.

* Bénéficier de 10 à 13 heures de sommeil par jour, ce qui peut inclure une sieste.

* Ne pas les assoir pendant de longues périodes.

L'utilisation d'écrans doit être consciente et réglementée et toujours supervisée par un adulte


Voir aussi…